‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 84 sur 148 · Mot à mot : Je ne pourrais soutenir (ses reproches · texte numérisé non relu

Mot à mot : Je ne pourrais soutenir (ses reproches

sous DES ARBRES EN FLEUR. 16S

aussi de jouer le même jeu ^; gardez-vous, monsieur, de vous en formaliser.

— Je n'ai pas d'autre désir, dit Sou-yeou-pé; ce sera pour moi un immense bonheur.

— Monsieur, dit la dame Tchang, faites bien attention (à ce que je vous ai dit). Pour le moment, je pars; dans deux ou trois jours, je viendrai encore vous demander des nouvelles.

— C'est bien, c'est bien, dit Sou-yeou-pé. »

Nous laisserons partir l'entremetteuse, pour revenir Sou-yeou-pé, qui, après l'avoir entendue, commençait déjà à s'enflammer. Le lendemain, à Tinsu de tout le monde et sans emmener même son petit domestique, il sortit tout seul, et courut furtivement au coin du jardin fleuriste qui était situé derrière la maison de Ou, l'académicien. S'étant mis à regardera la dérobée, il aperçut en effet un pavillon élevé, dont les fenêtres, garnies de gaze, étaient entr'ouvertes et les jalousies rouges à demi baissées. Contre son attente^ il était arrivé de trop bonne heure; tout .était calme et nulle voix ne se faisait entendre. Il resta debout un instant, mais, craignant d'être aperçu, il se vit obligé de s'en retourner au plus vite. Après avoir attendu quelque temps (chez lui), il se mit à dîner, puis comme il était secrètement préoccupé, il retourna promptement à son poste.

Cette fois-ci Toccasion lui fui favorable. À peine fut-il

l.^d'est-à-dire : D'employer amsi bien des stratagèmes.

accouru, qu'il entendit plusieurs personnes qui riaient et causaient au haut du pavillon. Sou-yeou-pé craignit d'être découvert, et voyant qu'elles regardaient à la dérobée, il voulut tout à coup se retirer. Il s'esquiva alors à l'ombre d'un grand orme^ et fit semblant de cueillir des fleurs sauvages au pied des murs de la ville, tout en lançant des regards furtifs au haut du pavillon. Au bout de quelques instants, il aperçut deux servantes qui ouvraient toutes les fenêtres intérieures, garnies de rideaux de gaze, et relevaient deux jalousies brodées. En ce Inoment, it était déjà midi, et le vent qui soufiElait avec douceur, apporta bientôt à Sou-yeou-pé une bouffée de parfums délicieux. Dès qu'il les eut respires, il ne put se défendre d'une émotion ^secrète. Étant encore resté debout quelques instants, il aperçut tout à coup deux hirondelles brunes qui s'étaient échappées de dessus un poutre peinte, et venaient voltiger devant les jalousies. La légèreté de leur vol et la grâce de leurs mouvements ne faisait qu'ajouter aux charmes du printemps. Sou-yeou-pé se sentit vivement ému, lorsqu'il vit une servante qui, debout près de la fenêtre, se mit à crier tout haut : t Mademoiselle^ venez vile, voyez comme ces deux hirondelles voltigent avec grâce f »

Avant qu'elle eût fini de parler, il aperçut en effet une jeuiie demoiselle qui, se dérobant à moitié, accourut prés de la fenêtre en disant : t Les hirondelles^ où sont-elles ?» Au moment où elle disait ces mots, les hirondelles, voyant venir quelqu'un, s'envolèrent tout

sous DES ARBRES EN FLEUR. 165

à coup et s'enfuirent au milieu des saules qui s'élevaient du côté de Test. La servante les montra aussitôt du doigt en disant : c Les voici ^ »

La jeune demoiselle, étant accourue pour les observer, avança la moitié de son corps en dehors de la fenêtre, et vit ces hirondelles qui ne cessaient de voltiger de côté et d'autre. Pendant ce temps-là, Sou-yeou-pé put considérer cette demoiselle tout à son aise.Yoici ce qull remarqua : t Sa tête était couverte de perles et de plumes bleues; elle portait une robe de satin, et avait un air grave et sérieux. Mais, quoiqu'elle eût été élevée dans Tappartetoent intérieur, sa figure avait quelque chose de commun ; elle n'avait rien de ces grâces qui élèvent une femme au-dessus de son sexe. Ses yeux et ses sourcils ne disaient rien. Elle n'avait point cette aimable rougeur qui relève Téclat de la figure ; une couche de fard et de céruse formait toute sa beauté. En somme, c'était bien une autre Che *, mais celle de l'est et celle de l'ouest étaient bien différentes de figure. Qui aurait pensé qu'il y avait là deux jeunes

Page 1