‹ Zadig, and other storiesChapitre 54 sur 86 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Quand rermite et lui furent dans leur appartement, ils firent longtemps 1 eloge de leur bote. Le vieillard au point du jour eveilla son camarade. — II faut partir, dit-il; mais tandis que tout le monde dort encore, je veux laisser a cet homme un temoignage de mon s estime et de mon affection. En disant ces mots, il prit un flambeau, et mit le feu a la maison. Zadig epouvante jeta des cris, et voulut Tempecber de commettre une action si affreuse. L'ermite Tentrainait par une force superieure; la maison etait enflammee. 10 L'ermite, qui etait deja assez loin avec son compagnon, la regardait bruler tranquillement. — Dieu merci ! ditil, voila la maison de mon cber bote detruite de fond en comble! L'beureux bomme! A ces mots Zadig fut tente a la fois d'eclater de rire, de dire des injures 15 au reverend pere, de le battre, et de s'enfuir ; mais il ne fit rien de tout cela, et, tou jours subjugue par I'ascendant de Termite, il le suivit malgre lui a la derniere coucbee.

Ce fut cbez une veuve cbaritable et vertueuse qui 20 avait un neveu de quatorze ans, plein d'agrements, et son unique esperance. EUe fit du mieux qu'elle put les bonneurs de sa maison. L^ lendemain, elle ordonna a son neveu d'accompagner les voyageurs jusqu'a un pent qui, etant rompu depuis peu, etait devenu un 25 passage dangereux. Le jeune bomme empresse marcbe au-devant d'eux. Quand ils furent sur le pent: — Venez, dit Termite au jeune bomme, il faut que je marque ma reconnaissance a votre tante. II le prend alors par les cbeveux et le jette dans la ri- 30 viere. L'enfant tombe, reparait un moment sur Teau, et est engouffre dans le torrent. — O monstre!^ 6 le

plus scelerat de tous les hommes! s'ecria Zadig. — Vous m'aviez promis plus de patience, lui dit rermite en rinterrompant : apprenez que sous les mines 'de cette maison ou la Providence a mis le feu, le maitre 5 a trouve un tresor immense: apprenez que ce jeune homme dont la Providence a tordu le cou aurait assassine §a tante dans un an, et vous dans deux. — Qui te Ta dit, barbare? cria Zadig; et quand tu aurais lu cet evenement dans ton livre des destinees,

10 t*est-il permis de noyer un enfant qui ne t'a point fait de mal?

Tandis que le Babylonien parlait, il aperqut que le vieillard n'avait plus de barbe, que son visage prenait les traits de la jeunesse. Son habit d'ermite dispanit ;

IS quatre belles ailes couvraient un corps majestueux et resplendissant de lumiere. — O envoye du Ciel I 6 ange divin ! s'ecria Zadig en se prosternant, tu es done descendu de Tempyree pour apprendre a un faible mortel a se soumettre aux ordres eternels? — Les hommes,

20 dit range Jesrad, jugent de tout sans rien connaitre: tu etais celui de tous les hommes qui meritait le plu s d'etre ec^a^ire., Zadig lui demanda la permission de parler. Je me def ie de moi-meme, dit-il : mais oseraije te prier de m'eclaircir un doute : ne vaudrait-il pas

25 mieux avoir corrige cet enfant, et Tavoir rendu vertueux; que de le noyer? Jesrad reprit: S'il avait ete vertueux et s'il eut vecu, son destin etait d'etre assassine lui-meme avec la femme qu'il devait epouser, et le fils qui en devait naitre. — Mais quo i ! dit Zadig, il

^° gst do ne necess air e qu'il y ait des crimes e t dgs mal- ^^ ^^gj, ^tJ^^gl^ h^^^^s tombent sur les gens de bien ! — Leg mec hants, repo ndit Jesrad, sont tou jou rs mjt l-

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