Xes bagages des deux dames avaient été
chose étrange, scrupuleusement respectés par
les partisans; aussi . étaient ils assez imporj-
. ,. tan ts. et nécessitaient quatre mules polir leur
transport;;' on. léùr:.prômit J que dësvbètes de
sommé seraient mises à leur disposition, i
; La nuit fut sombre;' lune cMlëïïr lourde
pesait: sur la, nature; •' ïaïùnev cachée par -d'é- -
, Pais, nuages; bordés;, de^reflets; grisâtres;: ne-
et,, répercutés par les échos,, allaient . éveiller les fauves au fond' dé leurs repaires! ign orésL
On silence funèbre planait surje camp, où tousles feux;étaiènt éteints; les sentinelles elles-mêmes étaient muettes, et leurs : longues sillioueltes immobiles, semblables à des specr très; se détachaient en gris sur là teinte plus sombre des mornes environnants.
Vers quatre heures du matin,- au moment où l'horizon commençait à s'iriser de bandés grisâtres, un bruit de chevaux se fit entendre dans la partie du camp habitée par lés captives et se rapprocha .rapidement de leur "hatto',
Elles comprirent que le moment de leur départ était arrivé, et elles se mirent en mesure de recevoir les gens que sans doute don Pablo leur envoyait pour charger leurs bagages. ;
EU es avaient passé la nuit ^en prière, sans que pendant une seule minute le sommeil fût venu clore leurs paupières.
Au premier coup frappé à Jëur porte, elles quittèrent leur siège et «'uvriient.
Un homme entra, cet homme était don Pablo ; un épais manteau l'enveloppait, un chapeau à, larges bords était rabattu* sur ses yeux. . . . ,
11 salua poliment les dames.
— Etes- vous prêtés ? leur demanda-t-il.
— Nous attendons répondit laconiquement
la marquise, voici nos bagages.
— C'est bien ! répondit-il, et s'adressant à plusieurs hommes entrés a sa suite dans le hatto : allons, yous autres, leur dit-il d'un ton bref, chargez cela rondement, nous n'avons pas de temps à perdre.
Les ballots étaient au nombre de six, et formaient ainsi la charge de trois mules; en quelques minutes, ils furent solidement fixés sur les flancs des dociles et patientes bêtes.
— Senoras, reprit don Pablo, veuillez me suivre, s'il vous plaît.
Les dames s'inclinèrent sans répondre et sortirent du hatto.
Plusieurs cavaliers étaient arrêtés devant la porte. Deux chevaux étaient tenus en bride par un peon.
— Voici vos montures, seïïoras, dit le Pincheyra; mettez-vous en selle*
—Est-ce que nous partons tout de suite?
hasarda la marquise.
— 11 le faut, madame, répondit don Pablo avec une respectueuse politesse, nous sommes menacés d ? un temporal;^ tout retard pourrait nous causer de graves préjudices, au lieu qu'en faisant diligence, nous aurons atteint un refuge sût avant çiu'il éclate.
-— r^o vaudrait-il pas mieux ' différer de quelques heures notre voyage? demanda encore la marquise.
—Vous ne connaissez pas encore nos cordillères, seîïora? répondit en souriant Pincheyfa,ùntempoTalde deux heures seulement occasionne ordinairement de tels désastres que les communications se trouvent coupées pendant des semaines et souvent des mois
entiers; du reste, je suis complètement à vos ordres, et, si vous le désirez,, nous attendrons.
. . La marquise réfléchit un instant ; ce ton et ces formes polies auxquelles cet homme; ne l'avait nullement habitué depuis leur rencontre, lui causèrent une impression singulière et lui rendirent, sinon l'espoir, du nioius:Te courage; Use tenait immobile: devant elle, prêt, en apparence, à satisfaire ïéldésir qu'elle manifesterait ,; : u ; > r
-^Partons" donc, puisqu'il eh est' ainsi, lui dit-elle. . " ■";' :\
Don Pablo s*ihclihà\et : ÎXiiroîïrit La main pour se. mettre en seller' : ^-^ - " : * -: -''■'• -?
\ ; tes, sinistres ; ... par intervalles;, dès' ihugissé-- ,. mènfs; lugubres s'échappaient des qùèbradas, ;
g ;; Les premtôr^ ; i^ès?te)m vo^ië J dè^ii
sont toujours péniblesi.: on est à, peines éveillé, on;afroid> on s ? enveloppe avec soin dans son manteau pour se garantir autant que; possible contre les; atleinles piquantes de la brise du matin; malgré soi on cherche à reprendre le sommeil interrompu,; on se laisse aller à une invincible somnolence. Leschevaux eux-mêmes subissant l'influence des ténèbres et mal éveillés encore, ne marchent qu'en hésitant et en trébuchant à chaque pas. Adroite et à gauche le paysage noyé dans la brume n'apparaît qu'en masses confuses et indistinctes auxquelles l'obscurité donne une apparence fantastique qui augmente encore l'instinctive tristesse dont J'âmé est remplie. Cependant peu à peu le ciel s'éclaircit, une teinte g risâire,s'étendant en- larges plaques,envatiit l'horizon ; une lueur pâle, qui n'est pas encore le jour, remplace les ténèbres et laisse à travers le rideau de brume qui s'élève de la terre comme un nuage de fumée transparente, le regard s'étendre et deviner les accidents du paysage qui tour à tour se déga- J gent du milieu des vapeurs où ils étaient ensevelis; puis tout à coup une gerbe de feu s'élance à l'horizon , un immense embrasement monte dans le ciel, s'étend avec une rapidité extrême en l'illuminant de reflets pourpres. Le soleil apparaît : aussitôt tout change et renaît comme au coup de baguette magique d'un puissant enchanteuT , le paysage si triste quelques instants auparavant devient subitement gai et riant, les oiseaux s'éveillent sous la feuillée, commençant leurs joyeux concerts; les fleurs entr'ouvrent leurs corolles ; les insectes bourdonnent joyeusement ; les arbres perlés de rosés inclinent majestueusement leurs cimes feuillues sous l'elïort de la brise matinale; les chevaux redressent fièrement la tête , leur pas devient plus sûrs et plus rapide; les arrieros fredonnent leurs joyeuses chansons en laissant flotter les lourds manteaux qui les couvraient' et que la chaleur rend désormais inutiles ; les visages se dérident, le sourire renaît, on cause, et déjà on oublie la tristesse que la nuit a emportée avec elle dans ses sombres ailes.
Ce que nous avons essayé de décrire,, nos voyageurs en avaient subi toutes, les phases ; tristes et moroses d'abord, engourdis parle froid et le sommeil, ils avaient marché côte, à côté sans échanger une parole, enfouis dans leurs manteaux, se laissant machinalement bercer au mouvement lent et régulier de leurs montures, insouciants d'un danger dont ils n'avaient pas conscience, laissant aux chevaux et aux mules le soin de les diriger à travers les méandres abrupts du sentier qu'ils suivaient. Au lever du soleil, ils se trouvaient déjà assez éloignés du camp.
Un horizon immense se déroulait.deyaht eux, une nature sévèréet grandiose frappait leurs regards. -■'.'."..'.'
De tous côtés de. sombres forêts couvraient les flancs de hautes montagnes dont les cîmes neigeuses se cachaient dans le ciel ; des torrents bondissaient en larges nappes d'argent du milieu des qùebrâdâs, et, d'épais nuages 'dé vapeur s'élevaht des vallées.mon (aient lentement: vers la cîme des monts,' déchirés, par Ta pointe aiguë des rochers, puis se condTen- ■saient: aussitôt pour se déchirer encore. \ ' ] Les deux dames tenaient à; peu près lé- centré d'une troupe formée . d ? une .vingtaine de cavaliers environ. Par un raffinement de; courtoisie remarquable, de la part de partisans grossiers, don Pàblô avait fait placer . deùX';cavaliers.à ladfoite des dames, afin de leVpré- .server : d*uhè,cïïutë ^^ pendant lés : ténèbres.; .,. ,, : : l Un groupe d'utie douzaine de cavalier^ :sêparë du gr^dë'laitroùD^, mé:cbâit;en"avîànt S'en' èclairèùrs, tandis. 'que ^^sïx. ou. ;liui^ autres venaient un' peti L 'éh arrière, ;pr.obal5renîérit|a- .fin- de veiller à 4a.surète; générale;: ?;* .' l ; ;, : { J : 'Malgré 1 là situàuon;:préçajré ' : îàns laquelle 'elle se r tr6ùvàit et lés appréKènsidnâ fïônt -^on esprit était t .botirtèlé; .. ; là';: f^aTqulse;;è'prôuvnit éép;èhdant ùhbettain ^'btén-êtt.e i ët;iin:ihdéfi- !nissàbïé;séntoéht,^t3^» i'A# t ; .se.^qi^^ftfin
mm cabra
hors du repaire^ des bandits. Gomme toutes les organisations imprèssioiinablGSi elle subissait^ malgré elle> influence de- la nature forte qui- l'entourait^, elle- se sentait renaître' à 1 l'ésr pérahce, et pour 1 la première fois depuis-bien dès ? jours 1 , son* visage 1 prenait peu* à> peu une •autre expression que celle do la tristesse qui lut était devenue pour ainsi dire habituelle; Don Pablo> afin sans douté déùepas gêner les deux dames par sa présence, se tenait à l?avant-gardei et aussitôt que le jour fut 1 de 1 venu assez clair pour qu'il fût possible dé se diriger sans risquer de s'écarterdu droit chemin, les deux cavaliers placés auprès' des dar mes s'étaient éloignés, dé sorte qu'elles jouissaient d- une liberté relative et pouvaient causer entT-3 elles sans craindre que leurs paroles fussent entendues. GéfUt doha Eva qui, la première, entama- l'entretien .
— Ma mère, dit-elle après avoir jeté un regard curieux autour d'elle,, est-ce qu'il ne vous semble pas' étrange que dépuis- notre départ de Gasa-Tramaylé seûor don Sebasliao
■ Yianno ne* se soit pas approché encore de nous pour nous souhaiter là bienvenue et nous donner ' dés nouvelles de mon père; •
— En effet,- cette conduite de la part d'un ami intime de notre famille me paraît singulière, mon- enianti; cependant -il-ne* nous faut pas hàier de la juger, peut être don Sebasliao a-t-il des motifs- que plus lard'il nous expliquera de demeurer ainsi à l'écart, ou peut-être est-il parti en avant, ce que je supr pose d'autant plus, qu'au camp il ne nous a a non plus fait visite^ etnè nous -rejoindra-t-il qu'à un endroit convenu, sans douté à la halte à laquelle nous allons' probablement bientôt arriver.
— Don Sebasliao doit cependant comprendre quelle hâte nous avons de recevoir des nouvelles de mon père ;' je vous avoue que je suis 1 inquiète plus que je ne saurais le
. dire..
— Ma fille/nos rôles sont-ils donc changés, fit en souriant la marquise, c'est vous qui
'•' doutez lorsque maintenant, moi j 'èRpère.
— C'est vrai, ma mère; je doute en effet, la façon dont uous avons entrepris ce voyage; les avertissements de don Emilio, son départ, précipité, ce que vous a dit hier don José An-
'■> tonio, tout jusqu'aux façons' courtoises de donPablo et les attentions' dont ii nous com bléi augmente mes soupçons au lieu de les diminuer; plus nous avançons sur cette coûte,
Ï nus je me sens, inquiète sans en comprendre es motifs : est-ce pressentiment, intuition ou découragement? Je ne saurais vous le dire, ma mère;- mais je suis convaincue que ce voyage cache un mystère, et que notre position déjà srnialheureuse doit, d'ans un temps îort.rapproché, le devenir encore davantage.
'■ — Yous êtes folle; Eva, répondit la mar-
façon aussi singulière? Quel était Fhomme ^qui le lui- rendait ainsi à la dérobée?; i
Sa- course avait été; si rapide 1 et lès ailes de son chapeau était tellement rabattues- sut 1 , ses yeux, ; que la marquise 1 Savait pu- fe reconnaître; d'ailleurs^ son mouvement avait été si' brusque; qu'elle n'avait pas songé' à l'examiner, et que lorsqu'elle voulut le faire; il était déjà trop loin et presque confondu au milieu dèTavant-garde ; du reste; ; il portait le même costume' que les autres^ cavaliers de l'escorte
Les' deux dames demeurèrent un instant interdites, ne com pren ant rien à" cet le action èh apparence si bizarre. Cet homme était-il un ami qui voulait les ; prévenir contre un danger qui les menaçait, ou était-ce un ennemi qui les voulait au contraire tromper ?
Le cas était difficile à résoudre.
Cependant, le ; seul moyen dé connaître la vérité, était d'ouvrir le livre qui , sans doute^ contenait quelque avertissement;là marquise s'y décida;
■ Nous avons dit que lès ! deux dames se trouvaient à peu près seules; on effet, les partisans marchaient à une distance assez grande en avant et en arrière; la marquise, s'assura que personne: ne les observait et ouvrit lé livrer Un billet plié en deux était placé à la pre-
était
mièrepagje; ce billet, écrit au crayon, en français et signé Emile Gagnepaïn.
Les deux dames reconnurent l'écriture peintre au premier coup d'œil ; toutes deux pariaient un peu le français : elles Réprouvèrent donc aucun embarras à lire celle let- 1 Ire arrivée d'une façon si bizarre à son adresse;
Voici ce qu'elle contenait :
« On yous-, trompe en étant soi-même » trompé; le bandit est de bonne foi dans la trahison dont IL est ■ complice à . son insu.; quoi que vous voyez, quoi que vous entendiez,, ne témoignez aucune surprise; n'essayez aucune: résistance, ne demandez
sauvera, ma mère; ainsi que'dej&itfMfait, et puis la façon- dOnt ce livre nous estparvenu ne vous prouve- t-elle pas que-même ici, nous avons des amis j un au moins? ' Cette assurance doit nous rendre fortes; que comptez-vous -faire, ma mère ?'
— Hélas] pauvre enfant, que puisse faire t Rien, si ce 1 n'est suivre 1 ponctuellement le 'conseil que; nous donne notre ami ; malheureusement, il est seul pour lutter contre nos ennemis j, il se perdra; sans réussir à nous sauver.
— Non, ma mère, don Emilio a* sans* doute, pris ses précautions et n'agira qu'à coupsûr; déjà vous Pavez* vu à Fœuvrej vous savez combien il est prudent ; fiez-vous à lui.
— La prudence et le courage ne suffisent pas dans cette circonstance -, ma pauvre enfant. La force' seule peut, donner le succès et malheureusement celte 7 force lui manque; il est isolé, sans ami, dans un pays dont il vparle a. peine la langue et dont lés mœurs lui sont inconnues ; il se perdra, j'en ai la triste conviclion, sans : - réussir à nous 1 être' utile; Oh! s'écria-t-elle aVec une énergie fébrile en serrant le poing et lançant un regard 1 de défi vers le ciel; si moi seule: j'étais au pouvoii dé ces; misérables 1 si je ne tremblais pas pour vous, mon enfant adoréel j'en aurais fini depuis longtemps avec ces tigrés- à face bu -
» aucune explication; jeveille^urvous;
quise; vos pressentiments ne proviennent que d'une mauvaise disposition de votre, ésr- ' prit; que pouvons-nous avoir à' redouter de : plus? Les hommes aux mains desquels' nous] : 'nous; trouvons sont complètement maîtres de ' - notre sort; ils n'ont aucunement 1 besoin dé ■ &ssimuler avec nous;; rassurez-vous donc, . chère enfant;: tout cela, j'en ai l'espoir, finirai pour nous beaucoup mieux que nous ne l'es?perons.
En ce moment le galop d ? un cheval' se fit entendre -derrière elles;' lés dames se retournèrent macnïnalëme^ un cavalier passa rapidement à leur côto en; les. frôlant légèrement j: sans doute à 1 cause: dû peu dé lar&eur. du sentier..
MaiS'St vite que: cet homme eût passé: il avMtceperidânteu le temps; dé jeter, adroite- ; ment un-liyré d'heures, recouvert en maro% ! ! • quin rouge, fermé par des agrafes en or ' /;guiUoche;;puis il avait piqué des deux: et s'ë- : ; tàitèloiigneàïtoutévbridéi ; , , La marquise j;eta un cri d'ëtonnèment étouif- ^ ; fèënrappuyantlia main suriè livre; afin de H ; Fempêcherde- rouler à terré; *■ -
V- : . Çé'lwre: d'heures,, elfe ên;àvait:fàit présent ■ ^quélquûSjjDuxs i auparavant auïjeune nëmj£rB: { A - comment se ^aiatal : quTOur revenarrofer
, tout » ce. qui sera possible de faire pour 'vous » sauver, je le tenterai : j'ai à prendre une ■» revanche, de l'homme auquel vous allez.etre » livrées dans quelques heures. A trompeur, i» trompeur; et demi. Nousi verrons; qui,, de » lui. ou de moi, serarleplus fin..
»- Ne: conservez pas ce.- papier, ,qui. pourrait » vous compromettre ; ayez confiance en Dieu » et flezrvous, au dévouement- de- l?homme qui déjà vous a délivrées une fois et qui espère réussir encore* Surtout,, je vous en conjure, ne yous> étonnez de: rien, quoi qu'il arrive.
»■ EMILE. GAGNEPAÏN'. ».
La marquise relut deux fois ce billet avec Une angoisse croissante ; puis,, elle le 1 passa à sa fille..
LoTsquedona Eva en eut pris connaissance, :sur un signe de sa mère, elle le déchira en
maine, ces' monstres lâches et sons cœur qui n'ont pas honte de martyriser des femmes innocentes I
— Calmez-vous, ma mère, au nom du ciel, calmez-vous, on" pourrait vous entendre et tout serait perdu.: Notre escorte s'est beaucoup rapprochée, voyez, ces hommesne* sont qu'à quelques pas de nous, un mot qui parviendrait a l'oreille dé l'un d'eux suffirait,, s'il était compris, pour rendre inutile l'avertissement que nous avons reçu 1 eh leur apprenant que nous connaissons leurs projets 'contre nous.
— Yous avez raison, ma fille, il faut renfermer au fond de notre cœur la douleuruui nous dévore; soit, je suivrai votre - conseil, rien ne fera sur. mon visage connaître la souffrance horrible que- j'ènaum
DonaEYa se pencha vers sa mère; lui fit un : collier de ses bras et l'embTassa à plusieurs reprises.
— Tous êtes grande et courageuse* ma mère, lui dit-elle, je suis fière et heureuse d'être votre fille.
La marquise lui rendit ses caresses avec une ardeur passionnée, et comme' en effet, les partisans s'étaient rapprochés d- elles 1 presque à les joindre, les deux dames se turent ef continuèrent à cheminer silencieusement, plongées dans les réflexions douloureuses que 'leur suggérait le billet qu'elles^ avaient reçu 'si à llimproviste.. ,
Cependant, depuis quelques instants^ le ciel avait pris uno apparence menaçante^ le soleil avait subitement perdu sa fôroe etn*ap T paraissait plus que noyé dans des' nuages
„ '^ -""^avecra-
voiélbùffàntè,
parcelles impalpables; sur la route.
Pendant quelques.
;r es,, retombées du haut de toutes leurs esr
p&ahces au pïus J profond; de Fàbîine, .dont , — . .. . __
e des. croyaient être' éofin- sorties,, demeuré)-, jcine.au faîte en entrechoquant leurs-branrent pâles, inertes" et sans voix; accablées par iches: avec: des f plaintes lugubresv une: vapeur cette désiliusiotthorrUjlé.. ,fàuve:s ? élèvait,dufonddes,quebrad'as,se ! con-
■.ratmosphère lourde; sans qu'ily eûtun souf- ■fle dans Tair, les arbres' frémissaient dé la?m-
— "Vous aviez- raison,, ma.flllè;, ; dit enfin la marquise d'Une voix bTisée par.' la doulteur, .vos pressentiments, étaient vrais;.., cîèst inoii qui étais "folle de supposer' que la- fàtalitése; fatiguerait de s'acharner après nous. J'avais, Tai'son de douter hier il /
— Ma mère, réponditdona Eva, mieux vaut pour nous avoir la certitude de notre mal 1 heur, que de continuer à nous bercer de chi-; mères; en nous avertissant, don Emilio noua a rendu un immense-service. Lorsque le couj^ dont nous sommes menacées tombera sur; nous, grâce ô,.lui i: nûusrseEons préparées à lé; recevoir; d'ailleurs j ne nous assure-Ml pas ,qjie tout.n? est point, désespérée et., qu'il veilfe sur nous ; c'est un cœur puissant, il' nous
densàitpeu à peu et enveloppait lé paysage comme d'un sinistre i linceul.Les oiseauxtour- Uoyaiént enlbngs cerclés au-d'essiis ; dès ; barjancas eu poussant dés cris discordants 1 , et, :par;inteT.vailes; on: entendait: des' roulements 'de, mauvais âugure< qui s'échappaient désprofondeurs! du désert :* tout semblait présaiger rapproche du: temporal/
Eilésàreconnurent don: PabloPinchèyra ;. le partisan leur faisait' des- signes' touten galopant et poussait 'dés: cris quevl^ distance aésiempêchaitdé. comprendre,, bien;: qu/it fût iévidôntqulilfeup donnait uir. indicé sérieux. 1 B^finffiieVattèig)ïit. ^;*" ! r . \'
; — -mes-vousy g^neies^, leur demanda-tHl aussitôt sans prendre 1 méhio le 4 térnp^' dé* lés
,■ ? . J; . jr&rv-
■■»-^,-t=ït^7.^ÎJrt. i*W W^ÎSÇT^Ï
ZEN0 CABRAI.
Muer, ?v,ouS; sentez-vous capables; de, tous te- i nitof ermes *sur vosi chevaux lancés • a f ond de] team? : ;, ' >■ - ; ; - ■ - ■■■:.- ;-n
— S'il le faut absolument, oui, seïïor, Œé-pondit la marquise* : , ï
-i- Ecoutez, l'instant ? est suprême; avant une heure le temporal fondra sur nousi; s'il? nous:alteint dans ces: gorges étroites: qui ne nous, offrent aiucunabri pour nousten garant tir,; nous sommes perdus;; il : nous ; envelop^-; pera dans son tourbillon .et nous loMera commei desjf élus de paille;, je ne réponds pasf <ie vous sauver, mais je, ferai tout ce que je; pourrai pour y Téussir,- voulez^vôus avoir f oi en moi et m ? obéir? i ^
: ~: Ordonnez, senor*.
>*- Bien, piquezdonc vos'dhevauxet laissez-, vôûs f emporter par eux, ils sauront vous di^> riger mieux que vous ne pourriez le faire Vous-mêmes.; les animaux sentent ;le danger mieux que les homtnes.iEn: avant donc r et à': la grâce -dé Dieu ! i
— A-la grâce deDieivl^répélèrent-les deux dames en se signant, et, se penchant sur 4e cou de leurs ^montures, elles leur Hachèrent la bride, i
•ties'CheYaux partirent avec une extrême vélocité. ■■■■'-. >■-':■:
— Santiago 1 ah! Santiago ! s'écria donjPa- ; blo^ etPmettant les^éperons aux flancs de son cheval.
Mors toute la caravane détala^avec une vé
^temporal qui iesmenacaiti ,>■■- :
! L'imminence :seule du t péril pouvait don^ iner à-des gens^si braves qu'ils fussent, lèi courage necessairepour affronter d'aussi grands; idangers. : -■■■•■ ^-lk- 1 .--Z ■ ■•
Ravins, fossësetfondrièresiétaieritifranchisi avec une rapidité vertigineuse dans .iCette fuite affolée, exécutée presque dansdes ténèhres ? car-une lueur pâle >et terne avait 'remplacé île/ jour, Je. soleil était sans chaleur- et sans rrayons^ semblable* à une boule de cuL-j vre >jauhe:; : les nuages Rabaissaient déplus jen plus, et des rumeurs sinistres montaient' IsouTiemeht 'du fond ;des ;quebradas$ un brouillard- grisâtre s'épaississait incessamment ,aux Hancs; des montagnes, set rendait la ^situation des voyageurs plus précaire* encore,: ù cela était possible.
locité effrayante sur ce sentier à peine prati-' câblOfOÙie m oindre- faux pas aurait été mortel'; mais les nobles animaux, élevés dans les montagnes, avaient le pied tùr^ et coua-aient sans broncher à travers les ronces loux elles fondrières.
'En Amérique, la science de l'équitalion est- poussée à son extrême 'limite, nommes; femmes et enfants, montent des che- ; vaux souvent à demi sauvages et accomplissent, comme en se jouant, des prodiges d'adresse et de solidité devant lesquels pâli- ±* àien t J nos p lus 'fer mes cava liers < e u ro p ée n s : ;
cela soit, dit . entre parenthèse et pour bien faire comprendre aulecteurla'course étrange' à 'laquelle il va assister. -" .'■ 'Nous'Uvvons dit que les voyageurs suivaient 1 les méandres d ? un rentier à peine tracé sur les flancs d'une montagne abrupte ; mais, ar moins que d'avoir soi-même parcouru le nouveau monde, îles t impossible de se-rendre/ùn compte exact-de ce que, dans ces con-* tréëssauvagesyon : décore dunorn de roule ou" de chemin : un de nos sentiers de village des^ iihé à ; séparer les champs j esl, sans contredit;; plus suret plus praticable que certaines rou-* tes américaines sur lesquelles nous nous^sou^! venons 'd'avoir voyagé. Le sentier dont, nous parlons, et qui servait en ce moment dé terrain de- course aux voyageurs, avait primitivement r été tracé par les fauves, puis les hommes l'avaient adopté depuis le comment eémerit de'-la guerre de l'indépendance.- Gomme il formait la seule voie de communication pour venif^ de la plaine à Gasa-Tràma, Je quartier-général dés TinCheyras , ceux-cis étaient.naturellement bienigardés dele rendre, ndus'he dirons pas commode, 'mais^seulement praticable pour tous autres qU ? euxV Bans sa plus grande largeur -il 'avait six ;; souvent il se rétrécissait jusqu'à -n-© î J ea avoir que deûx%peinef de distancé* en distance , il était coupé par - des ravins' creusés ipar 'les torrents -que formait la fonte^des^neiges,Ta^ihs ; qu'il 'fallait -souvent* franchir d'un seul bond au risqua de-seibri^! :sêr, ou bien traversèrsurdes pierres rendues .glissantes par-leseâux^verdâtres qui y>croU^ pissaient. Incessamment montant et descend dantselon^les^cGidehts ; du terrain, % : sol en ■était raboteux, et crevassé, obstrué presque 1 partout par des-qnartiers^de^ochës-topàr
des-buissons ?à : droite^I-était bordé par- un preeipiGe^d'une profondeur -insondable >et#
gaucho' par une-murâille^ae^gramt^uis'êlë-"
van presqu'à pic. Yoilà par quel chemin les*
deux dames et leur escorte^étaientMonirôîntes ^galoper^tôute 'bride U mmà^chm^Sa
Cependant, le vent, commençant à souffler par Mb ouiïées, dispersait; quelquefois dé brou il lard, mais:pas assez pourtîint pour lais^ ser distinctement voir les;accidents du paysa- .ge et aider les voyageurs & se diriger dans des; ténèbres opaques qui les -enveloppaient 'de toutes parts ,! d'autant plus que le brouillard^ seulement agité et /déplacé par :1a brise,- re-^ tombait plus intense un instant après. '
Les voyageurstgalopaient ainsi -sans échanger, une parole, pressant désespérément leurschevaux, dont les eiîorts semblaient déj& surnaturels.
Tout à coup la voix de don Pablo: s ? éleva, dans le silence j avec un accent de commandement suprême : - ''■'"'•■ — illaltel cria-t^il, pied à terre et : à plat-
ventre-, si vous tenez a lia viel Mtez^vousl 1
les cail-lhâlez-vous! - u-:.- -
\\ y avait dans le son de la ; voix; 'du paîUsan un tel accent d'angoisse, ; que les" plus braves se sentirent, malgré 'eus, frissonner.
Mais tous comprirent que, pour eux, il y allait de la vie dans le prompt-accompliysement de Tordre 'qu'ils venaient de recevoir. -Par un efïOTt désespéré, ils -pesèrent 1 sur. la îbride et arrêtèrent court leurs chevaux. IDeuxoU ;trOis cris 'd'agonie, suivis dufbruit;iauque> de plusieurs chutes-se Ihent: entendre 1 . -
Cl 'étaieut des cavaliers^ dont ; les chevaux avaientren se cabrant, trébucliésur lêTebordï ;du sentier et qui avaient' roulé' dans le pré-; teipice. ' 1
Ces chutes horribles passèrent inaperçues,) {l'Intérêt égoïstede la conservation. ïdominaili itrop là situation pour que-nul songeât àdtau 1 1res qu'à lui-même. " - *
En un instant tous les cavaliers - eurent mis pied à terre-ét 1 furent couche s < sur le sol au-
jpiès de leurs chevaux, qui, comprenant insitin ctivement ' le danger, s'étaient accroupis éux'âussLsUr le sentier, enfonçant leurs ma^ zeaux dans la terre et présentant la croupe à la tempête.
— L-6uragàn< l l'ouragan 1 ! 1 cria alors 'le iPin • cheyra d'une voix retentissante;cramponnezvous à ; tout ce qui se trouvera sous vo&mainsï si Vous -nevoulez pas être 1 enlevés* , ■ Teu t' à coup un grondement^ horrible ; se iflt' entendre et lèvent se ; déchaîna ! avec»une-fu-' rie si extraordinaire que^la nion'tâgne isêmblai tressaillir comme si- elleiâYalt'ôté secouée par un^:Fe'm^lèm'B^t:dB:tëîire:;- > 'ùn& , îâfdîe46iFibl6! balaya la vallée en mugissantvet : , : pendant; quelques 1 minutes écartant le ; voile debrouilTlards, ■ laissa nettement .discerner le=paysagé*î depms'sïiongtemps invisible r en~rêndaht aux voyageurs ! la vue'des^ horreurs qui les=entouraient. - - ,v ■.■-''■■" ■-'■-'- :'-■'■■ ■■■'■'■■'>■ » - :
Don Pablo se redressa "à demi, ^au risque d'être enlevé éomm&unë* îêùlMe^ sècheïpar -le tourbillon qui faisait *age;-Uordantiet déraciuant les 'arbres comme dès -fétus de -paille» eti) tes enlevant dans une œurse j écheYélée;fD?uni coup^.d'œiUrapide rnais -sûr Ue ; ^partisan ,-exploraHes environs 1 ; alors il Rassura que, 'ïfci quelques pas à peine, après une descente' àssei' douce, le ; sentier 'S'élaTgissait subite-' mentit; îdrinait ; 'une «pl^erïorme? de% " f - lls quatre éents^mè'tresienvironitassez^iên téë^ohtrë iésmfibrts^ea^iémpête." • \ ^yértàit "cet endroit > qd*ll : Connaissait ï
vers lequel avaient ;tendu tous les. efforts,4u parlisaniitJne fois, arrivé dans le vallon, la ssijtuation, bien que demeurant toujours assezipérilleusê, ne serait plus aussi critique. ; ; ■ : Il fallait donc, coûte que coûte jaiteindrédOi jvallqn. • -.;■:■>■> . -■ , \v.-v.
i" Seulement, au: -^lemieriet^sioterribie cho,C): Ide: la ftempête, qiut,i.dans ces, régions sauvàlges,\ agit dans :de si lormidables proportions, 'une avalanche s'était âétachée du.fâîte.idesla imontagne, s'était précipitée de roc en roc avec . un fracas effroyable entraînant avec elle la ; terre, les broussailles et les arbres qui pousisaient sur son passage et était venue rebonidir sur le sentier où elle s'était à demi écrasée, l'encombrant de débris de toutes sortes let interceptant toute communication avec ll'esplanade. .
j Le cas était d'autant plus, grave,* que la ;tempête redoublait dé Violence, et que les [ténèbres, un instant dissipées, étaient relom- | bées plus opaques, et rendaient presque imi possible toute exploration . ;
Maiis Pincheyra était un.'de ces hommesde granit contre la volonté desquels: toute âm^ i possibilité' se- brise; né dans les montagnes^ Ihien souvent, il avait lutté corps; à corps avec ; la tempête,; et toujours il était sorti vaihiqueùr de cette lutte gigantesque; aussi y loin; ' de désespérer, il ses mit en4evoir de s'assurer des moyens de salut quûrestaieni à ses icompagnonset à lur. : -'■«'' :'■>
Essayer de se lever et de marcher, aurait été une Jolie; ]e; partisan m?y songea pas un seul moment. Prenant à la main ie couteau placé dans sa polena droite, afin de pouvoir s'en servir domine de point d'appui; en 'le plantant dans le sol, letliurdi montagnard commença à ramper doucement et avec >prèi caution sur ^ les genoux et sur les coudes,- du icôtédesdebris entassés en travers dû-sentier. ! A chaque pas il s'arrêtait et baissait la tête i pour ? lai's^er passer la rafale qui tournoyait I au-dessus de lui; puis il reprenait impasse ; blement sa route. ri
■'îl'M> fallut pTès> d'une lieure pour parcourir une distance de moins de soixante. m 6 très. ;Pendant ce temps, ses;eompagnons.clemeu-iraientimmobiles, cramponnés après -le sol, iet luttant h grand' peines contre de temporal Iqui semblait redoubler d'intensité et de fu- . jrie: l] " ' v ' ,■■■:■■' ! ■' ■ ■■ --
: Enfin v'don Pablo' atteignit l'end roit où 3 'a^ ; (Valanche s'était écrasée; alors* il regarda.-
Si brave quefùt le partisan ,,:ii'.nevput> retenir Un = cri d^angoisse au spectacle terrible qui s'Offrit à ses regards ; il jeut un instant destupeur et- de découragement. ' 'LesTOGhers, ; sur'lesq.uels le sentier étaittracéj ^déchaussés par la chute de 1 ;l'avalanche , s ? é-< : aient en partie écroulés sui^un: espace de 1 plus sixmètreset avaient- roulé dansle prëcipice, en ouvrant un gouffre effroyable, impossible ; àcomblét; entre lairoute etiap]ate-foï>me; : tLès débris -laissés par l'avalanche se cornposaient en! grande: partie d?arbres et de quartiers de roche .quiv enchevêtrés les uns -'dans- les autres et soudés pour ainsi dire ' par les branches et les broussailles, ^formaient un inur 4pàisîisur l'arête même du gouffre^ qui venait si- subitement de s'ouvrir.;* ■•■■-::-'. > ; : -: v i IPn^avâitpas^àîsbnge&'à'tenter le passage avec/: des 'chevaux et j des- ^mules - chàrgéest peut-être en courant les dangers les -plus sérieux des : hommes-:résolus ! > seraïéntetls piarvenus^à-ïfranchir cet obstacle ; maisi ; dans da l situation présente, battus par l'ouragan; c'é^^ 'tait chose compléteméhtum praticable.- r ! Le ^partisan frappa ^du' poing avec %ge ï?obstàcle qu'il me ^pouvait ^détruire, et '^së ■ f mit endëv<)iTrdeiTéjoindre-ses ; compagnons/ ^Âprès avoir jeté un dernier regard/- -surfer gôuiïrèv : il se^préparaitïà rétrdgraueri **lbrs;- ^que^tout^ a coup îil ; luisembla i entendre uncri ?àigu et prolongé semblable h céùix ^employés par nes^ omontàgnaÈdsMBvtôutês^es ; ■cdntréesipout rcoiïimuniquèr^éntre eûx,>souiivent A Îles distances ^considérahlëâ^pàr j|és- ! lsus- ; des précipices, dïùne^rjbfondeùr et d'une -^àrgeur^prodigimise. m ^ ï > y r-
■ it:
■Si
ï' -fi
l'OÔ
mm GABRAL.
Don Pabjb s*arrêtà subileimenl et prêta l'o^jjdepuis longtemps déjàsans l'avalanche mau- l'homme, après tout, bien faible et bien chétif
léille ; mais un laps de temps considérable 1 découla pendant lequel il s'entendit - que le fracas horrible cause par le temporal ;le partisan crut avoir été lé jouet d'une illusion ; mais soudain le même cri plus fort et plus rapproché Tésonna à son oreille* '
^- Vive Bios! s'écria- t-il, df au très chrétiens se trouveraient-ils par cette tempêté horrible perdus dans les montagnes?
;dite qui, en lom^ant^ a rompu le sentier. {devant la colère de Dieu; je ne puis empê-
XItT
Entre la vie et la mort.
Cependant après quelques secondes de réflexion, Don Pablo hocha tristement la tête.
.' — Je me suis trompé, murmura-t-il, ces montagnes sont désertes; nul n'oserait se hasarder aussi près de Gasa-Trama, j'ai été dupe d'une illusion.
En ce moment il sentit qu'on lui touchait légèrement l'épaule ; il se retourna tout fris-? sonnant. Un homme i'avait rejoint et se tenait à demi couché derrière lui.
Cet homme était don Zèno Cabrai.
Depuis le départ du camp, le partisan était continuellement demeuré a l'avant-garde avec les trois, espaguols, afin d'échapper aux regards des deux dames dont il ne voulait être reconnu qu'au dernier moment, c'est àdire lorsque les Pincheyras se seraient séparés de lui.
— Ah I c'est vous, don Sebastiao, lui dit don Pablo, que pensez-vous de notre situation? .
— Elle est mauvaise, fort mauvaise même, cependant je n« la crois pas désespérée, ré^ pondit froidement le partisan.
— Hum, je ne partage aucunement votre opinion, je suis persuadé au contraire que nous sommes bien malades.
— C'est possible, mais nous ne sommes pas encore morts, que je sache.
— Non, mais peu s'en faut.
— Avez -vous cherché un moyen de nous tirer du mauvais pas où nous sommes.
— J'en ai cherché mille, mais je n'en ai pas trouvé un qui fût praticable.
: — C'est qu'alors vous aurez mal cherché, cher seigneur ; en ce monde, vous savez cela aussi bien que moi, tant que le cœur bat dans la poitrine, il y a de la ressource, si critique que soit la position dans laquelle on se trouve; donc le remède existe toujours, seulement il s'agit de le trouver, voulez-vous que -je vous aide à cela?
— Vive Diosl je n'y mets pas d'amourpropre, Tépondit presque en souriant don Pablo, je ne demande pas mieux, mais je crois que nous aurons de la peine à trouver.
— Bah I qui sait?
~r- Vous êtes optimiste.
;^-Non, je suis un homme résolu, comme vous en êtes un autre; mon orgueil se révolte à la pensée de mourir d'une mort ridicule dans cette souricière, et je veux m'échapper,
VOilà tOUt. ..--•„ ;r - ■-... ■ . - : ■.".■.;
, rrPardieu I vous me plaisez de parier ainsi, don Spbastiao.Vous êtes réellement un char mant compagnon.
— Vousme flaitez, : senor.
,— NonvJe vous dis ce que je* pense, comptezrsur moi comme je compte sut vous, ;et, vive. Bios ! non s; ferons des ■ merveilles, j'en
Slfts,SÙfiw- ■■•■.--'; ';-. ; --f-:b -'" ■.■■■> : - . -■-•' ■'
"r-r, .Les ^miracles n'appartiennent ;qu'à Dieu , mais soyez tranquille nous ferons de notre mieux, et si.nous succombons ce né sera qu'après •?.. avoir disputé ; notre vie : pouce, à ; poupe dans une lutte acharnée contre^ le tern-, potat; êW'abord, où-sommes-nous ici? .: -■-
r-^Nous sommes à quelques pas ; à peine;du Vàlle del Tambo, où nous serions oen^ sûreté
Fort bien;,., mais, s'arrêtant 1out à coup, n'avezfvous rien entendu ? demandait-il. ; j -=■ Si, reprit Pincheyra, voilà plusieurs fois ;que ce bruit-frappe mon oreille.
1 — C'est un cri d'appel.
■ — Croyez-vous?
; — Pardieu I et vous ne m'en avez rien dit.
-! — Je craignais de nVêtre trompé; d'ailleurs, vous savez que la contrée que nous ; traversons est déserte et que nul ne peut s'y trouver.
— Nous y sommes bien, nous ?
; — Ce n'est pas une raison, nous sommes chez nous ou à peu près ici; personne n'osejrait s'aventurer sur celte route.
Don Zèno sourit avec ironie.
\ — C'est possible ; cependant, jusqu!à preuve jdu contraire, agissons comme si nous étions certains de rencontrer quelqu'un.
— Quand il y aurait en effet d'au très voyageurs aux environs, ne doivent-ils pas se trouver dans la même situation que nous, sinon pire, et ce que vous prenez pour des cris d'appel peut au contraire fort bien être des cris de détresse.
— Voilà pourquoi il faut nous assurer.de la vérité.
— Mais par quel moyen?
— Eii répondant pardieu ! cela est simple il me semble.
— Vous avez raison; répondez donc puisqu'il en est ainsi.
— Attendons un cri nouveau, afin de nous rendre compte autant que possible de la direction vers laquelle nous devons nous tourner en répondant.
— Soit, attendons, répondit Pincheyra.
Ils s'étendirent de nouveau sur le soi, l'oreille collée à terre, écoutant avec la plus vive anxiété ; quelques-minutes s'écoulèrent, pendant lesquelles on n'entendit d'autre bruit que celui de la tempête, qui sévissait avec un redoublement de fureur, et dont le fracas assourdissant augmentait a chaque seconde.
D'instant en instant, la situation devenait plus critique; déjà plusieurs chevaux avaient été précipités dans la barranca, et ce n'était qu'avec des difficultés extrêmes qu* gens et bêtes parvenaient à résister aux efforts du tourbillon qui, à tout moment, menaçait de les enlever.
Cependant, après quelques minutes qui semblèrent durer un siècle, les deux hommes entendirent retentir de nouveau le cri I ri déjà, s'était élevé au milieu de Pou- 1 p
qui,
cher mes nerfs de tressaillir ni mon cœur d& faiblir en me trouvant face à face avec la mort horrible qui nous est réservée.
Zèno Cabrai lui tendit la main avec un 'sourire sympathique.
— Excusez-moi, don Pablo, lui dit-il d'une voix douce, excusez moi de vous avoir parlé ainsi que je l'ai fait ; il faut qu'un homme soit bien réellement brave et soit bien sûr de lui-même pour avouer aussi nettement qu'il a peur. ' - -
■: — Merci, don Sebastiao, répondit le Pincheyra, touché plus qu'ils ne le voulait mon>irer de ces paroles si tranches et si loyales ; faites, ordonnez, je serai le premier à vous obéir en tout ce que vous jugerez convenablede tenter pour le salut commun.
— Avant tout, rejoignons nos compagnons; il nous faut leur aide et leurs conseils ; hâtons-nous; le plus grand effort de la tempête me semble passé ; avant quelques instants nous pourrons agir.
Les deux hommes rejoignirent alors leurs compagnons en rampant sur les coudes et sur les genoux avec les mêmes difficultés qu'ils avaient éprouvées précédemment, car bien que le temps commençât à s'éclaircir, le Yent n'avait pas cessé de souffler avec furie et de balayer le sentier sur lequel c'eût été un acte de folie d'essayer de se tenir debout. " - . ■
En ^quelques mots don Pablo Pincheyra mil les partisans au courant de la situation et leur fit part du faible espoir qu'il avait conçu ; mais ces hommes si braves et si résol us cependant, qui souvent avaient, avec un rire de dédain, regardé la mort en face, brisés par les émotions sans nombre qu'ils avaient supportées depuis le commencement delà tempête, et découragés par les obstacles immenses qui s'opposaient à leur délivrance, hochèrent la tête avec incrédulité et nerépondirent pas une parole; toute énergie était brisée en eux, ils attendaient .la mort avec une résolution apathique.
— 11 n'y a rien à attendre de ces brutes, dit Zèuo Cabrai avec dédain, la peur a neutralisé chez eux tous les sentiments humains, même l'instinct de la vie.
1 — Que faire ? murmura le partisan.
; — S'il ne s'agissait que de vous et de moi, .reprit don Zèno, forts, déterminés et adroits comme nous le sommes, bientôt nous saurions nous tireT de péril, mais je ne veux
as abandonner ces deux malheureuses
ragan.
Cette fois il paraissait beaucoup plus rapproché, il était clair et parfaitement distinct.
-r* C'est un cri d'appel, dit don Zèno avec joie.
Et plaçant ses deux mains, en forme de porte-voix, aux coins de sa bouche, il répondit aussitôt par un cri non moins strident et non moins prolongé qui, s'en volant sur l'aile de la brise, alla d'écho, en écho mourir à une grande distance, après avoir duré pendant plus d'une minute.
:-^ Vous êtes sûr que c'est un cri d'appel que. nous venons d'emendre? dit alors Pincheyia avec un accent.de doute.: .
\ r- Oui, vive Dios, c'en est un, répondit Zèno Cabrai,, dont : le visage prit une expression^ d'énergie Impossible â rendre, et main-: tenant à l'œuvre 1 car, nous sortirons d'ici, mon maître, nous en sortirons sains et saufs; è'est moi qui vous le certifie.
: Don Pablo hocha tristement la tête.
; î ~ Vous doutez encore, réprit le hardi partisan d'un ton de dédain; est-ce que, vous auriezs peur, par hasard ?
\ — Certes, j'ai ; peur, dît nettement le Pincheyra, et j je ne ; trouye rien u'humiiiant 4ans ivcèt. ayeu;> tout autre ; , dans, une situation aussi /àifrèus^v tremblerait plus que moi: , encore , -j'en suis convaincu ; mais v soyez tranquille, cette peur, si grande qu'eue soit,. ■ ne. m'empêchera, pas de faire ibrave'ment mon - devoir ; ;.jf^flë suis qu'un
femmes ; coûte que coûte, je les sauverai ou je mourrai avec elles.
— Je partage complètement votre opinion à ce sujet
— Ainsi, je puis compter sur yous ?
— En tout et pour tout; mais que pouvons nous?
. — Kappelez.vos souvenirs, vous connaissez bien ces montagnes, n'est-ce pas?
■ — Elles, ne possèdent pas une gorge, un repaire ignoré, une cachette secrète, que je haie vingt fois exploré. ..-'-.,■ ,
) — Bien! vous i êtes .sûr ; alors de l'endroit où nous sommes?, ; *- Oh! parfaitement.
— Le seniier que nous suivons est-il donc le seul qui mène à l'endroit où nous voulons bous rendre? .
: — Il y en a un autre, mais pour le prendre il nous f audraitrétrogradèr pendant.au moins : Quatre lieues. . v<" .,
\ ; .-r. h jamais nous ne pourrions, opérer ce, mouvement; quelle direction suit ce che-"min? ..'..■ r— Ma foi, je ne saurais positivement vpus^
le dire. . :
i Don, Zèno fit un geste de dépit.
' ir-- Nous n'avons plus qu'une -ressource, réprit-i^. c'est de rejoindre Phomme dont Pàppël s'est à plusieurs reprises fait entendre.. • ..,..- - ■ .-;.. -... .;■-., ■■■:■
•■ ;.«**. A quoi cela nous avancera-t-il?
S ^Jé)he sais pas; mais comme nous n'a^
ri