‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 89 sur 148 · Mot à mot : Mille antiquités · texte numérisé non relu

Mot à mot : Mille antiquités

mérite distingué et d'une beauté extraordinaire, je ne me marierai de ma vie. »

Lieou-yu-tching partit d'an grand éclat de rire : c De cette façon, dit- il, si l'empereur vous demandait pour son gendre, vous n'y consentiriez pasi Voilà une merveilleuse résolution. Seulement, monsieur, il iaut que TOUS y persistiez fermement. N'allez pas manquer l'occasion pour Yous repentir à mi-chemin.

— Décidément, dit Sou-yeou-pé, je ne m'en repentirai pas. >

Lieou-yu-tching se Yit obligé de prendre congé de Sou-yeou-pé, et d'aller rendre réponse à Ou, l'académicien. Dès que celui-ci eut été instruit du refus obstiné de Sou-yeou-pé, il devint furieux et éclata en injures, c Eh qu'oit s'écria- t-il, ce petit animal s'émancipe à ce point! C'est uniquement parce qu'il a obtenu le premier rang sur la liste des bacheliers, qu'il montre cette folle insolence. Nous allons voir s'il pourra garder ou non ce grade de bachelier. >

Sur-le-champ, il écrivit à l'examinateur en chef une lettre très-détaillée, par laquelle il le priait de lui retirer son gradé. Or, cet examinateur s'appelait Li et avait pour petit nom Meou-hio. Comme il avait été reçu docteur en même temps que Ou, et avait obtenu une charge du même rang, dés qu'il eut lu la lettre, il se sentit disposé à l'écouter. D'un autre côté, comme il aimait le talent de Sou-yeou-pé et n'avait aucune faute à lui reprocher, il aurait voulu être sourd à cette demande. Mais, ne pouvant manquer d'égards à Ou, l'aca-

dëmicien, il fit venir secrètement le principal du collège. Il le chargea de parler de sa part à Sou-yeou-pé, et de lui communiquer avec douceur ses intentions, afin qu'il écoutât docilement les ouvertures du seigneur Ou, et qu'il évitât Tobstacle qui s'opposait à son avancement.

Le principal du collège obéit à cet ordre , et ayant prié sur-le-champ Sou-yeou-pé de venir dans son bureau, il lui raconta de point en point tout ce qui venait de se passer.

c Je suis très-sensible, dit Sou-yeou-pé à la bienveillance de Texaminaleur en chef, et je devrais, vénérable maître, obéir à vos ordres, mais votre disciple a des raisons secrètes qu'il ne peut tous exposer en ce moment. Veuillez seulement aller trouver l'examinateur en chef et, avec tous les ménagements possibles, lui dire un mot dans mon intérêt; je vous en aurai uue reconnaissance infinie.

— Excellent ami, lui dit le principal, vous vous trompez. Vous êtes maintenant dans la fleur de la jeunesse; vous avez vingt ans, c'est justement le moment de vous marier. Le seigneur'Ou vous offre sa fille dans les meilleures intentions; suivant moi, c'est une affaire superbe. Si je vous parlais de la fortune et de la noblesse du seigneur Ou, en raison de votre talent supérieur, vous ne manqueriez pas de les dédaigner. Mais, suivant ce que j'ai appris, sa fille est douée au plus haut point de talent et de beauté ; quand vous feriez un effort pour lui complaire, je ne vois pas ce que

VOUS aurie:^ à y perdre. Pourquoi refusez«yous avec tant d'obstination ?

— Vénérable maître, répondit Sou-yeou-pé, je vais vous parler sans détours. J'ai pris des informations exactes au sujet de sa fille; pour cela, il m'est décidément impossible de vous obéir.

— Excellent ami, reprit le principal, puisque cette affaire n'est pas de votre goût, il serait difficile de vous contraindre. Hais comme le seigneur Ou est un ancien condisciple et le collègue de Texaminatenr en chef, ce dernier ne peut se dispenser d'avoir des égards pour lui ; et si cette affaire vient à manquer, je crains bien que cela ne produise pas un bon effet pour votre avancement.

— Quel avancement m'offre ce collet vert ? * reprit Sou-yeou-pé en souriant. Est-ce que je voudrais m'y attacher au point de compromettre la grande affaire qui intéresse ma vie entière? Je laisserai l'examinateur en chef faire ce qu'il voudra. » A ces mots^ il se leva, prit congé et sortit.

Le principal du collège, voyant l'affaire manquée, alla sur-le-champ en informer Texaminateur en chef

A celte nouvelle , Texaminateur en chef éprouva un vif mécontentement • t Puisque ce garçon est si extravagant, se dit-il, je vais lui ôter son grade. »

Le principal réfléchit encore : c Si cette magnifique affaire, dit-il, tombait à un autre pauvre bachelier,

1. G'eBtrà-dire : Vêtement à collet yen qae portent les bncheliera.

T. I. Il

quand même il ne la verrait qn'en songe, il en serait ravi de joie. Mais lui, il la refuse d*une manière invincible ^ ; on voit qu'il a du caractère. De plus, comme je lui porte un certain intérêt, je ne puis prendre sur moi d'agir de saite ^. »

Comme il était dans Tincertude, il entendit soudain le bruit d'un pang*; au même moment, on lui apporta un numéro de la gazette officielle. Li, l'examinateur en chef, l'ayant ouvert, vit un article relatif aux services rendus à l'État, qui était ainsi conçu : € L'ancien président du bureau des cérémonies, Pé-thai-hiouen, a reçu depuis peu le titre de vice-président du ministère des ouvrages publics*. Ayant été envoyé en ambassade au camp des Tartares, pour aller au-devant du frère atné de l'empereur et le ramener, il ne s'est pas acquitté sans honneur des ordres du prince^. Comme il est revenu à la cour après avoir rendu d'éminents services, on lui a conféré effectivement la charge de vice-président du ministère des ouvrages publics. Par suite du congé qu'il a demandé avec ins-

i. Mot à mot : n résiste jusqu'à la mort.

2. C'est-à-dire : De lui retirer de suite son grade de bachelier.

3. Nous n*avons point de mot qui y réponde en français. C'est an instrument de bois creux sup lequel frappent les gardiens de la Tille et les crieurs publics pour éveiller l'attention.

h* Lorsqu'il partit en ambassade, on lui donna simplement ce titre; mais, après avoir réussi dans sa mission, U reçut effectivement la charge de vice-président du ministère des ouviages publics.

5. C'est-à-dire : De l'empereur King-tha!^ qui était monté sut le tr6ne aprè» la captivité de son fr^ Tching^tong.

tance pour caHse de santé, il tsX autorisé à 8'eii retourner en poste dans son pays natal. Après le rétablissement de sa santé, le gouyernemeot réclamera constamment ses services. >

Un second article relatif aux services renditt k TÉtat, était ainsi conçu: t Le moniteur impérial» Yaiiç4hîngtchao S pour avoir présenté un homme de mérite, est élevé an rang de vice-directeur de la bouche ^.

c Un autre article disait : c Gomme il y a plusieurs « vau^nces dans l'Académie des Han-lin, et quemaintec tenant voici venir l'époque où l'on va expliquer les « livres sacrés, et procéder à l'exanen de licence, nous c prions Sa Majesté de rappeler les magistrats en congé, « Ou-koueï et autres, pour qu'ils se présentent au pa- I lais en attendant qu'on les emploie. Tous ont obéi au <i décret impérial. >

Li^ l'examinateur en chef, vit que Ou, l'académicien, avait obtenu de l'avancement et était appelé à la cour, et que de plus Pé-hiouen (Pé-kong) était son paient. Il pensa que^ se trouvant tout justement dans un moment d'exaltation joyeuse, il ne pourrait songer à protéger Sou-yeou-pé. En conséquence, il envoya au cotiége une afidche ainsi conçue :

1; On sait que, pour se venger des refas de Pé4u>ng, Yang4hingtckao l'iivait fait envoyer en mission au quartier des Tartares. Il ▼oïlaii en outre profiter de son absence pour «^emparer de Hong-jru par surprise ou par force, et la faire épouser à son fih.

^. firidgaian : Koii«ng-lo-aie-<dnio«labiDg : Viae4lr«ciMr of Ibe banquetting bouse.

t84 UN PAUVRE BACHELIER REFUSE* D'ÉPOUSER

c Moi, Li, directeur des études et eiaminateur général, j'ai été informé que le bachelier Sou-yeoa-pé est d'un caractère extravagant, et que, fier de son talent, il a traité avec insolence d'honorables magistrats. Il n'est digne d'aucun emploi. Je devrais le saisir et le mettre en jugement, mais, par égard pour sa jeunesse, j'ordonne au principal du collège de rayer de suite son nom, et de ne point lui permettre de se présenter à l'examen, i Notification spéciale.

Quand l'affiche eut été apportée dans le collège, au bruit de cette affaire, tous les bacheliers éprouvèrent une grande agitation, et comme ils voyaient là une grave nouvelle, ils se la communiquèrent et se mirent à la commenter. Les uns se moquaient de Sou-yeou-pé et le taxaient de folie, les autres louaient l'élévation de son caractère. Quelques-uns, qui étaient intimement liés avec Sou-yeou-pé, étaient mécontents et irrités, c Dans tout mariage y disaient* ils, le libre consentement de l'homme est indispensable. Parce qu'il avait refusé La fille d'un magistrat retiré, était-il permis de lui ôter son grade de bachelier? Il faut rédiger ensemble une pétition et aller nous expliquer devant Texaminateur en chef. » Mais Sou-yeou-pé les arrôla à plusieurs reprises, i Mes amis, leur dit-il, c'est uniquement parce que j'ai obtenu la première place au concours que je me suis attiré celte affaire. Maintenant qu'on m'a été ce bonnet de bachelier, je me sens l'esprit parfaitement tranquille ^

s. Blot à mot: J'y ai gagné oela que le botU de met oreiUes est propre et net.

N'ai-je pas droit de me réjouir? Je vous en supplie, messieurs, n'y faites pas attention, i

Les camarades de Sou-yeou-pé, le voyant dans cette disposition, renoncèrent à leur projet. On peut dire à cette occasion :

Trois parties de courage et sept ou huit de folie Constituent le caractère d'un homme de talent. S'il parle devant les hommes vulgaires, personne ne le comprend ;

. S'il garle le silencC) il n'y a que le sage qui le reconnaisse.

Laissons maintenant Sou-yeou-pé, pour revenir à Où, Tacadëmicien. Quand il eut vu qu'on avait retiré à Sou-yeou-pé son grade de bachelier, quoique, dans le premier moment, il eût déjà fait éclater sa colère, au fond du cœur, il gardait encore un certain mécontentement. Il voulait encore laisser passer quelques jours pour le faire rétablir dans son grade. Dès qu'il eut appris que Pé-kong était revenu avec honneur de sa mission, et que lui-même était appelé à la cour par ordre de l'empereur, il alla en informer Wou-kiao. Ils furent ravis de joie et oublièrent complètement Taffaire de Sou-yeou-pé.

Ou, l'académicien, ayant reçu le décret impérial, devait se rendre de suite à la capitale; mais, comme il voulait avoir une entrevue avec Pé-kong pour lui rendre Wou-kiao, il se vit obligé de rester chez lui en l'attendant. Il envoya d'abord un messager au-devant de lui.

Dana ce moment, Pé^kong avait effectivement reçu la charge de vice-président du ministère des ouvrages publics. En vertu d'un décret impérial, il revint en poste dans son pays» et parcourut joyeusement toute la route. En moins d'an mois, il arriva à Kin-ling (Nan« king), et se rendit directement chez Ou, Tacadëmicien, qui le reçut avec les marques de la plus vive allégresse. Pé'kong remercia Ou, l'académicien, qui le combla de félicitations.

Après qu'ils se furent mutuellement salués. Ou l'invita aussitôt à passer dans le salon de derrière, puis il fit appeler Wou-kiao, pour qu'elle vint offrir ses respects à son père. Ils ne pouvaient se lasser de faire éclater leur joie. Dans ce moment^ Ou, Tacadéiaicien, avait préparé un repas. Il commença par offrir à PékoAg une tasse de vin pour fêter son retour ^ Pendant qu'ils buvaient ensemble, Ou, l'académicien, demanda à Pé-kong des nouvelles de son ambassade.

c II est bien difficile, répondit-il en soupirant, de faire les affaires du gouvernement.- Dernièrement j'avais reçu un décret qui m'ordonnait d'aller au-devant du frère atné de Tempereur et de le ramener, mais mes lettres de créance portaient uniquement que c'était pour m'informer de sa santé et lui porter des vêtements; quant à aller au-devant de lui et le ramener, elles n'en disaient pas un mot. A cette nouvelle, le frère aîné de l'empereur fut extrêmement peiné. Ce

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