‹ Zéno CabralChapitre 14 sur 21 · GAM41L · texte numérisé non relu

GAM41L

— C'est bien réellement pour retourner au Tucuman que vous désirez un sauf conduit?

-^Pour quelle-raison serait-ce doue?

-*- Je ne sais i>as ; tuais mon frèfei.. Il s?arrêta subitement avec un embarras mal dissimulé.

. — Votre frère ? insinuai lé jeune homme,

— Rien, je m'étais, trompé; ne faites pas, je vous prie, attention à mes paroles, et n'attachez' pas à ce que je vous dis un sens qui me saurait être vrai ; je suis sujet àcommetiri souventdes erreurs.

— Y a~t-il de** difficultés à ce que- vous m'accordiez ce sauf- conduit.

— Je n'en vois pas; cependant, je n'oserais lefaire, sans en prévenir mon frère.

— Qu'a cela ne tienne, je n'ai nullement l'intention de quitter le camp sans son auio risation; si vous voulez, nous irons le trouver ensemble.

— Vous êtes donc pressé de partir ?

— Jusqu'à un certain point, il vaudrai!

Les domestiques rôdaient sans cesse autour de leurs maîtresses, fur; ram, ecouVain et regardant,. et ;: si par' hasard 1 elles s'éloignaient, la >œur de do n S'anliag* i , qu i affectait < le te* moïgiier une vive amitié pour les étrangères, véuait s'installer chez elles sans façon et y demeurait presque toute' la jou ruée; les fa • liguant -Je ses caresses étudiées et des lémoignages menteurs d'une amitié qu'elles savaient parfaitement être fausse.

Cependant grâeeà Tyro, dont le dévouement neseraienUssiiit pas. et qui avait su se met; Ire au mieux dans l'e^pril des deux Indiennes, Emile était parvenu à se débarrasser à' peu près d'elles; le Cuarauis avait trouvé le moyeu de les attirer p*r de pelits présents, et à les mettre. jusqu'à un eerlaiu point dans les intérêts de son maître, qui. de son «-6'é, n'arrivait jai nais au toldo sans le< r offrir quelque bagatelle; il ne restait donc que la sœur ne Pincheyra. Mais ce jour là; après avoir, le matin, fait une longue visite aux damés, eiie >'etait retirée afin d'assister nu repas que son fière donnait aux officiers étrangers, et pour remplir a leur égard ses devoir* de maîtresse de maison, soin dont elle n'avait pu se dispenser.

La marquise et sa fd le étaient donc, pour quelque temps- du- moins , délivrées de leurs espiounes, maîtresses de leur temps et li-bres jusquà un certain point de se concerter avec le seul ami qui ne les eût pas abandonnées, sans craindre que leurs paroms fussent répe léesà l'homme qui avaitsi indignement trahi à leur égard les lois de l'hospitalité et méconnu le droit des gens.

A quelques pas du toldo, le jeune homme se croisa avec Tyro, qui-, sans lui parler, lui fil comprendre, par un signe muet, que les dames étaient seules.

Le jeune homme entra.

La marquise et sa ftde, tristement assises auprè- l'une de l'autre, lisaient dans un livre de prières.

Au bruit que fit Emile en- franchissant le seuil de la porte, elles relevèrent Yivement la tête.

— Ah I fit la marquise dont le visage s'écl. ira aussitôt, c'est vous enfin;, «tb« tëmitio;

— Excusez-moi., madame, répondh-il, je ne puis que fort rarement me rendre auprès de vous.

— Je le sais^ comme nous vous êtes surveillé, en bulle aux soupçons. Hélas ï nous n'avons échappe aux révolutionnaires que pour tomber aux mains d'hommes plus cruels encore^

— Auriez* vous à vous plaindre des- procédés de don Pablo Pincheyra ou de quelqu'un des siens, madame?

— Oh! répondit-elle avec un sou ri re ironique, don Pablo est poli, trop peut-être avec moi? Oh! mou Dieul qu'ai-je, fait pour être ainsi en butte a ces persécutions!

— Avez vous vu mou serviteur, ce matin, madame. Je vous demande pardon de vous interroger aiusi.Jmais le temps rue presse.

— E-t ce ;.e Tyro dont vous me parlez?

— De lui-même, oui, madame.

— Je 1 ai vu un instant.

— Il ne vous arien dit ?c

— Peu de chose; il m'a annoncé votre visite, en ajoutant que, sans doute, vous au-r riez: d'importantes nouvelles à m-apprendre, aussi mon désir de> vous; voir éiait-il vif; dans la position où. ma fille et moi nou- nous trouvons, tout est pour nous matière à espérance.

— Ji'ai, en effet, madame j d& graves nouvelles à vous annoncer; mais je iiè sais comment le faire.

— Pourquoi donc? s'écria çioïïà Eva en fixant sur lui ses grands yeUX avec une ex

mieux, je crois , que je pusse m-eioiguei sans voir ces darnes et avant ed'es ; de cette façon , j'éviterais la demande' qu'elles ne manqueront pas de m ? adresser de les accompagner.

— Cela vaudrait mieux, en effet. '

— Allons donc trouver votre frère, afin de terminer cela le plus tô't possible.

— Soit.

Ils se dirigèrent vers lé toldo ; de don- Pablo;

mais, à moitié roule à peu près, le Français s'arrêta en se frappant le front.

— Qu'avez vous? lui demanda don Santiago.

— J'y songe, nous n'avons pas besoin d'aller ensemble; vous arrangerez celte alFaire beaucoup mieux que moi; pendant que vous serez là-bas, je préparerai tout pour mon départ, de sorie que je pourrai me mettre eu route aussitôt après votre retour.

.Le jeune homme parlait avec une si grande bonhomie, sa figure respirait si bien la franchise et rinsouciance, que don Santiago, malgré toute sa finesse, y fut trompé.

— C'est cela, dit-il; pendant que je serai préside mon frère, faites vos préparatifs ; je n'ai pas besoin de vous. .

— Cependant, si vous le préférez, peutêtre serait-il plus convenable que je vous ac •compag nasse?

— Non , non, c'est inutile; dans une heure je serai à votre toldo avec le sauf -conduit.

— Je vous remercie d'avance.

Les deux hommes se serrèrent la main et

se séparèrent, don Santiago.se dirigeant vers la maison de son frère, qui était aussi la sienne, et le Français suivant en apparence le chemin qui le devait conduire à l'habitation qui lui avait été assignée; mais aussi tôt que le partisan eut tourné l'angle de la plus prochaine rue, Kmi le, après s'être assuré qu'un nouvel espion n'était pas attaché à ses pas, changea immédiaiement de direction et reprit celle de la demeure des deux dames.

Pincheyra avait logé ses captives dans un toldo isolé à une des extrémités du camp toldo, adossé à une montagne taillée presuue à pic, et qui pour cette raison le rassurait sur les probabilités d'une fuite. Ce toldo était du reste partagé eu plusieurs compartimems, propre et meublé avec tout le luxe que comportait l'endroit où. il se trouvait.

Deux femmes indiennes avaient été par le partisan attachées au service des deux dames

rion-seulemeutcommedomestiques, mais sur Sout pour les. surveiller et lui rendre compte dexe qu'elles disaient et faisaient; car, malgré les dénégations, de don Pablo-, la marquise et sa fille, bien que traitées avec lé plus grand respecte* en apparence complètement

libres de leurs actions, étaient bien réelle- m „—-.,.. uuo rA -

mentpns«mnieres et elles n'avaient pas tardéT pression indéfinissable ; craignez-Vous de

à s'en apercevoir.

Ce n'était qu'avec de grandes; précautions;

eVpour ainsL dire à la dérobée, que le jeune. ...

peintre parvenait à les voir et à échangeravec réalisera pas -eues quelques mots sans; témoins. | Que vo

nous affliger, seHbr don Emitio ?

'".— Je crains, au contraire, &norita, défaire

entrer dans votre cœur un espoir qui ne se

voulez-voias diré5 JPaxle^ seSor; au

nom du ciel ! interrompît Yivement Iamarquise 1 .

— Ce malin, madame, plusieurs étrangers sont entrés à Câsa-Trama. '

— Je le sais, cabaliero; c'est à cette' circonstance ^ue je doisde ne pas avoir près de moi le garde du corps en cornette qu'on a jugé convenable de me donner, c'est ; à-dire la sœur du senor don Pablo Pincheyra.

— G"n;ïais ; ez-vousces élraijgeït., madame?

. — Votre question a lieu de me surprendre, cabaliero. Depuis mon arrivée ici, vous savez qu c'est à peine s'il m'a été permis de faire quelques pas hors de Ce lie misérable c/ïoza.

— Excusez-moi, madame ; je vais mieux préciser ma question : avez vous eu tendu parler d'un certain don Sébastian Viiiima? 1

— Oui, oui! s'écria d< na Eva eu joignant les mains avec joie; don Sêbasùao est un des aides -ne camp de mon père.

Le visage du jeune homme s'assombrit".

— Ainsi, yous êtes sûre de le conuaître?

reprit-il. .

— Certes, répondit la marquise. Comment, ma fille et moi, necoûnaîtrious-nous pas uni homme qui est notre parent éloigné et qui a se rvi d e pa rrai n à' ma- fli le ?

— Alors, madame, je me trompais, et les nouvelles 7 que je vous apporte sont réellement de bonnes nouvelles pour vous; j'ai eu tort de tant hésiter à vous les annoncer.

— Comment cela?

— Parmi les étrangers arrivés ce matin à Casa-ïiama, il en e?t un chargé de réclamer votre mise en liberté immèdiateyde la part du marquis de Castelmelhor, votre époux, madame, votTe père, senorita; cet étranger se nomme di>n Sebaslio Vtenna, porte le costume d'officier portugais et est, dit-il, aide de camp du général marquis de Gaslelnielhor; je dois reconnaître que don Pablo Pincheyra sVsl en cette circuiis tance conduit en véritable cubai lero ; après avoir nié que vous fussiez ses prisonnières, il a noblement refusé la somme proposée pour votre rançon, et s'est engagé a vous remettre aujourd'hui même 1 aux mains de don Sébastian, qui doit, sous sou escorie, vous reconduire a votre ma ri.

Il y eut un instant de silence; la marquise était paie, ses sourcils froncés a se joindre -ous Pell'ort d'une pensée intérieure et ses regards fixes dénotaient chez elle uueèmetion contenue avec peiue; doîiii Eva, au conti-uire, rayonnait: l'espoir de la liberté illuminait ses traits d une auréole de bonheur.

Le jeune homme regardait la marquise sans rien comprendre à cette émotion dont il cherchait vainemeutla cau&e ; enfiu ejlc reprit la parole.

— Êtes- vous bien' certain,, cabaliero, ditelle, que l'officier oont vous pariez se nomme don Sébesiiao Viamia ?

— Parfaitement, senora, je l'ai, plusieurs fois entendu nommer devant moi; d'ailleurs, il me serait de touie impossibilité d'mvenier ce nom que jamais, avant aujourd'hui, je n'avais entendu prononcer.

— C'est vrai, et pourtant ce que vous me dites est tellement extraordinaire que je vous avoue que, malgré moi, jen o^e croire y et que je redoute un piège;.

— Oh ! ma mère ! s ? écria dotta Eva d'un ton de reproche, dou Sebastiao Viauna, l'homme s le plus loyal et le plus... . . '■.;■-

— Qui vous assure ma fille, interrompit vivement la marquise, que cet homme soit réellement don Sébastian? "

— Oh ! madame, fit le jeune nomme.

— Cabaliero, don Sebastiao était, il y a deux mois à peine, en Europe ? répondit la niarujiise d'un ton pe;çeniptoire r ; ;;

Cette parole tomba comme la foudre au milieu d ia conversation, et glaça, subitement l'es poir dans le cœur. (le la jeune tille.

Au même instant uucoup dé. sifflet résonna au dehors. '-.:'.,

— Tyro m'avertit, dit Emile, que quelqu'un vient cie ce côté, je ùe puis çlemeurer jElevan-

"-^- -^ ; ''^J:* -^^^-.^r^TiÎÉïi^i^r^fÏKa

^t-*! *^^M5*=ÏK^^^~**— JTli-î»^^-,

tage. Quoi qu'il arme, ne vous abandonnez pas au désespoir, feignez d'accepter, quelles qu'elles soient, les propositions qui vous seront faites ; tout est préférable pour tous à demeurer plus longtemps ici; moi, de mon côté, je veillerai ; à bientôt, courage 1 comptez sur moi!

Et sans attendre la réponse que les deux dames se préparaient sans doute à lui faire, le jeune homme s'élança ïiors du toldo.

Tyro, qui guettait son apparition, le saisit Vivement par le bras et l'entraîna derrière le toldo.

— Regardez, lui dit-il.

Le peintre jsë pencha avec précaution, et il I "îlo Pincheyra, sa sœur, l'offi-

aperçut don Pablo

cier portugais et trois ou quatre autres per

sonnes qui se dirigeaient vers l'habitation des

dames.

— Hum ! fit-il, il était temps.,* — N'est-ce pas? mais je veillais, heureusement.

— Viens, Tyro, retournons chez moi; don Santiago doit m'attendre.

— Yous lui avez donné rendez-yous ?

— Oui.

— Ëh bien !■ vous avais-je trompé, mi amo?

— Non, certes ; ce que j'ai vu a surpassé mon attente. Mais quel est donc ce don Sébastiao?

Le Guaranis répondit par un ricanementde mauvais augure.

— II y a quelque chose, n'est-ce pas ? demanda Emile avec inquiétude.

— Avec les Pincheyras, il y a toujours quelque chose, mi amo, reprit l'Indien à voix basse ; mais nous voici à votre ''""' prudent.

— Avertis les Gauchos que, probablement, nous partons aujourd'hui; prépare tout pour que nous soyons en mesure.

— Nous partons?

— Je l'espère.

— Oh 1 alors, tout n'est pas encore perdu.

Ils entrèrent dans le toldo, il était, désert,

don Santiago n'avait pas encore paru.

Tandis que Tyro allait avertir les Gauchos de lacer et de seller leurs chevaux et de ra- 1 mener les mules de chaTge du corral , le jeune homme se mit avec une rapidité fébrile à faire ses préparatifs.

Aussi, lorsque une demi-heure plus tard, don Santiago entra dans le toldo, le regard soupçonneux qu'il jeta autour de lui ne lui révéla aucun indice qui pût lui faire soupçonner que le Français ne s'était pas mis à la besogne aussitôt après l'avoir quitté.

— A moi? répondit en riant Emile, qui déjà avait repris son sang-froid; pourquoi cela me déplairait-il ? Je suis, au contraire, fort reconnaissant à votre frère de cette nouvelle gracieuseté. Il craint sans doute que je m'égare dans le dédale inextricable de ces montagnes, ajouta-t-il avec une pointe d'ironie.

— Je ne sais pas ; il m'a ordonné de vous escorter : j'obéis, voilà tout.

— C'est juste et surtout exlraordinairement logique.

— Ainsi, vous acceptez ces deux conditions?

— Avec reconnaissance.

— Alors nous partirons quand vous voudrez.

— Je voudrais vous répondre, tout de sui- 1 le paysage abrupt et le; malheureusement, je suis obligé d'atten- environné de tous les dre mes chevaux qui ne sont pas encore arrivés du corral.

— Il n'est pas encre tard, ainsi il n'y a pas de temps de perdu.

— Maintenant que nous sommes d'accord, si nous buvions un gatro d'aguardiente (t).

— Ma foi, ce sera avec plaisir, senor.

Le Français prit une bota et versa de l'eau-

de-Yie dans deux gobelets en corne.

— A votre santé, dit-il en buvant.

— A votre heureux voyage, répondit don Santiago.

— Merci.

Un bruit de pas de chevaux se fit entendre

au dehors.

— Voici vos animaux qui arrivent.

— Alors, nous serons prêts dans quelques instants. Si yous voulez , pendant que nous

toldo, soyez \ chargeons, prévenez les hommes qui doivent vous accompagner.

— Ils sont prévenus, ils nous attendent aux retranchements.

Tyro et les Gauchos se mirent ialors, aidés

travers d'une quebrada qui interrompait tout à coup la route était franchi, comme en se jouant, par lés chevaux et les mules accoutumés de longue date à marcher par des chemins bien plus périlleux encore.

Obligés de marcher les uns derrière les autres à cause du peu de largeur du sentier à peine frayé sur lequel ils étaient engagés, les voyageurs ne causaient pas entre eux, a peine leur était-il possible d'échanger quelques paroles, et ils étaient contraints de ise laisser aller à leurs propres pensées sans qu'il leur fût permis de charmer les ennuis du voyage autrement qu'en chantant, en sifflant, ou comme déjà nous l'avons dit, en réfléchissant; ce fut alors en. examinant

sauvage dont il était côtés, que le jeune homme se rendit bien compte de la formidable et presque imprenable position choisie paT le partisan pour son quartiergénéral, et de la redoutable influence que cettej>osition devait lui donner sur les popu-. lations effrayées de la plaine; il frémit en songeant qu'il avait commis l'imprudence de £e laisser conduire dans celte forteresse qui,, de même que les cercles del'Eofer du Dante, était, par la nature, entouré d'infranchissables retranchements et ne rendait jamais la proie qui y avait été une fois entraînée , une foule de lugubres histoires de jeunes filles enlevées et disparues pour toujours lui revinrent alors à l'esprit, et, car une étrange réaction de la pensée, il éprouva une espèce de terreur rétrospective, s'il est

p3rmis de s'exprimer ainsi, en songeant aux dangers terribles qu'il avait courus au milieu de ces bandits sans frein, par lesquels, en maintes circonstances, le droits des gens, sacré pour tous les peuples civilisés, n'avait pas été respecté.

par Emile et don Santiago, à charger les deux Puis, de réflexions en réflexions, par une rmiioc ut à cqiiqt. i ûc />>« owanT 'pente toute naturelle suivie par son esprit, sa

oauBucp au=«y «^w i «'«" h*"hc. na i orure ou aepart, les gardiens ouv

— Ah 1 ahl fit le jeune homme en le voyant, l la barrière et la petite troupe quitta le

soyez le bien venu, don Santiago, surtout si vous m'apportez mon sauf- conduit.

— Je vous l'apporte, répondit laconiquement don Santiago.

— Pardieu! il faut avouer que vous êtes un ami précieux ; don Pablo n'a pas fait de difficultés?

— Aucunes.

— Allons, il est définitivement fort aimable pour moi, ainsi je puis partir.

— Oui, à deux conditions.

. — Ah 1 il y a des conditions, et quelles . sont-elles?

— La première est que vous partirez tout de suite et sans voir personne , ajouta-t-il en pesant avec soin sur le. dernier membre de phrase.

■ -—Mes gens?

— Vous les emmènerez avec vous; que voulez-vous que nous en fassions ici?

— C'est juste; eh bien! mais cette condition me plaît extraordinairement, vous savez

. ; que je désire surtout partir sans prendre congé de qui que te soit; tout est donc pour le mieux, voyons maintenant la seconde condition, si elle est comme ïa première, je ne doute pas gué je l'accepte sans observation.

■M La voici : don Pablo désire que je vous escorté;' avec une dizaine de cavaliers, jusqu'à quelques lieues d'ici.

~ Ahl nt le jeune homme.

— Gela vous déplaît-il?

mules et à seller les chevaux.

Le Français, habitué à voyager dans ces contrées, n'avait que fort peu de bagages ; il n'emportait jamais avec lui que les choses les plus indispensables.

Une demi-heure plus tard, la caravane se mettait en marche au petit pas, accompagnée par don Santiago qui la suivait à pied en fumant sa cigarette et causant amicalement avec le jeune homme.

Ainsi que l'avait dit le montonero, une dizaine de cavaliers attendaient aux retranchements.

Le Pincheyra enfourcha sa monture, donnal'ordre du départ, les gardiens ouvrirent

camp

en bon ordre.

Dan* la montagne.

Il était à peu près trois heures de l'aprèsmidi, au moment où. Emile Gagnepain quittait. le camp, malgré l'escorte assez suspecte dont il était accompagné; ce fut cependant avec un soupir de satisfaction que le jeune homme se vit enfin dehors de ce repaire de bandits, dont il avait un instant craint de ne plus sortir.

La route que suivait la petite caravane était des plus pittoresques et des plus accidentées;- un sentier étroit serpentait sur leflanc des montagnes côtoyant presque continuelle-:

ment des précipices insondables, du fond desquels . s'élevaient les nurmures mystérieux produits par des eaux invisibles ; parfois un pont formé par deux troncs d'arbres jetés en

pensée se fixa sur ses compagnes, demeurées sans appui et sans protecteur au milieu de ces hommes. Bien qu'il ne les eût quittées que dans le but de tenter un effort suprême pour leur délivrance, sa conscience lui reprocha cependant de les avoir abandonnées, car, malgré l'impossibilité matérielle où il se trouvait à Gasa-Trama de leur être utile, cependant il avait la conviction que sa présence imposait aux Pincheyras, et que devant lui aucun, d'eux n'auiait osé se porter sur les captives à des actes de brutalité répréhensi-

bîes.

En proie à ces pensées pénibles, il sentit son humeur s'assombrir peu à peu, et la joie qu'il avait éprouvée ! d'abord de se voir si inopinément Tendu à la liberté, fit place de nouveau au découragement qui, plusieurs fois déjà, s'était emparé de lui, avait brisé son énergie et énervé ses plus belles qualités.

11 fut tiré des réflexions dans lesquelles il était plongé par la voix de don Santiago qui tout à coup résonna à son oreille.

Le jeune homme releva vivement la tête et regarda autour de lui comme un homme qu'on éveille en sursaut.

Le paysage avait complètement changé. Le sentier s'était élargi peu à peu , avait pris les al

h rl'i-inû Trtivtia locmrmtAfmftKK'fitHÎfiîlt allais

(!) Un coup d'eau-tiê-vie.

lures d'une routè,les montagnes s'étaient abaissées, leurs flancs étaient maintenant couverts de forêts verdoyantes, dont les cimes feuillues étaient teintées de toutes les couleurs -du prisme par lés rayons affaiblis du soleil couchant; la caravane débouchait en ce moment dans une plaine assez étendue, entourée de taillis épais et traversée par un mmce fil<4 d'eau dont les capricieux méandres se perdaient çà et la au milieu d'une herbe haute

et touffue. ■ a ■ ■ - 't ■*

— Oùe me voulez-vous? demanda le Fran^ eais qui, impressionnable .comme tous les artistes^ subissait déjà à son insu l'influence de ce majestueux paysage, et sentait la gaieté remplacer dans son eœuT la tristesse qui depuis longtemps le gonflait, que me voulez?vous donc, don Santiago ? .

— Au diable ! reprit celui-ci, il est heureux

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SEras*H^*'^^ î ^c«saïsà-«ô î Si» ir 7

que vous consentiez enfin à me répondre; Yoici près d'un quart d'heuTe que je vous parle sans parvenir à obtenir un mot de vous ; il paraît que vous avez le sommeil dur, compa-

— Pardonnez-moi, senor, 3e ne dormais

ris ; je réfléchissais, ce qui bien souvent est peu près la môme chose, r- DOmonio, je ne vous chicanerai pas làdessus : mais puisque maintenant yous consentez a m'écouter, veuillez, je vous prie, me répondre.

— Je ne demande pas mieux; cependant,, afin que je puisse le faire, il faudrait que vous consentissiez, cher don Santiago, à me répéter votre question, dont je vous certifie que je n'ai pas entendu un mot ?

— J'y consens, bien que, sans reproche, voilà au moins dix fois que je vous la fais en pure perle.

— Je vous ai déjà prié de m'excuser.

— Je le sais, aussi je ne vous garde pas rancune de votre inattention. Voici le fait : il est au moins six heures du soir, le soleil se couche au milieu dé nuages cuivrés de la plus mauvaise apparence, je redoute un temporal pour cette nuit.

— Oh! oh! fit le jeune homme, êtes- vous sûr de cela ?

— J'ai trop l'habitude des montagnes pour m'y tromper.

— Hum!... Et que comptez-vous faire?

— Voilà ce que je vous demande, cela vous regarde au moins autant que moi, je suppose.

— En effet, môme davantage, puisque c'est pour m'être agréable que vous avez consenti à m'accompagner; eh bien I quel est votre avis, je me range tout d'abord aux expédients que vous suggérera votre expérience, etje les accepte les yeux fermés.

— Voilà ce que j'appelle parler, et pour s'être fait attendre, votre réponse n'en est pas pour cela plus mauvaise; donc, mon avis serait de nous arrêter ici, où nous pouvons, à moins d'un cataclysme impossible à prévoir, nous mettre à l'abri de l'ouragan, et d'y camper pour la nuit ; qu'en pensez-

libres et abandonnés à cet instinct infaillible dont les a doué la Providence, et qui, en leur faisant pressentir le danger bien avant qu'il les menace réellement, leur suggère les moyens de lui échapper. Puis dans un trou creusé à la hâte on alluma le feu nécessaire pour faire cuire les lanières de chargui ou Yiande de taureau sauvage séchée au soleil, destinées, avec de Vharina tostada et un peu de queso de chèvre, au repas du soir ; l'eau du ruisseau devait servir a satisfaire la soif des voyageurs, car, excepté don Santiago et le peintre, qui chacun s'était muni d'une laTge bota oVaguardienle blanche de pisco, les autres voyageurs ne portaient avec eux ni vin ni liqueurs, mais cet oubli, si c'en était réellement un, était de peu d'importance pour des hommes d'une aussi grande frugalité que les Hispanos-Américains, gens qui vivent pour ainsi dire de rien, et dont la première chose venue suffit pour apaiser la faim et la soif.

Le repas fut ce qu'il devait être, entre hommes qui s'attendent à voir d'un moment à l'autre f ondTe sur eux un danger terrible et inévitable, c'est-à-dire triste et silencieux. Chacun mangea à la hàle sans lier conversation avec son voisin; puis, la faim satisfaite, la cigarette fumée, sans se souhaiter même le bonsoir les uns aux autres, les voyageurs s'enveloppèrent avec soin dans leurs f ressadas et leurs pellones, et essayèrent de dormir avec cette résignation placide qui forme le fond du caractère des créoles et leur fait accepter sans murmures inutiles les conséquences souvent fâcheuses de l'existence nomade à laquelle ils sont condamnés.

Bientôt, excepté les trois ou quatre sentinelles placées aux abords du campement afin de surveiller l'approche des fauves, et des deux chefs de la caravane, c'est-à-dire don Santiago et Emile, tout le monde fut plongé dans un profond sommeil.

Le Pincheyra paraissait soucieux; il fumait nonchalamment sa cigarette, le dos appuyé à un tronc d'arbre et les yeux fixés devant lui, sans cependant arrêter ses regards sur aucun objet ; le Français, au contraire, plus éveillé et plus gai que jamais, chantonnait entre ses dents, et s'amusait, avec la pointe de son couteau, à creuser un trou dans lequel il empilait ensuite du bois mort, dans le but évident d'allumer un feu de Yeille, destiné sans doute à lui chauffer les pieds lorsque l'envie lui prendrait de se livrer au sommeil.

— Eh! don Santiago, dit-il, enfin, en s'adressant au Pincheyra et lui touchant légèrement l'épaule, à quoi pensez-Yous donc'.' est-

nellement, je n'ai rien, ou du moins, je le

ltjjic) je croîs, car, avec lui, jamais on ne sait a quoi s'en tenir: non, c'est uniquement à cause de yous que je suis chagrin en ce moment.

— A cause de moiï s'écria e jeune ommô avec surprise, je vous ayoue que je ne vous comprends pas.

— Parlez plus bas ; il est inutile que nos compagnons entendent ce que nous disons, tenez, don Emilio, je Yeux être franc avec vous : nous allons nous quitter peut-être pour ne jamais nous revoir, et |e désire pour vous qu'il en soit ainsi; je veux que notre séparation soit amicale, et que vous ne conserviez contre moi aucune prévention.

— Je vous assure, don Santiago...

— Je sais ce que je dis, interrompit-il avec une certaine vivacité ; vous m'avez rendu un grand service; je ne puis nier que je yous dois en quelque sorte la vie, car lorsque je vous rencontrai dans le souterrain du rancho ma position était presque désespérée; eh bien ! je

vous?

— Je pense que vous avez raison, et que ce serait une folie, dans une circonstance comme celle-ci, vu l'heure avancée et surtout l'endroit charmant où nous nous trouvons, de nous obstiner à aller plus loin.

— D'autant plus qu'il nous serait presque impossible d'atteindre un refuge aussi bon que celui où nous sommes avant la nuit noire.

— Arrêtons-nous donc, alors, sans davanta- [ ce que vous n'allez pas essayer de dormir une ge discourir, et hâtons-nous d'installer notre | couple d'heures ?

campement.

— Eh bien 1 cher seigneur, puisqu'il en est ainsi, pied à terre, et déchargeons les mules.

— Soit, dit le jeune homme en sautant a bas de son cheval, mouvement immédiatement imité parle Pincheyra.

Don Santiago avait dit vrai, le soleil se couchait, noyé dans des flots de nuages blafards; la brise du soir se levait avec une certaine force , les oiseaux tournoyaient en longs cercles en poussant des cris discordants; tout présageait enfin un de ces terribles ouragans, nommés temporales^ dont la violence est si grande, que la contrée sur laquelle ils sévissent est, en quelques minutes à peine, changée de fond en comble et bouleversée comme si un tremblement de terre l'avait retournée.

Le peintre avait déjà, plusieurs fois depuis son arrivée en Amérique, été a même d'assister au spectacle terrifiant de ces effroyables convulsions de la nature en travail: aussi, connaissant l'imminence du péril, il se hâta de tout faire préparer, afin que la tempête n'occasionnât que peu de dommages; les ballots empiles les uns. sur les autres, au centre même de la vallée, non loin du ruisseau, formèrent, par la façon même dont ils furent places, un rempart solide contre la plus grande fune du vent; les chevaux furent laissés

Le Chilien secoua la tête sans répondre.

— Que signifie cela? reprit le jeune homme avec insistance, vous qui, il n'y a qu'un instant, me reprochiez ma tristesse, vous semblez en avoir hérité, sur mon âme ; est-ce la pesanteur de l'atmosphère qui influe sur yous ?

— Me prenez-vous pour une femme, rèpondit-il enfin d'un ton bourru ; que m'importe à moi l'état du ciel, ne suis- je pas un enfant des montagnes , habitué , des mon jeune âge, à braver les plus terribles temporales? '

— Mais, alors, qu'avez^vous qui vous tourmente?

— Ge que j'ai, vous voulez le savoir?

— Pardieu ! puisque je vous le demande.

[ Don Santiago hocha la tête à plusieurs reprises, jeta autour de lui. un regard soupçonneux, puis il se décida, enfin, à prendre la parole d'une voix basse et presque indistinct comme s'il redoutait d'être entendu, bien que tous ses compagnons fussent endormis à une distance trop grande pour que le son de sa voix parvînt jusqu'à eux.

— J'ai, dit-il, qu'une chose me chagrine.

— Vous , don Santiago , vous m'étonnez étrangement; seriez-Yous en délicatesse avec votre frère, don Pablo?

— Mon frère est, il est vrai, pour quelque chose dans cette affaire, mais avec lui person-

du danger qui vous menaçait, et je vous ai conduit à Casa-Trama lorsque j'aurais dû, au contraire, vous guider dans une direction tout opposée. Je sais cela; j'ai mal agi en cette circonstance et vous avez Je droit de m'en garder rancune; mais je n'étais pas libre de faire autrement; j'étais contraint d'obéir à une volonté plus forte que la mienne, la volonté de mon frère, à qui nul n'a jamais osé résister. Aujourd'hui je reconnais mon tort, et je voudrais, autant que possible, réparer le mal que j'ai fait et celui que j'ai laisse faire

— Ceci est parler en caballero et en homme de cœur, don Santiago; soyez convaincu que, quoiqu'il arrive, je vous saurai gré de ce que vous me dites en ce moment ; mais puisque vous avez si bien commencé, ne me laissez pas plus longtemps dans le doute pénible où je mé trouve; répondez-moi sincèrement, le Youlez-vous?

— Oui, autant que cela dépendra de moi.

— Les dames que j'ai été contraint d'abandonner, courent-elles des dangers en ce moment?

— Je le crois.

— De la part de votre frère?

— De la sienne, oui, et d'autres aussi. Ces deux étrangères ont d'implacables ennemis acharnés à leur perte.

— Pauvres femmes! murmura le jeune homme en soupirant; elles ne quitteront donc pas le camp?

— Au contraire; demain, au lever du soleil, elles en sortiront, escortées par l'officier qui, devant vous, les a réclamées à mon frère.

— Cet officier, vous le connaissez ?

-~ Un peu.

— Qui est-il?

— Ceci, je ne puis le dire, j'ai fait serment de ne le révéler à personne.

Le Français comprit qu'il ne devait pas insister, il modifia ses questions.

— Quelle route prendront-elles ? deman^ da-t-iL,

— Celle que nous suivons.

— Et elles se dirigeront ?

— Vers la frontière brésilienne.

— Ainsi elles vont rejoindre le général de .

Castelmelhor?

Le PincheyTa secoua négativement la ête.

— Alors pourquoi prendre cette direction ?

— Je l'ignore.

— Et cependant, vous croyez qu'un danger les menace?

— Un terrible.

— De quelle sorte ?

— Je ne sais pas.

Le jeune homme frappa du pied avec, dépit. Ces réticences continuelles de la part du partisan l'inquiétaient plus que la vérité si affreuse qu'il se fût attendu à l'entendre;

— - Ainsi, reprit-il au bout d'un instant, en supposant que je demeure ici quelque temps, je les verrai.

Sey**^*?-***?*-.^

ZENO CABRAI,

^ Cela ne fait aucun doute.

'■■*-' Q u e me eon seillez-vous ?

—.Moi?

— Oui,

— - Rien;, je ne suis pas, comme vous,amou teux de dofia Eva, moi, dit-il avec Une cer laine nuance de raillerie qui fit tressaillir le. jeune homme.

-^Amoureux de dofia Eva! s'écria-t-iL moi-? 1

\~ Quel autre motif pourrait vous engager avec toutes leschanees conU>vou de roquer voire vie pour la sauver s'il n'en était pas aiD'HÎ ?

Le jeune homme ne répondit pas ; une lumière terrible venait subitement de se faire dans^o i cœur ; ce secret, qu'il se cachait h lui-même, d'autres le con unissaient, et lorsqu'il n'osait pas s'interroger sur c?t amour insensé qui le brûlait, la certitude de son existence était acquise même aux indifférents.

:— Oiil balbutia t-il enfin, don Santiago, me croyez-vous donc capable d'une telle folie?

— Je ne sais si c'est une folie d'aimer lorsqu'on est j eu ne et ardent comme vous l'êtes, Tépondit froidement le Pincheyra; jamais je n'ai aimé que mon cheval et mou fusil; mais Recrois savoir que l'amour de deux êtres jeunes et beaux est une loi de nature, et jr ne vois pas pour quel motif vous < j >sriyerièz de vous y soustraire. Je ne vous blâme ni. ne vous approuve, je constate un fan, voila tout. -

Le jeune homme fut étonné d'entendre parler ainsi un homme que, Jusqu'à ce moment, il avait supposé doué d'une dose fort restreinte d'intelligence, et dont toutes Je.aspiration- lui semblaient tournées \era ]y guerre et le pillage, ce demi sauvage, émettant d'un air. aussi insouciant des sentiment* si humainement philosophiques, lux semblait un phénomène incompréhensible.

Le Piucheya , sans paraître remarquer l'impression qu'il .avait produite sur sou interlocuteur, couiinua. tranquillement :

^— L'officier qui escorte ces dames ignore non-seulement votre amour pour la plu* ^eùiie des deux dames, niais encore il m j sait pas. que vous les connaissez; pour des motifs particuliers et qui lui sont personnels, mon frère a cru devoir garder le silence a ce mi jel ;,je vous donne ce renseignement dont jt; vous garantis l'exactitude, parce qu'il pourr.vous servir au besoin.

— Maintenant, il est trop lard.

— Don Ernilio, sachez ceci : c'est qu'aussitôt après uolrn conversation, mes compagnons et moi nous nous retirerons, parce que noue mission est terminée, el que si j>- suis demeuré avec vous si longtemps, c'est que je tenais à vous dire certaines choses.

— Je vous en remercie.

— Eh bien, je suis certain que vous n< quiHt-rez pas ce lieu sans avoir essayé non pas de revoir ces 'dames, mais de les enlc\er à ceux qui les conduisent, ce qui, du resit-, ne serait pas impossible puisqu'ils ne, seront qu'une dizaine tout au plus. Je vous souhain- 1)0 une chance du fond du cœur, parce qu= vous me plaisez et que je voudrais réel iemeui que vous réussissiez. Seulement, croyez-moi.

agissez avec prudence, la ruse a dénoué plus détiens que la violence et la force mm ont brisé;* suivez le conseil que je vous donne, et j'éspere que, vous vous en trouverez bien. Maintenant nous allons nous séparer, j espère avoir sinon réparé, du moins amoindri les conséquences funestes de la faute qu'on m'a •obligé à commettre; séparons - nous donc comme deux amis. Le seul vœu que je forme, ent que nous ne nous revoyions jamais.

TTTjEh quoi 1 vous allez par tir ainsi au milieu des ténèbres, lorsque nous sommes menaces d-'ùnteinporaï?

"—irie tant, don: Emiîio;Je suis. attendu là^bas. Mon frère prépare une importante expéditi6n v ^,|aquelle je dois et je veux assister: Qùaiit Su 1 temporal, il ne sévira pas

avant deux ou trois heures, et, si terrible qu'il soit, c'est une trop vieille connaissance pour que je. hé sache pas les moyens de m'en

Les Gauchos, hommes d'exécution avant tout, et peu parleurs de leur nature, se contentèrent de dire que le moment d'agir ar-

garauur. Adieu dune, et encore une ,fois^ rivé, ils seraient prêts; qu'ils Savaient au-

bonue chance. Quoi qu'il arrive, silence suj c* j que je vous ai dit.; maintenant, enveloppez vous dans voire; poncho jet feignez .de dormir jusqu'à ce que j'aie donné le signal du dénart à iue-^ cavaliers.

Le jeune homme suivit. le conseil qui lui 'lait donné,, il se roula dans son manteau et s'étendit sur le sol. ,

Lur.-quedon Santiago se fut assuré que rien ne pourrait laisser soupçonner l'entretien qui venait d'avoir lieu, il se ieva, frappa Ou pied pour se dégourdir, et prenant on sif flH suspendu à sou cou par une mince chaîne d 'argent, il en tira un son aigu et prolongé.

Les cavaliers dressèrent aussitôt la tête.

— Allons, enfants! cria le Pincheyra d'une voix foite, debout et sellez vos chevaux, nous retournons a Ca>a Trama.

— lïh quoi ! vous nous quittez à celte heure, s-entir don Santiago? lui demanda le, jeune homme, en feignant de s'être éveillé au bruit du si 1 fiel.

—Il le faut, senor, répondit-il, notre escorte ne vous est plus nécessaire, et nous avous une longue marche à faire, si nous voulot s être lenuus à Ca.-a Trama au lever du soleil.

Cependant les Pinchtyras avaient obéi avec empressement à lordre qu'ils avaien/ uçu, il.- s'étaient levés et s'étaient mis aussitiV. K-n devoir de lacer leurs chevaux et de les seller.

P.tr un hasard,. prémédité sans doute par | dtin Santiago, les. sentinelles qui avaient « te chargées de veiller à la sûreté commune étaient les deux Gauchos et le Guaranis, de Mute qu'il avait la certitude que le secret de son entretien avec le Fiançais ne transpirerait pa-.

. Au bout de quelques minutes, les cavaliers fin ni en selle; le Pinrheyrà se mil a leui tôle, el se tournant vers Emile enJui faisant un geste aniical de la main : '

— Ad io.-, senor, et bonne chance, lui dit-il avec intention.

Le jeune homme lui Tendit son cOrriial sa lui, et la peiiie troupe se mit en marche.

bVnlôl elle disparut ri l'angle du sentier; l> hruil de ses pas a la peu à peu en s'aflailuissaot et ne larda pas à s'étehmre tout a lait Lor qoe le silenee fut complètement iélabli, limite (il un ngne à ses compagnons :

— Maintenant que nous sommes seuls, seîiores, oit-il. cau.-ons, car le> circonstances -ont graves. Tj jo, allumez du feu,, nous allons tenir un conseil à l'indienne.

Le Guaranis ramassa le buis sec , l'empila avecsoim battit le briquelet lventôl une léuére idgrette de ilamme s'éleva gaiement vers le ciel.

Un silence de mort régnait dans la vallée, la Prise s'était éteinte, il n'y avait pasunsouf fit! dans l'air; le c>el noir comme de l'encre, n'av-siipavS une étoile, la nature semblait rassembler toutes se» forces pour livrer un combat plus terrible à la matière; dans les profùînleuis imxplo-ées des quebraoas, des bruit.- sou rd> et mystérieux » élevai, ni parfois, -se mêlant, a de longs inmrv.a Iles aux sourds rugissements des fauves a L'.djreyviHr.

Les quavre hommes s'accroupirent en rond autour du feu, allumèrent leurs egarettes, et le jeune homme prit la parole a,j rès leur avoir rapporté ce qu'il croyait nécessaire de leur dire de rentreuen quiavaiteu lieu entre lui et don. Santiago..

■~- Maintenant, ajouta-MI, répondez-moi franchemern, puis- je compter sur vous.pour tout c qu'il me plaira de faire?

— Oui» répondirent-ils tout d'une vois.

— Q^oi qu'il arrive?

— ■ Quoi qu : il arrive.

— , Ben ^ je, n& Nerai pas ipgrat, la rêcoini-

pense égalera les servies.; maintenant, sL vous : avez quelques observations à me sou iOiettrej.je suis fpi-ôt à les entendiez

cune observation à faire sur la manière de.

procéder; que cela. ne les regardait pas.

— C'est : juste,'Obse va Tyro. Allez dormir, nies bravas, et laissez-nous, le seigneur notre maître et moi, convenir de ce qui sera opp rlun de faire. , i

Le h Gauchos ne se le flrent pas répéter deux fois; ils se levèrent et allèrent s'étendre au ndiieu des ballots; deux minutes plus tard, ils dormaient à poings fermés.

Emile et le Guaranis, demeurés seuls, entamèrent alors un entrelien fort long et fort sérieux, et dressèrent un plan qu'il est inutile de faire connaître ici.

JLc Partisan*

il nous faut maintenant, retourner auprès de chefs guayeurus que nous avons abandonnée au moment où, à la suite de don Zéuo Cabrai, ib entraient dans une caverne, i.ù te Monlonero, du moins d'après les paro-les qu'il avait prononcées en le^ accolant, | parafait avoir donné rendez- vous au Cougouar.

• Celte caverne dont l'entrée, à moins de bien la connaître, élait impossible à distinguer du dehors à cause ue- la conformation du passage dont elle formait le centre, et de la difficuité avec laquelle on y parvenait était vaste et parfaitement claire à cause d'une infinité de fissures imperceptibles presque, qui y laissaient pénétrer la lumière en y renouvelant l'air; dans le fond el sur les côtés v 'ouvraient plusieurs galeries qui se perdaient sous la montagne à des distances probablement fort grandes.

Lenuroil où le partisan s'arrêta, c'est-à-dire à quelques pas à peine de L'ouverture, contenait plusieurs sièges formés avec des blocs de chêne mal éuuarris et deux ou trois amas ;e feuilles sèches, servant probablement de ld.s a ruux qui venaient chercher en ce lieu un refuge temporaire.

Au centre de la caverne, un grand feu était allume. Sur ce feu, suspendu par une chaîne, a trois pieux placés en faisceau, bouillailune marmite de fer, tandis qu un quai lier de Muanaco, enfilé dans une baguetie de fusil fichée dans le sol, rôtissail loul doucement; quelques patates cuisaient sou^ la cendre et plusieurs cornes de bœuf contenant de l'harina loslada étaient p-.aeées près des sièges

cou serve que son couteau à sa polena droite- — Seùores, dit le partisan avec un geste courtois, pi'imetiez-moi devons offrir la minée hospitalité que les chconsiauces ou nous naus trouvons m'obligent à vous donner.

Avant tout, nous mangerons d boirons ensemble, afin de bien établir In confiance entre nous et d'éloigner tout soupçon, de îra-

hisom '■■. .

Ces paroles avaient ele prononcées en oortugais, les capiiaos répondhent dans la même langue et .s'assirent. à l'exemple de leur amphitryon sur les sièges préparés pour

li zJflo Cabrai décrocha =alors la marmite et ■ : ser.vit avec une adresse et une vivacité, peu communes, dans des .<?o«is. qu'il, présenta ensuite à ses hôtes du toctivo, du chonsjo et du ùharwù assaisonné avec des camotes et da 'iV/j., ce.qui forme le piat iiational de ces

contrées. ■ , , „ ■ ■ . ,:

Le repas cominençe, et les chefs attaque-

ntp

ZENO CiBML.

relit vigoureusement les mets placés devant ettiyse servant de leurcouteau en guise de fourchette et buvant à la ronde de l'eau légèrement coupée avec de i'aguardiente de piso, afin d'en enlever l'âorelé.

Les indiens' ne parlent pas en mangeant; aussi ieuTîTr^pas sont-ils généralement fort courts. Après le char qui, ce fut le tour du guanaco; puis rtiarma toslada f ut mangée délayée avec de l'eau chaude, et enûn Zquq Cabrai confectionna le maiè (1), et Tuffrit à ses convives.

Lorsque te mate fut bu et que nos trois personnages eurent allumé leurs cigarettes de paille de maïs; Zèno Cabrai prit enfin la paroie.

— Je dois m'excuser près de vous, senor capitao, dit-il en portugais à Gueyma, Pes :

nèce de surpr^e au moyen de laquelle j'ai obtenu une entrevue de vous; le G'>ugou;ir dont depuis longtemps déjà j'ai l'honneur, d'être l'ami, m'avait engage d'agir ainsi que je l'ai fait ; si une faute a été commise, c'est donc sur lui que doit en retomber le blâme.

— Ce que le Cougouar fait est toujours -bien, senor, répoudit en sou riant le chef, il est mon pèiv, puisque cest a lui que je dois d'être ce que je suis, je n'ai donc pas a le blâmer, convaincu que des raisons fort sérieuses et qui, sans doute, me seront plus tard expliquées, L'empêchaient de procéder autrement.

— Gue.) ma a bien parlé comme toujours, dit le Cougouar, la sagesse réside en lui; le chef blanc ne lardera pas à déduire les motifs de sa conduite.

— C'e^l ce que je vais faire à l'instant, si les

— Bon, alors ii me les donnera,

— Je les donnerai ait capitao.

— Mais il est au tri* chose que je veux ^sa- .ivoir encore* I — Que Veut savoir mou frère.

— Quel est l'ami des GuayeuTus qui les a avertis de l'horrible trahison qui se tramait contré eux

— A quoi bon dire cela a mon frère?

— Parceque, de même que je connais mes ennemis, je veux connaître mes amis.

Zèno Cabrai s'inclina.

— C'est moi, dit-il.

Gueyma le regarda un instant avec une

fixité étrange, comme s'il eût voulu tire jusqu'au fond de son cœur ses pensées Les plus secrètes

— C'est bon, dit-il enfin, ce que dit mon frère doit être vrai, Gueyma le remercie et

lui offre sa main.

— Je l'accepte avec empressement, car depuis longtemps déjà j'aune te capitao, répondit le partisan, en pressant la niam que lui tendait le chef.

— Maintenant, quelles sont les preuves que mon frère me donnerai

Zèno Cabrai fouilla sous son poncho el en retira un quipos(l) qu'il présenta sans répondre au chef.

Celui ci le saisit vtvement et se mit aus-i tôt à Je déchiffrer, avec ta même rapidité qu'un Européen lit une letire.

Peu a peu, tes traits du chef reprirent leur rigidité marmoréenne ; puis, après avoir

■— ' Bon-1' s*ëcria-t-il; voyons la seconde maintenant.

— Je guiderai mon frère par dès sentiers de bêtes fauves, connus de moi seul, et avec les riches proies que je lui auTai livrées, je lui ferai attendre, en moins de cinq jours^ ia frontière de ses territoires de chasse.

— Moii frère fera cela?

— Je le feTai, joie jurel

— C est bien; quauu les deux femmes pâles seront- elles nie* captives ?

— Avaut deux jours, si le chef cousent à m'aMer?

— J'ai. dit au chef manc qu'il pouvait disposer de moi, qu'il parle donc sans crainte.

Zèno Cabrai jeia un regard inierrogateur au Cougonar qui; jusqu'à ce moment, avait assisté In uet et irn passible à cet entretien.

— Mon frère peut parler, dit le vk-ux chef, la parole de Gue,yniH est celle d'un capitao, rien ne saurait la faire changer.

— Seulement, que mon fière prêle la plus trieuse ailention a ce que je vah> dire ; je ne ferai rê que j'ai proposé qu à une condition.

— J'écoute. %

— Mou frère ne pourra disposer, sous aucun prétexte, des captives remises entre ses mains sans mon aulo-isation; mius aucun prétexte, il ne leur rendra la lib-rté sans que

consente. Pour le re^te, le Cougouar com-

capitaos veu ent bien me prêter leur attention, reprit Zèno Cabrai..

— Que mon père parle, nos oreilles sont ouvertes.

Le partisan se recueillit pendant deux ou trois minu les, puis il commença en ces termes :

— Iles frères les guerriers guayeurus , trompés par les paroles menteuses d'un blanc, ont consenti à former uue alliance avec lui et à le suivre dans celle contrée pour l'aider a combattre d autres blancs qui jania s n'avaient fait de mal à mes frères, et dont ils ignoraient jusqu'à l'existence. Mais pendant que les guerriers en traient sur le sentier de la guerre et abandonnaient leurs terriioi res de chasse su us la sauvegarde de l'honneur de leur» nouveaux t.lliés, ceux-ci, qui n'avaient d'autre but que celui- de les éloigner, afin de s'emparer plus facilement de teuis riches et fertiles contrées , envahissaient au mépris de. u\ foi jurée leurs teniioires de chasse, et essayai© t-da s'y établir. Ce projet inique, ce ne îmame tranUou aurait ré us:- i probablement, vu t'éloigueineut des plus braves guerriirs de la nation, si un ami des Guaycuruis, révoité de ceue action infâme, n'avait, fait prévenir Ïarou-Niom, le grand capitao des Guayeurus , de se mettre sur s* j s gardes .et ne lui avau. fait, contracter une alliance offensive et defemive avec Etnavidi-Ghaimé, le grand chef des Payagoas, afin de s'opposer aux attaques de l'ennemi commun.

Malgré l'impashiuiliié de commande dont les In ui eus fout paiv.de dans les circonstances les plus sérieuses, -Gueyma, eu apprenant ces nouvelles si neltemeuL et si froidement articulées, ne put se cou lenir. Ses sourcils se froncèrent, ses narines se dilatèrent comme celles d'une Lête fauve; il bondit sur ses pieds, et frappant violemment ses mains l'une contré "l'autre :

— Mou frère,-' e chef pale a les preuves de ce qu'il avauce, n'est-ce pas? s'éeria-t ibavee un accent de sourde menace.

■^ Je les ai, répondit simplement. Zèno Cabrai.

complètement déchiffré le quipos, il le lendit au Cougouar, el se tournant vers Zèno Cabrai, qui suivait lous ses mouvements aYec une anxiélé secrète :

— Maiuieuant que je sais l'insulte qui m'a été f;die, dit-il Jroidemenl, mon frère me donnera sans doute le- moyens de me venger.

— Peut-être y parviendrai je, repunuit le partisan.

— Pourquoi avoir le doute surleslèvro quand la certitude est dans le cœur? reprit Gueyma.

— Que veut dire le capitao?

— Je veux dire que persuiine, dans le but unique d'être agréable a un homme qu'il ne connaît pas, ne fait ce qu'a fait mon frère.

— Je connais le capitao plus qu'il ne le suppose.

— C'est possible, j'admets cela; mais il n'en reste pas moins évid< ni pour moi que mon frère le chef pale avait un but en agissa t ainsi qu'il l'a fait; c'est ce but que Gueyuui désire connaître.

— Que mon frère suppose que moi aus^i j'aie a me venger de l'homme qui l'a insu. lé, et que, pour que Celte vengeance, soit pi us sûre et plus éclatante, j'aie h soin de laide de mon frère; me la refuserait i ?

(i):Dans-uiii précédent-ouvrage,, fe grand Chef des

Aqçqs, j'ai expliqué ce <-iue c'est que cette boisson

Qui» dans I .Aùh; >uiue du &id, remplace le thé, et est

iort prisée des habitants blancs et indiens.

{G A1MAITD.)

Non, cènes, si le fait, au lieu d'être une supposition, était une realné.

■ — Le capitao me le promet?

— .le ie promets.

— Eh bien I les prévisions du chef sont justes. Maigre la viv»* et ; incère amitié que j'ai pour lui, obligé, en ce moment,- ùe eu occuper d'alfa ires fort sein uses; peut être ao rab-je négligé de m'occuper de> siennes, *i je n'avais pas eu un puissant intérêt a le faire et si l'homme dont il veut se venger iiémi pas depuis longtemps mon ennemi; voilà la vérité tout entière. "

— Eahl -mon frère a bien parlé ; sa langue n'est pas fourchue; les paroles que soufflé sa poitrine soin loyales. Que fera mon fièie pour assurer ma vengeance en nie me temps :

que la sienne?

— Deux choses.

— Quelle est la première? ■

— Je livrerai entre les mains du capitao la femme et la fille de son ennemi.

L'oeil de l'Indien lança un fulgurant éclair dé joie. '

(1) Voir le Grand Chef des Auças.

Arnyoi, éditeur.

naît jnes intentions, el il a promis de s'y confirmer.

— Est-ce vrai? demanda Gueyma au vieux chef e«i se tournant vers lui.

— C'est vrai , répondit " laconiquement ce- • lui-ei.

— Le Cougouar, Teprit le jeune homme,est un 'tes plus sage* guerriers «Je n a nadon ; ce qu'il fait est toujours bien ; il est ne mon devoir de suivre son exemple; j'adhère à ce que désire le < nef blanc.

Zè.io Cnbral inclina la lête en signe de remerciement et, malgré lui, -un éclair de satisfaction illumina pour une seconde son visage austère.

Gueyma reprit : .

— Le chef pale a-t-il autre chose à ajouter à ce qu'il m'a oit?

— h en, répondit le partisan.

— C'est bien ; à moi maintenant à poser mes conditions.

— C'est -trop' juste, chef, je vou's écoute.

— Mon père, le chef blanc, connaît les coutumes de la pampa, rf est-il p.is vTai?

— Je les connais, ma vie presque entière s'est écoulée au désert.

— Connaît il lacérémoniedu pacte de ven- Igennce eu usage dam la-naiion des Guayeurus?

— J en ai entendu parler, sans cependant avoir jamais encore pratiquée pour mon

propre compte; je sais que c'e^t une espèce 5e iraterniie d'armes qui lie deux hommes l'un à l'autre par un lien plusfurt que la pareille la plus proche.

— Oui, c'est en effet cela ; mon frère con- ■se ni -il à ce que celte cérémonie soit faite par nous ?

— J 'y coitsensde grand cœur, chef, répondit le '-partisan sans hésiter, parce que mes intentions sont pures, que nulle pensée de. tra- Imou n'est dans mou cœur et que j'éprouve pour mon frère une vive an l'hié.

— Bien, reprit en .souriant- le jeune chetf, je^ remercie mon f rèrede m'accepier pour com^ paguon du sang; le Cougouar, nous attachera l'un à l'autre.

— Soit, répondit' simplement celui-ci.

Les trois hommes se levèrent.

Le Cougouar s'avança aiors entre eux, et

leur faisant étendre en avant a chacun la main droite :

— Chacun de vous, dit-il, est double; il a un ami pour veiller sur lui eu tous lieux et en toutes circonstances, le jour conane la nuit, te malin comme le soir; les ennemis de l'un sont s entiemis de l'antre; ce que L'un

2 vol în-12 1 no^ède appartient à son ami. A l'appel' de [son compagnon de sang, réimporte où iLse

ZENO CÀEJUL.

uv

IrouYe, n'importe ce qu'il fasse, l'ami doit aussitôt tout abandonner pour accourir auprès de .celui qui réclame sa présence. La mort même ne saurait vous désunir : dans l'autre vie, votre paete continuera aussi fort que dans celle-ci. Tous, Zèno Cabrai, pour la nation des Guaycurus, vous vous nommez maintenant Cabrai Gueyma; et. vous, Gueyma, pour les frères dé votre ami, vous êtes Gueyma Zèno. Votre sang même doit se mêler dans votre poitrine, afin que vos pensées soient bien réellement les mêmes, et que, à l'heure où -vous comparaîtrez, après voire mort, devant le Maître du monde, il vous reconnaisse et vous réunisse l'un à l'autre.-

Après avoir ainsi parlé, le Cougouar tira son couteau de sa gaîne et piqua légèrement la poitrine du partisan juste à la place du cœur.

Zèno supporta sans trembler ni pâlir cette effrayante incision, le vieux chef recueillit le sang qui coula de la blessure dans un couï dans lequel un peu d'eau était restée; il incisa de même la poitrine du jeune chef et fit aussi couler son sang dans le coui.

Elevant alors le vase au-dessus de sa tête :

Guerriers, s'écria-t*il d'une voix sombre

pourquoi me faut-il être la hache destinée à martyriser deux femmes innocentes I Le vér ritable coupable m'échappe encore 1 Dieu permettra4-il qu'il tombe entre mes mains?

Gomment le contraindre h se livrer à moi ?... Il garda quelques instants le silence, puis il reprit avec une énergie sauvage :

— A quoi bon m'apitoyer sur le sort de ces femmes I la loi du désert ne dit-elle pas :

OEil pour œil, dent pour dent ? ce n'est pas moi qui ai commis le crime ! Je venge l'insulte faite à ma famille ; le sort en est jeté, Dieu me jugera 1

11 se leva et fit quelques tours dans la caverne. L'obscurité était presque complète.

Zèno Cabrai prit une torche de bois pourri, l'alluma et la ficha en terre ; puis, après une dernière hésitation, il secoua la tête à plusieurs reprises, se passa la main sur le front, comme pour chasser une idée importune, et alla se rasseoir sur un des sièges, après avoir fait disparaître les traces du repas et celles laissées par la présence des guerriers guaycurus.

— Je suis fou 1 murmura-t-il à demi-voix; iL est trop tard maintenant pour regarder en arrière.

et empreinte d'une majesté suprême, làest(- Et saisissant son fusil, il le . déchargea en contenu voire sang, si bien mêlé qu'il no l'air.

pourrait plus être séparé; chacun de vous va boire à celte coupe que, entre vous deux, vous devez vider; a vous d'abord, ajouta-t-il en se tournant vers Zèno Cabrai en tendant le vase vers lui.

— Donnez, répondit froidement le partisan et il le porta sans hésiter à ses lèvres. I

Lorsqu'il eut bu la moitié à peu près de ce qu'il contenait, il le -présenta à Gueyma; celui-ci le prit sans prononcer une parole et le vida d'un trait.

— A notre prochaine rencontre, frère, dit alors le jeune chef, nous échangerons nos chevaux, car nous ne le pouvons faire en oe moment. En attendant, voici mon fusil, mon sabre, mon couteau, ma poire à poudre, mon sac à balles, mon lazo et mes bolas; acceptezles, et veuille le Grand-Esprit qu'ils vous fassent un aussi bon service qu'ils m'en ont fait un a moi.

— Je les reçois, frère, en échange de mes amies que voici.

Puis les deux hommes s'embrassèrenl, et la cérémonie fut terminée.

— Maintenant, dit le Cougouar, le moment de nous séparer est arrivé, il nous faut rejoindre nos guerriers; où nous retrouveronsnous et quand aura lieu cette rencontre?

—Le deuxième soleil après celui-ci, répondit le partisan, j'attendrai mes frères trois heures avant le coucher du soleil au cagnon de y erb as ver des, les captives seront avec moi; le cri de l'aigle des Cordillières, trois fois répété, avertira mes frères de ma présence, ils me répondront par celui du mawftawis répété le même nombTe de fois.

— Bon; mes guerriers seront exacts.

Les trois hommes se serrèrent .énergiquement la main et les chefs guaycurus se retirèrent, reprenant pour s'en aller le chemin presque impraticable par lequel ils étaient venus, mais qui ne devait pas offrir de difficultés sérieuses à des hommes brisés comme eux à tous les exercices du corps et doués d'une souplesse et d'une agilité sans égale.

Zèno Cabrai demeura seul dans la caverne.

Le partisan se laissa tomber sur un siège, pencha la têteisur sa poitrine et demeura ainsi pendant un laps de temps considérable plongé dans de profondes réflexions.

LoTsqueles premières ombres du soir commencèrent à envahir l'entrée de la caverne, le jeune homme se redressa.

— Enfin 1 murmura-t-il à voix basse, je vais dontf atteindre cette vengeance que depuis si longtemps je poursuis; nul désormais ne pourra me ravir ma proie ; mon père tressaillera de joie dans sa tombe en voyant de quelle façon je tiens mon serment ; hélas 1

Le bruit de la détonation, répercuté par les nombreux échos de la caverne, roula pendant un temps assez long, s'affaiblissant de plus en plus et finit par s'éteindre tout à fait.

Presque aussitôt la lueur de plusieurs torches brilla au fond d'une galerie latérale, grandit rapidement, et bientôt illumina la caverne de teintes rouge&tres qui couraient sur les parois avec des reflets fantastiques; ces torcnes étaient portées par des montoneros conduits par plusieurs officiers, parmi lesquels se trouvait don Silvio Quiroga.

— Nous voici, général, dit le capitaine avec un salut respectueux.

— Où sont les prisonniers ? demanda Zèno Cabrai, tout en rechargeant son fusil qu'i plaça à portée de sa main.

— Gardés à quelques pas par un détachement de nos hommes.

— Qu'ils viennent.

Le capitaine se retira sans répondre ; quelques minutes se passèrent, au bout desquelles il reparut accompagné de trois hommes désarmés qui marchaient au milieu d'un groupB de partisans.

— C'est bien, dit le général, laissez-moi avec ces cabalieros, je désire causer avec eux; seulement, soyez prêts à: accourir, si besoin était, au premier signai. Allez.

Le capitaine Quiroga planta deux ou trois torches dans le sol, et s'enfonça ensuite dans la galerie de laquelle il était sorti, suivi par les montoneros.

Don Zèno demeura seul avec les trois prisonniers ; ceux-ci se tenaient debout devant lui, froids, hautains, la tête fièrement rejetée en arrière et les bras croisés sur la poitrine.

Il y eut un instant de silence.

Ce fut un des prisonniers qui le rompit.

-^ Je suppose, seigneur général, dit-ii avec un léger accent de raillerie,. puisque tel est le titre qu'on vous donne, que vous nous avez appelés eh votre présence afin de nous faire fusiller?

— Vous vous trompez, seigneur don Lucio Ortega, répondit froidement le partisan, quant à présent, du moins, telle n'est pas mon intention.

— Yous me connaissez? s'écria l'Espagnol avec un mouvement de surprise qu'il ne put réprimer'.

— Oui, senor, je vous connais, ainsi que vos compagnons, le senor comte de Mendoza et le colonel Zinozain; je sais même dans quel but vous êtes venus ainsi vous fourvoyer dans ces montagnes. Yous voyez que je suis bien servi par mes espions.

— Garamba! fit gaiement le capitaine Ortega, j'aurais voulu être aussi bien servi par les miens.

Le partisan sourit avec ironie.

— Au fait, seîîor, dit le comte, que prétendez-vous nous imposer, puisque nous sommes en votre pouvoir et que vous ne voulez pas nous fusiller?

— Vous reconnaissez , n'est-ce pas, que j'aurais le droit de le faire, si tel était mon bon plaisir?

— Parfaitement, reprit le capitaine; quant à nous, soyez convaincu que nous n'aurions

ms manqué de vous faire sauter le crâne si e sort vous avait fait tomber entre nos mains. N'est-ce pas, seîiores?

Les deux officiers répondirent affirmativement.

— Touchante unanimité, dit en raillant le montonero; jevous sais gré, croyez-le bien,:

de' vos bonnes intentions à mon égard; cependant elles ne changent rien à ma résolution.

— Alors, reprit le capitaine, il est probable que vous trouvez plus d'avantage pour vous à nous laisser vivre qu'à ordonner notre exécution?

— Cela est évident.

— Mais il est probahle aussi que les conditions que vous nous poserez, dit le colonel, seront de telle sorte que nous refuserons de les accepter* préférant la mort au déshonneur.

— Eh. bien, vous n'y êtes pas du tout, mon cher colonel, répondit avec bonhomie le partisan, je sais trop ce qu'on se doit entre soldats, bien qu'ennemis, pour profiler il es avantages que me donné ma position, et ces conditions seront, au contraire, excessivement douces.

— Oh! ohl voilà qui est étrange, murmura le comte.

— Fort étrange, en effet, monsieur le corn-" te, de voir un de ces misérables créoles, ces bêtes fauves, . ainsi que vous les nommez, conserver des sentiments d'humanité si complètement mis en oubli par leurs ex-maîtres, les nobles Castillans.

— Je vous avoue que, pour ma part, je .

suis curieux de connaître ces bénignes propositions? dit en ricanant le capitaine.

— Yous allez être satisfait, senor, reprit le partisan de ce ton narquois qu'il affectait depuis le commencement de l'entretien ; mais avant tout, veuillez vous asseoir : je suis chez moi, je désire vous faire les honneurs de ma demeure

— Soit*; nous vous écoutons, dit le capitaine en s'asseyant, mouvement imité par ses deux compagnons.

— Mes conditions, les voici, reprit le partisan : je vous offre de vous rendre immédiatement la liberté en vous restituant tous les bagages qui yous ont été enlevés, et en vous laissant la faculté de continuer votre voyage et d'accomplir la mission dont vous êtes chargé pour don Pablo Pincheyra.

— Hein l s'écria le capitaine, -vous savez cela aussi?'

— Je sais tout, ne vous l'ai-je pas dit?

— C'est juste; pardonnez-moi cette interruption, fit le capitaine; vous disiez donc que vous offriez de nous rendre la liberté, etc., etc., à la condition...

— A la condition, reprit don Zèno, que d'abord vous me donnerez votre parole d'honneur de gentilshommes et de soldats, que, quoi qu'il arrive pendant tout le temps que nous demeurerons ensemble, vous ne pro-

et vous me gar-

noneerez jamais mon nom, derez un secret inviolable.

— Jusqu'à présent, je ne.vois rien qui s'oppose à ce que nous prenions cet engagement; ensuite, senor, car ce n'est pas tout, j'ima-

— En effet, ce n'est pas tout. Je désire me rendre en votre compagnie au camp de Casa- Trama, afin de traiter avec don Pablo Pincheyra une affaire qui m'est personnelle. Je prendrai le nom et le costume d'un officier portugais. Vous ne me trahirez pas, et de plus yous m'aiderez à terminer l'af f ane en question; je sais que-^-vous possédez assez

1 d'influence sut don Pablo pour me. faire réussir.

ZENO CABRAI.

— Refusez-vous de nous instruire de cette affaire? demanda le comte.

—En aucune façon. Cette susceptibilité est trop honorable pour que je ne fasse pas droit à yotre demande. Il s'agit de deux dames portugaises, là marquise de Castelmelhor et sa fille, dont les Pincheyras se sont empaTés contre le droit des gens et que je veux délivrer.

— Voilà tout?

— Oui, caballero. Voyez si votre honneur vous permet d'accepter ces conditions.

— Seîïor don Zèno Cabrai, répondit le comte, l'histoire qu'il vous plaît de nous conter est fort bien imaginée, bien que nous doutions beaucoup de la réalité de votre dévouement pour ces dames; comme elles nous sont à peu près inconnues, et que, ainsi que vous nous l'avez annoncé, cette affaire vous est entièrement personnelle, nous ne nous reconnaissons pas le droit de FappTof ondir ; en conséquence, mes compagnons et moi, nous acceptons vos conditions, qui, nous le constatons, sont réellement fort douces. Nous yous donnons notre parole d'honneur de remplir exactement l'engagement que nous prenons vis-à-vis de vous, sans y être aucunement contraints par la f OTce.

— Nous donnons notre parole d'honneur, ainsi que notre noble ami le comte de Mendoza, dirent ensemble le

. lonel.

- — Et maintenant, ajouta don Luis Ortega, quand serons- nous libres?

— A l'instant , caballeros.

— Et nous partirons?

— Au lever du soleil, de façon à être demain, dans la matinée, à Casa-Tram a; maintenant, disposez de moi, sefiores, je ne suis plyfs que votre hôte.

yNous avons rapporté plus haut de quelle façon le comte et les personnes qui l'accompagnaient avaient été reçues par les Pincheyras.

les convives se levèrent enfin de table.

Don Pablo prit alors à part don Zèno Cabrai, qu'il avait placé auprès de lui à table, et pour lequel il éprouvait une vive sympathie.

— Senor don S&bastiad, lui dit-il d'une

| Yoix un peu émue, car malgré ou peut-être même à cause de sa sobriété habituelle, les quelques Terres de vin généreux que le partisan avait été contraint de boire pour fêter ses convives, lui avaient donné une légère teinte d'ivresse* je vous trouve, vive Diost un charmant compagnon, et je désirerais faire quelque chose qui vous fût agréable.

— Vous me faites honneur, caballero, répondit Zèno Cabrai avec une certaine réserve.

— Oui, Bios me empare ! c'est ainsi ; je vous avoue que ce matin j'étais assez contrarié de vous rendre les deux dames.

— Pour quelle Taison?

— Diablos ! j'aurais pu en tirer une bonne rançon.

— Qu'à cela ne tienne, caballero, et je suis tout prêt.

— Non, non, reprit-il vivement, ne parions plus de cela, je me rattraperai sur d'autres de ce que je perds avec celles-ci; je voulais donc vous dire gue Je suis charmé mainte-

Inant de ce qui est arrivé. Bah! vous me plaisez, mieux vaut qu'il en soit ainsi ; d'ailleurs, ces femmes m'ennuient, elles pleurent continuellement, c'est insupportable.

— En effet, vous disiez donc?

— Et bien; ma foi,, je disais que, si je pouvais vous être agréable en quelque chose, je serais heureux que vous me missiez à même de vous prouver l'estime que je lois de vous.

— Vous me flattez, caballero, en parlant ainsi, je ne mérite pas cette indulgence de

otre part.

— Si, je yous jure; ainsi parlez, que désirez-vous?

— Eh bien ! puisqu'il ;en est ainsi, je serai franc avec vous, senor ; il y a, en effet, une

Les captives.

Aussitôt après la réception terminée, don , Pablo avait offert aux envoyés espagnols et à l'officier portugais, c'est-à-dire a don Zèno Cabrai, qu'il était loin de se douter d'avoir pour hôte dans son camp, une collation que ceux-ci avaient accepté.

Bien quecampés dans une des parties les plus inaccessibles desCordiliières, les Pincheyras, •grâce à leurs excursions continuelles et aux vols et aux pillages qu'ils commettaient dans les chacras, les bourgs, et même les villes situées sur les deux versants des montagnes, étaient fort bien approvisionnés; leur repaire •regorgeait des choses les plus rares et les plus délicates.

Par les soins de la sœur de don Pablo, chargée par son frère des détails intérieurs de sa maison, Une table avait été. dressée et couverte d'une profusion de vivres de toutes sortes, de dulces. de, fruits* de ligueurs, et même de vins d'Espagne et de France, que, certes, on eût été loin de s'attendre à rencontrer en pareil lieu .

;Les Espagnols et les créoles hispano-am ricains sont généralement sobres; cependant lorsque l'occasion s'en présente, ils ne méprisent nullement les agréments d'une-, table bien garnie. En cette circonstance, ils fêlèrent à l'envi la bonne chère que leur, offrait leur amphitryon, soit à cause des! longues privations qu'ils avaient précédemment endurées, soit parce que tout était en réalité exquis et servi avec beaucoup de goût; aussi le repas se prolongea-t-il assez longtemps, et il était Plus de trois heures de l'aprèsrdfner lorsque

chose dans laquelle vous pouvez m'être utile.

— Eh bien I à la bonne heure, de quoi s'agit il?

— Ohl mon Dieu, d'une chose bien simple : laissez, je vous prie, ces dames dans

'ignorance de leur délivrance; vous savez que a joie comme la douleur sont souvent fort à redouter lorsque tout à coup on les éprouve sans préparation ; je redoute la révolution que pourrait occasionner à ces dames Tannonce de ce départ subit auquel elles sont si loin de s'attendre*

— Ce que vous me demandez là est en réalité très facile ; cependant, Urne faudra les avertir demain ou ce soir.

— Qu'à cela ne tienne, la chose est toute simple; dites-leur seulement qu'elles soient prêtes à monter à cheval demain au lever du soleil, sans les informer des causes ni du but deceYoyage; j'aurai. soin de me tenir hors de leur vue jusqu'à ce que je trouve une occasion de me présenter a elles sans leur faire éprouver une trop forte commotion. * •

Le Pincheyra,. nommé fort peu sentimental de sa nature, ne comprenait rièil à ce que lui disait lé montonerO ; cependant, par suite de cette espèce de vanité innée chez tous les nommes qui les pousse à s'attribuer des qualités gû'ils ne possèdent paSi et d'ailleurs en: tratné malgré lui vers sa nouvelle connaissance par une inexplicable sympathie, il ne lit aucune difficulté d'acquiescer à ce que lui demandait don Zèno Cabrai , et consentit à Je laisser complètement agir à sa guise, intérieurement flatté de la bonne opinion que celui-ci semblait avoir de lui et jaloux de lui prouver qu'il ne s'était pas trompé sur son compte.

Les choses ainsi arrangées, don Pablo chargea, sans entrer dans aucun détail, son frère José Antonio de prévenir les dames de leur prochain départ, et, s'élmguant en compagnie de don Zèno, il lui fit visiter le camp de GasaiTrama.

José Antonio, le troisième frère de Pincheyra, était un homme de Vingt et quelques années, d'un caractère sombre, d'une intelli-, gence bornée* gui accepta de mauvaise volonté la commission qui lui était donnée ; il se hâta dé s'en acquitter au plus vite.

Il se dirigea donc vers lé toldo habité par les deux dames.' -

Elles étaient seules, occupées à causer entre elles, lorsque lé Pincheyra se présenta.

A sa vue elles ne purent réprimer un mouvement de surprise et presque d'effroi; mais elles se remirent bientôt et lui rendirent lé salut brusque qu'il leur fit, sans cependant leur adresser la parole, ce qui obligea la marquise à lui demander quel motif l'amenait auprès d'elles.

— Senora, répondit-il, mon frère le colonel don Pablo Pincheyra m'a chargé de vous avertir de yous tenir prêtes à quitter le camp demain au lever du soleil.

— Je vous remercie de cette bonne nouvelle, caballero, répondit froidement la marquise.

— Je ne sais si la nouvelle est bonne ou mauvaise, et cela m'est fort égal; on m'a ordonné de vous avertir, je le fais, Yoilà tout. Maintenant que ma commission est faite, adieu, je me retire.

Et sans plus de conversation il fit un geste pour s'éloigner.

— Pardon, caballero, lui dit la mafquise en faisant un effort pour continuer l'entretien dans l'espoir de voir jaillir une lueur favorable dans le chaos qui l'enveloppait, un mot s'il vous plat t.

— Un mot, soit, répondit-il en s'arrêtant, mais pas davantage.

— bavez- vous pour quelle raison nous quittons le camp ?

— Ma foi non ; qu'est-ce que cela me fait, à moi, que vous partiez ou non.

— C'est Yrai, cela doit vous être fort indifférent, cependant vous êtes, je crois, un des pricipaux officiers de votre frère.

, — .le suis capitaine, répondit-il en se redressant avec orgueil.

— Eu cette qualité, vous devez être dans la confidence des projets de votre frère, savoir quelles sont ses intentions.

— Moi, pourquoi faire ? mon frère n ? a pas de comptes à me rendre, je ne lui en demande pas.

La marquise se mordit les lèvres avec dépit, cependant elle continua, en changeant brusquement de conversation.

— Si je dois sitôt quitter le camp, permettez moi, caballero, de vous offrir avant de me séparer de vous cette légère marque de souvenir, et retirant de sa poitrine un mignon reliquaire d'or curieusement ciselé, elle le lui ' présenta avec un gracieux sourire.

L'œil du bandit lança un éclair de convoitise.

— Oh 1 fit-il en tendant la main, qu'est-ce que c'est que cela ?

— Ce médaillon , reprit la marquise, contient des reliques.

— Des reliques, fit-il, véritables? ' .

— Certes, il renferme un morceau de la vraie croix et une dent de santa Rosa de Lima.

— Ahî et cela peut servir, n'est-ce pas ? Lé père Gomez, le chapelain de mon frère, dit que les reliques des saints sont les meilleures armes qu'un chrétien puisse porter avec lui.

— il a raison, celles-ci sont infaillibles contre les blessures et les maladies.

L'œil du bandil se dilata, une indicible expression de ].oie bouleversa sa figure.,; ' ' : ; — Et vous me les donnez! s'écria-t -il vivement.

— Je Vous les donne, mais à une condition.

— Sans condition, reprit-il en fronçant le sourcil et en jetant un regard sinistre sur la marquise.

Le seul sentiment vivace au fond du cœur de cet homme, sa superstition, était éveillée. Peut-être pour s'empâter de ses reliques

qu'il convoitait, n'aurait-il pas reculé de van i un crime.

La marquise comprit h l'instant la pensée qui s'agiiail indistincte encore dans sou esprit obius; elie ne s'émut pas et coati nu,* :

— Ces reliques perdraient aussilôt leur vertu, si elles étaient enlevées par violence à la personne qui les possède.

— Ah.1 unirai nra-l- il d'une voix sourde et

inarticulée, il faut qu'elles soient librement

■ données.

— 11 le faut, Tépondit froidement ïa'inar-

: quise-

Dona Eva avait senti un frisson de 1er mur parcourir ses membres à la menace voilée du bandit ; mab sou exelauiatiou la rassura, elle comprit que la bête féroce était domptée.

— .Quelle est celte condition? reprit-il.

— 3e délire savoir si des étrangers sont arrivés au camp aujourd'hui.

— Il en est arrive ce malin.

— I)es Espagnols ?

— Oui.

— Siiualitiu, continua la marquise, que chaque instant qui s'écoule rend plus affr.ue, car ne vous y trompez; pas, mou enfuit, cette liberté que. nous accorde le bandit • loin dous sommes les prisonnières, celle liberlê n'est qu'un leurre.

— Oh I le croyez-vous donc, ma mère? qui vous fait, supposer cela? . . .

— Je ne>ais rien, et pourtant je suts convaincue que J'Jiomme qui se dit envoyé par v..ir.- père pour nous ramener près de lui, et qui s obstine à se leuir à l'écart, au lieu de se présenter à nous, ainsi qu'il le devrait faire; je suis convaincue que cet homme est un euuemi, plus redoutable peut-être pour nous que celui auquel il nous enlève, et qui, b m îil sans foi ni loi, ne nous retenait cepeudaid que dans l'espoir d'une riche rançon . n'ayant contre nous ni haine ni colère.

— Pardonnez-moi, ma mère, de ne pas êire de vôtre avis eu cède circonstance. Dans une contrée si éloignée de notre pays, où, à

— Il n'y avait pas de Portugais parmi euxr p^rt don Ëinmo, nous ne connaissons per

— Je crois qu'il y eu avait un.

— You- en êtes sûr 'i

: — Oui, c'e>t celui-là qui vous doit emmener; il a offert une forte rauçon pour vuu> ; Je me le rappelle, parce que mon frère a ru fusé la rançon, tout eu conseillant a vous laisser parlir, ce que je n'ai pas pu comprendre de t-a pari.

— Ahl murmura- t-elle d'un air rêveur.

— Vous n'avez plus rien à me demander?

— Une seule question encore.

— Faites vile, répondit il les yeux avidement fixés sur le reliquaire, qu'il ne quittait pas du regard.

— Coi matiez- vous don Emilio?

— Le Fiançais'?

— Oui, celui-là même.

— Je le connais - — Je désirerais causer avec lui.

— C'est impossible.

— Pourquoi donc?

— Parce qu'il a quitté le camp il y a une heure, en compagnie de mou frère Santiago.

— Sav^z voua quand il sera de retour?

— Jauiiii»; je vous répète qu'il est parti, tm soupir de suuageui-.-M s échappa de la

poitrine de la ma'quise. Si le jeune homme.

était parti, c'était dans l'inteutiou de leur eue utile, d essayer de les sauver : tout espoir n'était donc pas perdu pour elles, puisqu'un ami dévoué veillait encore à leur salut.

■ — Je v ous remercie, reprit-elle, de ce que vous avez consenti à me dire, voilà le reliquaire.

Le Pincheyra bondit dessus comme une

)ôte fauve .sur sa proie et le fil disparaître

ous son poncho.

— "Vous me jurez que les reliques sont /raies? u'eman ja-t-il a'un ton soupçonneux.

• — Je vous le jure.

— C'est égal, murmura t-il en hochant la tête, je les ferai bénir par le Père GoineZ, cela ne peut pas nuire; a- heu, ma ,ame.

Et sans' plus de salutations, il tourna sur les

lalons et quitta Je toldo au^si brusquement

; qu'il y était entré, sans autrement prendre

congé ries deux dames, et tenant la iu.»iu

droite fortement appuyée sur la poitrine

.dans le but sans doute de s'assurer que le

précieux reliquaire était toujours a l'endroit

■. oit : il- l'avait caché.

Il y eut un long silence entre les deux dames après le départ du Pincheyra.

La marquise, releva enfin, tes yeux et fixa un long regard sur sa fitte, qui, la tête penchée sur la poitrine, semblait plongée dans d'àmères réflexions.

.- rr Eva 1 lui dit elle d'une voix douce.

La jeune fille tressaillit, et, redressant viver ment sa belle tête pâlie par le chagrin :

. — Yods me parlez,, ma mère?.rèpondit- .éîle; ■ r '.-''.'■ -

— Oui, ma fille, reprit la marnuise ; vou?> pensiez â notre malheureuse situation,, sans doute?

... -V- Hélas 1 fit-elle.

nuue, étrangères au milieu du peuple a demi sauvage qui nous entoure, quel ennemi pouvons-nous redouter?

Ui marquise sou ni tristement.

— Votre inémnbe est courte, dit-elle, ma chère Lva; insouciante comme tous lesenf.iuts

m votre âge, le passé n'est plus pour vous qu'un rêve, et vos regards, sans se fixer sur i»- présent, se dirigent sur l'avenir seul. Avezvuus <!onc oublié déjà le chef de partisans qui, il y a deux mois, nous fu prisonnières et dont nous sauva le dévouement de don Emiiiu.

— Obi non, ma mère, s'écria-t-elle avec un ires-aillemènl nerveux,- non, je ne l'ai pas oubii'Viareel homme semble être notre mauvais génie! Mais, Dieu soit louél ici, du moins, nous n avons rien a redouter de lui.

— Vous vous trompez, ma fille, c'est lui, au contraire, qui aujourd'hui nous poursuit encore.

— Cela ne saurait être, ma mère; cet homme esl, vous le savez, a. lâché au parti contraire a Cilui que soutient le banditaux mains

luqii'1 nous nou> trouvons.

— Pauvre enfant, les méchants se ligueront

toujours Jur>qu u b'agira 'te faire le mal; je vous lu répèle, cet homme est ici.

— Manière, dit la jeuuo fille d'une voix que l'émotion faisait trembler, mais cepeu-

i.uii avec un accent resnlu, vous le connaissez depuis longtemps cet homme?

— Oui, ré pondit- et le sèchement.

— Puisqu'il en est ainsi, vous savez sans d'<un^ les motifs vrais ou faux de celte impacabie haine?

— Je les sais, oui, ma fille.

— Et, fil -elle avec une certaine hésitation, puurnez vous me les faire «oriuaître?

— Nun, cela m'est impossible.

— M >'■ permets z-vous de vous adresser une question, ma mère?

— Parlez, ma -ni Lu; si je puis vous répon- ; dre, je le ferai.

— Les motifs de ct-lte haine vous touchentils personnellement?

— N«>n ; je suis de toutes les manières innocente des faits qu'on nous reproche.

— Pourquoi uous, ma mère? -

— Parce que, chère enfant, tous les membres d'une famille sont solidaires les uns des autres; vous le savez, n'est-ce pas?

— Je le sais, oui.

— De là celle conséquence indiscutable qu'une action reprochée a un membre d'une fiiinlllè doit l'être a tons, et que, si cette action est honteuse ou coupable, tous en subis-ein la. home et en doivent accepter la responsabilité.

— C'est juste; merci, ma mère, je vous comprends; maintenant, il reste seulement un puiut sur lequel je ne suis pas bien édifiée.

: — A quoi faites-vous allusion?

. — A eeGi, lorsqu'à Santiago de Ghile, et iplus tard à Salto, le sefîor don Zèno Cabrai.:,.

c'est ainsi qu'il se nomme?, je crois..,

— En elïet, tel. est son nom; continuez;

— Donc, lorsqu'il se présenta dans notre maison, connaissiez-vous déjà celte haine qu'il nous portait?

— Je la connaissais, ma fille, répondit nettement la marquise.

— Vous la connaissiez, ma mère ! s'écria dona Eva avec surprise.

— Oui, je la connaissais, je vous le répète.

— Mais alors, ma mère, s'il en était ainsi, pourquoi te receviez-vous donc sur le pied de l'intimité lorsqu'il vous aurait été si facile de lui fermer votre uorle.

— Vous* le croyez ainsi.

— Excusez-moi celte insistance, ma mère, mais je ne puis m'exphquer une telle conduite de votre part, à vous, douée, ainsi que vous l'êtes, d'un tact si exquis et d'une si profonde connaissance du monde.

La marquise haussa légèrement les épaules taudis qu'un sourire d'une expression indéfinissable plissait les coins de sa bouche.

— Vous raisonnez comme une folle* ma chère Eva, lui répondit elle, en appuyant légèrement ses lèvre^ paies sur te f roui de la jeune fille; je ne connaissais pa> personnellement don Zèno Cabrai, iligu-jrait et probablement il ignore encore aujourd'hui que j'étais mai tresse du secret de sa haine, secret dont, en effet, avec un caractère moins franchement loyal que celui de votre père, je n'aurais pas dû, à cause de certaines par*^ licularhês blessantes pour mon caractère f de femme, je n'aurais pas dû, dis-je, partager le lourd lardeau; mou but, en attirant chezmoi notre ennemi, et en l'introduisant même daus notre intimité la plus privée, élait de lui donner le change, de le convaincre que j étais dans une ignorance complète^ par conséquent, d'éveill«r sa confiance et de parvenir, sinon à le faire renoncer à ses projets contre nous, du moins, à Les lui faire modifier , ou à • en obtenir l'aveu de sa bouche. La faiblesse apparente de don Zèno, ses manières efféminées, sa feinie douceur, son visage imberbe, qui le fait paraître beaucoup plus jeune qu'il ne doit l'être en réalité, tout me portait a supposer que j'aurais bon marche de lui, et que je réussirais facilement. Il n'en a malheuieuseinent pas été ainsi. Cei homme est de granit; rieu ne l'émeut, rien ne le touche; se faisant de l'ironie une arme, d'autant plus dangereuse qu'elle est plus difficile a combattre de sang-froid, toujours il a su déjouer mes ruses et repousser mes attaques. De guerre lasse, froissée un. jour par le ton de mordante raillerie dont U ne se départait pas daus nos entretiens particuliers, je me lai=*»ai emporter par la colère, ei je le blessai grièvement par un mot sanglant que je lui jetai au visage et que, * peine prononce, j'aurai» voulu retenir; m.iisilrètait trop tard: iimprudeuce commise par moi était irréparable. Eu voulautdéinasquermon adversaire, j'avaislaisséiire dans mon cœur. De ce moment tout fut fini entre nous, ou plutôt tout commença. Après m'avoir froidement saluée, il se retira en m'avertissanl ironiquement de mieux me tenir sur mes gardes dorénavant, et je ne le revis plus jusqu'au moment où il nous fit tomber dans l'emouscade qui nous mit en son pouvoir.

Pendant que la marquise pariait, te visage le dona Eva exprimait tour à tour les sentiments les plus divers. La jeune fille, en proie à une vive émotion qu'elle essayait vainement de maîtriser, comprimait sa poitrine haletante et essuyait furtivement ses yeux qui d'instants en instants se remplissaient de larmes;' enfin celte émotion se fit tellement visible, que force fut à la marquise de s'en

apercevoir. Elle s'arrêta brusquement, et fixant sur sa fille un regard dur et impérieux tandis que ses sourcils se fronçaient a se joindre et que sa voix prenait une sourde intonation de menace ;

paiis; — împ. fccmiujifc» *-°*

.-Montmartre^

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ZEN0 GABBAL.

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~ Qu!avez-vous donc, nifia? M demandatrfille et pourquoi ces -larmes que je vous Wi>is répandre. - i- ■■-,-■';

La jeune fille rougit et baissa là têteaveç

—Répondez, reprit sévèrement la marquise; répondez, je le veux. ■» ■ •

: — Ma mère, baïbutia-t elle d'une voix faible et tremblante, les choses que- vous nie dites ne suffisent-elles donc pas pour me causer la douleur à laquelle vous me voyez en proie? Je ne mérite en aucune sorte l'injuste -colère que vous. me témoignez. . .. ■;

La marquise hochâ la tête à plusieurs re^ prises, et continuant à fixer son regard sur. sa fille qui, rougissant et pâlissant tour à tour, perdait de plus en plus contenance.

■*- Soit, dit-elle, je veux bien feindre . d'ajouter foi à ce qu'il vous plaît de me répondre, mais prenez gardé qu'un jour je m'aperçoive que vous . m'avez menti, et qu'un sentiment dont vous ignorez sinon, l'existence, du moins la force, et que vous essayeriez en vain de me cacher, a germé dans Votre .cœur.

— Que voulez- vous dire, ma mère? Au nom du ciel, je ne vous comprends pas.

.— Veuille le ciel que je me sois trompée;

reprit-elle sourdement; mais, brisons-là, nous

ne nous sommes que trop appesanties sur ce

sujet, je vous "ai avertie, et je yeille; l'avenir

■décidera.

— Ma mère, quand nous sommes si malheureuses déjà, pourquoi augmenterima douleur par d'injustes reproches?

Elle lui lança un regard dans lequel brilla un fulgurant éclair de colère, mais se remettant aussitôt :

— Vous m'avez donc comprise ! s'écria-telle avec une froideur calculée.

* La jeune fille frissonna et tomba palpitante

.sur le sein de sa mère, en balbutiant une réponse entrecoupée par la douleur et s'éva

nouit.

La marquise la souleva légèrement dans ses bras et rétendit sur un hamac ; longtemps elle la contempla avec une expression d.e colère, d'amour et de tristesse impossible a ; rendre.

.— Pauvre, pauvre enfant I murmura-t-elle, et, tombant à deux genoux auprès du hamac, 'elle joignit les mains et adressa au ciel une fervente prière.

Elle pria longtemps ainsi; soudain elle sentit une larme brûlante tomber sur son front, elle releva vivement la tête.

; Sa fille, à demi levée hors du hamac, penchée sur elle, la.regardail prier.

rr- Ma mère 1 ma mère 1 s'êGria-t-elie en l'attirant doucement vers elle.

La marquise se leva sans Tépondre, s'approcha de sa fille, et les deux femmes tombèrent dans les, bras Tune de l'autre, confondant leurs larmes dans Une étreinte passionnée.

, La journée s'écoula tout entière sans nouvel' incident. Grâce à iâ présence des: étrangers dans le camp, nul ne vint troubler la solitude des. captives qui .'eurent au moins <iette; satisfaction d'échapper, pendant cette dernière journée, au milieu des Pinchey ras, •aux obsessions intéressées dé la soêÙT de leur

Chef.. V ' ■ —y";;-;;'-'- ' < ; - . -ï ' y ] .

, Vers le soir, on les avertit par un message

. .assez laconique ; dé faire tous leurs pré parap

: iifs, de façon & /être prêtes ai se mettre 1 : en

..route au premier signal.. '

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