CHAPITRE XVIII
raisonnable, pour epouser une extravaganto) Moabdar ftit confondu de ces paroles au point que sa tete se troubla. L'oracle que j'avais rendu, et la tyrannic de Missouf, suffisaient pour lui faire perdre le jugement. II devint fou en peu de jours. 5
Sa folie, qui parut un chatiment du Ciel, fut le signal de la revoke. On se souleva, on courut aux armes. Babylone, si longtemps plongee dans une mollesse oisive, devint le theatre d'une guerre civile affreuse. On me tira du creux de ma statue, et on me 10 mit a la tete d'un parti. Cador courut a Memphis, pour vous ramener a Babylone. Le prince d'Hyrcanie, apprenant ces funestes nouvelles, revint avec son armee faire un troisieme parti dans la Chaldee. II attaqua le roi, qui courut au-devant de lui avec son rs extravagante figyptienne. Moabdar mourut perce de coups. Missouf tomba aux mains du vainqueur. Mon malheur voulut que je fusse prise moi-meme par un parti hyrcanien, et qu'on me menat devant le prince precisement dans le temps qu'on lui amenait Missouf. 20 Vous serez flatte, sans doute, en apprenant que le prince me trouva plus belle que Tfigyptienne; mais vous serez fache d'apprendre qu'il me destina a son serail. II me dit fort resolument que, des qu'il aurait fini une expedition militaire qu'il allait executer, il ^s viendrait a moi. Jugez de ma douleur. Mes liens avec Moabdar etaient rompus, je pouvais etre a Zadig; et je tombais dans les chaines de ce barbare! Je lui repondis avec toute la fierte que me donnaient mon rang et mes sentiments. J'avais tou jours entendu dire 3Q que le Ciel attachait aux personnes de ma sorte un caractere de grandeur qui d'un mot et d'un coup d'ceil
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faisait rentrer dans Tabaissement du plus profond respect les temeraires qui osaient s'en ecarter. Je parlai en reine, mais je fus traitee en demoiselle suivante.* L'Hyrcanien, sans daigner seulement m'adresser la 5 parole, dit a son eunuque noir que j'etais une impertinente, mais qu'il me trouvait jolie. II lui ordonna d'avoir soin de moi et de me mettre au regime des favorites, afin de me rafraichir le teint, et de me rendre plus digne de ses faveurs, pour le jour ou il aurait
10 la commodite de m'en honorer. Je lui dis que je me tuerais; il repliqua, en riant, qu'on ne se tuait point, qu'il etait fait a ces fagons-la, et me quitta comme un homme qui vient de mettre un perroquet dans sa menagerie. Quel etat pour la premiere reine de Tunivers,
15 et, je dirai plus, pour un coeur qui etait a Zadig!
A ces paroles il se jeta a ses genoux, et les baigna de larmes. Astarte le releva tendrement, et elle continua ainsi : Je me voyais au pouvoir d'un barbare, et rivale d'une foUe avec qui j'etais renfermee. Elle me
20 raconta son aventure d'figypte. Je jugeai par les traits dont elle vous peignait, par le temps, par le dromadaire sur lequel vous etiez monte, par toutes les cir- Constances, que c'etait Zadig qui avait combattu pour elle. Je ne doutai pas que vous ne fussiez a Mem-
25 phis; je pris la resolution de m'y retirer. Belle Missouf, lui dis-je, vous etes beaucoup plus plaisante que moi, vous divertirez bien mieux que moi le prince d'Hyrcanie. Facilitez-moi les moyens de me sauver; vous regnerez seule; vous me rendrez heureuse, en
30 vous debarrassant d'une rivale. Missouf concerta avec moi les moyens de ma fuite. Je partis done secrete* ment avec une esclave egyptienne.