‹ Zadig, and other storiesChapitre 53 sur 86 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

regus : daignez accepter ce bassin d'or comme un f aible gage de ma reconnaissance. L'avare fut pres de tomber a la renverse. L'ermite ne lui donna pas le temps de revenir de son saisissement, il partit au plus vite avec son jeune voyageur. — Mon pere, lui dit Zadig, s qu'est-ce que tout ce que je vois? Vous ne me paraissez ressembler en rien aux autres hommes: vous volez un bassin d'or garni de pierreries a un seigneur qui vous regoit magnifiquement, et vous le donnez a un avare qui vous traite avec indignite. — Mon fils, 10 repondit le vieillard, cet homme magnifique, qui ne regoit les etrangers que par vanite et pour faire admirer ses richesses, deviendra plus sage; Tavare apprendra a exercer Thospitalite : ne vous etonnez de rien, et suivez-moi. Zadig ne savait encore s'il avait 15 affaire au plus fou ou au plus sage de tous les hommes; mais Termite parlait avec tant d'ascendant, que Zadig, lie d'ailleurs par son serment, ne put s'empecher de le suivre.

lis arriverent le soir a une maison agreablement 20 batie, mais simple, ou rien ne sentait ni la prodigalite ni Tavarice. Le maitre etait un philosophe retire du monde, qui cultivait en paix la sagesse et la vertu, et qui cependant ne s'ennuyait pas. II s'etait plu a batir cette retraite dans laquelle il recevait les etrangers 25 avec une noblesse qui n'avait rien de Tostentation. II alia lui-meme au-devant des deux voyageurs, qu'il fit reposer d'abord dans un appartement commode. Quelque temps apres, il les vint prendre lui-meme pour les inviter a un repas propre et bien entendu, pendant 30 lequel il parla avec discretion des dernieres revolutions de Babylone. II parut sincerement attache a la

reine, et souhaita que Zadig eut paru dans la lice pour disputer la couronne; mais les hommes, ajouta-t-il, ne meritent pas d'avoir un roi comme Zadig. Celui-ci rougissait et sentait redoubler ses douleurs. On con- 5 vint dans la conversation que les choses de ce monde n'allaient pas tou jours au gre des plus sages. Uermite soutint tou jours qu'on ne connaissait pas les voies de la Providence, et que les hommes avaient tort de juger d'un tout dont ils n'apercevaient que la plus

10 petite partie.

On parla des passions. — Ah I qu'elles sont funestes ! disait Zadig. — Ce sont les vents qui enflent les voiles du vaisseau, repartit Termite: elles le submergent quelquefois ; mais sans elles il ne pourrait voguer. La

15 bile rend colere et malade; mais sans la bile rhommc ne saurait vivre. Tout est dangereux ici-bas, et tout ^st necessaire.

On parla de plaisir, et Termite prouva que c'est un present de la Divinite ; car, dit-il, Thomme ne peut se

ab donner ni sensations ni idees, il regoit tout; la peine et le plaisir lui viennent d'ailleurs comme son etre.

Zadig admirait comment un homme qui avait fait des choses si extravagantes pouvait raisonner si bien. Enfin, apres un entretien aussi instructif qu'agreable,

25 Thote reconduisit ses deux voyageurs dans leur appartement, en benissant le ciel qui lui avait envoye deux hommes si sages et si vertueux. II leur of frit de Targent d'une maniere aisee et noble qui ne pouvait deplaire. L'ermite le refusa, et lui dit qu'il prenait conge

30 de lui, comptant partir pour Babylone avant le jour. Leur separation fut tendre, Zadig surtout se sentait plein d'estime et d'inclination pour un homme si aimable.

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