C'est-à-dire : De vous avoir fait faire maigre chère
2. T1 ne faut pas oublier que le couvent de Kouan-in avait été bâti aux frais de Pé-kong. Tsing-sin semble dire que, dans ce couvent, Sou-yeou-pé est comme chez lui.
thé et de le servir à Sou-yeou-pé, qui, après l'avoir pris, le quitta et alla se coucher. Le lendemain Souyeou-pé, s'étant levé, s’abandounait tout entier à l’idée d'obtenir des nouvelles de ses vers sur les saules printaniers. Dès que sa toilette fut achevée, il voulut justement aller dans le jardin de Tchang-koueï-jou pour s'en informer, lorsque soudain il vit Tsing-sin qui, amenant avec lui Tchang-koueï-jou et Wang-wenkhing, arriva en disant : « Monsieur Sou est dans cette chambre.»
En entendant ces mots, Sou-yeou-pé sortit avec empressement pour aller les recevoir. « Monsieur, lui dit aussitôt Tchang-koueiï-jou en riant, aujourd’hui vous êtes tout rayonnant; c’est sans doute que vos vers sur les saules printaniers ont eu le don de plaire.
" — Comment aurais-je eu un pareil bonheur? dit Sou-yeou-pé; naturellement, ce doit être M. Tchang.
— Messieurs, dit Wang-wen-khing, vous vous exprimez de bouche avec une «modestie excessive, mais j'ignore quelles espérances vous avez au fond du cœur. »
Ils se mirent tous deux à rire aux éclats. Pendant qu'ils étaient en train de badiner en causant, ils virent accourir un domestique de la maison de Tchang. «Il y à dans le jardin, dit-il, un messager du seigneur Pé, du village de Kin-chi, qui vient vous inviter à venir causer avec lui. » |
En entendant ces paroles, Fchang-koueï-jou fut ravi au fond du cœur, comme si une dépêche du Palais d'or
(du palais impérial) lui apportait le titre de Tchoang-” youen!. « Ne serait-ce pas monsieur Sou qu'il a invité? demanda-t-il. Sot animal! tu as mal entendu.
— Cet homme, répondit le domestique, a clairement dit que l'invitation était pour M. Tchang.
— J'imagine, ajouta Tchang-koueiï-jou, qu'il nous invite à venir tous deux.
—]lne m'a pas dit d'inviter M. Sou, repartit le domestique. »
À ces mots, Sou-yeou-pé sentit redoubler son étonnement et resta un instant interdit. « Ccmment peut-on l'inviter de préférence ? se dit-il en lui-même. A-t-on jamais vu rien de si étrange? » Comme il ne se souciait pas de s'expliquer, il se contenta de dire, en faisant un effort sur lui-même : « Naturellement, c’est bien M. Tchang qu'on invite; si c’eût élé moi, on n’aurail pas manqué de venir dans le couvent.
— Messieurs, dit Wang-wen-khing, il ne faut pas que vous ayez des doutes; nous n’avons qu’à aller ensemble dans le jardin. Dès le premier coup d'œil, vous saurez ce qu'il en est.»
Sur-le-champ, ils se rendirent tous trois dans le jardin, et trouvèrent le vieux Tong qui était déjà assis dans un pavillon. Ils y entrèrent ensemble, et après qu'on se fut mutuellement salué, le vieux Tong s'adressa de suite à Tchang-koueï-jou : « Hier, dit-il, j'avais reçu une commission de votre part. Dès que le
1. C'est-à-dire : Lui annonçait que l’empereur lui avait accordé le premier rang parmi les Hâa-lin (académiciens).
seigneur Pé fut revenu de dîner en ville, je Jui ai présenté vos vers. Il les prit et, étant entré dans le pavillon appelé Mong-thsao-hien, il les examina à plusieurs reprises avec mademoiselle, et s’écria d'un ton flalteur : «M. Tchang a un de ces talents du premier ordre qu’on rencontre rarement dans le monde. Je veux l'inviter aujourd'hui et avoir une entrevue avec lui. » Sur-le-champ, il tira de sa manche un billet de visite ct le remit à Tchang-koueiï-jou. Celui-ci ayant reçu ce billet, y lat les huit mots suivants. en gros caractères : Kiouen-chi-seng-pé-hiouen-tun-cheou-paï (Pé-hiouen, le Chi-lang ‘, votre affectionné, vous salue jusqu’à terre).»
A cette vue, Tchang-koueï-jou, reconnaissant qu’on lui avait dit vrai, prit un air rayonnant ?, et ordonna aussitôt à un domestique d’apprèêter du riz. Wang-wenkhing, sous un faux semblant, interrogea Tong-yong : « J'ignore, dit-il, si le seigneur Pé a vu les vers que monsieur Sou a apportés hier.
— Je les lui ai présentés, répondit-il, et il les a lus les premiers ; comment ne les aurait-il pas vus?
— Quand votre maître les eut vus, qu’en a-t-il dit? demanda Wang-wen-khing.
— Après les avoir vus, répondit-il, j'imagine qu'ilena