‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 101 sur 148 · Mot à mot : Mes mains ont dadsé, mes pieds ont trépigné · texte numérisé non relu

Mot à mot : Mes mains ont dadsé, mes pieds ont trépigné

S'EFFORCE DE JOUER LE ROLE D'UN POETE. fSl

du vin. Puis, s'adres^anl 5 Sou-yeou-pé: «Monsieur, lui dit-iU quel est votre honorable nom de famille, et votre noble surnom?

— Mon obscur nom de famille est Sou, répondit-il, et mon surnom est Liôn-siôn. Oserais-je, messieurs, <rous demander quel est votre honorable nom de famille et votre noble surnom?

— Je m'appelle Wang, dit Thomme vêtu de blanc, mon obscur surnom est Wen-khing *. » Ensuite, montrant du doigt son camarade, vêtu de vert : < Ce monsieur, dit-if, s'appelle Tchang, de son nom de famille; son honorable surnom est Koue'i-jou; il est le plus riche de notre pays, c'est en même temps un homme de talent. Ce jardin fleuriste est le lieu où M. KoueKjou se retire pour étudier.

— En ce cas, dit Sou-yeou-pé, je lui ai manqué de respect. Les beaux vers que je viens d'entendre, ajouta-t-il, me paraissent composés en l'honneur des saules printaniers.

— Monsieur Liôn-siôn, repartit Tchang-koueï-jou, il faut que vous ayez l'oreille fine, pour avoir si bien entendu^ malgré la fenêtre qui vous séparait de nous. Quant aux vers, ils célébraient en effet les saules prin-

1. Mot à mot : Wen,qui entre dans le mot Wen*tchang (style élégant), et khing, qui fait partie du mot Khing-siang (un grand officier ou un ministre). Comme il y a en chinois beaucoup de mots qui se prononcent wen et kking, le Jeune homme vêtu de blanc rappelle ces deux mots composés^ pour indiquer la véritable orthographe de son nom honorifique.

tn ^UN PRÉTENDANT, LAID DE FIGURE,

taniers; seulement, ils présentaient beaucoup de difficultés.

— Quelles difficultés? demanda Sou-yeou-pé.

— Ce qu'il y avait de plus difficile, dit Tchangkoueï-jou, c'était d'ajuster les rimes*. Aussi ai-je dû déployer toutes les ressources de mon esprit pour venir à bout de celte pièce.

— Monsieur, demanda Sou-yeou-pé, quel est l'auteur de cette pièce de vers qui vous a causé tant de peine?

— Si ce n'élait pas une personne d'une beauté merveilleuse, repartit Tchang-koueï-jou, je ne me serais pas donné tant de tourment.

*- Comme vous m'avez donné tous deux une si grande marque d'amitié, dit Sou-yeou-pé, pourquoi ne pas me mettre au fait?

— C'est une histoire charmante , dit Wang-wenkliing, maison ne peut vous la dire à la légère. Si vous voulez l'entendre, il faut d'abord que vous buviez trois grandes tasses; après quoi, je vous la raconterai.

— C'estjuste, c'est juste, s'écria Tchang-koueï-jou. » Sur-le-champ, il ordonna à un domestique dç lui verser du vin.

— Je suis un faible buveur, dit Sou-yeou-pé, et je ne saurais porter beaucoup de vin.

-^ Si vous voulez entendre cette charmante histoire.

1. Il veut dire de faire répondre les rimes à ceUes de la pièce originale, composée par mademoiselle Pé.

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dit Wang-wen-khing, vous n'avez qu^à faire un effort pourboire.*

Sou-yeou-pé ayant réellement bu les trois grandeé tasses^ € Vous êtes un aimable homme, lui dit Tchangkoucï-jou. Aussi, je vais vous la raconter. La personne qai , la première, a traité ce sujet, est la fille d'un magistrat retiré qui habite le village que vous voyez devant vous. Elle remporte sur Si-chi, et efface Mao-tsiang K C'est une beauté accomplie. Elle a juré de ne point épouser un homme vulgaire. Elle veut uniquement un homme de talent qui, en fait de vers, de romances, de chansons et de poèmes, puisse lui tenir tète. C'est alors seulement qu'elle consentira à se marier. Avant-hier, comme elle était venue dans le cou-

1. Suivant le recueil Wen-sioaen, li?. XIX, fol. 13, Si-cbi etMaotsiaDg étaient deux belles femmes de l'antiquité. Mao-tsiaog est citée pour sa beauté par le philosophe Tchoang-tseu. J'ai donné quelques détails historiques sur Si-chi, dans le roman chinois intitulé les Deux jeunes filles lettrées, vol. I, p. 43. Mais là,]e me suis trompé en prenant Mao-tsiang pour le surnom de Si-chi, et en faisant ainsi une seule personne de deux femmes distinctes. J'ai été induit en erreur par le dictionnaire Yun^fou-kiun-yu^ où on lit (liv. VI, fol. 43) : Si-chi-mao-tsiang.

Cette erreur était d'autant plus naturelle qu'au même endroit on lit : Waug-tsiang-tchao-kiun, c'est-à^ire Wang-tsiaug, «umommée Tchao-kiun. La tournure est absolument la même, de sorte que dans le premier cas on avait le droit de penser que les deux derniers mots (mao-tsiang) étaient un surnom, tandis qu'ils désignaient une personne différente. (Voyez p. 165, 206, 208.)

Dans le P^et-wen-yun-fou, liv. XII, fol. 74, on voit que Tchao-kiun était en effet le surnom de Wang-tsiang, que, par abréviation les historiens appellent Wang-tcbao-kiun, au lieu de Wang-tsiang-tchaokiun.(Cf. Yun'foU'kîun'yu,\iv. IV, fol. 29, r.)

ni UN PRÉTENDANT, LÀID DE FIGURE,

vent pour brûler des parfums, à la vue des saules printaniers, elle se sentit inspirée, et, à ce sujet, elle composa aussitôt une pièce de vers. Puis, adressant une prière secrète au Bouddha : c Si quelqu'un, dil-elle, € réussit à faire une pièce de vers sur les mêmes rimes t que les miens, je serai heureuse de le prendre pour € époux. » Voilà pourquoi, ajouta-t-il, moi et M. Wang, nous nous occupions ici à rimer, dussions-nous mouiir à la peine. J'ai eu le bonheur d'achever ma pièce sur les mêmes rimes, de sorte que j'ai quelques raisons de compter sur ce mariage. Dites-moi, monsieur Sou, si mes vers sont bons. >

En entendant ces paroles, Sou-yeou-pé, vit bien qu'il s'agissait de la fille de Pé, du litre de Chi-lang S mais il ne laissa pas voir sa pensée et se contenta de dire : « S'il en est ainsi, j'oserai vous prier de me montrer un instant la pièce originale.

— Si vous voulez voir ces vers, dit Tchang-koueïjou, il faut que vous buviez encore trois tasses.

— Attendez que je les aie vus, répondit Sou-yeou-pé; je boirai après.

— Eh bien ! soit, dit Tchang-koueï-jou, mais quand vous les aurez vus, il vous faudra boire. »

A ces mots, il tira la pièce de vers d'une cassette \ et la présenta à Sou-yeou-pé. Celui-ci, ayant déployé la

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