C'est-à-dire : pour un petit besoin
&. Le pavillon où l’on ne révèle pas (sa joie). Ce passage ne présente aucune difficulté à un Chinois qui connaît ses auteurs, mais il n'est pas aisé d'en faire sentir l'importance aux lecteurs européens. Chez nous, un homme qui ne saisirait pas l'application qu'on
Yang-fang, qui se flattait de connaître ces trois caractères, ne cessait d'y arrêter les yeux. Ou, l'académicien, ayant remarqué qu'il les considérait avec atlention, « Ces caractères, lui dit-il, ont élé écrits par Ou-ye-px, surnommé P’ing-kiun. Tous les traits sont fermes et hardis; on peut dire que c'était un célèbre calligraphe. »
Yang-fang, qui voulait faire parade de ses connais-
peut faire de ces mots d'Horace: Desinit in piscem — Non missure culem — Ecce iterum Crispinus, etc., passerait à bon droit pour us médiocre humaniste qui a fait de mauvaises études, où qui a oublié son latin. En Chine, on apprécie le mérite littéraire d'un homme d'après la connaissance plus ou moins complète qu'il possède des quatre livres classiques et des cinq livres canoniques, dont les priacipaux passages doivent être sacs cesse présents à sa mémeire.
Daos le Chi-king, ou Livre des vers, le troisième des livres canoniques, on trouve dans le premier livre, chap. v, l'ode 2, où le sage qui vit heureux dans Ja retraite qu'il a choisie, dit qu'il a concentré sa joie au fond de son cœur, et jure qu’il ne la révélera pas (foekou) au dehors. Voici la dernière strophe de l’ode :
Kbao-p’an-tsai-lou Chi-jin-tchi-tchou To-mel-ou-sou
Yong-chi-fou-xov.
Frapper la cymbale sur le plateau de la montagne, C'est la récréation du sage.
Soit qu’il dorme seul, soit qu'il repose éveillé, ll jure constamment de ne point révéler (fou-kou) sa joie. Oa voit que, pour le besoin de Ja rime, le second mot de l'inscrip-
tion (vulgo kao) doit perdre le son qui lui est habituel et se pro-
noncer kou. Or, comme Yaug-fang l'a prononcé kao, il a montré à l’académicicon qu’il ne connaissait pas cette ode du Chi-king, et, par conséquent, il a fait preuve d'une profonde ignorance. D'où il suit naturellement qu’un jeune homme qui a commis cette faute grossière, ne saurait prétendre à la main d'une personns aussi instruite, aussi lettrée que mademoiselle Hong-yu.
sances littéraires, se häta de répondre : « C'était vraiment un habile calligraphe. Le mot hier (pavillon) est assez ordinaire, mais les deux mots fou-kao sont d'une perfection divine. »
Or, Yang-fang avait donné au second mot sa pronon- . cistion habitucile (kao); il ignorait que les deux premiers mots empruntaient leur signification au passage du Chi-king (le livre des vers) Fou-hiouen-fou-kou (je ne l'oublie pas, je ne le fais pas connaître), el que là, pour la rime, le mot kao devait prendre le même son que kou (vallée).
Ces paroles de Yang-fang furent un trait de lumière pour Ou, l’académicien, qui lui dit d’une voix confuse : « C'est bien cela. » On peut dire à cette occasion :
Tant qu’ils se taisent et montrent un air benin,
Le dragon et le serpent sont difficiles à distinguer! ; Mais dès qu’ils poussent un cri?,
On aperçoit toute la laideur de leur figure.
Au moment où ils achevaient de parler, ils virent rentrer ensemble Yang et Pé-kong qui étaient sortis pour affaire %. La compagnie causa encore de différentes choses, puis Ou, l’académicien, invita de nouveau ses hôtes à se mettre à table, et voulut recommencer le jeu de Hing-ling*. Yang-fang céda son tour
1. Ces vers font allusion à Yang-fang, qui n’a pu ouvrir Ja bouche sas montrer sa stupidité et son ignorance.