Le printemps. {P*ing-t8eti4ou%'pxen^ liv. CXIII
3. Les poètes chinois comparent souvent les branches du saule à des fils de soie. Dans les vers qui précèdent, le saule est personnifié.
Comme il ne cessait de regarder et de relire ces vers, sans pouvoir s'en détacher : «Monsieur Sou, lui dit Tchang-koueï-jou, vous les avez assez lus. Est-ce que ces vers ne valent pas trois tasses de vin *? Voudriez-vous encore vous excuser de boire?
— Si l'on considère la beauté de ces vers, dit Souyeou-pé, il faudrait boire trois cents tasses de vin ; mais je suis un faible buveur; il m'est impossible de vous obéir.
— A ce que je vois, dit Wang-wen-khing, monsieur Sou sait goûter la beauté de ces vers; je suis sûr qu'il excelle en poésie. S'il réussissait à composer une pièce de vers sur les mômes rimes, je lui ferais grâce de ces trois tasses.
— Eh quoi! dit Tchang-koueï-jou en riant, pour éviter de boire trois lasses de vin, il irait faire une pièce de vers! Pensez- vous que M. Sou soit si fou?
— Le fait est, dit Sou-yeou-pé, qu'il m'est impossible de boire davantage. Si je ne puis faire autrement, je ne demande pas mieux que de composer*
1. Comme s'il disait : Ces yen de mademoiselle Pé ne méritentils pas qu'on boive trois tasses de vin après les avoir lus ?
2. En chinois tou-ichouen '4096-3627), expression difficile que n'explique aucun dictionnaire. Elle signifie composer des vers comme Tou-mey surnommé Ssc-hiong, qui excellait dans le genre des chansons. {Yun-foU'kiun-yUy liv. X, fol. 16.) Suivant l'ouvrage intitulé Ye^he isong-tan^ la plupart de ses vers n'étaient point conformes aux ^^gles de la poésie. C'est donc ici une expression modeste pour dire: Faire des vers îrréguliers, informes (Cf. P^et-wen-yun-fou, liv. XLV, fol. 28.)
quelqaes vers informes, et vous demander ensuite des leçons*.
— Qu'en pensez-vous, dit en riant Wang-wen-khîng (à son ami)? A ce que je vois, M. Lièn-sièn est un peu en verve. »
En disant ces mots, il prit un pinceau et un encrier et les plaça devant Sou-yeou-pé. Celui-ci saisit le pinceau, et rimbiba d'encre; puis, d'après les rimes de la pièce originale^ il composa sur-le-champ les vers suivants :
Le vent est très-doux, et la pluie est venue en son temps*
Les racines et les rejetons ont formé branches qui vivront pendant six générations.
A la vue de la vapeur légère qui enveloppe le pont éclatant de couleur, mon âme poétique se sent défaillir.
Dans les jardins des Souï ^, ie saule aimé du printemps laisse tomber son ombre vacillante.
Ses branches dorées^ qui traînent sur la terre, sont vraiment à plaindre.
Maintenant que la neige remplit le ciel, à qui pensé-je avec amour ?
Si le loriot, dans son vol, s'informe de retendue de mes sentiments,
Je le prie d'en juger d'après les soies verdoyantes du saule.
Sou-yeou-pé, ayant fini d'écrire, présenta ses vers à ses deux compagnons. « Messieurs, leur dit-il, j'ai fait
1. Mot à mot : Vous prier de in'inBtruire. Comme s'U disait : Vous prier de les corriger et 40 me donner des leçons de poésie.