‹ Zénaïde Fleuriot, sa vie, ses œuvres, sa correspondanceChapitre 7 sur 89 · MANUSCIUT DE SON PERE · texte numérisé non relu

MANUSCIUT DE SON PERE

dragons; on leur recommanda de m'cmpêcher de sortir et les perquisitions continuèrent. Ils arrivèrent bientôt dans la chambre où les fonds étaient cachés, et ils ne tardèrent pas à les trouver, à l'aide des indications écrites sur la lettre qu'ils possédaient.

« Voici ce qui s'était passé : dès que mon oncle eut été incarcéré, il avait demandé une plume et de l'encre que le geôlier lui procura aussitôt; il écrivit alors à son beau-frère une lettre où il énonçait ses <lispositions dernières, l'emploi des fonds cachés qu'il avait, et sa volonté formelle de me faire continuer mes études dès que la tranquillité serait rétablie, soin dont il chargeait mes dévoués protecteurs. Il finissait en nous annonçant sa mort comme certaine, inévitable, et en nous faisant ses adieux avec le calme et le courage que la foi et l'innocence seules peuvent donner. Il avait confié sa lettre à un prisonnier libéré, qu'il nous chargeait de récompenser par un louis ; mais ce misérable eut la lâcheté de la faire passer aux membres du district. C'est alors que ceux-ci avaient envoyé leurs satellites dans notre maison. [)our y commettre des rapines et des voies de fait.

« Lorsqu'ils eurent mis la main sur les quinze cents francs, ils descendirent en continuant à nous invectiver; les armoires du rez-de-chaussée furent ouvertes; comme tout leur était bon, ils s'emparèrent (lu peu d'assignats qui s'y trouvaient, de Targenterie, (l'un ciboire et d'un calice, dans lesquels ils se mirent à boire. Aprèsavoir bien mangé et s'être bien enivrés, ils pensèrent au départ.

« L'un deux me dit d'aller prendre nos chevaux à l'écurie, pour conduire mon on(;le en prison; comme

je restais suffoqué et sans voix, mon oncle lui-même me répéta cet ordre, et je dus obéir.

<( Lorsque les chevaux furent sellés et bridés, il en monta un, et moi Tautrc ; les cavaliers nous placèrent au milieu de leur peloton, pour ne pas nous perdre de vue, et nous partîmes.

« L'état d'ivresse dans lequel ils se trouvaient presque tous aurait bien pu favoriser notre évasion, si mon oncle en avait eu l'idée ; mais telle était la terreur qui régnait comme fatalement de toutes parts, que la résistance paraissait impossible. Arrivés aux portes de la ville, on força mon oncle à mettre pied à terre, et on m'ordonna de retourner chez nous à l'instant même, avec les chevaux. Tout en larmes, j'embrassai mon bon parent, seconde victime de la trahison et de la cupidité révolutionnaires, et j'allai rejoindre ma tante que je trouvai plongée dans la plus profonde douleur : je me mis à pleurer avec elle, et nous passâmes ainsi le reste de cette désolante journée. Le lendemain, on mit les scellés sur toutes les armoires; mais grâce à l'humanité de l'officier chargé de cette opération, nous pûmes emporter nos vêtements et nos papiers de famille les plus importants.

« Mes deux oncles ne tardèrent pas à être mis en jugement devant le tribunal révolutionnaire de Brest, avec un citoyen recommandable qui avait souvent donné asile aux honnêtes gens voués à la proscription et à la mort, et qui fut notamment accusé d'avoir caché mon bienfaiteur quelque temps avant son arrestation.

« Après une procédure dérisoire, le prêtre fut con-

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