Savoir : De 7^500 à 15,.00a francs
2. Mot à mot : Lui, une première année, a b&ti le couveiit, la deuxième annie, aussitôt il a procréé une flile.
S'EFFORCE DE JOUER LE ROLE D'UN POETE. tl5
aatenrs anciens on modernes, qu'elle n'ait lus à fonâ; les poésies, les romances, les chansons qu'elle corn* pose, seraient capables d'effacer celles des anciens. Lors même que le seigneur Pé a écrit une pièce de wentcbang (style élégant), il veut toujours que sa fille la lui corrige. Dites-moi, monsieur Sou, s'il y a quelqu'un au monde qui possède un fils d'un tel mérite? » Âpres avoir entendu Tsing-sin énumérer tant de belles qualités, Sou-yeou-pé éprouva soudain un frémissement dans tous ses membres, et faillit perdre connaissance. € €ette demoiselle est-elle mariée ?demanda-t-il sur-le-champ.
— Où pourrait-on trouver, ditTsing-'Sin^ un homme digne de l'épouser?
— Dans cette ville, dans ce district, dit Sou-yeou-pé, les hommes riches et nobles ne sont pas rares. Est-ce qu'il n'y en a pas qui puissent aller de pair avec elle pour le rang et la fortune? Pourquoi n'y aurait-il aucun homme digne de l'épouser?
— Si Ton voulait, dit Tsing-sin, la donner à un homme riche et noble, rien ne serait plus aisé, mais le seigneur Pé ne fait aucune attention à la fortune ni à la noblesse. Il cherche uniquement un homme qui se distingue entre tous par ses agréments extérieurs et son talent littéraire.
— C'est une chose fort aisée, repartit Sou-yeou-pé.
— Il y a encore un point difficile, dit Tsing-sin. Quiconque vient la demander en mariage, est obligé de composer ttne pièce de vers ou un morceau de prose
ii6 UN PRÉTENDANT, LAID. DE FIGURE,
élégante, et il faut que le père et la fille les aient approuvés, pour qu'ils daignent lui donner leur consentement. Cette demoiselle est douée d'un goût si élevé, que parmi les pièces de vers et de prose qui lui onlété
présentées, il n'en est aucune qui ait pu lui plaire. De là vient qu'à force de temporiser, elle est arrivée aujourd'bui à l'âge de dix-sept ans, sans avoir voulu engager sa foi à la légère.
— C'est donc pour cela? » dit Sou-yeou-pé. Au fond du cœur, il éprouva une joie secrète, c II est clair, dil-il, que je dois trouver ici la femme que le ciel me destine. » Quelques instants après^ un religieux servit le riz. Après qu'ils eurent mangé tous deux : ^ Monsieur Sou, dit Tsing-sin, comme vous êtes fatigué de votre voyage, je pense que vous avez besoin de dormir. »
Il prit alors une lampe, et conduisit Sou-yeou-pé dans une chambre fort propre, deslinée aux hôles. Ensuite il brûla dans une cassolette des parfums exquis^ fit bouillir d'excellent thé, qu'il plaça sur sa table, et ne se relira qu'au moment où Sou-yeou-pé lui parut endormi.
Après avoir entendu raconter tant de choses, Souyeou-pé, dans le désir de voir mademoiselle Pé, était agité de mille pensées; il avait beau se retourner en tous sens, il ne pouvait venir à bout de dormir. Il crut devoir s'habiller comme auparavant et se lever. Il ouvrit la fenêlre, et voyant qu'il faisait aussi clair que dans le jour, grâce à la lune qui brillait au milieu du ciel, il réveilla Siao-hi, et, sortant du couvent, il se promena devant la porte. Comme il était charmé de la
clarlé de la lune et avait l'esprit était vivement préoccupé, il suivit insensiblement Tombre d'une rangée de pins, et s'étant éloigné du couvent, d'une portée de flèche, il entendit soudain des gens qui causaient en riant. Sou-yeou-pé, ayant regardé avec attention, reconnut que c'était un village habité. Apercevant, au milieu, des pêchers et des pruniers d'un riant aspect, il marcha au hasard et arriva à côté d'un pavillon. Ayant jeté un coup d'œil dans l'intérieur, il y vit deux hommes occupés à boire et à composer des vers. Souyeou-pé s'arrêta aussitôt, et se tint furtivement en dehors de la fenêtre pour les écouler. L'un, qui était vêtu de blanc, disait : t Monsieur Tchang, il fallait votre talent pour trouver la rime du mot ichi (branche).
t La rime du mot tchi (branche), disait l'homme habillé de vert, était sans importance, mais celle du mot 8se (penser) était fort difficile et exigeait un grand effort d'esprit; à l'exception de moi, le vieux Tchang, qui est-ce qui aurait pu la trouver?
-^ En effet, répartit l'homme vêtu de blanc, vous l'avez fait rimer d'une manière merveilleuse; tous les poètes de notre époque ne peuvent s'empêcher de vous céder le pas. Quand vous aurez encore achevé ces deux vers, ce mariage sera bientôt arrangé et vous pourrez presque compter dessus. »
Celui qui était vêtu de vert inclina la tête et se mit à réfléchir et à marmotter entre ses dents; puis, après une courte pause : a Je l'ai trouvé! je l'ai trouvé I s'écria-t-il à haute voix; c'est admirable, admirable! §
Il saisit à la hâle son pinceau, el, après avoir écrit, il présenta le papier à rtiomme vôlu de blanc. Celui-ci, y ayant jeté les yeux, éclata de rire en battant des mains. C'est merveilleux, s'écria-t-il. En vérité, toutes les expressions sont de l'école de Thou-fou *. Non-seulement les rimes sont parfaitement justes, mais la pièce se termine d'une manière noble et touchante. Je m'incline avec respect devant votre talent supérieur.
— Mes vers sont finis, dit celui qui était vêtu de vert; la charmante demoiselle est bien près de tomber en ma possession. Dites-moi, monsieur, si vous êtes disposé à quitter la partie.
— Autrefois, dit l'homme vêtu de blanc, j'avais un talent poétique des plus remarquables; mais ce soir, après avoir été vaincu par vous, je ne puis venir à bout de faire des vers. Pour le moment, je voudrais boire quelques tasses de vin et faire un somme. Quand mes esprits auront acquis un peu de vigueur, je tâcherai de composer une pièce de vers pour me mesurer avec vous.
— Puisque vous voulez boire, dit l'homme vêtu de vert, attendez que je relise à haute voix ces vers, et que je vous les récite, pendant que vous serez occupé à boire ; qu'en dites-vous ?
— Ce sera charmant! ce sera charmant! » répondit l'homme vêtu de blanc.
1. L'un des podtes les plus célèbres de la Chine, qui vivait sous U dynastie des Thang.
A ces mots, son compagnon lai récita à liante voix les vers suivants :
Quand le saule a senti rintluence du printemps, Il pousse une branche, puis encore une branche ; On dirait une plante verdoyante suspendue au haut de Tarbre, Ou bien des fils d'or qui pendent à sa cime.
Le jeune homme vêtu de blanc, sans attendre qu'il eût fini de lire, s'écria d'une voix bruyante : a C'est admirable I admirable! Eh bient buvez d'abord une tasse; vous lirez ensuite. 9,
A ces mots, il remplit une tasse et la présenta à l'homme vêtu de vert. Celui-ci, transporté de joie, prit la .tasse et, l'ayant vidée d'un trait, il continua de réciter un second quatrain :
Le vieux pêcheur est plein de joie quand il a pris un poisson à la ligne.
Le cocher se désole, quand son cheval reste immobile sous le fouet.
A la fin, il vi^nt un jour où Tarbre se trouve deôséché,
El ne fournit plus qu'une charge de menu bois *.
Quand le jeune homme vêtu de vert eut fini de lire, celui qui était vêtu de blanc le combla- d'éloges. Sou-
1. Littéralement : Dans une charge de broussailles, (rhomme) porte pluaieors fois dix mille soies (dix mille branches très-minces).
L'auteur ne pouvait mieux montrer l'ignorance de ces deux jeunes gens qu'en faisant exalter, par i'un d'eux, les vers ridicules de son compagnon.
Sao UN PRÉTENDANT, LAID DE FIGURE,
yeoa-pë, qui avait tout entendu en dehors de Ta fenêtre, ne put s'empêcher de pousser un cri et d'éclater de rire. A ce bruit, les deux amis sortirent tout à coup eu dehors de la fenêtre pour en savoir la cause, et apercevant Sou-yeou-pé : c Qui êtes-vous ? lui demandèrentils, et pourquoi vous cachez-vous ici pour vous moquer de nous?
— C'est par hasard, répondit Sou-yeou-pé, que je suis arrivé en cet endroit, en contemplant l'éclat de la lune. Quand j'ai entendu réciter des vers d'une beauté merveilleuse, j'ai tout à coup bondi de joie S et je vous ai manqué en laissant échapper un cri ; je suis bien coupable.»
Les deux amis voyant la figure distinguée de Souyeou-pé et la grâce de son langage : c Monsieur, dit celui qui était vêtu de blanc, vous êtes, à ce que je vois, un homme de goût, versé en poésie.
— Monsieur, dit celui qui était vêtu de vert, comme vous êtes un homme distingué, voudriez-vous vous asseoir un moment avec nous?» En disant cela, il prit Sou-yeou-pé par la main et le fit entrer avec lui dans le pavillon.
« Je crains de vous importuner, dit Sou-yeou-pé?
— Tous les hommes de l'empire sont frères, repartit le jeune homme vêtu de vert. Qui vous en empêche? »
Il dit, et après l'avoir fait asseoir à la place d'houneur, il ordonna à un petit domestique de lui verser