‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 93 sur 148 · Savoir : Use femme belle ou distinguée · texte numérisé non relu

Savoir : Use femme belle ou distinguée

p»s an le temps de se loettre sar ses gardes. Il éprouva tout à coop une vive émotion, et l'ayant regardé à la hâte, il Yil qu'il avait sur la tète un vieux bonnet de feutre pointu, posé dé travers, qu'il portait une veste piquée, de toile bleue, ouverte par-devant, et des bottines de jonc qui lui montaient jusqu'aux mollets. A force de courir, il s'était couvert de poussière, et tout son corps était inondé de sueur, comme s'il eût été mouillé par la pluie.

c Qui ètes-vous ? lui demanda vivement Sou-yeoupé ; pourquoi retenez-vous la bride de mon cheval ? >

Dans le premier moment, cet homme, tout essoufflé par sa course, répondit d'une voix confuse. Il disait seulement : c C'est bien heureux I j'ai trouvé mon affaire. »

Sou-yeou-péy entendant ces paroles incohérentes, leva son fouet pour l'en frapper ; mais cet homme lui cria avec émotion : c Monsieur, ne me frappez pas. Ma femme a disparu ; toute cette affaire dépend de vous. » *

Sott-yeou-pé entra dans une grande colère, t Vous radotez^ lui dit-il. Si votre femme a disparu, est-ce que cela me regarde? Nous ne nous sommes jamais vus; croyez-vous que j'aie enlevé votre femme?

— Je ne dis pas, répondit cet homme, que vous ayez enlevé ma femme ^ mais je vois clairement que la découverte de ma femme dépend de vous.

—Vous radotez de plus en plus, lui dit Sou-yeou-pé. Je suis un voyageur qui passe par i'cL Comment pouvez-vous voir clairement que la découverte de votre

femme dépend de moi? Je suis tenté de croire que TOUS n'êtes qu'un voleur de grand chemin ^ Gomment osez-YOus m'arrêter au milieu de ma route, à la clarté du ciel et en plein jour? Je suis le noble fils du seigneur Sou, l'inspecteur général ; n^allez pas provoquer par mégarde un ennemi redoutable. »

Aces mots; il leva son fouet, et lui en cingla violemment la tête et la figure. Siao-hi courut sur lui et, n'écoutant que sa colère, il se mit à le maltraiter à son tour. Cet homme, étourdi par les coups, parlait d^une manière encore plus confuse, il ne faisait que crier à tue-tête: Monsieur, suspendez vos coups; ayez pitié de moi. Il m'est arrivé un grand malheur; je vous jure que je ne suis point un méchant homme.

Tout en exhalant ces tristes plaintes^ il tenait à deux mains la bride du cheval, et ne l'aurait pas lâchée, même au péril de sa vie.

Dans ce moment, les passants et les habitants du village, ne pouvant s'expliquer l'attitude étrange de ces deux hommes, s'étaient amassés autour d'eux et restaient à les regarder, Sou-yeou-pé criait avec colère : c A-t-on jamais vu sous le ciel une affaire aussi extraordinaire? Si votre femme a disparu, pourquoi vous en prenez-vous à moi au moment où je passe?

— Monsieur, répondit-il, comment votre serviteur oserait-il s'en prendre à vous? Je vous prie seulement

1. Littéralement : Un brigand qui abrège la route (des voyageais, en les tuant).

de me donner Yotre fouet; ma femme se retrouvera tout de suite. »

A ces mots, toutes les personnes présentes se mirent à rire, t II parait, dirent-elles^ que cet homme est fou. Si sa femme a disparu, comment pourra-t-il la retrouver tout de suite à Taide d'un fouet?

— Mon fouet, dit Sou-yeou-pé, est*orné de corail'; il vaut quelques onces d'argent; comment pourrais-je vous le donner ? t

Alors, ne pouvant maîtriser sa colère, il leva encore son fouet pour l'en frapper.

c Monsieur, s'écria cet homme, ne me frappez pas; permettez-moi de m'expliquer clairement. »

Les assistants firent des représentations à Sou-yeoupé. c Monsieur, dirent-ils, calmez votre colère, et at« tendez que vous lui ayez demandé des explications claires et nettes; vous aurez encore le temps de le frap* per. » Il interrogea alors cet homme, c De quel pays èles-vous? lui dit-il; quelles sont vos raisons? Expliquez-les-moi d^une manière claire et détaillée.

— Je suis, dit-il, du village de Yang-kia, dans le district deTan-yang; mon nom est.Yang-kho. Ces jours derniers, j'avais envoyé ma femme à la ville pour retirer un gage ; je ne sais qui peut l'avoir enlevée sur la roule. Tous les jours, je vais à sa recherche, mais je n'en ai aucune nouvelle. Aujourd'hui, comme je me

t. Mot à mot: Est fiait de corail. Ce foaet arait probablement un manche de oturaU*

trouvais de grand matin dans le village de Kia-yong, j*ai rencontré un homme qui prédisait l'avenir ^ Je ie priai de me faire une prédiction, et il me promit qa'aajourd'iiui même, au troisième khé de l'heure du singe ^ je trouverais (ma femme). Je lui demandai de quel côté je devais aller la chercher. Il me dit : € Qnaad vous aurez fait quarante li (4 lieues) au nord-est, à l'entrée d'un chemin qui fait la croix, vous verrez un jeune monsieur vêtu de jaune ^ et monté sur un cheval mou«cheté. Vous n'avez qu'à saisir la bride, et s^ptès lui avoir demandé le fouet qu'il tient à la main, vous trouverez tout de suite votre femme. Seulraient, il faut courir pour le rattraper, car si vous manquez de le rejoindre^ et le laissez passer outre, vous ne la reverrez plus de votre vie. > A ces mots, j'ai o(wra tout d'une haleine, et je n'ai pas même osé prendre oae tasse de riz. Après avoir parcouru les quarante li, je suis arrivé à la route en croix, et j'ai justement rencontré Votre Seigneurie qui passait à cheval. La couleur de votre vêtement se rapporte à la prédiction ;

1. En chinois Khi-kho (10,562-10,099), qai consaltait les Kotta figures symboliques inventées par Fo4ii pour prédire rayenir). Ce

sens manque dans tous les dictionnaires.

2. Cette heure correspond à deux des nôtres et dure de trois à cinq. Le khé (littéralement : coche , entaille sur la tringle de la clepsydre qui porte les divisions de llieure chinoise), équlyaot à quinze minutes. II y a huit kké dans les cent vingt minuteB de rhtan chinoise; par conséquent, le troisième khé de l'heure du singe répond, chez nous à trois heures quarante-cinq minutes.

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