CHAPITRE II
Revers de famille. — Enfance et adolescence au Palacret (de 1829 à 1849).
L'enfance de Zénaïde avait été heureuse; mais, si tristes furent les épreuves qui assombrirent son adolescence et les années qui la suivirent, si douloureux était le souvenir que sa mémoire et son cœur en avaient gardé, qu'elle évitait de rappeler cette époque de sa vie.
Nous retrouvons heureusement, sous le titre de Confidences à mes lectrices^ certains détails sur sa jeunesse, et, dans les papiers de famille, une longue lettre ou plutôt un mémoire écrit, d'après sa demande, par Mlle Marie Fleuriot, son aînée de vingt ans; celle-ci l'avait pour ainsi dire élevée, comme il arrive dans les nombreuses familles, où la mère est absorbée par les soins à donner aux derniers venus*
« Pontivvj 19 octobre 1873.
« Ma chère Zéna, tu me demandes de t'écrire tout
à viiii^t ans
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rr (loni je 1110 souviens sur ton enfance; je m'empresse (le le satisfaire et de suppléer par mes souvenirs à ce (jue tu ne peux pas savoir, ou à ce que tu ne sais (priuipai-faitement.
« Oue je serais heureuse si la bonne inspiration (Técriro ta vie te suggérait l'appel que tu fais à ma mémoire; en tout cas, la voici grande ouverte; je vais en sortir tout ce qui concerne tes années d'enfance et (le jeunesse.
« Tu es née le 29 octobre 1829; notre frère Théodose, à peine Agé de neuf ans, fut ton parrain, et notre voisine et amie, Zénaïde Le Coniac, ta marraine; elle te donna, en plus du sien, les noms d'Anne et de Marie. Tu étais une très jolie pouponne, et tous nos amis venaient te voir et complimenter maman. Ta marraine, très fièrede sa filleule, ne te ménageait pas les visites; souvent même elle t'emportait chez elle pour te montrer à ses amies.
« Tu fus enfin, ma chère Zéna, une fillette douce, gracieuse, ne pleurant presque jamais, aimée et choyée à qui mieux mieux ; les grands frères. Théodose, François et Jean-Marie Rose, te berçaient entre leurs bras, et seraient volontiers restés avec toi, si riieure de la classe ne les eût forées de quitter la petite sœur aux grands yeux bleus, aux joues roses et aux épais cheveux blonds. Tu marchais à un an, <! je vois encore la grande table carrée sur laquelle je t'apprenais à essayer tes premiers pas; que je fus lu^ureuse lorsque tu te mis à trotter toute seule par la chambre! il y avait entre toi et moi une si grande différence d'Age que mon affection était presque maternelle.