Z EN AÏ DE FLEUIUOT
« Tu fus mise de bonne heure en classe, à trois ans et demi je crois; lu étais bien petite, mais, dans notre famille si nombreuse, avec la santé délicate de maman, et malgré deux et même trois domestiques, on ne pouvait suffire à tout.
« Tu fus donc envoyée chez madame Charlemagne, qui tenait une petite école fréquentée par les enfants des meilleures familles de Saint-Brieuc. Elle vous apprenait vos prières et les premiers éléments de la lecture; cela tout en vous amusant et vous faisant très peu travailler.
« Pleine de vie et de santé, tu jouais de tout ton cœur; ce qui ne t'empêcha pas de savoir lire bien vite. A quatre heures, tu rentrais de classe; et, quand tu nous avais tous embrassés, je te prenais sur mes genoux; après mille caresses, tu me racontais tes petits succès, tes espiègleries, et surtout combien de fois tu avais évité la grande gaule de la vieille dame.
« A la maison, la vie était gaie et animée; le père du docteur Laënnec, doyen des avocats de Saint- Brieuc, et parrain de notre petit frère Théophile, venait continuellement voir mon père, dont il était le grand ami; il jouait avec vous et vous chantait des chansons du vieux temps, ou encore d'autres qu'il avait composées lui-même. C'était à qui lui aurait fait le plus de malices : l'un cachait son tricorne, l'autre tirait sur son habit noir, un troisième sur sa chaîne de montre; les plus petits s'attaquaient aux boucles de ses jarretières ou à celles de ses souliers. Il se fâchait parfois et disait en riant : « L'esprit des Royou est bien dans la famille! » Il avait connu l'abbé