JUGEMENT DK M. ALFRED NETTEMENT
qui font ressembler les tableaux qu'elles tracent à des miniatures. Sa plume marche vaillamment à son but, sans s'attarder sur la route pour peindre avec une curieuse sollicitude les moindres contours des objets (ju'elle rencontre; son trait est large et ferme, sa couleur ne se perd pas dans les nuances.
« Je voudrais ici caractériser en quelques mots sa poétique instinctive ou raisonnée, car souvent les écrivains, surtout au début de leur carrière, ne se rendent pas un compte exact des principes qui dominent leur talent et leur servent pour ainsi dire de boussole. Je demande pardon à Mlle Fleuriot d'être obligé d'esquisser ici en quelques mots sa biographie morale et intellectuelle. Ce n'est pas une indiscrétion que je commets, car je ne dirai rien que je n'aie deviné en lisant ses livres. Le lecteur, qui aime à connaître ceux qui lui procurent les plus pures des jouissances, les jouissances intellectuelles, me saura gré d'avoir levé un coin du voile qui lui cache l'auteur des SoHvenii's d'une douairière , d'Eve et de La vie en famille.
« Partout et toujours, Mlle Fleuriot regarde la vie réelle du haut de l'idéal chrétien. C'est là un des attraits les plus puissants de son talent, à la fois sincère et élevé. Elle ne surfait ni la société, ni les personnages qu'elle met en scène, ni la vie humaine, qu'elle peint telle qu'elle est; il n'y a chez elle ni Clarisse ni Grandisson, mais elle éclaire tout d'un rayon venu d'en haut.
« Je n'ai pas besoin d'avoir son acte de naissance pour la tenir pour Bretonne. Je sens s'élever dans ses pages, avec de fraîches inspirations, cet air