‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 122 sur 264 · Mot à mot : Des sentiments de printemps · texte numérisé non relu

Mot à mot : Des sentiments de printemps

3. C'est-à-dire : On l’eût pris pour Li-thai-pé (le plus célèbre des

MAtes de la Chine), qu’on avait surnommé Tsing-lien, le nénuphar bleu, et Tse-sien, le dieu déchu.

craignit d’être aperçue, et s’en retourna en marchant tout doucement comme la première fois. En ce moment, elle vit venir au-devant d'elle Yen-sou, qui lui dit : «a Mademoiselle, le dîner est prêt; où étiez-vous allée toute seule ? Je vous ai cherchée de tous côtés sans pouvoir vous découvrir. »

Hong-yu fut piquée au vif et ne répondit point. « Pourquoi vous fâcher ? » demanda encore Yen-sou.

Hong-yu l'apostropha durement, l’injure à la bouche : « Méprisable servante, lui dit-elle, combien de bontés n’ai-je pas eues pour toi! Et cependanttu m'as trompée par tes mensonges, et tu as failli compromettre le bonheur de toute ma vie.

— Mademoiselle, répliqua Yen-sou, ce que vous dites là est on ne peut plus ridicule. Moi, Yen-sou, je vous sers depuis mon enfance, et jamais je n'ai su mentir, Quand vous ai-je trompée? :

—"Si tu ne m'as point trompée, reprit Hong-yu, comment as-tu pu dire que M. Tchang était laid et commun ?

— Ainsi donc, répondit Yen-sou en riant, c’est pour cela que vous me dites des injures. Vous auriez beau, mademoiselle, non-seulement me dire des injures, mais même me rouer de coups, que je ne serais’ jamais assez sotte pour dire qu'il est beau. »

Hong-yu injuria encore Yen-sou. « Méprisable servante, lui dit-elle, tu veux encore raisonner; je l’ai vu de mes propres yeux.

— Si vous l'avez vu, dit Yen-sou, comment est-il ?

— Ce jeune étudiant, répartit Hong-yu, m'a paru aussi beau que distingué. Parmi les lettrés de l'empire, il n’y en a pas deux comme lui. Pourquoi l’as-tu si fort calomnié? * |

— Mademoiselle, dit Yen-sou, voilà encore quelque chose de bien étrange. Ordinairement, vous avez la vue perçcante; comment se fait-il qu’elle soit si faible aujourd’hui ? N’allez pas prendre par erreur Lieou pour Youen.

— Dans le pavillon des fleurs, du jardin de derrière, dit Hong-yu, qui est-ce qui aurait pu venir exceplé lui?

— Décidément, répondit Yen-sou, je ne puis croire à voire jeune homme d’une figure si belle et si distinguée. Attendez que j'aille jeter un coup d'œil. »

1. C'est-à-dire : Lieou-chin pour Youen-tchao. Leur histoire fabuleuse est longuement racontée dans le dictionnaire Yun-fou-kiun-yu, dir. iv, fol. 33. Ils vivaient sous le règne de Ming-ti, de la dynastie des Han (58-75 de Jésus-Christ). Ils étaient allés sur une montagne pour cueillir des simples. Quand ils eurent épuisé les vivres qu'ils avaient apportés, ils aperçurent un pêcher chargé de fruits. Après qu’ils eurent mangé de ces fruits, leur corps devint extrêmement léger. Ils virent ensuite deux jeunes femmes qui s’écrièrent en riant : « Nos prétendants Lieou et Youen sont arrivés. » Elles envoyèrent des jeunes filles à leur rencontre et les retinrent pendant longtemps. Ces femmes étaient des déesses d’une beauté extraordinaire. Les deux jeunes gens les ayant épousées, demandèrent longtemps après à s’en retourner. {ls furent reconduits en dehors de la grotte, aux sons des instruments de musique. Quand ils furent revenus dans leur pays, ils reconnurent que sept générations s'étaient écoulées depuis leur départ. Iis voulurent retourner vers leurs épouses, mais il teur fut impossible de retrouver le chemin de la montagne qu’elles habitaient.

A ces mots, elle se rendit à la hâte dansle jardin fleuriste. En ce moment, Sou-yeou-pé était déjà descendu du pavillon, et se promenait de tous côtés en regardant les fleurs. Yen-sou étant entrée dans le pavillon, ne vit personne en haut, et se mit à regarder à droite et à gauche. Sou-yeou-pé, ayant vu arriver une servante, alla se cacher dans une touffe de plantes en fleurs et la regarda à la dérobée. Voici ce qu'il remarqua en elle:

Ses épaules avaient la beauté du poirier et sa ceinture la souplesse du saule.

Sa jupe de crêpe vert était garnie de soie rouge.

Quoiqu'elle n'eût point l’air noble d'une femme distinguée,

Sa taille svelte et délicate lui donnait une grâce particulière.

Sou-yeou-pé, l'ayant observée pendant quelque temps, craignit de l’effrayer en sortant et de la voir . rentrer dans l'intérieur. Il la laissa descendre du pavillon, et, faisant tout doucement un détour, il passa derrière elle et lui dit à voix basse : « Jeune demoiselle, que cherchez-vous pour être ainsi en observation ? » Yen-sou se retourna vivement, et voyant, au premier coup d'œil, que c'était un jeune étudiant, elle en fut secrètement surprise et charmée. « Qui êtes-vous ? lui demanda-t-elle ; pourquoi vous cachez-vous ici ? — Je suis, dit-il, Sou-yeou-pé, un licencié ! qui vient

1. On sait que Pé-kong avait établi une sorte de concours poétique dont le vainqueur devait obtenir sa fille en mariage. En conséquence, Sou-yeou-pé, qui s’afflige de ce que ses vers n'ont pas été fayora-

” d’échouer au concours, après avoir composé des vers, sur des rimes convenues, en l’honneur des saules printaniers, et maintenant j'erre tristement en ces lieux. Veuillez, jeune demoiselle, prendre pitié de moi.

— Monsieur, lui dit Yen-sou, je vous trouve une tournure distinguée ; vous n'avez point l'air d'un homme sans talent ; pourquoi vous aurait-on repoussé?

— Naturellement, dit Sou-yeou-pé, mon style rude et inculte ne pouvait provoquer les éloges de mademoiselle Pé. Mais cette jeune fille, qui est douée d’un lalent si élevé et d’un esprit si pénétrant, a accueilli avec faveur un homme des plus ridicules.

— Monsieur, repartit Yen-sou, gardez-vous de traiter avec mépris ce monsieur Tchang. Quoiqu'il n'ait pas la millième partie de votre extérieur distingué, ses idées poétiques sont pleines de pureté et de fraicheur ; sà chanson est vraiment charmante. Ma maitresse ne regarde que les vers et ne regarde pas la personne. Voilà pourquoi elle l’a accepté. »

Sou-yeou-pé se mit à rire. « Si votre maitresse, dit-il, l’avait accepté pour sa figure, cela pourrait encore passer ; mais si vous dites que c’est pour ses vers, voilà qui est encore plus extraordinaire.

— J'ai entendu dire, repartit Yen-sou, que ses vers annonçaient un talent particulier ; peul-être que les goûts de chaque personne ne sont pas les mêmes. »

e blement accueillis (par suite d’une substitution frauduleuse qu'il ignore), se compare à un licencié qui a concouru sans succès pour le grade de docteur.

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