‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 41 sur 89 · Z EN AÏ DE FLEUIUOT · texte numérisé non relu

Z EN AÏ DE FLEUIUOT

toutes les grandes causes. Je souffre, dans ma justice, de les voir ainsi persécutés à tort et à travers, aussi bien par les lettrés que par les ignorants.

u A l'occasion, je vous demanderai, chère Princesse, quelques nouveaux Serpents et colombes. Je les distribuerai à des femmes intelligentes qui font public; et ainsi, quand, un jour ou l'autre, vous apparaîtrez éditée à Paris, on vous connaîtra. Ai-je bien compris? Puis-je mettre votre nom sous les fragments pris dans La Prière ou ailleurs?

« Je compte puiser, puiser pour la Semaine, toujours, jusqu'à ce que vous me disiez : Halte-là! Adieu, etc. »

A LA MEME

« Paris, 3 mars 1869.

(c Chère Princesse,

« Il n'est pas de jour que je ne pense à vous et voudrais vous écrire; puis il m'arrive trente -six petites choses qui m'obligent à remettre ce plaisir à plus tard.

(( Merci mille fois des Serpents et colombes. J'ai, parmi mes connaissances nouvelles, des femmes de beaucoup d'esprit que vos œuvres ravissent, enthousiasment. Et ce sont des natures très froides, très réfléchies, qui n'admirent qu'à bon escient.

« Le carnaval passe inaperçu pour moi, croyoz-le bien, depuis ce carnaval dont le souvenir m'est si présent. Toute notre petite société intime de Saint- Brieuc s'était déguisée, et nous n'avions pas sous la main de costume théâtral, mais de simples habits de paysanne. J'étais en Lamballaise; Alix por-

lait en reine riiabillemenl pittoresque des filles de Scaër; et je la vois dansant avec ses jupons courts et sa croix d'or, sa grande collerette plissée, tout occupée de venir relever mon grand chignon qui s'échappait sans cesse de dessous in.a petite coilTe de tulle.

« Ces souvenirs glacent à jamais certaines joies , et désormais j'ignorerai le carnaval. Pour moi , celui-ci sera plutôt divin qu'humain. Prier en ces jours me console, surtout devant le Très Saint Sacrement exposé dans ma paisible chapelle du I^urgatoire.

u .le suis toujours parlaitemenl contente de mon li<)tess(\

u J'ai vu les ombres légères, et dessous brille une très grande ame. Nous nous entendons bien, nous nous retrouvons avec plaisir à l'heure des repas, et je vois défiler chez elle une série de pensionnaires de passage qui ofTrent de Tintérét. En ce moment, je puis étudier rAmérique sur des Américaines, dont l'esprit positif m'émerveille. Je commence à découvrir qu'en Bretagne, nous tournons à la poésie pour ainsi dire naturellement, et ne sommes nullement (les gens pratiques.

« Mme de Cathelineau est tout à fait touchée de votre amabilité pour son cher Henri; c'est un type de Breton à son printemps, sérieux et timide. J'aime joliment mieux ce genre-là que celui de nos modernes petits crevés. Vous aussi, je pense?

*< Un sermon du père Gratry m'a beaucoup intéressée dimanche dernier; il a eu des comparaisons profondes qui m'ont ramenée à vous. Mais il a surtout

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parlé d'écoles professionnelles catholiques. C'est une œuvre à créer; et je ne sais si on ne me lancera pas dans ces grands projets apostoliques.

« Adieu, etc. »

A LA MÊME

.< Paris, 3 avril 1869.

« Votre silence, chère Princesse, me pèse et m'inquiète parfois; mais mon attente est tout à fait sereine, tant que je ne vous sais pas positivement souffrante. Je ne puis perdre la naïveté de croire à la sincérité de certains sentiments. J'ai beau me heurter au factice, au mensonge, aux petites trahisons; je conserve mon propre Don-Quichottisme, je me rends humblement la justice de penser que je ne suis pas coutumière de ces étranges manières d'aimer, et je ferme la porte à triple tour sur mes illusions et sur mon cœur, pour que ce doute mondain et flétrissant ne puisse y entrer.

« Je ne vous accuse donc point de m'oublier, jevous demande seulement un mot de souvenir de temps en temps, afin que je sache ce que vous êtes : rhumaiique ou occupée.

« Je travaille assez, et le livre que je vous dédie avance. Mais je ne sais pas ce qui s'est passé en moi.

« Dans le temps de ma grande sève, de ma grande jeunesse, j'aimais, le dramatique, j'aimais à faire pleurer, à émouvoir. Maintenant que je connais l'amertume des vraies larmes et le brisement du cœur, je redoute ce qui me rejette dans l'émou-

vaiil, et je fais tourner mon esprit au ^^ai, au pétillant.

« Du reste, je crois que mes lecteurs ne m'en apprécient que mieux. Ils me disent un grand bien des pages écrites avec cette verve nouvelle, avec cette plume un peu moqueuse, mais prolbndément catholique. On m'affirme que mon Pauvre vieux n'est i)as banal. Autrefois je sacrifiais beaucoup à la convention, à ceci, à cela. Maintenant ma plume est une vagabonde qui ne suit que l'impulsion du moment.

« Des amis m'engagent à lire Top< fer^ mais je m'y rei'use. Si, sans le savoir, j'ai le malheur de le mal copier, au moins ce ne sera pas un plagiat, puisque je ne l'aurai pas lu. En définitive, je trouve que tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.

« Vous avez porté bonheur à Alix^ chère Princesse; la première édition, deux mille exemplaires, a été épuisée en quatre mois, ce qui est un grand succès, dit l'éditeur.

« Je ne manquerai pas de prier pour vos intentions. Votre ami doit être un illustre, et cela fait double peine de voir les grands manquer de courage à l'heure de la mort. C'est un si triste exemple pour les petits. J'assistais, hier, à une séance du Corps législatif. J'y ai entendu iM. Thiers, M. Rouher, et aussi de légers rugissements poussés par le puissant Jules Favre, ({ui a l'air d'un sanglier. J'ai donc vu nos législateurs de près. Ah! quelle désillusion! qu'il y en a de vindicatifs, d'emportés, de ridicules. Comme ces passions individuelles, ces mesquines passions de parti me semblent déplacées!

« Ne doit-on pas discuter avec plus de calme les

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intérêts d'une grande nation? lisse sont tous mis en colère, aussi bien les gentlemen assis aux bancs des ministres que les barbus députés de la gauche. C'était à craindre qu'ils en vinssent aux mains. Votre Trailê de la bienveillance serait un bon sujet de méditation pour ces Messieurs.

« Adieu, etc. »

A LA MÊME

« Paris, 16 juin 1869.

c( Chère Princesse,

« Votre dernière lettre m'est arrivée dans l'oasis de yuimperlé. J'étais là au milieu des fleurs, et je m'y trouvais bien. Un des motifs de mon voyage avait été de surveiller les exercices de la retraite de Francis et d'assister à sa seconde communion. J'ai donc passé, dans l'historique et pittoresque petite ville d'Hennebont, quelques jours de repos. Quand je n'avais pas mon cher enfant, j'allais errer autour des vieilles murailles qui ont vu Jeanne de Flandre, l'héroïque duchesse, que nos ballades bretonnes appellent : Jeanne la flamme.

« J'ai assisté, à Quimperlé, aux batailles électorales; cela a été très ardent; le candidat officiel l'a enfin emporté, mais j'ai cru un moment que ces Bretons, soulevés par les différents agents, allaient saisir leur pen-bas et s'assommer au nom de la liberté.

« Me voici revenue à Paris, travaillant beaucoup et me laissant mêler à bien des choses importantes.

« Paris, chère Princesse, est, l'hiver comme l'été, le même pour moi. De Rome, quand vous aurez un

instant, regardez. Vous me verrez très paisiblement installée ckns mon petit coin, racontant, à ma guise, l'histoire tle mon Pauvre vieux ^ ayant, en lait de lelations, mes chères religieuses Auxiliatrices, quelques intimes et des pauvres, détournant, le plus possible, les yeux du trop séduisant, cherchant à bien connaître, dans le calme et le silence, la volonté de Dieu.

u Vous avez peut-être reçu Mon sillon'^ je m'att(Muls à quelque juste critique, et pourtant j'ai hûte d apprendre votre avis sur ces pages.

« Je le sens, je suis dans une phase de transilion.

« Puissé-je, en tout, prendre un bon pli, et en perdant d'un côté, gagner de Tautre.

(* Le travail intérieur s'est fait lentement chez moi, je m'éveille tard; mais enfin, mieux vaut tard que jamais.

« Adieu, etc., etc. »

A LA MÊME

« Paris, 24 novembre 1869. »< Les journaux vous ont appris le grand chagrin que je viens d'éprouver par la mort de mon excellent ami Nettement. Il avait été un père pour moi. Je n'ai jamais rencontré de plus belle âme d'homme. C'est vraiment un deuil général. Je ne me rappelle pas lui avoir trouvé l'ombre d'une imperfection. Je me dévoue un peu à sa fille, et passe près d'elle le plus de temps possible.

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«' J'ai eu dernièrement la pensée de l'aire précéder ma lettre par un exemplaire de la lievue des Jésuiles, qui renferme un long article sur votre Eglise^ puis on m'a dit que ce recueil était très répandu à Rome, et j'ai compris que ma livraison arriverait après coup, inutilement par conséquent. Voulez-vous me dire si vous approuvez les quelques lignes ci-jointes que je place en tête de ce Pauvre vieux qui vous sera remis un de ces jours? Je n'ai que le désir devons exprimer toute ma reconnaissance pour votre fidèle amitié, en plaçant votre nom sur ce volume.

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