C'est-à-dire : De méchants vers dont vous vons moquerez
3, Aujourd’hui, c’est le nom d’un arrondissement et d’une ville du troisième ordre du département de Sou-tcheou-fou (province du Kiang-nan).
&. Mot à mot : Entendre des perles et du jade.
En entendant cette demande, dont chaque mot répondait aux vœux secrets de son cœur!, Tchang-koueï-jou fut transporté de joie. « Je n'oserais, répondit-il, désobéir aux ordres de Votre Excellence, mais je crains que des vers d’un homme aussi obscur que moi, ne soient indignes d'arriver à vos nobles oreilles ?. »
Pé-kong, au comble de la joie, ordonna aussitôt aux domestiques d'apporter du papier et des pinceaux et de les placer sur la table. Ensuite, il leur dit d’offrir à M. Tchang unc tasse de vin. Tchang-koueï-jou, ayant vidé la tasse de vin, saisit un pinceau en redressant fièrement la tête, et se mit de suite à écrire. Maïs, contre son attente, après avoir copié trois ou quatre des premiers coup'ets, il avait complétement oublié les derniers. Il réfléchit un instant, et ne pouvant se les rappeler, il se leva sous prétexte d'aller laver ses mainsÿ, et courut dans un lieu tranquille et retiré, derrière un berceau de fleurs. Puis, il tira secrètement de sa manche la pièce originale et la lut à plusieurs reprises.
1. Littéralement : Frappait les recoins de son cœur, entrait dans les recoins de son cœur.
2. Littéralement : Je crains qu’un (habitant) d'un village infime, un homme de Pa, ne puisse entrer dans les oreilles de Tchong-kbhi.
Tchong-tseu-kbi était un homme du royaume de Thsou, dont l'oreille exercée excellait à juger les sons du kin (sorte de guitare).
Dans l'antiquité, des habitants du pays de Pa étaient considérés comme des barbares. Ce pays fait aujourd’hui partie de la province de Sse-tchou’en. — Au lieu de pa-jin-hia-li, il faut lire hia-li-pa-pin. (P'eitoen-yun-fou, liv. xxx1v B, fol. 94.)
$. En chinois : Tsing-cheou, expression détournée pour dire « faire de l'eau» (mingere).
Quand il l’eut bien gravée dans sa mémoire, il revint tout à coup s'asseoir à table, et, après avoir fini de l'écrire, il la présenta à Pé-kong.
Celui-ci, l'ayant Jue avec attention, en fit le plus grand éloge. « Maître, lui dit-il, les idées de cette chanson sont profondes et gracieuses; toutes les expressions sont nobles et comme parfumées. Vous avez, en vérité, un talent de Han-lin!; dans la suite, vous êtes sûr de vous élever, par la fortune et les honneurs, au-dessus du vieillard qui vous parle.
— Monsieur, dit Tchang-kouei-jou, un lettré aussi infime que les herbes et les roseaux, oserait-il se com- Parer à un homme qui s'élève jusqu'aux nues‘? Ce que vous venez de dire m’a rempli de crainte et de confusion. » |
Nous les laisserons s'interroger et se répondre, tour à tour, en buvant à longs traits à l'ombre des fleurs.
Or, depuis que mademoiselle Hong-yu avait reçu les deux pièces de vers, composées d’après ses. propres rimes, sar les saules printaniers, comme elle n’en pou- Vait souffrir l’écriture ignoble et vulgaire, elle prit un Papier à fleurs et les recopia elle-même de la manière la plus élégante. Ensuite, elle récrivit sur la mème feuille sa pièce originale, et les ayant déposées ensemble dans un sac de soie brodée qu'elle avait fait exprès, elle les récilait en chantant du matin au soir,
à Le talent d’un académicien ou un talent qui vous ouvrira
wadémie,
$, Mot à mot : Sc comparer aux nuages et au ciel ?
sans pouvoir s'en détacher. Elle se disait que si elle pouvait épouser un homme d’un si beau talent, elle serait au comble de ses vœux. Mais, ayant entendu dire que ce jeune homme n'avait que du talent sans la moindre beauté, elle ne pouvait s'empêcher de trouver son bonheur incomplet. De sorte qu’au fond du cœur elle éprouvait un chagrin continuel, et était chaque jour triste et abattue. Elle ne faisait que s’affliger et ne disait mot.
Ce jour-là, après avoir achevé sa toilette de midi, elle se mit tout à coup à réfléchir. « Avant-hier, ditelle, Yen-sou m'avait assuré que ce jeune homme était très-laid et très-commun. J'imagine que, puisqu'’il possède un pareil talent, quoiqu'il soit laid el commun, il doit avoir quelque chose de remarquable. Heureusement qu'aujourd'hui Yen-sou n’est pas à mes côtés. Ce que j'ai de mieux à faire, c’est d’aller toute seule épier furtivement ce jeune homme pour savoir exactement comment il est. Si en effet ce n’est pas le bel époux que je cherche, naturellement je le bannirai de ma pensée, et je m'épargnerai bien des inquiétudes et des tourments. »
Son projet étant arrêté, soudain elle ouvrit tout doucement une porte située à l'angle occidental de la maison, et, après avoir fait un détour, elle arriva au milieu du jardin de derrière. Tout à coup, elle entendit un homme qui toussait dans le pavillon des fleurs. Elle s’esquiva et alla se cacher derrière un berceau de fleurs, qui formait une sorte de paravent. Ayant regardé fur-
üvement d'un œil attentif, elle aperçut un jeune étudjant d’une figure noble et distinguée, qui se promenait dans le pavillon.
Voici ce qu’elle observa : .
Il avait l’air d’un jeune étudiant,
Et l’âge où l’on prend le bonnet viril 1.
Ses yeux étaient purs comme les eaux d’automne.
Son vêtement était léger comme les vapeurs du printemps.
- Son teint avait l'éclat du corail.
Son corps, aussi beau que le jade, avait des mouvements pleins de grâce.
Le sentiment de l’amour ? animait tout son visage.
Ses épaules pliaient sous ses idées poétiques.
Son naturel l'entraînait vers le démon de la volupté.
Toute sa personne respirait la passion de la littérature.
Si vous me demandez à qui il ressemblait :
On l'eût pris pour le Nénuphar bleu, le dieu déchu 3.
Hong-yu, l’ayant regardé, le prit pour Tchang-koueijou, et resta partagée entre l’élonnement et la joie. « Voilà, se dit-elle, un jeune homme charmant. Comment Yen-sou a-t-elle pu dire qu'il était laid et commun? » Elle ne pouvait savoir que c'était Sou-Yeou-né qui, après être resté tristement dans la bibliothèque, élait venu se promener dans le pavillon.
Hong-yu, l’ayant regardé quelque temps à la dérobée,