‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 67 sur 264 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

OU, L'ACADÉMICIEN, RENCONTRE UN HOMME DE TALENT SOUS DES ARBRES EN FLEUR

Nous avons vu que Ou, l’académicien, indigné des procédés odieux de Yang, le moniteur impérial, s'était cru obligé de demander un congé. Il avait emmené secrêtement mademoiselle Pé, et était sorti de la capitale pour retourner dans sa famille. Après avoir échappé ainsi à la gueule du tigre, il fut assez heureux pour faire tout ce voyage d'une manière sûre et tranquille, et, en moins d'un mois, il arriva chez lui, dans la ville de Kin-ling (Nan-king). Or Ou, l’académicien, avait une fille nommée Wou-yen (sans attraits); elle était âgée de dix-sept ans, et avait un an de plus que Hong-yu. Elle était déjà mariée, mais elle n'avait pas encore quitté la maison palernelle pour joindre son époux. Quoique ce fût la fille d’un magistrat, elle avait l'air fort commun. Elle était la cousine de

138 OU RENCONTRE UN HOMME DE TALENT Hong-yu!. Ou l’académicien, à qui Pé-kong avait confié sa fille, eut peur que Yang ne se mît à sa recherche. Il changea aussitôt le nom de Hong-yu (jade rouge) en celui de Wou-kiao (sans beauté), et voulut qu’elle et Wou-yen se donnassent les noms de sœur aînée et de sœur cadette. De plus, il recommanda aux gens de la maison d'appeler l'une Ta-siao-tsie (la grande demoiselle) et l'autre Eul-siao-tsie (la seconde demoï-

- selle), et ne leur permit point de prononcer le nom de Pé.

Quand Ou, l’académicien, arriva dans sa maison, on touchait déjà à la fin de l'hiver, de sorte qu'après avoir fait un grand nombre de visites, et diné plusieurs fois en ville, il se trouva en un clin d'œil à l'entrée du printemps. Il n'était occupé que de l’idée de chercher à Wou-kiao un époux distingué. Mais quoiqu'il eût pris de tous côtés des informations, il ne trouva personne à son gré. Un jour, lous les magistrats de la ville étaient allés dîner ensemble? dans le couvent de Ling-kou *, pour admirer les pruniers en

4. Littéralement : Elle et Hong-yu étaient sœur aînée et sœur cadette du côté de la sœur du père et du frère de la mère.

La sœur de Ou, père de Wou-yen, avait épousé Pé-kong ; par conséquent, Ou était le frère de la mère de Hong-yu. Les deux jeunes filles se trouvaient ainsi cousines.

2. Mot à mot: Avaicnt eu le vin en commun (yeou-khong-thsieow). Le mot fhsieou, vin, se prend souvent dans les romans pour reprs, collation.

3. Ling-kou était une montagne célèbre de la province du Kiangnan. (Pci-wen-yun-fou. Liv. 00 B, foi. 244.)

fleur. Or, la vue des pruniers en fleur, du couvent de. Ling-kou, était le plus charmant spectacle de Kin-ling (Nan-king). Près du couvent, sur une étendue de plusieurs li‘, on voyait partout des pruniers à fleurs rouges et à fleurs blanches. Tout le long de la route, l’odorat était enivré de leur doux parfum. Dans l'intérieur du couvent, il y avait quelques pruniers à fleurs vertes ? d’une beauté plus remarquable encore.

Au commencement du printemps, on y voyait des poëtes et des promeneurs sans nombre. Ce jour-là, Ou, l’académicien y avait suivi la foule. Quand il fut arrivé dans le couvent, dès le premier coup d'œil, il aperçut en effet de très belles fleurs. Un ancien poëte nommé K:o-khi-ti, a composé deux pièces de vers à où il éélèbre uniquement la beauté des pruniers en fleur.

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