‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 45 sur 148 · C'est-à-dire : Il ne faut pas qu'il se marie trop tôt · texte numérisé non relu

C'est-à-dire : Il ne faut pas qu'il se marie trop tôt

U. Il y a ici deux mots dont nul dictionnaire ne donne le sens : hing (vulgo punir), et khe {vulgo vaincre). Dans le langage des physionomistes chinois, CCS deux mots signifient perdre. Exemples : Si les sourcils sont épars et écrasent les yeux, on perdra (khe) sa femme légitime. La raie appelée yang-wen annonce qu'on perdra {hing) sa femme légitime. Si, dans la jeunesse, on a des cheveux blancs , on perdra (khe) de bonne heure son père et sa mère. Voyez Chin-siangthsiouen-pien^ liv. Il, fol. 34 ; liv. III, fol. 4.

Blême ouvrage, Uv. III, fol. 15 : Si un homme a la figure maigre et la peau plissée, il perdra {hing) sa femme, il perdra (khe) ses enfants et s'enfuira' dans un autre pays.

Dans un autre endroit, l'expression hing-khe de notre texte est expliquée par hm-to^ seul, veuf.

-r- Vos observations sont parfaitement justes, parfaitement justes, dit en riant Yang, le moniteur impérial. Depuis que mon fils a échoué au concours pour le doctorat, il étudie près de moi avec une ardeur infatigable. Toutes les fois que je fais des démarches pour le marier, il m'oppose un refus absolu. Il ne veut pas y donner son consentement avant d'avoir obtenu le grade de docteur. Je me dis que c'était de la folie, de l'extravagance, mais, au fond, il parait que c'est le destin qui le veut.

— Les richesses et les honneurs, dit Liao te-ming, ne nous viennent que parla volonté du destin; l'homme ferait de vains efforts pour les obtenir par lui-même. Votre noble fils, demanda de nouveau le devin, n'at-il pas encore été fiancé ?

— Il l'a été en effet, dit Yang, avec la nièce de Lieou, mon compatriote, président de la cour des inspecteurs généraux, mais elle est morte avant qu'il pût l'épouser. Voilà pourquoi il a tardé jusqu'à présent à s'établir.

— Si cette affaire a manqué, dit Liao-le-ming, c'est que le destin l'a voulu. Seulement, lorsque, à l'avenir, vous vous occuperez de marier votre fils, il faudra lui choisir une noble demoiselle, prédestinée au bonheur; voilà la seule épouse qui puisse lui convenir, i

Comme il parlait encore, les domestiques servirent une collation. Yang, le moniteur impérial, ne s'assit qu'après lui avoir cédé la place d'honneur. Une fois assis, ils se mirent d'abord à boire, puis Liao-te-ming

interrogea ainsi son hdte : c Ces jours derniers, y a-t-il eu quelques magistrats qui soient venus vous faire des propositions de mariage pour votre noble ûîs?

— Pendant plusieurs jours, répondit Yang, une multitude de personnes sont venues me faire des ouvertures à ce sujet A les entendre, il s'agissait de demoiselles riches, nobles et belles à ravir; mais, dans le nombre, il n'y en eut pas une seule du goût de mon fils. Je viens d'apprendre dernièrement que M. Pé possède une fille qui, par ses ouvrages d'aiguille, sa beauté et ses talents littéraires, efface toutes les femmes de notre époque. Avant-hier, comme j'étais à boire dans l'hôtel de M. Pé, après qu'on eut vidé quelques tasses, on distribua des rimes et l'on se mit à faire des vers. M. Pé, que les fumées du vin avaient étourdi, n'ayant pu s'acquitter de sa tâche, sa fille composa secrètement pour lui une pièce de vers pleine de pureté, de grftce et de fraîcheur, si bien que parmi nous, qui étions tous des docteurs de la même promotion, il se trouva plusieurs vieux poètes qui ne se sentirent plus la force d'écrire.

— Si mademoiselle Pé, dit Liao-te-ming, possède un si merveilleux talent, on peut dire qu'elle marche à la tête des femmes lettrées. De plus, comme votre noble fils est le coryphée du wen-tchang (du style élégant), il est clair que le ciel et la terre les ont créés tous deux pour faire un couple accompli. Ajoutez à cela que Votre Seigneurie et Pé-kong, vous êtes tous deux des docteurs de la même promotion. L'on peut dire que vos deux familles sont justement du môme rang et de la même

condition : que n'envoyez-TOUs une entremetteuse ^ pour en dire un mot?

— Il est vrai, répondit Yang, que c'est une belle affaire, mais ce vieux Pé-kong, mon ancien compagnon d'études, est d'un caractère un peu bizarre. S'il veut obtenir quelque chose de vous, il vous fera mille concessions; mais si vous allez le solliciter, il opposera toute sorte de prétextes et de difficultés, et vous débitera une foule de mauvaises raisons. Voilà pourquoi j'ai dédaigné de m'abaisser au point d'aller lui en parler le premier. Depuis deux jours, j'ai appris qu'il était trèspressé de choisir un gendre. Si, dans ce moment, je pouvais trouver un homme de sa connaissance qui voulût bien lui exposer en détail les talents et l'instruction de mon fils, et l'amener à consentir de cœur et d'âme, je lui enverrais ensuite une entremetteuse * pour dire un mot de notre affaire; je suis sûr qu'elle se conclurait le mieux du monde.

— Votre idée est fort lumineuse, lui dit Liao-te-ming, mais je crains que l'obscurité de ma condition et la faiblesse de mon langage ne puissent lui inspirer assez de confiance. Demain, en rendant visite à M. Pé, si je puis trouver un moment favorable, je lui ferai connaître en détail les talents supérieurs et les grands desseins de votre noble fils.

1. Ce mot se prend ici en bonne part. A la Chine^ les entremetteuses de mariage ont en quelque sorte un caractère légal, et toute union formée sans leur intervention est considérée comme immorale et illégitime.

— Si VOUS avez cette extrême bonté, lui dit Yang, n*allez pas lui laisser voir que cela vient de moi.

— f/est une chose entendue *, repartit Liao-te-ming en riant. Du reste, cette démarche aura pour effet, nonseulement de demander cette fille vertueuse pour votre noble fils, mais encore d'offrir à M. Pé un gendre des plus distingués; ce sera pour lui un grand avantage.!

Âpres avoir causé ainsi tous deux avec une entente parfaite, ils burent encore quelques tasses et achevèrent leur repas. Liao-te-ming se leva alors pour prendre congé de son hôte.

« Ouest situé votre honorable demeure? lui demanda Yahg; je n'ai pas encore eu l'avantage de vous rendre mes devoirs.

— Pour le moment, dit-il, j'ai pris un modeste logement dans l'auberge où se réunissent les marchands du Tche-kiang*; comment oserais-je donner la peine à Votre Seigneurie d'y porter ses pas? »

A ces mots, Yang l'accompagna jusqu'en dehors du salon. Quand il le vit arrivé devant la porte, il lui fit de nouvelles recommandations. « Si cette affaire réussit, lui dit-il, je me ferai certainement un devoir de vous récompenser généreusement.

— C'est trop de bonté ^ » dit Liao-te-ming à plusieurs reprises.

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