‹ Yu kiao li =: Les deux cousinesChapitre 92 sur 148 · Six Jieacs · texte numérisé non relu

Six Jieacs

UNE FILLE RICHE ET NOBLE. i97

vants. Gomme ils avaient laissé un excellent cheval, Sou-yeoa*pé donna aussitôt ses ordres à un vieux domestique, nommé Sou-cheou , et lui recommanda de rester pour garder la maison. Il prépara des vêtements et des objets de literie^ les lia et en fit deux paquets, dont il chargea des porteurs. Il ordonna d'abord à un domestique de les conduire à Tembouchure du Kiang; pour lui, il emmena seulement un petit domestique nommé Siao-hi. Après avoir donné tous les ordres nécessaires, il monta aussitôt à cheval et se disposa à partir. Mais ce cheval était extrêmement rusé. Quand il vit que Sou-yeou-pé n'était pas habitué à monter à cheval et qu'il n'avait pas de fouet, il resta ferme, sans bouger. Sou-yeou-pé avait beau le tirer violemment par la bride» le cheval, au lieu d'avancer d'un pas, levait sa croupe en l'air et reculait de deux. Au fond du cœur, Sou-yeou-pé était cruellement tourmenté. < S'il marche ainsi (se àitril), quand pourrai-je arriver ?

— Si vous ne fouettez pas ce cheval, dit son domestique Sou-cheou, il ne voudra jamais marcher. Autrefois, monsieur, vous aviez un fouet à manche de corail; que ne l'emportez-vous ? vous n'aureî: plus à craindre qu'il refuse de marcher.

— Vous avez raison, dit Sou-yeou-pé, je l'avais oublié. » Il ordonna aussitôt au domestique de lui apporter ce fouet^ et quand il l'eut en main> il se mit à en frapper la croupe du cheval à coups redoublés. Le cheval, aiguillonné par la douleur, fut bien obligé de

marcher, c Sans les coups de fouet, dit Sou-yeou-pé, cet animal n'aurait pas voulu marcher. On voit par là que, dans ce monde^ les hommes ne doivent pas rester un jour sans sentir l'action du pouvoir.

A cette époque, on aspirait les tiëdes haleines du printemps. Tout le long de la route, Sou-ycou-pé, monté sur son cheval, ne pouvait se lasser d'admirer la verdure des saules et la beauté des fleurs, c J'ai bien fait, se dit-il en lui-même, de refuser avec énergie les propositions de Ou, l'académicien. Si j'y avais prêté l'oreille S comment pourrais-je être libre et indépendant, et aller à la capitale pour y prendre des informations? Si le destin me favorise, dit-il encore après un. moment de réflexion, et que j'en rencontre une *, ce sera charmant. Mais si je ne pouvais la rencontrer, je verrais s'évanouir toutes mes espérances. Si tu n'existes pas dans la capitale, se dit-il encore, je quitterai mon oncle, je te suivrai jusqu'aux bornes du ciel, jusqu'aux derniers rivages des mers ; je suis décidé à ne m'arrêter qu'après en avoir trouvé une. »

En continuant à parler tout seul, il arriva, sans s'en apercevoir, à l'entrée d'un carrefour d'où sortit tout à coup un homme qui, après avoir regardé Sou-yeou-pé de la têle aux pieds, poussa un cri en disant : c C'est cela ; je l'ai trouvé. r> Alors il saisit à deux mains la bride du cheval.

Sou-yeou-pé, qui était agité d'idées confuses, n'avait

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