Les Samedis de yi. <le Pontmartin. Michel Léw éd
< :( ) Il u K>; PON n A n ( . c . .{ : 0
Lomèiiie juiir. elle recevait la rarle de M. (1(^ Ponlniarlin avec ces vers :
A MADEMOISELLE ZÉ.NAÏDE FLEIRIOT
RpsperlueuT remerciemen ts.
Air vit^illard, bien souvent traité de radoteur. Vous venez d'octroyer i\e,< lettres de noblesse! Heureux si votre nom faisait croire au lecteur Que de l'art délicat, où vous êtes maîtresse, Vous lui communiquez la irràce enchanteresse! t
A MADEMOISELLE CLAIRE DE KERÉVER
<■ Paris, 2") novembre ISII.
« Ma Claire,
" Je ressens toute ta douleur avec toute la mienne, et je pense bien particulièrement à toi. La mort de Ion père m'est un immense chagrin. Il était pour moi comme un frère aîné, et je n'ai jamais vu se démentir en lui ni la délicatesse du cœur ni la noblesse des «sentiments. Aussi nous étions toujours d'accord, toujours 1 Je ne saurais oublier que je lui suis arrivée ignorante de tout, incapable de tout, pétrie damourpropre, de paresse, d'enfantillage, et que j'ai trouvé en lui le plus paternel soutien et les plus affectueux conseils. Me voici en libre communication avec sa belle âme, qui a rejoint celle que jai tant et si sincèrement pleurée. Soigne en ton cœur, ma Claire, ce (jue tu as de lui. Sa protection visible te manque; mais tu as atteint l'âge où il faut adopter une conduite personnelle, et son intercession te suit.
t< Aie confiance; Dieu seul est puissant, et II dis-
380 ZKNAÏDE FLEURIOT.
pense la grâce et la force à qui les lui demande sincèrement. Cest entre ses mains que je te vois.
(' Je vais mieux, je me relève. J"ai maintenant tout un peuple devant lequel je ne dois pas avoir la faiblesse de pleurer.
« Adieu, etc. )
A LA MEME
.. Paris. 12 février 1S72.
<( Un mot. ma Claire, un mot de félicitation et de joie! Si tu voyais de près les boues des grandes villes. tu te reconnaîtrais encore plus favorisée d'avoir, pour fiancé, un homme de foi el dhonneur.
u Prends la vie très au sérieux, ma chère fille, du côté de Dieu, et occupe-toi de rendre ton mari heureux. Que tout soit et reste bien commun entre vous, que la confiance la plus entière unisse vos âmes: menez ensemble, jeunes et dignes d'estime comme vous lètes, la vie du temps et la vie surnaturelle qui préparent celle de rÉternité. Priez ensemble, approchez-vous ensemble des Sacrements, et vous serez bénis.
« Ne dédaigne pas les vertus dune femme modeste et sensée. Le ménage demande beaucoup de temps et d'intelligence. Rends-toi compte des choses; apprends le mieux possible la cuisine, art difficile el indispensable pour savoir bien commander. Une femme qui sait tout faire chez elle, et qui tient à honneur de le bien faire, ne s'ennuie jamais et n'est pas troublée par un départ d'ouvrière ou un changement de servante. Notre chère et noble amie de
COmiF.Sl'ONDANCi:. :isi
Kérii^jinl, >i cxcellenle inénagèrt.', iicst-i'llc pas <lisliiii^iiée et aimable? Hélas I ce sont les natures vulgaires qui déplacent leurs devoirs, et <pii s'amusent à courir après des distractions niaises, (juand le bonheui' solide du devoir accompli était à leur i)orte.
(f .le te parle jiien iira\ ement. ma chère Claire ; mais te voilà dans la vie réelle. Dieu merci! et je t'écris le jour anniv(M-saire de la mort d'AlixI Elle n"a connu ni les amertumes vraies, ni les cuisantes déceptions de la vie: je fai déraisonnablement i^leurée, car, bien «pie je lui désirasse tous les bonheurs, je ne pouvais lui en donner aucun.
• Mes vœux et mes }>rières te sui\ent. ma <dière lille: je me sens vivement heureuse de te savoir un appui légitime, un compagnon dévoué, une maison, une mission. Je n"ai pas besoin de te prêcher Tordre et l'économie, et aussi la simplicité qui est une grandeur.
• Te rappelles-tu ma belle robe à carreaux bleus et gris, qui m'avait coûté neuf sous le mètre, et «pie j'avais laite moi-même? Quelle splendeur! Et le chapeau à rubans marron? .Je le mettais au loin, sur une chaise, pour le mieux admirer. Dieu te garde en cette simplicité qui plane au-dessus de toutes les ambitions, jalousies et vanités! Mille amitiés à Ernest et à les deux familles, n
A SA MÈRE
■ Pari^, :2t3 mai 1872.
" Ma chère maman, *' Marie m'a écrit que vous fêtiez aujourd'hui Aolre
382 ZEN AIDE FLELKIOT.
4iialre-vingt-deuxième année, el je liens à vous adresser un souvenir personnel. Comme santé, le bon Dieu vous a fait des grâces toutes particulières. Je ne vois guère, autour de moi. des vieillards ayant aussi bien conservé la plénitude de leurs facultés physiques el morales. Plus la vie avance, plus on en porte généralement le poids: heureusement, pour vous, c"est le contraire; vous n'avez jamais été mieux, ni plus dégagée de soucis. Votre mission désormais est bien douce, n'ayant plus qu'à prier pour vos enfants el petits-enfants qui auront et qui ont à combattre et à souffrir. Priez donc, pour que notre intelligence s'éclaire, pour que nous pliions notre volonté intime aux circonstances , et ([ue notre cœur soit plein d'amour el d'indulgence. La vie n'est qu'une longue épreuve; mais qu'au moins, dans la famille, on trouve la douceur, la justice, ce sentiment de bonté qui fait j qu'on aime à voir grandir et de\enir meilleurs ceux qui nous sont liés par le sang.
(• Demandez pour moi. à Dieu, que j "accomplisse toujours sa volonté, et que je remphsse la mission pour laquelle il m'a créée,
« En lui, l'Auteur de la vie. je reste, ma chère maman,
o Votre fille respectueusement dévouée et atïectionnée. »
Peu de jours après avoir écrit cette lettre, le 8 mai 1872, Zénaïde eut la douleur de perdre sa mère. Nous n'avons rien retrouvé se rapportant à cette si pénible séparation, parce qu'en fille tendrement dévouée, elle s'était rendue auprès de la chère
<J)Klitsl'().\l>.\.\i,l . -if^A
iiKilatlc, iiiiisi (|iie sa s(cur. Mlle Maiic l-lein-iol.
A MADAME 1' E K K I ù A U L T DE KEHEVEH
- lu décemliie iSTi*.
'■ Ma cher»' (Haiiv.
o Jo suis heureuse des bonnes nouvelles que tu me donnes de ta santé: tu fais bien sagement de prendre de l'exercice. Étudie sérieusement la simple hygiène domestique, (feviens une mère intelligente pour les soins physiques, avant de devenir une mère prudente pour la culture de lame et du caractère.
• ^'eux-tu te charger de demander autour de toi dans quelle bibliothèque se trouve le Théâtre du roi. livre qui renferme Le frondeur, comédie jouée devant le roi et ayant pour auteur mon grand-oncle Camille Royou. Je viens d'écrire une comédie en vers, et je serais curieuse de comparer. Ce livre était dans la bibliothèque de Chàteau-Billy.
' Adieu, ma chère petite maman future, que le bon Dieu te garde, etc. '>
Au printemps de 1872, les médecins avaient ordonné à la belle-sœur de Zénaïde de passer deux iiois avec ses enfants au bord de la mer: elle s'était nstallée près d'Auray. à Locmariaker. où elle savait le trouver ni Casino, ni baigneurs, la plage étant •aillouteuse et le pays sans organisation pour les •essources.
Vers le milieu du mois daoût, Zénaïde voulut ejoindre sa famille. Ses premières impressions ne urent pas favorables à ce petit coin du Morbihan;
:{84 ZEXAÏDE FLELRIOT.
mais Iticnlùl la vie simple et })rimilive quelle y trouva devint un attrait et lui parut pro})re à servir son goût (le solitude et de travail.
Elle conçut alors le désir de s"y fixer, et y Ijàtil en 1873 un cottage rustique pour y recevoir les siens. Jusqu'à sa mort, elle revint fidèlement chaque année sur les mêmes grèves, et sy fit apprécier el aimer de tous. Comme elle en avait exprimé le désir, ses cendres reposent dans le pittoresciue cimetière ({ui s'élève sur l'emplacement d'un ancien cirque romain.
Il ne nous semble pas inutile de donner ici quelques détails sur cette côte du Morbihan, à laquelle Zénaïde s'était attachée.
Locmariaker, à IG kilomètres d'Aui-ay. est un petit bourg de 800 âmes environ, situé à l'entrée du golfe du Morbihan, et auquel on peut arriver, soit en descendant la rivière d'Auray, soit en parcourant une assez jolie route, tracée à travers la lande déserte ou des champs cultivés, et l)ordée de quelques bois de sapins.
A part l'esluaire de Poulben qui , au départ d'Auray, forme un large et profond ravin, le reste du parcours s'effectue sans accidents de sol. ce qui permet d'apercevoir les monuments celti(|ues et mégalithiques, tumulus. dolmens, menhirs, dont cette partie de la basse Bretagne conserve les plus importants et les plus curieux.
D'abord, la grotte du Xé-Lud. qu'on croit être un dolmen recouvert de cendres en forme de tumulus, puis te plus grand menhir- connu, couché par terre, brisé et abattu par la foudre. îl ne mesure pas moins
COKIiESl'UNOANCE. 385
le 'li nu'tres de hauteur et de 5 à 6 mètres de tour. Son poids est évalué à 250 UOO kilogrammes.
A quelques pas de là, se voit le dolmen remarquable de Dol-er-Marc'h-ent, plus connu sous le nom de Table de César, etc.. etc.. et quantité d'autres; puis beaucoup de tumulus évocateurs des âges préhistoriques et témoins dune humanité religieuse et puissante.
Une vue splendide sur le Morbihan fait admirer son archipel d'îles et d'îlots, séparés par des courants redoutables. La presqu'île de Rhuys ferme le golfe de l'autre coté, et à son extrémité s'élève le bourg de Port-Navalo.
Au delà et à droite. l'Océan, dont Ihorizon se ferme au large par les deux îles sœurs de Houat et de Hoedic: plus en arrière encore, se voit une ligne ^rise à peine estompée, c'est Belle-Ile-en-Mer, et mfin le golfe de Ouiberon, où, croit-on. Jules ('ésar ivra aux Vénètes sa grande bataille navale K A l'horizon on aperçoit la presqu'île de Ouiberon.
Ces beautés naturelles , rendues intéressantes :)ar les souvenirs historiques qui sv rattachent, îcuvent plaire aux penseurs, aux artistes dédaigneux des avantages que procure la civilisation: nais il faut acceptei- de vivre à Locmariaker à a Robinson, ayant, il est vrai, comme compenalion. la pleine liberté de s'y baigner, d'y pêcher, 'y chasser à son gré. et de marcher une journée nlière sans rencontrer un seul citadin, si ce n'est
1. Dans un livre de la Bibliothèque rose. En congé, on etrouve les souvenirs historiques de Locmariaker au temps dç domination de la Gaule par les Romains (Hachette, éd.'.
386 ZÉNAÏDE FLMLIUOT. I
quelques touristes amateurs des antiquités celtiques. Le premier voyage de Zénaide, dAuray à Locmariaker, ne fut pas sans aventures. Nous en jugerons par la lettre suivante :
A MERE MARIE DE
'■ Locmariaker. -20 août 18Ti>.
« C'est indescriptible, ma chère Mère: à Auray, on me déclare que le char à bancs ne peut contenir ma malle, où rien n'est cassé heureusement, mais qui s'est défoncée sous le poids. 11 y a trois lieues à faire.
<' Je compte neuf personnes, plus le conducteur assis sur une tringle de fer, et son cheval. Par esprit de mortification, je n'ai pas jeté une plainte: mais j'éprouvais une telle fatigue, une telle chaleur, que j'ai dormi contre le rideau de toile, que soulevait le vent.
« A mon arrivée, je ne vois que des grèves vaseuses] et tristes, pas une plante, pas un ombrage I
« La chambre qu'on m'avait gardée chez ma bellesœur était si petite, si étouffée, et les cinq garçon.sl faisaient tant de bruit, que je me décidai immédiatement à chercher un gîte,
(( Ce matin, à cinq heures, je me rends à l'église: le bon curé, de quatre-vingt-quatre ans, dit un€| longue et dévote messe; je communie, je me retrouve et puis je vais à la sacristie. Le vénérable prêtre, qu ne m'avait jamais vue, me dit un aimable bonjour^ et un « Ahl c'est vous », d'une ravissante simplicité et, sur le récit de mes aventures, il vient nu-têlcj
CORKESPONDANCE. 387
(liez imt' loueuse de chambre: je découvre un esca- [ lier, une quasi-échelle, j"v monte : un vrai grenier s'olTre à ma vue: 15 francs par mois, et pas de mer. Je redescends et je demande à attendre: puis, après avoir remercié le recteur, je fais seule mes recherches, énergiquement. Je trouve alors la sainte vieille fille auprès de laquelle jai communié; elle m'accepte: et pour 15 francs, jai une jolie chambre dont la petite fenêtre ouvre sur les grèves, maintenant couvertes deau et charmantes: me voici donc casée :hez moi, malgré les réclamations de ma belle-sœur, H je vais pouvoir travailler. On manque de bien les choses dans ce petit l)Ourg. et j'ai dîné aujourriiui de mes provisions de Paris: il n'y a pas même le beurre, à cause des travaux de la moisson. Mais {uelle mer, quels bons visages, quelle liberté I J'ai léjà un masque de hàle, il n'en saurait être autrenent,
« Figurez-vous une grève sans rochers, sans falaise. les dunes de sable blanc et des champs sans arbres. )n est là sous un soleil de feu, sans autre abri qiie on chapeau. On peut penser, prier, se reposer, farlienle-r, quand on est aseez fort pour supporter la haleur et le vent : mais travailler,- c'est impossible. Que j'aime la mer. malgré tout! elle me repose raiment, elle me rafraîchit.
« On ne rencontre ici personne. Il faut traverser les rêves nu-pieds: c'est une vie sauvage et simple qui onvient à des êtres comme moi. Oiielles harmonies, uelles splendeurs I et cela est très pur. « Ces belles vagues, avec leur perpétuelle agitaon, s'harmonisent avec les souffrances de mon ame.
388 ZÉXAÏDE FLELHIOT.
Je vis avec vous, devant Dieu notre Père, que vous mavez appris à aimer si profondément. »
A LA MÊME
« Locmariaker. 2o août 1S"2.
« Ma chère Mère,
« Je suis fâchée que ma lettre vous soit arrivée décachetée; je Fai mise à la poste moi-même. Il n'y a ici qu'une boîte, la vraie poste est à Auray. Notre facteur rural, étant souvent hors de lui-même, par suite de trop de fortifiants, doit maltraiter les pauvres enveloppes; une déchirure dans ses mains peut se faire vite.
« Locmariaker est, il est vrai, au bout du monde, el il faut avoir, par le fait de son tempérament ou de sa vie, une libre d'ermite pour s'y ancrer. Mais cett( nature libre, sévère, poétique, me rend ce que j'a mproprement appelé des rayonnements. Pas un rayoi n'a brillé sur ma jeunesse; la nature seule m'a donn( un peu de ce qu'on puise ailleurs; elle m'a vague^ ment révélé Dieu; elle a occupé, charmé des force et des puissances sans aliment. Je la regarde ave attendrissement parce qu'elle m'a été aimable e consolante, alors que rien autour de moi n'éla aimable ni consolant. Qu'il m'eût fallu cependaii peu de chose pour être à peu près heureuse, dans u miheu rustique et grand!
« Que voulez-vous. Mère? il y a des impression' qu'on ne peut dominer, des admirations toutes jeune et toutes vivaces. Hélas! si je laissais Tidéal, il no faudrait des réalités.
COHIlKSl'ONDA.NCi:. iiS'.l
>. Ici, le rèi^lement n'est pas très bien oljservé; il ne peut l'être: la journée suit le reflux et le flux. Les bains des enfants sont la loi des repas et du reste. Je me lève à cinq heures; toilette, méditation à l'église, messe tous les jours; une heure donnée à Dieu seul. Après, travail ou départ pour les grèves. Une demi-lieue sous le soleil, pour que les enfants trouvent du sable fin. Le^premier jour, j'étais coitîée comme d'habitude; le vent a tellement fouetté mon chapeau, que tout me tombait sur le cou; désormais, chinoise solide. Repas sur les grèves ; moi dans le sable, nu-pieds comme tout le monde, j)èchant la crevette avec les petits, ou m'écartant, avec mon très commode pupitre, pour écrire, dire mes vêpres, mon chapelet, (les dames travaillent en gardant les enfants. A six ou sept heures, potage maigre, crevettes, poison: il y a six jours que je n'ai vraiment mangé de viande, et je me porte à merveille.
< Ma chambre, comme je vous l'ai dit. est admirablement située; mais, en compensation, lit très dur, rats d'eau dans les greniers : ce qui, deux soirs, m'a fait crisper les nerfs. Sommeil quand même, la fatigue étant écrasante.
- Vous épandez votre charité sur votre peuple, ma Mère, et je me repose avec le mien ; les vieux pêcheurs, les vieilles pauvres, les enfants, les jeunes filles à l'air t)uvert, au front sans rides, me distraient par leurs conversations. Quelle vie dure et saine! pas un livre; Dieu et la famille.
u Je plonge ici dans la pure simplicité. J'en veux presque à Gutemberg en voyant combien l'ambition, es sourdes agitations de l'Ame, la sombre envie, sont
excitées par cette puissance déchaînée do la mauvaise presse; tout le monde est atteint. Ces femmes recueillies devant le tabernacle, et qui ne savent pas
lire, me font envie. »
A LA MÊME
<• Lormariaker, 2 septemlire 1S72.
u -Ma chère Mère.
« Vous ai-je dit que mon confesseur m'avait presque enjoint de paraître aux offices le dimanche? J'y ai passé deux heures et demie tantôt : mais quels chants! et quels nerfs il faut! Enfin j'avais dû renoncer à la promenade, j'avais fait un sacrifice: et d'être restée, me vaut de pouvoir vous écrire aussitôt votre lettre reçue.
(( Pour que vous puissiez bien comprendre mes enthousiasmes devant la nature, il vous faudrait être à la table où j'écris en ce moment.
(' Ce petit coin, avec sa falaise découpée, est ravis sant. En ce moment, la mer, enflée de la bourrasque d'hier, est encore furieuse: et c'est pour cela que je l'entends si bien. Mais le radieux soleil d'aujourd'hui la caresse et la colore: et ces bouillonnements insensés et cette lumière sereine forment un contraste tel que Dieu seul peut en inventer.
(( Ces contrastes se rencontrent dans le monde des Ames, me direz-vous: je ne le sais que trop, hélas! et c'est pourquoi je me personnifie volontiers dans cette mer houleuse, frémissante, qui souffre et gémit si bruyamment des orages soulevés en son propre sein. Je vois Notre-Seigneur, dans cette lumière qui plane si majestueusement au-dessus d'elle.
CORUKSPONDANCE. 39 1
- A bientôt; je vous ai envoyé ce soir la bénédiction que j'ai reçue.
« Zénaïde de terre et de larmes. »
A LA MÊME
« Lonnnriaker. 7 septembre 1812.
<( Ma chère Mère,
*■ Comjjien je suis reconnaissante à la Révérende Mère Générale, qui est si bien ma chère Grand'Mère, de ce qu'elle m"a écrit du don de mes ouvrages à vos bibliothèques! Naturellement dévouée au couvent, de toutes les manières, je sens vivement la charité qu'on m'y témoigne, et je suis confuse d'être remerciée pour si peu de chose.
« J'espère arriver dimanche prochain: je pensais i justement que je serais un peu utile à l'École professionnelle durant votre retraite, quand votre lettre m'est arrivée. Vous me dites combien je vous suis nécessaire dans cette OEuvre. Que cette assurance m'a fait de bien! mon pauvre cœur inquiet en est démeurtri, je crains toujours de ne vous être bonne à rien.
« Je ne sais si je vous aime d'après le système de saint Thomas, mais vous ne saurez jamais à quel point ma reconnaissance est forte, profonde et rehgieuse. Elle est excessive, il est vrai, elle me fait souffrir: mais il fallait de l'excessif pour obliger une nature telle que la mienne à rester dans les eaux de la grâce: or je suis une merveille de grâce. J'avais besoin de Xotre-Seigneur enseigné et donné par une créature que je devais vénérer autant que chérir.
u Le malin, quand je suis dans cette petite église et que mon cœur s'épanche librement devant le tabernacle, vos paroles me reviennent : et quoique souffrant de mon intime solitude et de mes tiraillements de nature, je fais des actes d'amour de Dieu qui me brûlent l'Ame.
« Ah I comme les grands saints parlent des passions, comme ils les définissent I Pourtant, si je n'avais pas eu ma Mère, toutes ces lumières n'eussent été que des charbons en plus : car j'aurais soufflé dessus. Que Xotre-Seigneur répande ses grâces sur elle pendant sa retraite, je l'en prierai chaque jour, quoique indigne, avec ce cœur qui n'a eu en ce monde et qui n"a qu'an asile, qu'un appui, qu'un dévouement qui l'ont, bon gré mal gré, conduite à Lui. »
A LA PRINCESSE ^\'ITTGE.\STEIN
" Pari>. i"' novpml>re 1872.
'< Bien chère et illustre amie.
« Xe sachant où trouver notre si douce Princesse Pax. je vous envoie, sous ce pli, la dédicace rimée de mon volume : Aigle pt colombe, que je lui adresse.
u Pardon de ce petit dérangement ; et merci toujours. "
A SON ALTESSE LA PRINCESSE M A H I E DE LA PAIX 0 D E S C A L C n I
A Rome, j'ai marché dans l'ombre Que votre palais, vaste et sombre, Étend sur le pavé de feu.
Princesse, à cet instant, peut-être.
Accoudée à votre fenêtre.
Vous contempliez le ciel bleu.
r.ORRKSPONDANCK. 303
Puis, vos yeux erraienl sur des pages
Où se prolilaienl les rivagt^s
De mon nolîle pays d'Armor.
Le livre aujourd'hui se Idasonne,
Et j'y grave un mot qui rayonne,
Le nom que vous portez encoi-.
Aigle el colombe, ouvrez votre aile:
A Rome, la cité lidèle, Vous trouverez un doux accueil.
Portez les vœux de rétrangère.
Au palais trois fois séculaire.
Dont le bonheur franchit le seuil ',
T' novembre 1ST2.
La fin de celte année 1872 apporta au cœur si Tervent de Zénaïde Fleuriot une véritable joie. Elle avait fait hommage de son ouvrage : yotre Capitale Rome -, à Sa Sainteté le pape Pie IX qui ne larda pas à lui envoyer sa bénédiction dans un bref laudatif, où le but et les fruits de son apostolat sont admirablement compris et heureusement exprimés.
Nous en donnons la ti^aduction :
-4 Xolre chère fille en J.-C. Zénaïde Fleuqiot, Paris, Pie IX, Souverain Pontife.
(• Chère fille en J.-C, salut et bénédiction apostolique I
u Ce que des hommes de grand mérite n'ont pas jugé indigne d'eux, les uns, de composer parfois des récits de faits imaginaires; les autres, de donner à des histoires véritables Tattrait de la fiction, dans le
1. La princesse Pax Odescalchi allait épouser le comte François Kuefstein.