ENFANCE ET ADOLESCENCE AC PALACUET
attendre la clientèle, s'était résicrné à partir pour Tétranii^er: Jean-Marie-Rose ti^iierroyail en Algérie.
On peut comprendre ce que Zénaide soutTrait de cet état de choses, qui chaque jour lui apportait un déchirement nouveau ; aussi combien désirait-elle venir en aide îi ses parents! Plusieurs fois, les nombreux amis restés fidèles à son père avaient fait à celui-ci des olTres discrètes: mais il avait irrévocablement repoussé toute idée de séparation d'avec sa Benjamine.
Sur ces entrefaites, néanmoins, il reçut une lettre de M. G. de Keréver, châtelain des environs de Saint-Brieuc; elle était ainsi conçue :
« Mon cher Fleuriot.
<( L'abbé de Brémoy, mon beau-frère, m'a dît que peut-être Mlle Zénaïde pourrait s'occuper de l'éducation de mes trois filles; je connais, par ouï-dire, toutes ses qualités de cœur et d'esprit, et je serais bien heureux si vous consentiez à vous en priver pour qu'elle prît place au milieu de nous. Madame de Keréver me charge de vous dire qu'elle vous en aurait une véritable reconnaissance.
u Dans l'espoir dune prompte et favorable réponse, veuillez croire, mon bien cher ami, à mes sentiments tout dévoués.
i' Étienne-G. i»e Keréver. ■>
J.-M. Fleuriot se sentait découragé, malade: la ' généreuse délicatesse de cette lettre vainquit ses der- 1 nières résistances. Selon son habitude de tout anno-
bO ZENAÏDE FLEURIOT.
ter, il écrivit en marge cette sentence : « Le plus beau spectacle de Tunivers est celui de l'honnête homme en lutte avec l'adversité ; mais il en est un plus noble encore, c'est celui de l'homme de bien qui vient lui tendre délicatement une main amie. »
La réponse fut affirmative et pleine de gratitude.
Quelques jours plus tard, le cœur serré, les yeux noyés de larmes, mais forte du devoir à accomplir. Zénaïde dit adieu à son cher Palacret et au père bien-aimé qu'elle ne devait plus revoir. A vingt ans. à l'âge de toutes les illusions, de tous les espoirs, de tous les rêves de bonheur, elle quittait ses parents et sa douce liberté, pour aller apprendre de par le monde la science de la vie.