‹ Zadig, and other storiesChapitre 52 sur 86 · CHAPITRE XX 8l · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX 8l

que Zadig eut la curiosite de Tentretenir. II lui demanda quel livre il lisait. — C'est le livre des destinees, dit rermite; voulez-vous en lire quelque chose? II mit le livre dans les mains de Zadig, qui, tout instruit qu'il etait dans plusieurs langues, ne put de- s chiffrer un seul caractere du livre. Cela redoubla encore sa curiosite. — Vous me paraissez bien chagrin, lui dit ce bon pere. — Helas! que j'en ai sujet! dit Zadig. — Si vous permettez que je vous accompagne, repartit le vieillard, peut-etre vous serai- je utile: j'ai i© quelquefois repandu des sentiments de consolation dans Tame des malheureux. Zadig se sentit du respect pour Tair, pour la barbe, et pour le livre de Termite. II lui trouva dans la conversation des lumieres superieures. L'ermite parlait de la destinee, de la justice, is de la morale, du souverain bien, de la faiblesse humaine, des vertus et des vices, avec une eloquence si vive et si touchante, que Zadig se sentit entraine vers lui par un charme invincible. II le pria avec instance de ne le point quitter, jusqu'a ce qu'ils fussent de re- 20 tour a Baby lone. Je vous demande moi-meme cette grace, lui dit le vieillard; jurez-moi par Orosmade-^7 que vous ne vous separerez point de moi d'ici a quel- ' ques jburs, quelque chose que je fasse. Zadig jura, et ils partirent ensemble. as

Les deux voyageurs arriverent le soir a un chateau superbe, L'ermite demanda Thospitalite pour lui et pour le jeune homme qui Taccompagnait. Le portier, qu'on aurait pris pour un grand seigneur, les introduisit avec une espece de bonte dedaigneuse. On les 30 presenta a un principal domestique, qui leur fit voir les appartements magnifiques du maitre. Ils furent

admis a sa table au bas bout, sans que le seigneur du chateau les honorat d'un regard; mais ils furent servis comme les autres avec delicatesse et profusion. On leur donna ensuite a laver dans un bassin d'or garni 5 d'emeraudes et de rubis. On les mena coucher dans un bel appartement, et le lendemain matin un domes tique leur apporta a chacun une piece d'or, apres quoi on les congedia.

— Le maitre de la maison, dit Zadig en chemin, me

jQ parait etre un homme genereux, quoique un peu fier ; il exerce noblement Thospitalite. En disant ces paroles, il apergut qu'une espece de poche tres large que portait Termite paraissait tendue et enflee: il y vit le bassin d'or garni de pierreries, que celui-ci avait vole.

,5 II n'osa d'abord en rien temoigner; mais il etait dans une etrange surprise.

Vers le midi, Termite se presenta a la porte d'une maison tres petite, ou logeait un riche avare; il y demanda Thospitalite pour quelques heures. Un vieux

20 valet mal habille le regut d'un ton rude, et fit entrer Termite et Zadig dans Tecurie, ou on leur donna quelques olives pourries, de mauvais pain et de la biere gatee. L'ermite but et mangea d'un air aussi content que la veille ; puis s'adressant a ce vieux valet qui les

25 observait tous deux pour voir s'ils ne volaient rien, et qui les pressait de partir, il lui donna les deux pieces d'or qu'il avait regues le rnatin, et le remercia de toutes ses attentions. — Je vous prie, ajouta-t-il, faites-moi parler a votre maitre. Le valet etonne in-

30 troduisit les deux voyageurs: Magnifique seigneur, dit Termite, je ne puis que vous rendre de tres humbles graces de la maniere noble dont vous nous avez

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