‹ Zénaide FleuriotChapitre 51 sur 79 · A SES PARENTS · texte numérisé non relu

A SES PARENTS

<■ Pari^. 13 février 1871.

a Mes chers parents,

« On me dit qu'on fait passer les lettres très lente- I ment par Versailles; aussi, ne sachant ce que sont

* Le père Olivaint écrivait, dans le Journal de ses Retraites, en s'exhortant à la confiance dans la prière : « C'est le secret de sainte Thérèse, la toute-puissante, de Hohenlohe. decette bonne fiière Marie de la Providence, l'enfant gâtée, qui demande tout à Dieu, qui Lui impose des conditions, qui se montre exigeante, capricieuse pour ainsi dire, et à qui II ne refuse rien. ■> (ls60. Méditation delà Cha)ianéenne. 2* vol. Albanel, éditeur.)

devenues les miennes, et trouvant une occasion, je vous jette à la poste de province ce petit mot. Je voudrais bien aller vers vous; mais la route est terriblement allongée et assez difficile, dit-on, pour une femme; dun autre côté, je n'ai pas encore traité pour le travail que je dois écrire sur le siège de Paris.

« Ce livre étant une actualité et ayant son chemin à faire, je dois m'en occuper. Je partirais tout de suite si je m'en croyais; mais il faut savoir pratiquer la patience. Pendant le siège, jai dû en prendre de sévères leçons : c'est ainsi, d'ailleurs, que la force s'insinue dans l'âme.

(' Dites aux chers enfants que je fais provision de récits sur mes batailles à moi, pour les intéresseret les instruire. »

A MADEMOISELLE CLAIRE DE KERÉVER <■ Pari?, ce 11 mars 1^71.

« Ma chère Claire,

" Les lettres, jusqu'ici, ont mis un grand retard pour parvenir à destination. Je vous ai écrit à toutes, bien des fois; et ta lettre m'apprend que vous n'en avez pas davantage de mes nouvelles. A peine l'ai-je reçue, que je suis allée au Ministère de la guerre. On n'a pu me fournir aucun renseignement, ce qui est mauvais signe.

(- Je ne veux pas douter de ta prudence, ma Claire, mais crois-moi. prends toujours conseil avant de décider les choses graves. Une des grandes règles de conduite, c'est de n'agir qu'après avoir consulté une per-

SIKGE DE l'AlUS. ;3ol

-uime priKlonlo; ramoiir-propre, nos propres désirs nous aveuglent, nous ne voyons bien que pour les autres.

u Je désire vivement, moi aussi, que la fille de 1 crnand porte bien son nom. Puisse-t-elle avoir la distinction physique et morale de notre toujours rcurettée Alix! Quand la mort l'a prise, nous étions encore dans le tohu-bohu de nos petites joies et de nos petites peines. Aucune de nous n'avait abordé la N.ritable vie, celle qui unit à Dieu par les habitudes t't les plus doux sentiments du cœur. Nous paraissions, nous n'étions pas. Et paraître devenait insupportable à notre chère Alix, le vide du dehors comniencait à l'accabler; ses qualités réelles ne se fussent bien développées qu'après cette phase un peu inquiète, où l'àme cherche sa voie. Dieu l'a prise avant : qu'il soit béni de tout 1

Je me demande ce que devient Yvonnette***, que j ai eu le bonheur de faire quitter Paris, presque la vrille de l'investissement? A-t-elle eu le bon sens de reprendre sa vie de paysanne et sa toilette simple? Pour quelles puérilités on s'expose à perdre son àme pI son bonheur! ■■

A SA SOEUR

- Paris. 20 mars IST!.

u Ma chère Marie,

« Je me sauve! ce n'est pas la peur, c'est la honte [ui me fait fuir, je n'ai pas redouté l'obus prussien, e redoute l'obus français. Entendre insulter ces sollats courageux qui se battent et qui meurent obscure-

3152 ZENAÏDE FLELRIOT.

ment pour la France, par ces hommes qui ne se sont pas battus contre la Prusse pour leur patrie, et qui assassinent maintenant leur pays pour de l'or, le goût de roisivelé, les honneurs; cela dépasse absolument mes forces.

« Je prendrai après-demain le train de Rennes, pour arriver vers le soir. Donc à bientôt! »

En effet, après avoir vaillamment supporté les tristesses et les privations de ce long siège de cinq mois, après s'être oubliée totalement pour soulager les pauvres et les souffrants. Zénaïde Fleuriot dut céder à des conseils pressants, et partir pour la Bretagne.

La joie de retrouver sa famille saine et sauve fut bientôt troublée par la nouvelle des sanglantes horreurs de la Commune et de la mort du révérend père Olivaint, fusillé et massacré le 24 mai, à l'abominable tuerie de la rue Haxo.

Le père Olivaint n'avait pas voulu, après le 18 mars, déserter son poste de Supérieur de la rue de Sèvres, bien qu'il ne se fît aucune illusion sur le sort qui l'attendait.

Mais rien n'avait pu ébranler son « inconfusible confiance )i. Dans une de ses dernières visites à la Communauté des Auxiliatrices (auxquelles il portait une sollicitude toute particulière . il s'exprima en ces termes : » Ou'avons-nous à craindre ici, mes chères fdles? Tout et rienl La famine, les obus, l'incendie, la prison, la mort! Eh bien I Alléluia quand même! Nous sommes dans la main de Dieu. Donc, un dévouement à tout rompre, un dévouement à périr, dans lé Magnificat. »

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Lo jour do son arreslalion. uno personne le suppliait de fuir : u Xon, répondit-il, je suis comme un capitaine de vaisseau qui doit rester le dernier à son bord.... Si nous sommes pris aujourd'hui, je n'aurai qu'un regret, c'est que ce soit le mardi et non le vendredi saint. >

Zénaïde Fleuriot pleura amèrement le père Olivaint et la mère de la Providence. Ils lui avaient tendu la main au moment où elle était submergée parla douleur que lui avait causée la mort d'Alix, et son cœur n'était pas de ceux qui connaissent l'ingratitude.

Après avoir passé deux mois seulement dans sa famille, elle quitta ses fraîches brises de mer, et revint

Paris, au moment des plus fortes chaleurs de l'été, en juin 1871, pour mettre généreusement au service de Dieu tout ce qu'elle avait de forces vives, de talent, de cœur et d'énergie.

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