A ?. A. LA PRINCESSE DE
« C'est à vous, madame, que je dédie ces pages où se projette et grandit l'ombre de cette choisie de mon cœur, qu'il a plu à Dieu de soustraire jeune aux épreuves et aux souffrances de la vie.
« Cependant vous me l'avez dit, avec l'autorité du génie : on ne trempe pas sa plume dans une plaie ouverte; et le sang qui coule encore fait de la mauvaise encre.
i< Cette vérité est la meilleure excuse que je puisse donner pour atténuer l'imperfection de cette œuvre.
« Malgré l'excellence de votre conseil, j'ai surmonté une partie de mes défaillances; j'ai voulu, isolant d'une bien chère famille et d'un miheu où nous avons vécu celle que j'aimerai par delà la mort, parler
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d'elle, lui consacrer mon premier travail, voir son nom aimé à chacune de ces pages: et je l'ai placée dans un cadre peu digne d'elle peut-être, mais qui se trouvait prêt à recevoir cette nouvelle image.
a Je le sais à l'avance, chère Princesse, si votre science littéraire me désapprouve, votre grand cœur me comprend et m'absout. »
A LA MERE MARIE DE
« Saint'Brieuc, 31 décembre iSÔl,
« J'ai reçu avec une profonde reconnaissance, ma chère mère, vos souhaits et vos vœux qui devançaient les miens. Je suis triste, mais paisible; je n'ai plus comme autrefois le souci de chercher quelle somme de bonheur m'apportera l'année qui vient. Je sais maintenant par expérience que le bonheur humain n'est qu'un mirage, et qu'il n'existe de paix durable et féconde que dans la conformité à la volonté souveraine de Dieu.
u ^'otre beau Saint xVugustin d'Ary Scheiïer m'a inspiré de faire graver sous la photographie, avant qu'elle fût encadrée, ces vers que remplit votre souvenir :
La grâce est triomphante: et par elle dompté, Augustin suit Monique aux sources de lumière. Dieu, l'amour infini, Dieu, la beauté première, Divinise l'élan de ce cœur agité.
Et tous deux ils sont là devant l'immensité, Paisibles et rêveurs, alTamés d'immuable. Détournant leurs regards du monde périssable Où tout meurt, où tout sombre, où tout est vanité
« Je pense arriver à Paris le 10 février: je vous demanderai de passer sous le toit de ?sotre-Seigneur, qui est le vôtre, toute la journée du 12. A cette date, il y aura une année que je pleure et que mon cœur saigne.
u J"ai retenu, pour mes deux mois de séjour à Paris, une chambre à lAbbaye au Bois.
« Qu'il m'est doux de vous dire à bientôt, ma chère mère, et à toujours. »
A LA PRINCESSE WITTGEXSTEIN
<- Paris, 20 février 1868.
u Oui, je suis à Paris, chère Princesse, depuis deux nois, mais non point en train de devenir parisienne, îroyez-Ie bien.
« Notre très aimable marquise a dû vous dire que ''Union parlerait du bel ouvrage que vous m'avez mvové. Ces messieurs sont un peu surcharo-és en ce noment ; mais j'obtiendrai certainement un tour de aveur. J'ai pris bien souvent la plume pour vous écrire, une visite ou une sortie m'interrompait. Mais -achez bien que j'ai toujours le temps de lire vos étires, sachez aussi que ^ vos radotages sublimes » ont une de mes consolations. Vous êtes pour moi rop indulgente; mais de mon côté, je ne veux voir ien que de beau et de louable en vous.
« Je mène à Paris une vie fort sérieuse, je vais cuvent chez mes saintes amies du Purgatoire, et,
ZENAIDE FLEURIOÏ.
quand je suis auprès d'elles, je suis très gaie, Plus que partout ailleurs, je sens mon Alix à mes côtés; et je vois avec bonheur cette autre amie que Dieu m'a envoyée pour être mon bon ange, et dont je vous ai parlé à Rome, mère Marie de ***.
u J'ai une cellule à TAbbaye au Bois, fort auTdessus de l'appartement qu'habitait Mme Récamier; et je fais toutes sortes de réflexions philosophiques en montant cet escalier que gravissait chaque jour Chateaubriand.
« N'allez pas trop vous imaginer de m'écrire des lettres courtes, chère Princesse; je comptais beaucoup sur votre critique de Petite Belle pour V Union ^i vous avez passé rapide.
(c N'oubliez pas de me parler de votre santé. Pour moi, je mène la vie la plus simple du monde. Je laisse de coté tout ce qui ne s'accorde pas avec mon deuil, les soirées, le théâtre, etc., et vraiment, cela ne me coûte pas. Désormais, j'aimerai mieux compatir aux souiïrances que de prendre part aux joies, à certaines joies surtout. »
Ainsi que nous venons de le voir, Zénaïde, après avoir passé, dans un pieux recueillement, le doulou-i reux anniA'ersaire du 12 au 20 février, fit un séjour de deux mois à Paris. Puis, elle retourna en Bretagne.
A LA PRINCESSE W'ITTGE NSTEIN .
« Saint-BrJeuc, 22 avril 1868.
« Chère Princesse,
(( J'espère que la marquise de Blocqueville vous! aura expliqué mon silence en vous apprenant qu'une
indisposilion m'avait clouée clioz moi pendant la fin lit' mon séjour à Paris.
Cette détestable grippe ne m'a pas encore quittée 1 l'Ile me rend d'une paresse extrême.
Mais l'esprit a beau s'engourdir par le malaise phy- -\i\uc, le cœur va son train, et chaque jour je vous iilressais une longue lettre... de pensées.
u Vos lignes sur PelUe Belle m'ont ravie; vous me faites aimer mes livres et vous les faites aimer à bien d'autres.
a En vous lisant, ici ou là. dans vos ouvrages, dans os lettres, j'ai comme des épanouissements d'intelliïence.
« Je suis enchantée que l'article de mon ami Xettenent vous ait été si agréable. Plus je vois les hommes le près, plus j'admire celui-là. si fidèle à son Dieu, à îon roi, à sa conscience. Il touche à la perfection; et a vie intime que j'ai menée dans sa famille me l'a ait apprécier encore davantage. J'écoutais avec bonheur cette voix loyale vous louer.
« Depuis ma malheureuse aventure de la médaille )erdue à Rome, je portais un intérêt tout particulier
la numismatique. En parlant de vieilles monnaies levant moi, on était sur de mintéresser. J'avais touours l'arrière-espoir de vous faire parvenir une pièce luelconque de valeur. La mort de votre ami l'orienàliste, que vous m'annoncez, ma donc été une sorte le soulagement : il ne peut plus m'en vouloir, dans 'autre monde, de lui avoir perdu sa curieuse nédaille. Je me rappelle parfaitement l'étrange vieilard, je le reconnaîtrais dans l'éternité. Se recon^ làîtra-t-on, chère Princesse? Je donnerais dix ans de
â26 ZEXAÏDE FLELRIOT.
ma vie, toute ma vie, pour le savoir; ces ténèbres-là fi sont désolantes.
a Mon séjour à Paris, qui a fini d'une manière si maussade quant à la santé, a été cependant très agréable d'autre part. Je me suis rencontrée avec certains grands intelligents. J"ai passé des soirées d'oubli; mais, somme toute, j'ai trouvé peu de bonheur chez les autres. La vie, à un certain âge, devient soucieuse pour tout le monde.
« Mon couvent du Purgatoire est mon oasis dans cette grande ville déserte. Voici en vers ce que j'en pense : ou plutôt ce n'est rien à côté de ce que j'en pense *.
(' Ne m'oubliez pas, chère et illustre amie, et ne me voyez pas encore derrière les murs de « Mon « Couvent. »
A MADEMOISELLE CLAIRE DE KEREVER
« Saint-Brieuc, lu juin ISôS.
{< Je veux aussi te dire un petit bonjour, ma chère Claire, malgré l'énorme correspondance que je dois mettre au courant.
<( Je suis touchée de l'idée que tu as eue de me faire un cadeau pour ma fête ; mais l'idée me suffit, et je t'en remercie de l'intime de mon cœur. J'ai dis tribué bien des jolies choses qui m'avaient été don nées, mais j'ai religieusement gardé vos petits cadeaux d'autrefois. C'est toujours de votre encriei
1. •' Mon Couvent » se trouve dans A t'aventure, recueil d< poésies (LecotTre, édit.).
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jue je me sers; j'ai toujours votre néeessaire, bien jue le mètre en ait disparu, et aussi les ciseaux. Oui, 'ai encore le bonheur d'avoir de ces riens qui me •appellent le temps où je ne savais pas ce que c'était jue la soutVrance. Enfin, elle est acceptée, elle est )énie, elle ma élevée, purifiée; et, si ma chère Alix i quehjuefois adouci mes petites peines en ce monde. e puis dire que sa mort ne m'a pas été moins proitable. Je suis entrée, par elle, dans la réalité de la 'ie, et j'ai trouvé Dieu qui ne manque jamais.
M N'avez-vous plus de vieux vêtements qui lui aient ippartenu?
« Je n'ai pas même de ses pauvres beaux cheveux [Ue j'ai coupés.
« J'embrasse ton père et tout Chàteau-Billy, avec iion cœur. -^