‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 224 sur 264 · Mot à mot : Il ne faut pas manquer votre projet · texte numérisé non relu

Mot à mot : Il ne faut pas manquer votre projet

mission au gowerneur, et lui rapporta de paint en point l'entretien qu'il avait eu avec Sou-yeou-pé. « Laissez-le faire comme il voudra, dit le gouverneur en riant. Pour le moment, veuillez vous en retourner; j'ai trouvé un bon moyen. » On peut dire avec raison :

L’abeille et le papillon s’irritent de ne pouvoir recueillir le parfum des fleurs.

L'hirondelle et le loriot sont honteux de ne pouvoir reteair le printemps.

Quand les branches en fleurs ont perdu la faveur du roii de l'Orient,

Comment la pluie ow le vent pourraient-ils cesser leurs ravages ?

Or, Yang, le gouverneur, voyant que Sou-yeou-pé ne se prêtait pas à ses propositions de mariage, il en conçut un vif ressentiment. Il confiait à Sou-yeou-pê des affaires douteuses et difficiles et lui ordonnait de les juger. Sou-yeou-pé, les ayant jugées avec toute la clarté possible, les soumeltait à son supérieur ? qui, d'ordinaire, n’approuvait point sa décision, et la faisait reviser par un autre tribunal. Qand il avait jugé la seconde partie d’une affaire, le gouverneur la lui faisait juger de nouveau; quand la première partie avait été révisée, il la faisait réviser une seconde fois. Souyéou-pé n’avait pas plus tôt terminé plusieurs affaires, qu'il lui en donnait d’autres à juger. Tantôt il lui or-

1. Cust le printemps, suivant l’ouvrage intitulé Chang-chou-wet.

(Voyez p. 299, n. 2.) 2. C'est à-dire au gouverneur Yang.

donnait de réclamer de l'argent volé gui n'avait point de maitre, tantôt de prendre des voleurs qui m'existaient pas. De sorte que Sou-yeou-pé, aœŒablé d'occupations, n'avait pas un jour de repos. Quand il avait achevé sa tâche, il n'obtenait jamais da plus légère marque de bienveillance.

« Evidemment, se dit Sou-yeou-pé, c'est parce que le mariage proposé n'a point réussi, qu'il veut me réduire à l'extrémité. Comme je suis sous ses ordres, je ne pourrai jamais lui tenir tête. Je songe que mademoiselle Pé n'est plus du monde, et qu'en outre Lou-meng-li et sa sœur sont devenues invisibles. Je suis tout seul ; au-dessus de moi, je n'ai plus ni père ni mère; dans l'intérieur, je n'ai ni femme légitime ni femme de second rang, el d'ailleurs je ne cherche pas les richesses. Si, pour garder ce bonnet de crèpe noir, je travaille comme un bœuf ou un cheval au milieu des livres et des registres, c'est quelque chose d'insipide. Ajoutez à cela que j’ai au-dessus de moi cet implacable ennemi. Comme il n’y a pas longtemps que je suis en place, s’il veut me faire du mal, il n’en trouvera pas le sujet. Mais, au bout d’un certain temps, il cherchera quelque prétexte pour faire un rapport contre moi, et alors, si j'ai des démélés avec lui, ce sera peine perdue. Ce qu'il y a de mieux est de quitter immédiatement ma charge et de m’en aller, de maniè à le couvrir de confusion. Les personnes qui se trou vent près de moi verront bien que c'est à cause de que je suis parti, et j'aurai pour moi l'opinion p

blique. Si, dans la suite, je veux rentrer en charge, ce me sera très-facile. »

Son projet étant arrêté, il acheva de présenter l’une après l'autre toutes les affaires qui lui avaient été confiées par sn supérieur, et détruisit tous les mandats d'amener de son tribunal. Ensuite, il écrivit une lettre et la fit porter par un de ses employés au préfet, qu'il priait d'annoncer sa résolution aux trois Youen, et aux différents magistrals. Comme il n’avait avec lui nulles personnes de sa famille, il partit seul sous un habit ordinaire, prit seulement les domestiques qu'il avait amenés, ainsi que Siao-hi, et emporta quelques vêtements. Dès le grand matin, sous prétexte que le juge provincial l'avait demandé pour examiner une affaire de son ressort, et ne lui avait point permis de se faire accompagner de ses satellites, il sortit de la ville de Tsien-thang pour louer un bateau et se rendre à Kinling (Nan-king). Une fois sorti de la ville, il se rendit sur les bords du lac Si-hou, et là il se livra encore à ses réflexions. « Comme je pars, dit-il, sans motif apparent, quand le préfet et les deux sous-préfets en auront été informés, ils ne manqueront pas de faire courir leurs gens après moi. Si je pars d'ici, il est sûr qu'ils me rejoindront; et si je reviens après avoir été rejoint par eux, je n'aurai pas lieu de me réjouir. Il vaut mieux passer le fleuve de Tsien-thang et aller faire une excursion à Chan-in et à la grotte de l'empereur Yu. Au bout de quelques jours, quand ils versent l'inutilité de leurs recherches, ils y renonceront d'eux-

a5s VEXÉ PAR UN HOMME PUISSANT,

mêmes. Je pourrai alors m'en revenir tout à mon sise ; je n'y vois aucune difficulté. »

Après avoir arrêté sa résolution, Sou-yeou-pé loua sur le lac un petit bateau et s'en revint à l'embouchure du fleuve. Une fois débarqué, il se mit à magher doucement à pied. À peine avait-il fait un li, qu’il aperçut un grand couvent, et devant la porte, une multitude de pins et des cyprès qui offraient un ombrage frais et agréable. Sou-yeou-pé choisit un bloc de pierre sec et propre et s’y assit pour se reposer. Après qu'il se fut reposé un instant, il vit passer devant lui un de ces devins qui consultent les Koua'. Sou-yeou-pé, l'ayant regardé par hasard, fit sur lui les observations suivantes :

Il portait un bonnet carré {out imprégné de sueur.

Il avait une casaque verte, dont les trous laissaient voir ses épaules.

La peau de sa figure était marquetée de points noirs;

Un goître hideux pendait à son cou.

Il tenait dans sa main l’étui des Koua ?,et ne cessait de le frapper avec bruit. |

L'’enseigne de sa profession était suspendue à sa ceinture, sans le secours d'une agrafe.

1. Figures symboliques inventées par Fo-hi, et dont on se sert pour tirer l'horoscope ou prédire l’avenir.

2. C'est une boîte renfermant des fiches de bambou, dont chacune porte une des figures symboliques appelées Koua. Le devin les jette par terre pêle-mêle après les avoir secouées dans la bolie, et donne sœæ prédictions d’après la manière dont elles se trouvent disposées.

Saï-chin-#fèn frappait sur cet étui pour appeler sur lui l'attention du public.

On peut dire que son extérieur était repoussant. Il possédait, dans sa tête!, de mystérieux secrets capables d'affliger les Esprits.

Sou-yeou-pé, ayant vu ce devin avec son air laid et ignoble et ses vêtements en loques, l'avait laissé passer sans faire attention. Mais quand il eut vu à sa ceinture une pelite pancarte où étaient écrits les sept mots : Saïñ-chin-sién?-ko-sie-thien-ki (le maître Saï-chin-sien, par les koua à, révèle les décrets du ciel), il fut tout à coup frappé d'une réflexion. « Je me souviens, dit-il, que l'an dernier, lorsque je sortais de chez moi, j'ai rencontré cet homme qui me demanda mon fouet pour chercher sa femme, et me dit que ce devin, qui fait des prédictions à l’aide des koua, s'appelait justement Saïi-chin-sièn. Ne serait-ce pas ce même individu qui vient de passer tout à l'heure? Précédemment, je voulais aller le chercher dans le village de Kiu-yong{. Pourquoi le manquerais-je aujourd'hui qu'il est devant moi? » |

Sur-le-champ, il ordonna à un de ses domestiques de courir après lui et de le prier de revenir. Le devin voyant qu'on l'appelait, revint sur ses pas, et aprés

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