défiant : qui ne croit pas facilement ce qu'on lui dit
(5) vieux château ; ^mal lui en prit, et il en eut bientôt assez ; car en moins d'un instant il y eut tant de fumier dans l'écurie que le pauvre garçon ne savait plus où se mettre. Il lit alors comme Finette lui avait dit, il tourna 5 la fourche et balaya avec le manche. ^En un clin d'oeil retable fut aussi propre que si jamais ^bétail n'y était entré.
La besogne finie, Yvon s'assit sur un banc à la porte de la maison. Aussitôt qu'il aperçut le géant, il leva la 10 tête au ciel, et fit danser ses jambes en chantant une chanson de son pays.
— As-tu nettoyé l'étable? demanda le géant en *fronçant le sourcil.
— Tout est prêt, notre maître, répondit Yvon sans 15 se déranger.
— C'est ce que nous allons voir, %urla le géant; il entra dans l'écurie en grondant, trouva tout en ordre, et sortit furieux.
— Tu as vu ma Finette, cria-t-il, ce n'est pas de ta 20 cervelle que tu aurais tiré cette ^malice,
— Qu'est-ce que Mafinette 1 dit Yvon, en ouvrant la bouche et en fermant les yeux. Est-ce une bête de ce pays-ci 1 Noive maître, faites-la-moi voir.
— Tais-toi, imbécile, répondit le géant; tu ne la 25 verras que trop tôt.
Le lendemain le géant rassembla ses brebis pour les
1. mal lui en prit : cela ne lui réussit pas. 2. en un clin cCœil: en un instant. 3. le bétail: les bêtes. 4. en fronçant le smircil : les sourcils sont les poils (cheveux) qui se trouvent au-dessus de chaque œil ; froncer le sourcil : témoigner du mécontentement. 5. hurler : le cri du loup ; substantif, le hurlement. 6. la malice : substantif correspondant à l'adjectif: malin ; malin est le contraire de stupide.
mener aux champs, mais avant de partir, il ordonna à (5) Yvon d'aller, dans la journée, lui chercher son cheval, qui était ^au vert sur la montagne.
— Après cela, lui dit-il, en riant du bout des lèvres, tu pourras te reposer tout le long du jour. Tu vois que 5 je suis un bon maître. Fais ta besogne, et surtout ne rôde pas dans la maison, sinon, je te coupe la tête.
Yvon laissa passer le ^cyclope, en clignant des yeux.
— Certes, disait-il entre ses dents, tu es un bon maître ; ^la malice ne t'étouffe pas ; mais, malgré tes 10 menaces, je vais entrer dans la maison, et causer avec
ta Finette ; reste à savoir si ta Finette ne sera pas à moi plutôt qu'à toi.
Exercices.
A. 1. Comment Yvon se servit-il de la fourche pour balayer rétable ? 2. Que veut dire : en un clin d'œil ? 3. Où est-ce qu'Yvon attendit le géant ? 4. Que fit-il lorsqu'il l'aperçut ? 5. Est-ce que vous chantez quelquefois des chansons françaises en classe ? 6. Que lui demanda le géant ? 7. Quelle fut la réponse d'Yvon ? 8, Quand est-ce qu'on fronce le sourcil ? 9. Nommez l'animal qui hurle ! 10. Que veut dire le proverbe : Il faut hurler avec les loups 'i 11. Comment le géant trouva-t-il rétable ! 12. Qu'est-ce qu'il dit à Yvon de faire le lendemain ?
, Remplaces le discours direct par le discours indirect : Il lui dit : Après cela tu pourras te reposer toute la journée. Tu vois que tu as un bon maître. Mais il ne faut pas rôder dans la maison : si tu fais cela, je te couperai la tête.
C. Mettez au présent : Yvon décrocha ... si jamais bétail n'y était entré (page 11, ligne 5).
1. au vert: dans les champs. 2. le cyclope: le géant; les cyclopes étaient des géants qui n'avaient qu'un œil au milieu du front. 3. la malice ne t'étouffe pas: tu n'es pas plein de malice, tu n'es pas très malin (ironiqxie).
(5) D. Conjuguez au parfait : entrer dans la cliambre ; avoir beaucoup à faire ; apprendre beaucoup de mots ; s'asseoir sur un banc ; s'endormir le soir.
E. Le coyitraire de: baisser, accrocher, travailler, tôt, le nain, propre, quitter la chambre, gronder, ouvrir, rare, s'endormir, le départ, malin.
6 II courut à la chambre de la jeune fille :
— Victoire, cria-t-il en entrant, je n'ai rien à faire de la journée que d'aller à la montagne pour en ramener le cheval.
5 — Très bien, lui dit Finette ; comment vous y prendrez- vous 1
— Voilà une belle question, reprit Yvon. Est-ce chose ^malaisée que de conduire un cheval 1 j'imagine que j'en ai monté de plus méchants que celui-là.
10 — Ce n'est pas aussi facile que vous pensez, répondit Finette ; mais je vous dirai ce qu'il faut faire. Quand vous approcherez de l'animal, flamme et feu sortiront de ses ^naseaux comme d'une ^fournaise ; mais prenez le ^mors qui est caché derrière la porte de l'écurie, jetez-
15 le droit entre les dents du cheval, aussitôt il deviendra doux comme un mouton, et vous en ferez ce que vous voudrez.
— J'obéirai, dit Yvon.
Sur quoi il s'assit auprès de Finette, et se mit à causer
20 avec elle. De quoi parlèrent-ils ? De toutes choses
et d'autres encore ; mais, si loin qu'ils allassent dans
leurs fantaisies, ils en revenaient toujours là, qu'ils
1. •malaisée : difficile. 2. les naseaux : les cavités du nez. 3. une fournaise : un très grand feu. 4. le mors : partie de la bride qui passe dans la bouche du cheval et qui sert à le conduire.
s'ëtaient promis d'être l'un à l'antre, et qu'il fallait (6) échapper au géant. Les heures passent vite quand on cause de cette façon. Le soir approchait ; Yvon avait oublié le cheval et la montagne ; Finette fut obligée de le renvoyer, en lui recommandant de ramener le cheval avant l'arrivée du maître.
i^von prit le mors qui était caché derrière la porte de l'écurie, et courut à la montagne. Et voilà un cheval presque aussi gros qu'un éléphant qui approche au galop, en jetant feu et flammes par ses naseaux. 10
Yvon attendit de pied ferme l'énorme bête, et quand elle ouvrit une ^mâchoire ^béante, il y jeta le mors. Aussitôt le cheval devint doux comme un mouton. Yvon le fit mettre à genoux, lui grimpa sur le dos, et revint tranquillement au logis. 15
La besogne finie, notre Breton s'assit sur le banc, à la porte de la maison. Dès qu'il aperçut le géant, il leva la tête au ciel et fit danser ses jambes, en chantant une chanson de son pays.
— As-tu ramené le cheval 1 demanda le géant en 20 fronçant le sourcil.
— Oui, notre maître, répondit Yvon sans se déranger. C'est une jolie bête et qui vous fait honneur ; c'est doux, bien gentil et bien élevé. Il est là qui mange à l'écurie.
— C'est ce que nous allons voir, hurla le géant; il 25 entra en grondant, trouva tout en ordre et sortit furieux.
— Tu as vu ma Finette, cria-t-il ; ce n'est pas de ta cervelle que tu aurais tiré cette malice-là.
1. la mâchoire; os auquel sont attachées les dents ; il y a la m&choire supérieure et la, mâchoire inférieure. 2. béante: largement ouverte.
i6 EDOUARD LABOULAYE
(6) — Notre maître, dit Yvon, en ouvrant la bouche et en fermant les jeiix, c'est donc toujours la même histoire. Qu'est-ce que c'est que Mafinette î Une bonne fois pour toutes, faites-moi voir ce monstre-là.
5 — Tais-toi, imbdcile, répondit le géant; tu ne la verras que trop tôt.
Exercices.
A. 1. Est-ce qu'Yvon croyait sa tâche difficile ? 2. Que lui dit Finette ? 3. Où est-ce qu'on met le mors ? 4. Où le mors était-il caché ? 5. Racontez comment il ramena le cheval !