‹ Zadig, and other storiesChapitre 50 sur 86 · CHAPITRE XIX JJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX JJ

lone, les combattants parurent dans le cirque. Chacun d'eux vint mettre sa devise aux pieds du grand mage. On tira au sort les devises ; celle de Zadig f ut la derniere. Le premier qui s'avanga etait un seigneur tres riche, nomme Itobad, fort vain, peu courageux, tres s maladroit, et sans esprit. Ses domestiques Tavaient persuade qu'un homme comme lui devait etre roi; il leur avait repondu: Un homme comme moi doit regner; ainsi on Tavait arme de pied en cap. II portait une armure d'or emaillee de vert, un panache vert, lo une lance ornee de rubans verts. On s'aper^ut d'abord, a la maniere dont Itobad gouvernait son cheval, que ce n'etait pas un homme comme lui a qui le ciel reservait le sceptre de Babylone. Le premier chevalier qui courut contre lui le desargonna; le second 15 le renversa sur la croupe de son cheval, les deux jambes en Tair et les bras etendus. Itobad se remit, mais de si mauvaise grace que tout Tamphitheatre se mit a rire. Un troisieme ne daigna pas se servir de sa lance; mais en lui faisant une passe, il le prit par 20 la jambe droite et, lui faisant faire un demi-tour, il le fit tomber sur le sable: les ecuyers des jeux accoururent a lui en riant, et le remirent en selle. Le quatrieme combattant le prend par la jambe gauche et le fait tomber de Tautre cote. On le conduisit avec des 25 huees a sa loge, ou il devait passer la nuit selon la loi ; et il disait en marchant a peine : Quelle aventure pour un homme comme moi!

fin Zadig combattit a son tour: il desargonna quatre cavaliers de suite avec toute la grace possible. II fallut done voir qui serait vainqueur d'Otame ou de Zadig. Le premier portait des armes bleues et or, avec 5 un panache de meme ; celles de Zadig etaient blanches. Tous les vceux se partagaient entre le chevalier bleu ct le chevalier blanc. La reine, a qui le coeur palpitait, faisait des prieres au Ciel pour la couleur blanche. Les deux champions firent des passes et des voltes

10 avec tant d'agilite, ils se donnerent de si beaux coups de lance, ils etaient si fermes sur leurs arsons, que tout le monde, hors la reine, souhaitait qu'il y eiit deux rois dans Babylone. Enfin, leurs chevaux etant lasses et leurs lances rompues, Zadig usa de cette

15 adresse: il passe derriere le prince bleu, s'elance sur la croupe de son cheval, le prend par le milieu du corps, le jette a terre, se met en selle a sa place et caracole autour d'Otame etendu' sur la place. Tout Tamphitheatre crie: Victoire au chevalier blanc!

s-o Otame indigne se releve, tire son epee; Zadig saute de cheval, le sabre a la main. Les voila tous deux sur Tarene, livrant un nouveau combat, ou la force et Tagilite triomphent tour a tour. Les plumes de leur casque, les clous de leurs brassards, les mailles de leur

25 armure sautent au loin sous mille coups precipites. Ils frappent de pointe et de taille, a droite, a gauche, sur la tete, sur la poitrine; ils reculent, ils avancent, ils se mesurent, ils se rejoignent, ils se saisissent, ils se replient comme des serpents, ils s'attaquent comme

30 des lions ; le feu jaillit a tout moment des coups qu'ils se portent. Enfin Zadig ayant un moment repris ses esprits, s'arrete, fait une feinte, passe sur Otame, le

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