Mon dernier livre. Oiidin. éd
CORRESPONDANCES. o41
« Si ma chère chanoinesse de Robersart retourne à Rome, elle se propose d'aller vous offrir l'expression de son admiration. Nous avions quasi arrangé le voyage ensemble, puis est arrivé un empêchement.
<( On vient de m'envoyer des vers de la minislresse d'Autriche à Berne, sœur de la duchesse Colonna Marcello). Si jamais je vais à Berne, je serai aimablement accueillie par cette charmante femme.
« Vous ai-je dit que mon œuvre de tante réussit bien? Les enfants deviennent des hommes. Tout cela marche noblement.
" Adieu, etc. ^i
A LA MÊME
« Locmariaker. 1" août 1884.
u Chère Princesse,
u Que vous avez été bonne de mécriré comme vous lavez fait, à propos de la santé de ma chère mère Marie de ***. Cet accent-là m'a donné la mesure de votre cœur, et votre sympathie m'a profondément touchée. - « Cette religieuse est au fond de ma vie. Sa grande et réelle sainteté a éclairé ma foi.: et sa bonté exquise, son intelligence vraiment supérieure, ont achevé l'œuvre. Aussi, quand elle soutïre, je ne puis mempècher de soutïrir.
X Tout est pour moi volonté de Dieu, m'écrit-elle : pénitence, soulTrance d'apostolat, douleur physique, ingratitudes, mauvais procédés, tout s'appelle de ce nom. et m'est une préparation au détachement suprême. J'éprouve une joie indicible en ce permanent sacrifice.
542 ZEXAIDE FLELUIUT.
H Merci donc, chère Princesse, de comprendre et mes inquiétudes el ma tristesse, quand cette santé si délicate reçoit quelque forte atteinte. A cette heure, le danger est conjuré; mais la voilà clouée sur un fauteuil.
u Je comptais travailler beaucoup ici, et vous allez me gronder. Hélas I la mer. la grève, mon bateau <- IHermine ■>, mon cheval « Méaban - me tentent, et je vis dehors.
« J"ai les mains hâlées comme celles des pêcheuses; je me porte aussi comme elles, et n'alarme jamais mes amies pour cause de santé. Mais si mon corps n*a pas tremblé la fièvre, ni souffert de douleur, mon cœur en est coutumier, grâce aux fièvres et aux souffrances de ceux qu'il aime.
« Pendant les jours de pluie qui mont claquemurée, j'ai lu, avec une admiration croissante. Adam Bède de George Elliot. J'aurais voulu la connaître. Xaurez- "sous pas la bonté de me parler d'elle, de me la décrire un peu? Je conserve ces jeunes curiosités. Je donnerais mes soixante volumes pour son Adam et son Moulin •sur la FI os s.
" Et, avec tout ce babil, je ne vous ai pas demandé de vos nouvelles, de vos chères nouvelles? Vous commencerez par là, s'il vous plaît, dans la réponse attendue. »
DE LA PRINCESSE WITTGEXSTEIX
« Rome, 4 septembre 18S4.
u Ma chère Zénaïde.
c Merci du portrait; vous êtes jolie, jolie comme un cœur d'or que ^ous êtes. Soyez-en sùre^ quand je
COKHESPUND ANGES. o43
vomirai iairc photographier quelqu'un de cher, j'irai à Paris, si votre artiste y vit eneore.
" Couiuie (-"est bien posé et comme c'est bien saisi, (|uelle grâce et quel naturel! Je vous remercie; m;us, tout de même, je veux ravoir ma tète de 1867, je ne vous lai que prêtée. Elle me rappelle réellement le cous dalors, triste, découragée et pourtant vaillante; ce sont les mêmes yeux l)leu pâle, mais ici ils sont IxHillanls despril , là ils sont profonds. Je vous laisse la pose de la boucle; vous pouvez la donner à quelque l'emme de pécheur qui en sera hiMU'euse: mais rendez-moi i/ia léte.
'- Merci, ma chère Zéuaïde, de laimable surprise.
<- Je vous redis encore combien je trouve charmant. charmant, le cadeau que vous m'avez fait.
Je vous embrasse comme votre alTectionnée
« Princesse W'ittgexstein. ^>
A LA PRINCESSE WI T T G E X S T El N
" Kermnareb. 13 septembre l>S4.
« Je vous reloui'n(^ donc la tète que vous aimez, chère Princesse: je la trouve triste à pleurer, mais. ' puisqu'elle vous convient, je vous la renvoie. Xadar. il est vrai, m'a parfaitement réussie: et enfin mes amies m'écrivent : C'est bien vous! J'attribue cette physionomie naturelle à la présence dune jeune artiste, qui veut me peindre en miniature. Elle est très originale, et me regardait avec une si étrange figure, me tenait des propos si étranges aussi, que je n'ai pu mempècher de sourire franchement. >."e voulait-elle pas m'atïubler dune mousseline en turban!
o44 ZENAIDE FLEURIOT.
« Je lavoue. jaime mieux sourire à ceux qui me sont chers, que de les contempler d'un air morne. Le portrait de vous qui orne mon salon est souriant, et cela me met du baume au cœur de le regarder.
« Votre jugement sur Sous le joug fait toujours ma joie. Puisse Désertion, que je vous enverrai sous peu, mériter aussi vos louanges.
« Je suis désolée des nouvelles que je reçois de la marquise de Blocqueville. Un anthrax à la tempe, ce doit être affreux et laisser des traces. Comme elle a souffert! Comme elle souffre 1 Quand j'entends le récit de ces martyres, je suis tentée de me mettre à genoux pour remercier Dieu de mon inaltérable santé. On peut bien user de la maladie, elle est parfois grande comme la douleur; mais quel tourment de vivre ainsi, une soutfrance aiguë succédant à l'autre!
(' Adieu, chère Princesse: vous savez que je vous aime tendrement et fidèlement . en Bretonne pur sang. »