‹ Zéno CabralChapitre 18 sur 21 · VI · texte numérisé non relu

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Paris, T-lmp..seMïMLER, «V Faub^Montmartre.

ZÊNO CÀBHAL.

-^ Je le sais, dît 'laconiquement l'étranger. Guêyma lé considéra un instant avec surprise.

— Je ne comprends pas mon frère, dit-il enfin.

— Mes compagnons et moi, nous avons, depuis ce matin, eu connaissance de la troupe démon frère* que nous précédons sur le môme sentier ; en nous apercevant que mes frères faisaient des préparatifs de campement, nous avons tenu conseil, et j J ài été Chargé de revenir sur mes pas, afin de m'entre tenir avec le chef principal des cavaliers dont nous étions suivis.

— Epoï (c'est bon), reprit Gueyma en souriant, l'œil de mon frère est droit, sa langue n'est pas double, son cœur doit être loyal; je suis le principal chef des guerriers guaycurus qui sont derrière moi; que mon frère s'explique, les oreilles de Gueyma sont ouvertes.

Gomme les deux Indiens s'étaient reconnus de nations différentes, ils avaient commencé l'entretien en castillan, langue mixte, que tous deux devaient comprendre, sinon parier couramment; ils continuèrent à s'entretenir dans le même idiome.

A la réponse du chef, l'étranger s'était respectueusement incliné, puis il avait repris la parole.

— Ceux qui me suivent, dit- il, ne sont pas des enfants de notTe terre, ce sont des, visages pâles, dont les territoires de chasse sont bien loin d'ici, dans la contrée où se cache le soleil, là-bas, derrière le grand lac Salé; je leur sers de guide, dans ces.

régions qu'ils explorent et qu'ils ne connaissent pas, redoutant d'être attaqués par les ennemis embusqués dans ces montagnes et qui pillent et assassinent cruellement les voyageurs, trop peu nombreux pour espérer de se défendre avee succès au cas où ifs seraient surpris à l'hnproviste; ils viennent franchement demander aide et protection à mon frère et se placer sous sa sauvegarde en réclamant les droits de l'hospitalité indienne, jusqu'à ce qu'ils jugent que tout péril est passé pour eux; j'ai dit, j'attends la réponse que mon frère daignera me faire.

—QUels que soient les hommes qui accompagnent mon frère, à quelque nation qu'ils appartiennent, quand même ils seraient les ennemis les plus implacables dé ma tribu, ils ont droit à ma protection et a ma bienveillance; du moment qu'ils réclament les droits de l'hospitalité indienne , ces droits sont sacrés, nul n'oserait les méconnaître. Que mon frère dise à ses compagnons que je ne veux rien savoir sur eux, ils sont Voyageurs, voilà tout, des hôtes envoyés aux GUaycurus par le grand Àmieto (Dieu). Ils vivront avec nous aussi longtemps que cela leur sera nécessaire; lorsqu'il leur plaira de nous quitter, nul ne s'opposera à leur départ. Voici mon hmk, ajouta-t-il en retirant un couteau de sa ceinture et le remettant entre les mains de l'étranger ; si je trahis ma promesse, mon frère me l'enfoncer ra dans le cœur devant tous les chefs de ma nation réunis. Mon frère et ses compagnons dormiront ce soir auprès des guerriers Guaycurus. J'ai dit.

Les deux guerriers se saluèrent, puis, f aisant volter leurs chevaux sur place, chacun d'eux retourna au galop vers lés siens.

Tyro s'était chargé de servir de guide à; la petite caravane composée des deux dames du peintre français, des deux Gauchos et de lui-même.

Il ne répondait pas, bien entendu, de réussir à soustraire eèùx qui se confiaient ainsi à lui, aux dangers dont, sans doute, ils étaient menacés; mais ceux-ci savaient par expérience que le fidèle Guaranis tenterait des choses impossibles et accomplirait presque des miracles pour atteindre ce but. Les voyageurs s'étaient donc mis presque aussitôt en

route, e

i-, ajJivSi

es un laps de temps relalive-

le guide.

Cependant, ainsi que nous Pavons vu dans

ïi?fô? é( i en i ciia E Ure ' a ^ rès te conseil tenu au VaUe del Tambo, après le double départ

Zeno. Cabrai et de dontfablo Pinehéyra

de

ment fort court, ils s'étaient engagés résolument dans le sentier perdu, au milieu du^ quel nous les avons laissés pour revenir à d'autres personnages de cette histoire.

Ainsi que l'avait prévu Tyro, les voyageurs ne devaient rencontrer sur cette route d'autres obstacles que les difficultés matérielles du chemin ; obstacles qu'à force de courage et surtout de persévérance, ils parvinrent a surmonter sans trop de peine.

Le Guaranis, en guerrier habitué de longue main à parcourir les pays ennemis, veillait avec une sollicitude extrême à la sûreté de ceux qui s'étaient si franchement fiés à lui, rôdant continuellement autour de la caravane, en avant, en arrière et sur les côtés ; il sondait chaque buisson, inspectait chaque motte de terre, et semblait se multiplier pour remplir à son honneur ce difficile métier de batteur d'estrade dont dépendait en ce moment le salut général.

Chaque soir il campait dans une position étudiée avec soin, et qui les mettait pendant leur sommeil à l'abri d'une de ces surprises si fréquentes' dans ces contrées.

Les hautes cîmes des Cordillères commençaient peu à oeu à s'abaisser devant les voya^geùTs. Ils avaient quitté les régions froides, et déjà se trouvaient au milieu des régions tempérées : l'air devenait plus doux, le soleil plus chaud, l'atmosphère moins acre à respirer; les arbres prenaient des teintes moins durement tranchées, leurs branches étaient plus feuillues, et les oiseaux apparaissaient plus nombreux et diaprés de couleurs plus vives ; tout enfin portail à supposer .que bientôt on atteindrait les plaines.

HÀussi les deux dames, qui, par leurs habitudes aristocratiques, étaient peu faites pour supporter ces gigantesques fatigues, et qui cependant les avaient endurées, sans laisser échapper une plainte, avec un courage héroïque, sentaient elles peu à peu l'espoir rentrer dans leurs cœurs brisés par la souiïrance et entrevoyaient- elles, dans un avenir peu éloigné, la fin de leurs maux.

Quelques jours déjà s'élaient écoulés ainsi depuis leur départ du Yalle del Tambo, sans que rien fût venu mettre d'obstacle sérieux à leur voyage, disons mieux, à leur fui'e, lorsqu'un matin la petite caravane [abandonna son campement pour s'engager sur la pente un peu roide d'une quebrada, où, après un trajet d'une douzaine de lieues, elle, devait enfin atteindre les derniers contre-Torts. de la Cordillère, et, après avoir tra^ Versé une forêt de chêues4iéges assez étendue, se trouver sur les rives même du rio Primero, eh laissant un peu sur la droite caché comme un nid de bengalis dans un fouillis de feuilles, une petite ville ou plutôt un village, nommé la ■ villa del Yalle Fertile, [ village situé à une vingtaine de lieuesà peu près au-dessous, de San Miguel de Tucuman Les voyageurs se trouvaient presque en ; ^ays civilisé, et, bien qu'ils dussent redoute de prudence pour échapper aux nomareusès mout'oneras des patriotes, montoneras qui couraient la campagne dans tous les sens , cependant; 1& perspective de se voir bientôt hors des montagnes désolées, au milieu desquelles depuis si longtemps ils erraient, les. avait rendus :tout joyeux et leur faisait, si 1 on peut employer celte expression, non-seulement oublier tout ce qu'ils avaient

bien longtemps ils s'étaient gaiement mis en marche.

Tyro, seul, qui avait assumé sur sa tête là responsabilité de la sûreté générale ne se laissait aller à aucune folle esçérance ; plus on approchait des contrées civilisées, ou du moins plus on les côtoyait, plus il se croyait obligé de redoubler de précautions et de prudence. .. ' ■ ■

11 savait, l'Indien rusé, que les monloneros et autres écumeurs de grands chemins ou, pour. être plus clair,- de grandes, plaines, avaient la coutume,— coutume que, par expérience, nous savons qu'ils n'ont pas perdue*— de s'embusquer au débouché des montagnes, afin de surveiller le passage des voyageurs ou des caravanes, de fondre sur leur proie et de s'en emparer, au moment précis, où tout danger semblait être enfin passé; ce qui simple fiait singulièrement la question, en ce sens que les pauvres diables de voyageurs se croyant sauvés, n'étaient pas sur leurs gardes et se trouvaient ï>ris et dépouillés sans coup férir, double avantage pour les monloneros, qui, de cette façon, moissonnaient force butin sans combat"et par conséquent sans péril.

Tyro, fort au fait de cette particularité, au rebours de ses compagnons dont les traits s'épanouissaient de plus en plus, se faisait, lui, de plus en plus sombre et de plus en plus sérieux, parce qu'il comprenait que chaque pas qu J il faisait le rapprochait d'un.danger d'autant plus terrible qu'il était j a moins d'un miracle du Très-llau t, presque inévitable. Ce-

„ , . -.-.,-- . -- qu'ils avaient

souffert, mais encore voir pour le présent

Mont en rose;^ et celte fois, du moins, depuis

pendant, comme il y aurait eu barbarie de sa part à troubler la joie de ses compagnons, tout en redoublant de vigilance, il renf eimail avec soin ses appréhensions dans son cœur, et feignait même parfois de partager leur gaieté.

. Le jour dont nous parlons, lorsque le camp fut levé, que chacun fut prêt à partir, l'Indien j)rit le peintre à part et lui donna tous les renseignements nécessaires pour suivre, sans s'égarer, le sentier qui s'ouvrait dans la quebrada et tournait autour.de ces flancs abrupts.

— Pourquoi tant de détails? lui demanda Emile, puisque vous êtes avec nous, vous saurez bien nous guider, je suppose*

Tyro sourit d'un air mystérieux.

-—Non, mi amo, répondit il, je no serai pas avec vous, voilà pourquoi je dois vous renseigner ainsi.

— Comment, vous ne serez pas avec nous, s'écria le jeune homme avec surprise, et où serez-voiis donc alors ?

— Je serai d'avant-garde, mi amo, afin de reconnaître le terrain que nous devons traverser et nous assurer qu'il ne recèle pas de nièces.

— Des pièges! tu es fou, mon bon Tyro^ tu sais fort bien, et tu me l'as dit toi-même "plusieurs fois déjà) que maintenant nous n'avions plus rien à redouter; nous sommes loin du Valle del Tambo et de l'antre des Pincheyras. Que diable! nous avons fait du chemin depuis quelques 'jours; à quoi bon ce grand luxe de précautions maintenant.

— Mi amo, bien que comme vous, répondit froidement, mais nettement, le: Guaranis, je sois convaincu que nous ne sommes menacés d'aucune des catastrophesqui si longtemps ont été suspendues sur nos, têtes, cependant, comme il serait terrible pour nous d'échouer à l'instant même h où> tout nous fait supposer que nous sommes sauvés,. et que dans cette* affaire c'est- mon honneur surtout qui est en jeu, laissez -moi, je vous eh prie, agir à ma guise. En toutes choses, ml amo, mieux vaut trop de précautions que pas assez. , . V ; L

Le jeune homme réfléchi l|un instant. 11 fixa un regard perçant sur le visageim passible et sévère de l'Indien; puis, paraissant prendre un parti :

__ goit, dit-il, fais ce que tu voudras; cours, regarde, surveille , je te laisse- liberté entière de manœuvrer. Nous avons avec

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nous deux dames que j'ai Juré de sauver, je n'ai donc; pas le droit d'être' imprudent en cette circonstance; si ua malheur arrivait, les conséquences pour elles en seraient trop gra yes^ et je me le Teprocherais toute ma \ie. ; Va donc! mais ûe sois pas trop longtemps.

— Le moins longtemps possinle^ réponditil en s'mclinanl. .

Et, mettant son cheval au galop, il' s'élança en avant, laissant les voyageurs continuer leur Toute au petit pas.

: — Que vous a donc dit Tyro, et pourquoi nous qui tte-t-ii ainsi, monsieur Emile? de-^ manda la marquise au jeune homme, lorsque celui-ci vint se ranger auprès d'elle. ■

— Il m'a indiqué, madame, repondïMlenJ la saluant^ la roule que nous devons suivre, et il est parti en avant en éclaireur.

-7- Toujours dévoué, repartit en souriant la marquise^. toujours fidèle.

..-— Gomme son maître, ajouta à voix basse dofia Eva, en jetant à la dérobée un clair regard sur le peintre.

Plusieurs heures s'écoulèrent sans incident qui mérite d'être rapporté.

VeTs onze heures du matin, les voyageurs s'arrêtèrent à l'ombre d'un bouquet d'arbres, afin de laisser passer la plus grande chaleur du jour et de donner un peu de repos à leurs montures, fatiguées d'une longue marche.

Tyro n'avait pas reparu ; jamais , depuis le commencement du voyage, il n'avait fait une absence aussi prolongée; malgrélui, le jeune homme' se sentait inquiet; mais il cachait avec soin ses appréhensions, de crainte de troubler Ja tranquillité dont jouissaient ses compagnes, qui, assises pi es de lui, s'entre- { tenaient à voix basse et formaient îoTce projets sur : ce qu'elles feraient dès que leur voyage serait terminé.

. Plusieurs fois, sous un pértexte ou sous un autre, le peintre, que l'inquiétude talonnait de plus en plus, et qui ne pouvait tenir en place, s'était levé et avait, d'un regard anxieux ^interrogé la route solitaire qui, à perte- de vue, s'étendait devant lui; mais il n'avait rien aperçu, la route était toujours solitaire ; enfin , vers trois heures de l'aprèsdîner, le jeune homme donna le signal du départ.

On se mit en marche; seulement, cette fois, au lieu de se tenir auprès des dames, ainsi qull l'avait fait jusque-là, Emile mit lès éperons au ventre de son cheval 1 et .s'élança en avant, sans cependant trop s'éloigner de ses compagnes que, malgré la confiance relative qu'il avait pour les Gauchos, il ne voulait pas laisser seules avec eux». ,

Déjà le bouquet d'arbres, espèce d'oasis jetée par la Providence au milieu d'un désert de sable, et. sous lequel les voyageurs avaient trouvé.une ombre protectrice, avait depuis longtemps disparu dans les lointains bleuâtres de l'horizon, le soleil commençait à s'abaisser visiblement,' lorsque le peintre aperçut ; enfin, en tournant un angle du sentier qu'il suivait, un cavalier qui se dirigeait vers lui à toute bride.

Dans ce cavalier, le jeune homme reconnut aussitôt son guide,; ou si on le préfère son serviteur - Tyroi,-'..; ■ i ..

Cédant aussitôt à l'impatience qui, depuis si- longtemps^ le tourmentait, . le - peintre mit son cheval au galop, ^afin. &êti©f plus tôt auprès] de lui..

JBienlotji l'eut, rejoint; .;,;.-.■ ,- - -tt=- Eh j bien ! lui demanda-t^il , quoi de /nouveau?'/; ■ ,,^ : -: ; ; ...■/(■ -, t , ;: -. ..,,..

-*-• Beaucoup de choses j répondit laconiquement l'Indien, f ■ ,, P , ■ i v ^fHeinï: fit-il; avec une inquiétude crois-

, Saute* ."■-■:,.-'■: ù-a. -■; ■■;>,: , : := r--

t^ J'ai dit beaucoup de choses, mi amo reprit rindiem -. -;.;;'

'*rr[ J'ai parfaitement entendu, pardieu 1 s'é-

çria-if-il, seulement je yeux savoir si ces choses sont, bonnes; ou mauvaises; ' ■:".- y

— C'est selon de quelle façon vous les jugerez 5[ miama; pour moi* je les crois bonnes,

-** Dis-les vite * alors. ;^ '■.- -■■ v. -■ '- • -«•-

-r Je ne demande pas mieux, mi amo, seulement, peut-être vaudrait-il mieux que, au lieu de rester ainsi îmmôbilesau milieu de là Toute, nous continuassions à marcher; jepréf érerais que yous entendissiez seul d'abord ceqùé j'ai à vous apprendre; Vous -. en ferez part à ces dames ensuite, si vous le jugez nécessaire.

— Tu as Taison, mon ami; marchons, et, tout en marchant, tu me raconteras ce que tu as fait, dit le jeune homme en rendant la bride à son cheval, qui repartit aussitôt. Maintenant, parlé, ajôuta-t-iï.

Tyro, par habitude plutôt que par pruj denci , jeta un regard/autour de lui; puis, assuré qu'il était bien seul avec son maître et que les buissons ne recelaient aucun écouteur indiscret, il se décida enfin à parier.

**- Ce que j'ai à vous rapporter n'est pas long, ini amo, dit-il, mais je le crois fort important pour vous.

— Va toujours, répondit le jeune, homme avec impatience, je te ferai connaître mon opinion dès que je saurai ce dont il. s'agit.

— Yoici la chose en deux mots : - Nous approchons des plaines ; plus nous avançons dans cette direction, plus- nous risquons de trouver des ennemis devant nous. 11 nous faut donc êlTe sans cesse sur nos gardes afin de déjouer les pièges qui pourraient nous être tendus.. Donc, je ne sais pourquoi, mais ce matin, au moment de lever le camp, je me sentis tout àcoup saisi d'une inquiétude se- CTète qui, sans cause apparente, me tourmentait plus que je ne saurais dire.

— C'est comme moi, interrompit le jeune homme devenu subitement sombre, je ne sais ce qui se passe en moi, mais j'éprouve comme le pressentiment d'un malheur ou tout au moins d'un événement important qùi,une fois encore, modifiera subitement la position dans laquelle nous nous trouvons maintenant; est-ce en bien? est-ce en mal? voilà ce que je ne pourrais dire.

— Je penche pour la première opinion, mi amo, et voici pour quelle raison : ce matin donc, apTès avoir causé quelques instants avec vouSi je vous quittai pour aller en quête de nouvelles, ainsi que vous le savez.

Le peintre baissa affirmativement la tète, le Guaranis continua.

~A environ trois lieues de l'endroit où nous sommes en ce moment, le sentier que nous suivons se bifurque et forme deux routes, dont l'une remonte vers les montagnes, tandis que l'autre continue à descendre dans la plaine. Arrivé d'assez bonne heure à cette bifurcation, par. une inspiration subite, au lieu de continuer à descendre droit devant moi, j'appuyai sur ma gauche et je m'engageai dans le sentier qui ; remonte; ce sentier, bordé de bois épais à droite et à gauche, m'offrait un abri fort convenable et me fournissait le moyen de voir sans être vu; je le suivis pendant assez longtemps sans que rien de suspect vînt s'offrir à mes regards.; je me préparais' même à

Tous avez entendu dire, n'est-ce pas, rêprit-il, que les Portugais^ eh entrant sur le territoire espagnol, se sont adjoints, comme auxiliaires, plusieurs tribus indiennes dû Brésil.

— En effet, je crois me souvenir; ïnW qu'a dé commun?...

, -— Attendez, âittehdez, mi amo ; la trôutr pë que j'ai rencontrée, se trouvé justement être composée des guerriers décestribusi de la plus belliqueuse de toutes peut-être, les Gùaycurus ; leur costume différé trop dés iQdios Pampas, et est trop remarquable pour que je ne les aie pas reconnus au premier coup d'œil,

-'-=-. J'admets bien que cela m'étonne que tu ne te sois pas trompé; que conclus-4ù de cela?

— Une chose fort simple ; "d'après le che^ min qu'ils suivent'» . ces : guerriers se dirigent vers leurs territoires qui ne sont pas fort éloi? gp.es de ces parages, c'est-à-dire vers le Brésil.

— Le Brésil! s'écria lé jeuhehomme.

-^ Oui, le Brésil, le pays où nous voulons

nous rendre, mais que nous h'alteindTohsque difficilement, à cause de notre petit nombre.

— Que pouvons-nous faire à cela, mon pauvre ami? l'affaire est malheureusement sans remède.

r— Pardon, mi amo, il y en a un, au contraîTfl

— Pardieu I je serais curieux de le connaître. '."'":..

— Cela ne tient qu'à vous, mi amo; ce remède, le voici.

— Yoyons-le donc, répondit le jeune homme avec incrédulité.

L'Indien né remarqua pas ou feignit de ne pas remarquer le ton dont cette question lui était faite, il co ntinua froidement :

^— Ces guerriers gùaycurus forment une:

troupe d'au moins deux cents hommesy ennemis des Espagnols, auxquels ils font la guerre en ce moment, et voulant rentrer dans leurs pays; de deux choses l'une : ou ils essayeront de glisser inaperçus .au milieu des montoneros qui sillonnent les plaines; où,, s'ils ne peuvent s'échapper ainsi , . ils s'ouvriront un passage à la pointe de VeuTS lames.

— Eh bien? fit le jeune homme devenu attentif. '..'■-,

— Eh bienl mi amo, en nous, joignant à eux, nous suivrons leur foTtune et nous doublerons les chances dé succès de notre voyage. ."■■.'.'■: ',.'■-.

•=- Oui, ton raisonnement, est juste, mon brave Tyro, fort juste même; je crois même qu'en nous joignant à cette troupe, nous serons infailliblement sauvés.

: — N'est-ce pas ? fit l'Indien :tout joyeux.

r^ Certes;, seulement,. Vous oubliez une .chose, monpauvré ami, une chose bien im- \ portante, pourtant.

— Laquelle- donc, mi amo?

Celle-ci : C'est qûenous ne pouvons pas

rebrousser chemin afin; de vous rejoindre nous mêler ainsi à: çèUé troupe, et , que, si

et de vous rassurer ; mais je ne voulus pas le, faire avant que d'avoir pris une dernière précaution. Je mis pied à terre, et, appuyant' l'oreille sur lé sol, j'écoutai: j'ehténais alors 1 un bruit éloigné; presque indistinct, mars; ressemblant à celui produit par Une troupe nombreuse de cavaliers. Après m' être assure que je ne mé trompais pas; je remontai à cheval et je m'élançai en avant : Un quart d'heure' plus tard, tous mes doutes étaient évanouis, j'avais bien 1 entendu : à deux portéës ; de fusil environ devant moi ^apercevais, venant d'un pas assez modéré, l'avant garde dé cette .troupe;--' 1 . '-■ '■" '■';-'•'■

— L'avant^ garde! s'écria Emile: ce donc des soldats ? T - r

: •-*■ Non; -ce sent des partisans." ""''-

— ; Des partisans? ( - ;

>— Oui, mais écoutez-moi avec attention, 1 mi amo, car ! voilà où la question devient pour nous intéressante.

^- Parle,

nous sommes assez foiis. pour nous décpùr vrir à elle v nous serons à l'instant faitsprisôn- ;

niers. :., . . - ; , -"- ■

— Êst-cë cela seulement qui vous embarrasse, mi amo ? ..--. .. : ,,, ':, ;; .- v-: -w ,.. ■'■•■ v :"

— Ma foi oui, mon ami, répondit en riant, le jeûne homme; seulement, je.t^avoue que cela m'embàtràssë beaucoup.

— Alors, mi amo, soyez tranquille, je mecharge, moi, de vous, faire recevoir paT cette troupe d'une façon, non-seulement flatteuse,, mais encore avantageuse pour vous ; je connais les mœurs indiennes, étant indien moimême, ainsi que vous le savez.

5 — Parfaitement* mon ami, continue.

' — Je réclamerai les- droits de l'hospitalité indienne, mi amo ; lès Gùaycurus sont nommés Indios caballeros, à cause de leur loyauté; une fois que* vous ■ serez soùs leur protêt tion, vous n'aurez pasde trahison à redouter; et tous seiferont tuer pour vous défendrez ±, : 5 ^ttumîrsais'-tùnque ^est ïort tentant- ce*

ZËNO CABRAI.

que tu me proposes-là, mon ami?

"— Acceptez -vous alors, mi amo ? •

— Je -ne demande pas, mieux, nïais r il ioe semble qu'avant de rien faire, je dois d'abord consulter ces .dames.; cela les, regarde plus due môï encore. '-■.-. : : ,-,'."*

— En effet, ' mi amo» consultez* les donc, mais tout de suite, si cela est possible, car le temps nous presse. "■.■■■■>.' ; — Ce ne sera pas long, répondit le jeune homme, et tournant bridé aussitôt avec celte dëcisibiiqûi formait le fond de son caractère, ai rejoignit ad galop les voyageuses qui rie se 'trouvaient plus qu'à une légère distance an arrière. ,

Les dames écoulèrent avec la plus seïiêuse attention la communication du jeune homme ; le projet do Tyro leur 1 parut ce qu'il était en effet, c'est-à-dire très simple et d'Une;réussite infaillible; aussi elles y adhérèrent avec empressement. - . t

te Guaranis se prépara aussitôt à le mettre me permettre de vous adresser une question.

— Laquelle, monsieur? faites vite, je vo as

tenir du prodige ; puis, arrivé à une espèce de carrefour où la route se bifurquait en deux sentiers, dont l'un tournait brusquement à droite, tandis 'que Pautre inclinait sur la gauche, i\ s'arrêta, et; se penchant vers ses deux compagnons qui l'avaient suivi jusque-là/ à grand'peinë :

— Caballeros, dit-il en les saluant cêrémonieusemeni, veuillez, je vous prie, agréer tous mes remerciements pour la façon loyale don l vous avez len u la parole que vous m 'avez donnée; c'est ici que nous devons nous séparer. Voici votre chemin, fit-il en étendant le bras vers le sentier de gauche, et voici le mien, ajouta-t-ii en montrant celui de droite. Quittons-nous donc; Dieu .veuille que nous ne nous retrouvions pas bientôt face à face, les armes à la main ; je vous rends votre liberté et je vous souhaite'bon voyage.

— Je vous remercie, monsieur, répondit courtoisement le comte. Seulement, veuillez

il exécution. ■■ . .

.Nous avons rapporté plus haut son entretien avec Gùeyma, entretien à la suite duquel il était retourné auprès de ses compagnons qui attendaient son retour avéc ; une impatience qui n'était pas exempte, d'inquiétude; mais toute anxiété cessa lorsqu'ils connurent la réponse noble et franche du chef ..

Emile, suivi par les deux dames,; s'avança alors vers les G uaycurus qui avaient fait balle pour recevoir leurs hôtes, et remercia chaleureusement Gueyma de la protection qu'il consentait à accorder à. lui et à ses compagnons.

Le chef indien répondit avec une dignité pleine de majesté qu'en agissant ainsi qu'il le faisait, il remplissait un devoir prescrit par l'honneur; que des remerciements étaient superflus, et que tant que les étrangers demeureraient au milieu de ses guerriers, ils seraient odhsidérés comme des frères chéris et des enfants do la nation.

Après ces compliments mutuels, les blancs se* retirèrent et établirent leur camp au milieu de celui de leurs nouveaux amis.

Le Cougouar était demeuré spectateur impassible de cette scène, à laquelle il ne s'était mêlé en aucune, façon. Lorsque les étrangers se.fuTent éloignés, il se pencha à l'oreille dé -Gueyma:

— As- tu bien regardé ces gens-là? lui- demandait-il.

— Oui, répondit celui-ci; pourquoi m'adresses-tu cette question?

— ; Parce que deux d'entre eux sont des femmes.

— Ea. effet, mais que nous importe?

.—Plus que tu ne le supposes, fit-il avec

wnsourire d'une expression singulière.

*— Que vëuxrlu dire? .■'...

— Plus tard, tu le sauras; il n'est pas temps encore. ; ■■ ' : '- .

, Et il s'éloigna, rompant brusquement l'entfëtieri poux échapper sans doute à des interrogations auxquelles il ne se souciait pas de orépondrei

txl

fcé camp.

ISèhO Cabrai, après son entretien avec le îeuno peintre,, tétait, éloigné au galop det Mléi dei; Tambd , suivi naturellement par lès, Officiers espagnols qui n'àyàiênt: pasdé; rho^ tif s.; plausibles. pour /restërvavec don Pabto Pmçhèjfïjà,; auquel cependant, ils ay^iôht, eu ; le; .quittant,; serré la. maiaiconlnïè & Un ami <ïu*us. lesp.êf aient; biëptôt: revoir. ,': "- Li ; :

léMôritoiiërdiglùô^ , , 7 „„

neuies: envirdh, excitant iflceèsammént sa Imarchez, nous vous suivons; jnonfùré, dont pourtant la vélocité semblait l ' Ils repartirent. : ■■"• :;

prie, car le temps me presse.

— Je serai bref.

■— Parlez.

— Je me suis mal exprimé, monsieur ; ce n'est pas une question que je veux vous adresser, c'est Une prière que je désire vous faire.

— Prière Ou question, parlez, monsieur, je vous répondrai.

-r Monsieur, mon compagnon et moi nous sommes Espagnols d'Europe, c'est-à-dire étrangers à ce pays,que nous ne connaissons pas; Li vous nous laissez ici, nous nous perdions inévitablement, ignorants que nous sommes de la route que nous devons suivre, pour rejoindre ceux do notre parti.

— Dans quel lieu désirez-vous vous rendre? ■'..',.'.■'

— Mon Dieu, senor, voilà justement ce qui nous embarrasse, dit le capitaine en se mêlant à la conversation; depuis assez longtemps déjà nous avons quitté l'armée royale, de sorte que nous ne savons réellement comment la rejoindre. .

— C'est juste, ainsi vous désirez?

— Mon Dieu, nous désirons atteindre ses avant-postes, et cela 1e plus tôt possible.

Le Montonero réfléchit pendant quelques Instants.

-— Messieurs, répondit-il enfin, ce que vous me demàhdez-ià est fort difficile ; il: est évident que vous aurez beaucoup de peine à vous frayer un passage à travers nos troupes; cependant je ne sais . réellement comtneni vous venir en aide* bien que j'en aie le ferme désir; je ne vois qu'Un moyen de voii:

sortir d'embarras, mais je crains que vous ; ne consentiez pas à l'accepter..

; 'rr Quel est ce moyen, monsieur! s'écrièrent îles deux Espagnols.

: — Levoici: me suivre où je vais; seulement j'exige votre parole d'honneur de soldats etde gentilhommes que Vous serez mue! s sûr ce que vous aurez, vuouentendu.ptmdani tout le temps, que : vous demeurerez en ma :compagnie* À celte condition, je m'engage à vous, faire atteindre dans un délai fort icourt les avant^postes: de .votre armée, et jcela sans que vous courriez d'autres [risques ; que ceux que jèvcourrai moi-même. ÀCcep- |tez^vôUs cette proposition?' ..

; ■^.^ous^acceptotis de' grand cœur, cabale ■lero,. s'écrièrent les deux officiers. ■■,-.-,■: [ ?-#- Ainsi, vdus : me: donnez votre parole. - -,:■** Nous voua la dourtohsi teprirtsnt^ils éti =lô saluant avec courtoisie;

-^sulfiti^ se.décoUvraM et en ^iuclitlent jusque sur 1 le !c6U de sont Kêval; nous faisons un nbûveàU imarché quL f en suis convaincue sera aussi ^loyalement tënuquô le premier; fenéai donc, ïmessieursi nous ne' som mes Y bue ■'■ trou IôMïtemps \&m demeures ici. ^ -*%

tocte^ônsiéur, répondit le conite:

Us coururent ainsi jusqu'au soir sans échanger, une parole; pom quoi auraient-ils parié? il n'avaient rien à dire; il n'y avail éntrele chbf .montonero et les deux Espagnols Ut communion de croyances* ni communion. de pensées ; le hasard, qui un instant s'étaif plu à les réunir*' ne les avait liésque par une question d'intérêt personnel qui, une fois rè^ solde* devait ne jamais^ les rattacher dans l'aronir.

Au moment où. le soleil disparaissait dei> rière les pics neigeux des; Gordillières,sur un signe du partisan les cavaliers s'arrêtèrent*

La nuit commençait à se faire, mais cependant l'obscurité n'éiait pas encore assez épaisse pour que- le paysage, à demi-voilé par les ombres du soir,- n'apparût- encore grandiose, et majestueux aux yeux des voyageurs.

Le sentier s'était peu à peu élargi;: il for*., mait maintenant une route bordée a droite et à gauche par de hautes forêts de chênes-, lièges, au milieu desquels elle passait sous de imigiuuqu.es arceaux de feuillage au dôme élevé tt verdoyant; une herbe épaisse et drue montait presque jusqu'au poitrail des chevaux, et une cascade, se précipitant pat bonds échevelés du haut d'un chaos de rochers, au milieu desquels elle se frayait un passage, formait à la droite des voyageurs une large nappe argentée où se reflétait le disque blafard ue la lune ; par .une éclaircio. ménagée par le hasard, on aper-, cevail à l'horizon les cimes neigeuses des montagnes noyées déjà dans les ténèbres et enveloppées d'une couronne de nuages; la.

brise du soir courait avec des frémissements mystérieux dans les hautes branches des arbres, et mille bruits indistincts, mêlés aux grondements de la cataracte , achevaient de* donner à cette nalure puissante et abrupte un cachet de grandeur primitive et sévère qui saisissait lame et la plongeait dans une douce et mélaucolique rêverie.

Nous avons dit que les cavaliers s'étaient arrêtés sur un signe deZèno Cabrai; celui-ci i mit presque ausbilôl pied à terre.

— Nous sommes arrivés, messieurs* dit-il»

vous pouvez quitter la selle.

—Arrivés, lit- le comte en regardant autour deluû '

— Pour ce soir, du moins, monsieur le

comte, répondit le partisan, car les quelques pas que nous avons à parcourir, nous les fe* rons à pied. ' ..

' Tout en parlant ainsi, le montoneTo avait, ■attaché la bride de sa mouture aU pommeau ■ie> la selle et relevé les étriers.

— Mais nos chevaux? demanda le capitaines . , '■■''.'

—.'Né vous inquiétez: pas d'eux- ; faites seulement comme vous m'avez vu faire^ ■^- Mais ils ne peuvent demeurer ainsi 1

— Aussi n'y demeure.ronl-iis pas; soyez tranquiUe,on en aura soin*

Le comte et le capitaine, sans plus^ d'expli*. cation, mirent pied à terre.

— ^Bien, reprit don Zôno; maintenant, at* tendez Un instant. ■■■■'-■

11 prit alors un sifflet pendu & son cou par une chaîne d'or et caché sous ses vêtements, iil approcha ce sifflet de ses lèvres et en tira un son-aigu et prolongé» '-•■/■ ';',= . -^.

Presque- au même instant un bruit léger se-

l fit entendre dans les broussailles, elles s'écar>

■tèrent et un homme partit^ ■■■-■ ■■' : \ -^ ^,

— Ah 1 ah l c'est vous don. Sylyio, dit le; partisan d'un ton de bonne humeur, j^ ; j>

— Oui, mon général, cest moi; tepondit iôs vieux soldat en grimaçant un sourirei n ;

^- M'attendez-vous depuis. longtemps?; -t.- ;^ Depuis hier matinj nous commencions^ [être inquiets. : .^ ^ : - «■" ■- ■■.-;. :, *. : .' i i"i:»-.ii-'. '■■;■ ■ ^ ^ous^'ête^ddnG pas seul 10U-- .- ^ j'alisi* hommes avec moi; ,^- i , ^ -* Fort bieri^ qu'on prenne som dès me** - Ivaux ee qu'on les- conduise au camp. : j.: n 1 L'officier se tourna versv les broussailles:, ^dont il êtatï sorti si inopinément. ^ -r \ — Holà! dit-il d'une voix- fdrte» venez-Vous Vautres.

'il

■ sA ri

Lès six soldats annoncés, et qui sans doute étaient embusqués h- quelques pas à peine, s'élancèrent tout à coup du milieu des buis sons et, apîès avoir respectueusement salué Zèno Cabrai, se rangèrent derrière le vieil of . ficier, prêts à obéir aveuglément aux ordres qu'ils recevraient

- — Le camp est-il loin ? reprit le Montonero en s'àdrèssant à don Sylvio.

— Aoïne portée de fusil, au plus, général.

— Vous nous guiderez ; quant à vous, ajoùta-t-il en se tournant vers les soldats, vous savez où vous devez mettre les chevaux; seulement je vous recommande d'en avoir grand soin, parce que ce sont des animaux de prix.

Los soldats s'inclinèrent, sans répondre ; puis ils s'approchèrent des nobles animaux.

Don Zèno jeta un regard circulaire autour de lui comme s'il eût vouLu sonder les ténèbres et s'assurer que nul œil ennemi "ne le surveillait dans l'ombre; puis, ordonnant d'un geste à don Sylvio de passer devant lui :

■::. — Allons, dit-il, venez-, messieurs.

Tous trois entrèrent alors- dans le taillis à là suite du capitaine. Malgré l'obscurité toujours croissante, celui-ci se dirigeait avec une certitude qui témoignait, ou que de même que certains animaux, il possédait la faculte de voir dans les ténèbres, ou qu'il avait une connaissance approfondie des lieux qu'il parcourait; car, malgré les mille détours qu'il obligeait ceux qui le suivaient à faire incessamment, cependant jamais il n'hésitait et marchait toujours du même pas ferme et assuré sans, presser ni ralentir sa marche.

Les soldats étaient demeurés en arrière, "sans doute qu'obligés de conduire les chevaux avec eux, ils avaient pris un chemin plus droit et surtout, plus praticable.

Un quart d'heure au moins s'écoula, pendant lequel les| quatre hommes marchèrent en file indienne, c'est- à-ciire à la suite les uns des autres, sans échanger une parole. Au bout dé ce temps, ils commencèrent à apercevoir la lueur rougealre de plusieurs feux brillant, comme des étoiles, à travers les arbres de plus en plus rapprochés.

Tout à coup, un homme sembla sortir de terre, et appuyant le canon de son fusil sur la poitrine du capitaine, qui marchait en avant.

— Halte! qui vive! cria-t-il d'une voix menaçante.

— Zèno y liberlad! répondit froidement le capitaine.

; -T- Passez 1 fît la sentinelle en redressant son arme. ' Les voyageurs continuèrent leur route: à

— Silence! voici le commandant de la garde.

Eh effet, l'officier appelé par la sentinelle arrivait en ce moment, suivi par plusieurs soldats prêts , selon toutes probabilités , à lui venir en aide si besoin était.

Mais, cette fois, ce fut Zèno Cabrai qui se chargea de répondre; en apercevant l'officier, il- écarta de la main don Sylvio, et, prenant sa place :

— Chacun son tour, lui dit-il à voix basse en lui posant amicalement la main sur l'ëpaule.

— C'est juste, répondit le vieil officier en s'inclinant respectueusement, et il s'écarta.

— Qui vive! cria le chef de la patrouille venue à l'appel de la sentinelle.

nous trompons, un autre homme encore; cet homme était Zèno Ca-

Nous veillait bral.

Courbé sur une table, la tête dans la main, il examinait attentivement, à la lueur incertaine d'une lampe fumeuse, une -carte déroulée devant lui. -.

Cette carte était celle de la vice-royauté de Buenos-Ayres, v

Puis, par intervalles, à certaines places de cette carte qu'il étudiait avec un si grand soin, le Montonero plantait des épingles dont la tête était enduite de cire noire ou rouge.

Depuis environ une heure, don Zèno se livrait à ce travail qui l'absorbait à un tel point qu'il en avait oublié la fatigue et le sommeil, lorsque le rideau de la tente se releva et un

Hél fit le montonero en apostrophant I homme parut. Au bruit des pas, le général l'officier, vous voilà donc, capitaine don Es- releva la tête.

dix pas plus loin, une seconde sentinelle les arrêta, puis une troisième leur barra le passage au moment où ils atteignaient la lisière d'une vaste clairière au milieu de laquelle était établi un campement qui, par le nombre des feux allumés, paraissait être considérable. Cette sentinelle, lorsqu'elle eut échangê le mot d 1 ordreavec le capitaine, ne releva pas son arme, ainsi que cela avait été fait par les autres; elle se contenta de tourner à demi le visage en arièrev

— Officier de garde, reconnaissez, criat-elle. ,

Il se fît un certain mouvement dans la clairière, on entendit un bruit d'armes, suivi immédiatement du pas -pressé de plusieurs hommes, et une dizaine de soldats, commandés par un officier, se dirigèrent; vers la sentinelle, passant comme de noirs fantômes à travers les broussailles. ...

— Vive Bios l dit à demi-voix le* capitaine don Lucio Ortegà au partisan, recevez mes félicitations, senor, vous entretenez une rare discipline dans votre montonera.

— Que voulezr vous, capitaine* répondit en souriant don Zeno, il faut>.q.u'ii eu soit ainsi ; ne séràiUl pas par trop ; ridicule aae nous, dontle métier est de surprendre l'ennemi nous nous laissassions un jour,faut6d'unDeu de vigilance, surprendre bêtement; par lui.

: -* Diable! 3e le crois bien. \;-

tevan Albino !

— Cuerpo de Cristo! s'écria l'officier, c'est la voix du général.

— Là, je savais bien que vous me reconnaîtriez, reprit gaiement le montonero.

— Ah ! voilà une heureuse arrivée par exemple,' dit avec un joyeux éclat de voix le capitaine.

— Vous savez, fit don Zèno , que j'attends que vous me permettiez de passer, ainsi que les personnes qui m'accompagnent.

— Vive Dios l général, n'êtes-vou pas chez vous, nous vous escorterons.

— Allons, venez, messieurs, dit-il en s'àdrèssant aux deux Espagnols, je crois que nous serons bien reçus.

Ils passèrent.

— Il ferait beau voir qu'il en fût autrement, grommela don Sylvio dans sa moustache.

Déjà la nouvelle de l'arrivée du général s'était répandue dans le camp; ceux qui veillaient encore s'étaient levés ; les dormeurs, tirés brutalement de leur sommeil, les avaient imités en se frottant les yeux, et tous s'étaient précipités, armés de torches et en poussant de joyeux vivats, au-devant du chef quïls adoraient.

Zèno Cabrai entra donc dans son camp, aux reflets sanglants des torches, dont les flammes agitées par la brise nocturne, faisaient courir de fantastiques ombres dans les halliers de la forêt.

Dès que le chef se trouva au milieu de son état-major, qui s'empressait autour de lui pour le féliciter, d'un geste il réclama le silence; aussitôt, chacun se tut comme par enchantement.

— Senores, dit-il en désignant du doigt les

deux hommes qui raccompagnaient et qui se

l'tenaient modestement derrière lui, ces deux

canal leros sont mes amis et non mes prison-

niers. Bien que servant une autre cause que la nôtre et ne partageant pas nos convictions politiques,, ils sont provisoirement, du moins, placés sous la sauvegarde de notre honneur, je les recommande à votre prudhomie, veillez à ce qu'ilsne manquent de rien ; puis, se tournant vers les Espagnols : Messieurs, ajouta-t il, vous êtes mes hôtes.

Les deux hommes s'inclinèrent.

î— Merci, général, dirent : iis ; nous n'atten-

ions pas moins de votre courtoisie.

Cette présentation faite, on s'occupa de l'installation des nouveaux venus.

Probablement que l'arrivée du général, ainsi que le nommaient les Montoneros, étaitnon-seulement prévue, mais encore attendue, car une vaste tente dressée au milieu du camp avait été expressément préparé pour lui; mais,. malgré la lassitude qu'il éprouvait et le besoin de nourriture, il ne consentit à s'y retirer que lorsqu'il eut vu les Espagnols Installés, aussi confortablement que le permettaient les circonstances où on se trouvait, sous une ènramada, espèce de cabane en branchage élevée à la hâte; par les soldats. :

Peu à peu, Je calme s'était rétabli dans le camp, les Montoneros avaient repris leurs places autour des feux de bivouac et s'étaient

Ah ! c'est vous, don Juan Armero, dit-il en saluant le nouveau venu d'un geste amical, quoi de nouveau? vous revenez de battre l'estrade, je crois ?

— En effet, général, répondit don Juan, après avoir militairement salué son chef,, j'arrive à l'instant et j'apporte des nouvelles.

— Des nouvelles, fit-il en se redressant subitement, nt elles bonnes ?

— Je ne sais, général, mais vous en jugerez.

— Voyons-les donc, je vous prie.

— Puis-je parler sans crainte ?

— Oh l certainement, tout le monde dort dans le camp.

— C'est égal, si vous me le permettez, général, je vous dirai ces nouvelles en plein air, et non ici.

— Pourquoi donc, fît don Zèno avec un regard interrogateur, nous sommes à mon avis fort bien ici pour causer.

D.on Juan Armero hocha la tête d'un air dedoute.

— Excusez-moi, général, dit-il au bout d'un instan.t, mais ces murs de toile qui interceptent la vue tout en laissant entendre les parolesi me causent un effroi que je ne puis surmonter, je crains bien qu'il soit plus que probable que je me trompe, qu'il y ait un espion aux écoutes.

Don Zèno lui lança un regard pénétrant»

L'officier ne sourcilla pas, il supporta sans qu'un muscle de son visage bougeât le regard acéré de son chef.

— Ce que vous avez à m'annoncer est donc bien important? lui demanda enfin celui-ci.

— Je le crois d'une certaine importance.

— Hum ! fit Zèno devenu rêveur ; venézdonc, puisqu'il en est ainsi. ■ ' ~

Ils sortirent.

La nuit était calme et pure, des millions d'étoiles étincelaient dans le ciel d'un bleu sombre; la brise faisait doucement frissonner lescîmes feuillues des arbres; la lune, à son déclin, répandait une lueur incertaine qui illuminait le paysage de reflets blafards.

Les deux hommes firent silencieusement quelques pas côte à côté ; Zèno^Gàbrai réfléchissait, don Juan Armero attendait respectueusement que son chef lui adressât la parole.

Enfin le partisan releva la tête.

— Eh bien l dernanda-t-iï, quelles sont ces nouvelles, don Juan? Je crois que vous pouvez sans crainte me les communiquer ici.

— En effet, général, répondit-il. Sans plus de préambule donc, je commence. J'ai été, ainsi que vous le savez, expédié en batteur d'estrade; depuis deux jours je suis absent, du camp.

.— Ahl ahl fit donZ^no; continuez, je vous prie.

-r- Voici ce que j'ai appris.. L'armée brésilienne a quitté ses cantonnements dé la:

ÏBàhde orientale; une division de cette armée; s'avance à. marche forcée dans cette direction,: afin de, s'emparer des gués des rivières et des débouchés des défilés, pour permettre à une -seconde division, qui la suit "à un jour de

rendormis enveloppés dans leurs manteaux, rmarche, d'envahir le Tucuman. . Les sentinelles seules veillaient. : - I — Oh! oh!; murmura le partisan, Yoila. qui

ZENO CABML.

•mmt**—mmfmim

ev le

est sérienxj en effet. Et celle nouvelle vous a été donnée par une personne sûre?

— Oui, général. "■■.,*•■■.

— Bien, conlinuezj mais, ayant tout, un mot. Avez-vous appris par quel général était commandée: cette division brésilienne ?

— Oui, général, répondit don Juan A^mero. .:

—■Et il se nomme? demanda Ml avec un léger tremblement dans là voix. ^

— Il se nomme le marquis don Roque de Castelmelhpr.

Quelque chose comme un sourire passa sur le visage austère du montonero et lui donna une inexprimable expression d'espérance et de haine. * '• .

— Quelle direction suivent ces troupes et où se trouvent-elles en ce moment? dit-il.

— Elles se préparent^ traverser les plaines désertes des Abipones.

'— C'est bien, murmura-t-il, répondant plutôt à sa pensée intime qu'aux paroles, de son lieutenant : si vite qu'ils marchent, nous les rejoindrons ; et, haussant légèrement la Yoix : des Guaycurus, quelles nouvelles ?

— Aucunes, général.

— C'est étrange ; n'avez- vous rien autre, a me communiquer ?

— Pardon, général, j'ai à vous éprendre une nouvelle assez importante même.

— Ah! voyons, parlez, je yous écoute.

— Don Pablo Pincheyra, rours.:, de Casa- Trama, a subitement abandonné son inaccessible repaire.

— Je le sais, dit le général.

— Mais ce que vous ignorez sans doute, c'est que, furieux d'avoir été si complètement trompé par vous,ùl s'est mis à votre poursuite, avec quelques hommes seulement, il est vrai; mais il a envoyé à sa Guadrilla l'ordre de le rejoindre, et nous devons nous attendre à être attaqués d'un moment à l'autre.

— Bon, fit en souriant Zôno Cabrai, qu'ils viennent, don Juan, qu'ils viennent, ils seront

Les fourra genre •

Dix jours environ s'étaient écoulés entre les

événements que nous venons de raconter et

le jour où nous reprenons notre, récit en

priant lé lecteur de nous suivre, non plus

dans les Cordillières cette fois, mais au milieu

des vastes déserts qui! séparent le Brésil des

possessions espagnoles, espèce de territoire

neutre que les deux nations se disputaient

depuis longues années avec acharnement et

qui en réalité n'appartenait ni à Tune ni à

l'autre et était possédé par des Indiens belliqueux et indépendants qui seuls erraient en

liberté dans Ces solitudes grandioses et inex-

plorées-.

Le soleil se levait, la nature semblait renaître. Pendant . qu'une partie du ciel était éclairée d'une éblouissante clarté, dans les derniers lointains de l'horizon, l'ombre s'enfuyait comme chassée par la baguette d'un puissant enchanteur. Les bêtes fauves regagnaient à pas lents leurs repaires ignorés, jetant, comme une^ plainte, un dernier rugissement vers le ciel; les oiseaux 's'éveillaient sous la feuiiiée .qu'ils agitaient de mystérieux frémissements et entonnaient - à pleine gorge leur chant matinal, hymne d'amour qu'ils lançaient au Très-Haut; déjà çà et là les taureaux et les' cerfs s" élevaient , ,

au-dessus de l'herbe et jetaient autour d'eux \^-> endormis pour la plupart, ces leurs regards mélancoliques; dans les régions ne semblaient pas soupçonner le

élevées des airs, les vautours et les urubus tournoyaient en longs cercles, poussant leurs cris sinistres et discordants.

L'endroit où nous avons transporté notre scène était une plaine, immense encadrée par de hautes montagnes aux cimes couvertes de neige; une large rivière coupait celle plaine

les armées peuvent sans peine franchir de grandes distances, et que le moment venu de combattre, les soldats se trouvent frais et dispos et parfaitement en état de faire bravement leur devoir.

Arrivée à une score de la rivière, Pavant: 'garde s'arrêta; lés cavaliers mirent jpied à terre et commencèrent, sous lès ordres de leurs officiers, à abattre des arbres, à remuer la terre, en un mot, à. tout préparer pour établir un camp.

En effet, deuxheures plus taTd, les tentes étaient dressées, des, retranchements établis, des sentinelles posées, et le corps d'armée dont nous avons parlé se trouvait solidement établi dans une position excellente et parfaitement à l'abri d'un coup demain, peu à Redouter du reste daos ces parages, à causé- °- e sa force numérique.

Il était dix heures du matin.

A part le corps d'année au campement duquel nous avons fait assister le lecteur, l'imm ense plaine paraissait entièrement déserte. Cependant, s'il eût été donné à un œil humain de sonder les mystérieux couverts des' bois épars ça et là sur les flancs des collines ou d'interroger lès herbes du ne hauteur démesurée qui couvraient la surface du sol, il eût, à deux lieues à peine de l'armée, aperçu, campés sous l'abri tuielaire d'un bois épais, une nombreuse troupe de cavaliers qu'à leurs costumes et à la couleur de leur peau il était facile de reconnaître pour des guerriers indiens, ■■-■■.

Assis ou couchés nonchalamment sur l'her-

guerriers voisinage,

bien reçus; avez-vôus autre chose à me dir ? en deux parties presque égalés, formant mille ~ Rien, général ; sinon de yous demander capricieux détours ; ses eaux d'un blanc d'ar

si votre expédition a réussi et si yous êtes sa 4 tisf ait du résultat.

— Enchanté, don Juan, enchanté; j'espère que d'ici à quelques jours j'aurai enfin atteint le but que je vise depuis si longtemps.

— Dieu le veuille, général; bien que j'ignore complètement à quoi "Votre Excellence fait allusion, je serai heureux d'assister à réussite de yos projets. ...

— Merci, don JUan, dit-il avec une certaine animation; j'espère que Dieu ne trompera pas mon espoir.

—. P uis-je me retirer ? général .

'— Oui, allez vous reposer; yous devez être exténué de fatigue. Ah! un mot encore.

. — Je; suis aux ordres dé Votre Excellence, général.

'.'■— Entendez-vous avec don Sylvio pour que des éclaireurs soient laissés eu arrière, de façon à prévenir les guerriers guaycurus denos mouvements,- et leur donner ainsi : la facilité d'opérer leur jonction avec nous le plus tôt possible; peut-être, d'un moment à l'autre, aurai-je besoin de leur aide.

— Yos ordres seront exécutés, général.

— C'est bien 1, allez, bonne nuit, don Juan!

L'officier salua et se retira aussitôt.

• Zèno Cabrai régagna sa lente à pas lents.

.— Ah! murmura-t-il en se laissant tomber

, sur un siège, Dieu serait-il enfin pour moi, et permettrait-il que je les prisse tous d'un d'un coup de filet.

Il demeura un instant pensif ; puis, après avoir ravivé la lumière desaîampe r it se pencha.ft? ïM?uyeau.sur, la carte qu'il recommença^ étudier avec une profonde attention: :

Lé silence lé plus complet régnait au dehors; excepte les sentinelles, tout lé monde dormait dans le camp.

^ Jusqu'au matin, la lampe du général brilla dans sa tente. '

gentlégèrement ridées par la brise matinale et frappées par les premiers rayons du soleil, lançaient de chatoyants reflets comme si des milliers de diamants eussent surnagé à sa surface.

Le calme de ce majestueux désert, qui semblait être demeure tel qu'il était sorti des la, mains du Tout-Puissant au jour de la création, n'était troublé en ce moment que par une troupe nombreuse de cavaliers qui, au milieu d'un "nuage épais de poussière, suivait au galop la rive gauche de la rivière.

Ces cavaliers, dont il était, vu leur éloignement, impossible de reconnaître la nationalité, paraissaient cependant être des gens de guerre, car, non-seulement ils étaient armés •ainsi que le doivent être. des voyageurs ; mais encoie, ils portaient de longues lances au fer acéré et orné de banderoles couleur de pourpre, qur flottaient agitées, par la brise, armes employées, seulement par les soldats ou les partisans.

". Du. reste, quels que fussent ces hommes, ils paraissaient avoir grande hâte, et malgré leur harnais militaire, ils s'avançaient avec une rapidité qui, s'ils continuaient ainsi seulement quelques heures, menaçait de semer leur route de traînards.

Plus cette troupe, sjayançait dans là plaine,

us il était, facile,, à travers le. nuage depoussière qui renveloppaitj et qui parfois s'ouvrait coupé: par; là brise, ; de reconnaître^ les détails, dé sa marche;, elle se composait' déplus de quatre mille hommes divisés en trois corps, dont le premier et lé dernier, asr- : sez éloignés de celui du milieu, formaient Une avant-garde et ; une : arrièrè^garde de chacune quatre à cinq cents hommes ail plus; chaque cavalier Id.û corps, principai' portait un fantassin en cidupè. .

Cette particularité n'avait, du reste,. rien d'extraordinaire ; en Amérique, l'infanterie èsttôujoùrs transportée: dé cette, façon d'un lieu à un autre, de sorte, qu ? en péu'dë temps

des soldats, ou, s'ils le connaissaient, ils paraissaient fort peu s'en soucier.

Cependant, quelques mesures de précautions avaient été prises par eux pour leur sûreté/, des sentinelles, placées d'espace en ésrpace, veillaient au salul général, et leurs chevaux, qu'ils laissent ordinairement paître en liberté. pendant les haltes, étaient entravés et ai&chés à des piquets fichés en terre; leurs feux de bivouacs étaient allumés dans de profondes excavations et alimentés par un

bois extrêmement sec, qui né produisait que de légers flocons d'une fumée presque imperceptible.

Particularité assez singulière, plusieurs blaucs, ou, pour être plus compréhensible, plusieurs individus revêtus du costume des créoies hispano-américains de la Banda orientale, se trouvaient parmi les Indien?, au milieu desquels ils semblaient jouir dune entière liberié et être traités par eux comme des hôtes et des . amis , malgré l'antipathie irisur- . montante des Indiens pour la race blanche.

Puis de l'autre côté de la rivière, àl'anglé opposé du triangle dont le corps d'armée formait, pour ainsi dire, le sommet, sur une ligue presque parallèle au campement des .

Indiens, se trouvait une troisième troupa fort nombreuse aussi de cavaliers; mais ceuxci avaient tout simplement fait halte dans les hautes herbes, qui, du reste, les cachaient entièrement.,

Ces cavaliers étaient des montoneros, c'est- . à- dire des partisans..

Pour ceux-là ,, ils. n'avaient négligé: aucune précaution pour échapper aux regards; ca-:

chés derrière un épais rideau de broussailles, ils se tenaient embusqués comme dés: chasseurs à l'affût, Tœil au guet, le doigt sur là détente de. la carabine.

Les chevaux,, Août sellés et prêts à être mon-, tés, avaient; les naseaux serrés par une faja pour les empêcher, de -hennir et de révéler la position de l'embuscade ; près, de chaque cheval une lance était piquée; en terre lé fer eh bas. '.-. : ...■ '""■-..■.■:•■ : .-. . : . :.'■.-.- ■-.■■,: :

Cette. dernière, troupe, connaissait évident ment ;la\ situation précaire dans- ; laquelle elle se trouvait, et les: voisins incommodes que lehasard ou la fatalité lui. avaient donnés ;:

aussi faisait-elle bonne garde. ; V

Cependant, ces montoneros, loin demomtrerla moindre inquiétude ou la plus légère

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appréhension des ennemis campés si près d%ix , semblaient au contraire fort gais et fort tranquilles, et s'ils témoignaient quelque impati en cè, ; •c'était évidemment dans l'attente trop prolongée d'un événement qu'ils savaient devoir avoir lieu bientôt.

1 Mais, à la surface, l'a plaine conservait son calme apparent, nulle ondulation suspecte n'agitait les herbes, les bois conservaient leur silence mystérieux, et un observateur superficiel se sérail cru, de la meilleure foi du monde, au centre do la" solitude la plus complète et loin de tout Tegard humai n .

Il était environ deux heures de l'aprèsmidi, une chaleur lor ride pesait sur la terre, une atmosphère embrasée que nulle brise ne rafraîchissait penchait vers le soi les herbes a demi-brûlées ; en ce moment une trentaine de cavaliers, parmi lesquels étincelaient les broderies d'or des uniformes de 'plusieurs officiers, quittèrent le camp dont nous avons parlé plus haut et obliquant légèrement, gagnèrent les bords de la rivière dont ils commencèrent à suivre au petit pas les rives sablonneuses.

Ces cavaliers portaient l'uniforme brésilien. Soit qu'ils fussent persuadés que la plaine était réellement solitaire, soit qu'ils comptassent sur la proximité de leur camp pour les défendre contre les dangers qui pourraient les menacer, soit pour tout autre motif , ils marchaient a peu près sans ordre, les officiers, parmi lesquels se trouvait un officier général, tenant la tête, et les cavaliers d'escorte venant à peu près pêle-mêle, aune cinquantaine de pas en arrière, les armes au repos et causant gaiement, entre eux, sans regarder ni à droite ni à gauche.

A peu près au même instant où ces fourra geurs ou batteurs d'estrade sortaient de leur camp pour faire, à une heure aussi insohV, une pointe clans la plaine, à une assez grande distance devant eux, sur le bord même de la rivière dont elle suivait les sinuosités, une troupe de cavaliers, égale en nombre, c'es^àdire composée d'une trentaine d'hommes revêtus du costume, pittoresque des Gauchos buenos^ayriens, apparut marchant a leur rencontre.

Cette seconde troupe s'avançait aussi rapidement que le lui permettaient ses chevaux, harassés par une longuetraite et accablés par

une expression de douce pitié; mais comprenant, sans doute, que les quelques paroles échangées entre lui et le gênerai avaient réveillé chez celui-ci des souvenirs tristes, et peut être rouvert une blessure mal fermée , ;il respecta son silence et continua à marcher côte à côte avec lui.

: Quelq ues minutes s'écoulèrent ainsi ; enfin, le généraL releva la tête, et s'adressant de nouveau à son aide, dé camp : ; telle était, en effet, la position que le capitaine occupait auprès de lui.

-^ Ces Gauchos sont de rudes hommes, n'est-ce pas, don Sébasliao ? lui demanda-til de l'air le plus indifférent qu'il put affecter.

— On dit, en effet, général, répondit l'officier, que ce, sont des hommes remarquables comme force, adresse et courage ; je ne pourrais l'affirmer, ne l'ayant appris que par ouï dire; car voici là première fuis qu'il m'arrive de me rencontrer avec eux..

— Je les connais, moi, je les ai vus à l'œuvre; ce sont des démons, rien ne les arrête, rien ne leur résiste.

-^ C'est possible, général, dit en souriant le capitaine; mais cependant, sans leur faire tort ni vouloir en aucune façon nuire à leur réputation, je crois que, sans aller bien loin, il nous serait facile de trouver au Brésil qui, comme bravoure, comme force et comme astuce, les égalent, s'ils ne leur sont pas supérieurs.

— Oh! oh! vous plaisantez, sans doute, don Sébasliao.

— Je ne plaisante pas le moins du monde, général, j'exprime au contraire une conviction.

— Une conviction? et de quels hommes voulez -vous donc parler, mon ami?

— Mais des Paulislas, général, des Pauiis- (as que voUs connaissez aussi bien que moi, de ces hommes exlraurdinaires qui ont accompli tant de choses étonnantes depuis ia découverte de l'Amérique et auxquels Je Brésil est redevable, non-seulement de la connaissance exacte de son immense territoire, mais encore de ses incalculables richesses.

L'aide de camp aurait pu continuer à parler longtemps encore sur ce ton, le général ne récoutaitpas, son visage était devenu^d'une pâleur livide, un tremblement couvulsif avait, comme un courant électrique, parcou-

l Alors ils firent halte, et pendant quelques instants ils parurent se, concerter entre eux; puis un. cavalier se détacha du groupé qu'ils formaient et piqua droit vers les 1 Brésiliens. Arrivé à demi portée de pistolet, cet homme s'arrêta, dégaina son sabre , attacha Un mouchoir blanc à la pointe; l'élevà à deux reprises au-dessus cie sa tête et attendit.

Le général avait attentivement suivi de l'œil les mouvements des nouveaux venus, sur un signe de lui don Sébasliao qui, sans doute, avait reçu à l'avance ses instructions, quitta sa troup"e qui demeura immobile en l'attendant et, enfonçant les éperons aux flancs de son cheval, il s'approcha résolument du gaucho après toutefois avoir à son exemple attaché un mouchoir blanc à la pointe de son épée.

Les deux parlementaires, gui s'étaient ainsi reconnu* pour tels, se joignirent donc à égalé distance des deux troupes, toujours arrêtées en arrière, mais prêtes à l'attaque comme a la défense.

Après avoir attentivement éxami hé pendant un instant l'homme en face duquel il se trouvait,, don Sébasliao se résolut enfin, voyant qu'il restait silencieux, à rompre le premier le silence^

— CaDoLfiero, dit il en langue castillane en inclinant/légèrement la tête, je suis don Sébasliao Vianiio, capitaine au service d u Brésil, envoyé vers vous par mon général, dont le corps d'armée campe à une lieu d'ici, et qui est lui-même venu à "votre rencontre afin dé savoir si vous et vos compagnons êtes ennemis ou amis.

— La question que vous me faites l'honneur de m'adresser, seïïor capitaine, répondit le Gaucho avec une exquise courtoisie, est extrêmement délicate, et je ne saurais y répondre moi-même, laissant à d'autres, mieux placés que moi-même pour lé faire, le soin de la résoudre.

— Ce raisonnement est fort sensé, caballe- •ro; cependant, j'aurai l'honneur de vous faire observer que tenant la plaine avec des forces supérieures, nous sommes en droit d'exercer pour le soin de notre, sûreté une police sévère sur le territoire qui nous entoure et les personnes, quelles qu'elles soient, qui par hasard ou autrement s'y rencontrent, et que

ru tout son corps, et il s'était affaissé sur

sur le point

été

la chaleur intolérable des rayons du soleil.

Bientôt les deux troupes se trouvèrent en son cheval comme s'il avait vue l'une de l'autre, bien qu'elles fussent en de perdre connaissance core à une-distance assez considérable. — Ciel ! qu'avez 1 you s, général? s'écria l'of-

— Ehl eh! dit l'officier général brésilien, licier, remarquant enfin l'état de prostration en s'adressant à un capitaine qui chevauchait de son chef.

à ses côtés, je crois que voilà nos gens; qu'en — Je ne sais, répondit celui-ci d'une voix pensez-vous? étranglée, je ne me sens pas bien.

— Je le crois aussi, général, répondit l'offi- — La chaleur, sans doute, général.

cier après avoir jeté un coup d'œil en avant; : —Oui, c'est cela, je crois; mais rassurez^allons, voilà qui me raccommode avec eux et vous, je suis mieux, bien mieux; ce ne sera me prouve qu'ils ont bien véritablement lin- rien, je l'espère! téntion de traiter. '" — Dieu le veuille! général; vous m'avez

— Oui, ils sont gens de parole ; cela me réellement inquiété quand je vous ai vu si fait bien augurer pour le résultat de notre pâle et si défait; je vous avoue que j'ai eu conférence. Remarquez que nous sommes peur.

ici fort loin du Tucuman, et qu'ils ont dû — Je vous remercie don Sébastian,, votre faire grande diligence pour arriver ici au amitié m'est co u nue, ce que: vous me dites jour dit et presque à l'heure dite. ne nV étonne pas; mais rassurez-vous, me voi-

—^Ëq effet, générai, nous nous trouvons, si ci tout à fait bien maintenant, je ne me trompe, en plein territoire des In- — Yous me dites la .vérité, général? rep'ritdios Bravos, sur une terre neutre, bien qu'elle J il avec sollicitude.

ait- ' tou \ ours été revendiquée par lés Portu- — • Je vous* eh donne ma parole ; d'ailleurs, gais'èt les Espagnols. que ce qui m'arrive en ce moment ne vous

— Oui, vous avez raison, don Sebastiao, ré- étonne plus à l'avenir mon ami; depuis quelpondit le générai devenu subitement pensif , que temps je suis sujet ainsi à de subites dé- ]e crois même avoir un souvenir confus d'ê- f alliances, que je ne : sais à' quoi attribuer, ire déjà venu dans ces parages. mais cela n'a rien de dangereux^ et ainsi que

'■^Voustf général. ; vous l'avez vu vous-même l'accès esttoujours

— Oui; oui, mais il- y a longtemps, hién fortcourt.

longtemps de cela ; j'étais jeune alors, je nej Le capitaine 7 s'inclina sans répondre et la songeais nullement à prendra^ du service.

Poussé par je ne sais -quelle furieuse ardeur^ je: 1 parcourais ces 1 régions désertes à la recherche d'aventures..... pour mon plaisir, ajouta-t-il avec un sourire amer en laissant tomber sa lêie sur sa poitrine. .

:Le capitaine le considérai un instant avec

- conversation en resta là , les deux interlocuteurs semblant n'avoir ni l'un ni l'autre envie de la continuer.

•; ■ Cependant les cavaliers aperçus par don. Sebastiao avançaient rapidement, bientôt ifs ne^ se trouvèrent plus qu'à une cinquantaine de pas des Portugais.- .,

je suis contraint, au nom du générai commandant le corps auquel j'ai Thonneur d'appartenir, d'exiger une réponse immédiate; je me plais à espérer que parmi les personnes qui yous accompagnent, il s'en trouvera au moins une en état dé me donner cette réponse, sinon à moi, du moins à. mon chef.

— Je l'espère aussi, eaballero, répondit en souriant le Gaucho; du. reste, rien n'est plus facile que de vous en assurer; la chaleur est étouffante. Voici à quelques pas de nous un bois touffu dont les épais ombrages sem^ blent nous inviter à y chercher un refuge temporaire contre les ardeurs torrides du isoleil. Arrêtons-nous-y pendant une heure, i en nous jurant sur l'honneur de nous sépa^

rer sans coup férir si nos mutuelles expïicattons ne nous persuadent pas, et de nous ré- : : tirer chacun de notre côïé^ads être inquiétés. De cette façon, ou je me trompe fort, toutes difficultés seront aplanies.

— Vive Dios'l." cabatlëro, votre proposition me semble de tout point loyale et je l'accepte dé grand cœur. Au désert, les haines doivent, se taire, elles hommes civilisés, à quelque natioh qu'ils appartiennent et quelle qiiê soi-t ia cause qu'ils défendent, se considérer coin* me des amis et dès: frères.

Les deux' cavaliers, se saluèrent alors céreV moniéuséhiettt, tournèrent bride et téjoigriir rent au galop ceux qui lès avaient expédies' ainsi en avant. . ;, .....".;

Ainsi que le lecteur Fauta compris, sâtiè doute, les paroles échangées, par ies : deux parlementaires n'étaient qu'une /comédie préparée de longue main pour mettre sur lé compte du hasaTd une entrevue convenue depuis plus d'un. mois^et, pouvoir, le cas 'échéant, nier hardiment toute arrière-pensée

OTO GABft&L.-

de trahison. " •

Quelques minutes plus tard, les; deux trou* pes se joignaient et se confondaient en une seule; lès cavaliers mettaient pied a terre et s'étendaient nonchalamment sur l'herbe à Pombre des grands arbres qui formaient la lisière du bois ; les officiers brésiliens et trois ou âuatre Gauchos qui paraissaient être les chefs e la troupe, après s'être poliment salués,

peut-être, ainsi que le disaient ses ennemis, et le général en comptait un- grand nombre, sous le lourd fardeau de cuisants remords.

M. Dubois était toujours le même person^nage aux traits ascétiques, au teint pâle et aux gestes froids et compassés*

Après leur présentation mutuelle, les six hommes s'examinèrent curieusement pendant quelques minutes, s'éiudiant sournoisemenl* et chacun cherchant à part soi à de-

s'étaient, sans échanger une, parole, enfoncés

sous le couvert, où bientôt ils avaient dis- 1 viner sûr les traits de son adversaire l'endroit

gens, qui, du où il le pourrait attaquer avec plus d'avan-

paTu aux regards de leurs reste, n'avaient même pas tourné la tête de leur côté pour voir, ce qu'ils faisaient et pourquoi ils s'éloignaient ainsi de compagnie, au lieu de suivre leur exemple et de se reposer comme eux.

Si ces officiers n'avaient pas été aussi absorbés par leurs pensées en entrant dans le bois et eussent songé à jeter les regards autour d'eux, peut-être les ondulationslnsolites des hautes herbes et les étranges froissements qui se produisaient dans les buissons auraient-ils éveillé leur attention et probablement leur défiance.; ils ne se seraient pas ainsi aventurés sous le couvert avant d'avoir fait sonder avec soin les fourrés et les taillis qui les environnaient; mais, grâce au soin qu'ils avaient pris de quitter les régions civilisées pour s'avancer aussi avant dans le désert, au; secretprofond qu'ils avaient gardé sur leurs intentions, et plus que tout, confiants dans les forces nombreuses qui les accompagnaient et, au premier signal, accourraient à leuT secours, ils étaient convaincus qu'ils n'auraient aucun danger à redouter et que nul espion, si avisé qu'il fût, ne surprendrait le secret de leur entrevue.

Après une marche d'un quart d'heure au plus, les offisiers atteignirent une clairière assez vaste, entourée de fourrés et de taillis en. apparence impénétrables, et qui en faisaient, avec son dôme de feuillage, une délicieuse salle de verdure.

Les cendres froides d'un feu, quelques restes de bois calcinés, montraient que, quelques jours ou peut-être quelques heures auparavant, d'autres voyageurs étaient venus chercher un -abri provisoire en cet endroit.

— - Nous ne sommes pas les premiers qui ayons découvert cette clairière, dit le général en s'arrêtant et en saluant courtoisement les personnes qui l'accompagnaient; mais, peu

est bien que nous désirons nous ferons bien de

importe, senor, a monavis, le lieu

choisi pour l'entretien avoir, et. je crois que nous y tenir,

— Je partage complètement votre opinion, senor général, restons donc ici, il nous, serait difficile de rencontrer mieux.

Les six officiers formèrent alors un groupe au milieu de la clairière et on commença les présentations , car ces hommes qui se con-; naissaient parfaitement de nom et qui venaient de si loin traiter d'importants intérêts, ne s'étaient jamais vus jusqu'à ce jour.

Ces officiers étaient du côté des créoles espagnols : le général don Eusebio Morartin, le duc de MantoUe, ce Français qui exigeait qu'on ne l'appelât gue Louis" Dubois, et don Juan Armero, officier montonero de la cuadrilla dé Zèno Gabrâl.

Les Brésiliens étaient représentés par le général don Roque,- marquis de CastëlmelhOr* le capitaine don Sôbastiao "Vianna, son aide de camp", et un autre officier 1 d'un grade inférieur qui joUe un rôle trop effacé dans cette histoire pour que -nous le présentions plus sérieusement au lecteur. '

Le marquis de Càstélmellïor n'était plus 1 élégant et beau cavaiièr que nous avons vu dans le prologue de ce long récit. Les années, en s'accumulaht sur sa tête, avalent sillonné son visage 1 de rides profondes, le : feu de soir regard s'était éteint pour ne lui laisser qu'une expression inquiètes sombre et presque farouche ; ses cheveux avaient blàncm ; et sa haute taille commençait à se courber sous le poids des fatigues incessantes de la vie militaire, ou

lage.

Ces officiers silencieux et sombres, se. regardant ainsi a la dérobée avant d'entamer l'entretien, ressemblaient bien plutôt à des duellistes prêts à engager le fer qu'à des diplomates reunis pour discuter de hautes questions politiques,

. Le marquis comprit bientôt que ce silence, en se prolongeant, deviendrait de plus en plus difficile pour tous et les placerait dans une situation embarrassante ; aussi, après avoir passé à plusieurs reprises la main sur son front, comme pour en chasser une pensée importune, prit-il sur lui-même de: le rompre.

— Gaballeros, dit- il en réclamant l'attention d'un geste, je suis heureux qu'il nous soit enfin permis de nous rencontrer face à face ; l'occasion qui s'offre à nous est trop précieuse pour que nous n'en profitions pas en hommes de cœur, afin d'essayer d'aplanir les difficultés en apparence insurmontables qui, depuis si longtemps, nous divisent et. qui, animés comme nous le sommes de sentiments vériUiblement patriotiques, n'existeront plus dans quelques minutes, j'en ai l'espoir..

— Voilà qui est bien parlé, vive Dios!

s'écria une voix railleuse parlant de l'intérieur du bois, et j'aurais été désespéré de ne pas arriver à temps pour assister aune aussi philanthropique réunion.

Les officiers se retournèrent avec un étonnement qui touchait à l'épouvante en attendant les accents ironiques de cette Yoix et ils se reculèrent en portant vivement la main à* leurs armes.

— Y aurait-il trahison? s'écria le marquis en interrogeant du regard le général JMoratin.

Au même instant, les buissons s'écartèrent, et un homme bondit plutôt: qu'il entra dans la clairière.

— Bon Zèno Cabrai 1 firent les Buenosayriens avec stupeur^ ..--■.

— Moi-même, senores, répondit railleusement le montonero, en ôtant son chapeau et saluant courtoisement à la ronde, vous ne m'attendiez pas, il me semble. Et faisant quelques pas en avant : J'arrive au bon moment, à ce qu'il paraît. Que je ne yous gêne en rien> continuez, je vous prie; ce caballero dont je regrette de ne pas savoir le nom, mais vous me l'apprendrez, ri'esl-ce.pas? a]outa-t-il en s'inclinant avec une expression de mordante ironie devant le marquis, ce caballero était en train.de dire des choses fort sensées que je serais au désespoir d'interrompre plus ^longtemps.

■ ■■ : XXIII ■-■ Tigres . et renards* \'

Gomment-don Zèno Cabrai;, que nous avons quitté au milieu des Gordilïières, était-il arrivé ainsi à l'improviste pour assister à ce mystérieux conciliabule ?

"Gtest ce que nous allons expliquer au lecteur, mais pour cela il nous faut retourner dé quelques pas en arrière et revenir au moment où nous l'avons laissé rentrant dans soncamp. - : f ^ » -

A peine le soleil commençait-il à paraître

au niveau de l'horizon, que le montonero sortit de la tente dans laquelle il avait veillé pendant la nuit tout entière, et donna l'ordre â un soldat d'aller chercher don* Juan Armero. •

Celui-ci arriva au bout de quelques minu~ tes à peine.

~ — Ecoutez* don Juan,- lui dit Zèno Cabrai en passant son bras; sous le sien et en Pen- Iraînant à l'écart, où il commença à lui parler presque à l'oreille, après s'être assuré par un regard circulaire, que nul ne~pouvait entendre, vous m'êtes dévoué, n'est-ce pas ? <

— A la vie et à la mort, général vous le savez. ■

— Oui» je le sais, mon ami, mais la mission 1 crue je veux vous confier est d'une si haute importance; que j'avais besoin de vous en-:

tendre me le répéter.

L'officier s'inclina sans répondre; le général reprit: ;

—.Depuis que je vous ai quitté pour me rendre au camp des Piocheyras, dit-il, j'aiappris bieu des choses. Pendant que nous»

sommes ici à guerroyer loyalement au périt de notre vie pour assurer l'indépendance de notre patrie, il parait que là-bas, au Tucu>man, ceux qui nous gouvernent nous tendent en ce moment d'assez jolis pièges; les preuves de leur trahison sont à peu près toutes entre mes mains ; mais elles ne suffisent pas encore pour le coup que je Yeux leur porter.

J'ai conçu un projet audacieux dont la réussite dépend complètement de vous.

— Bon, fit l'officier; alors soyez tranquille, général, je réponds de tout.

— Tenez, don Juan,ajoula-t-il en ! lui présentant une large lettre cachetée avec soin : prenez ce papier; il contient vos instructions; j'ai préféré vous les donner écrites que de vive voix, afin que vous n'oubliiez aucun détaillorsque le moment d'agir sera arrivé ; vous me comprenez, n'est-ce pas 1

— Parfaitement, général; quand parliravjo?

— Tout de suite ; vous emmènerez six hommes avec vous.

— Pour quoi faire? général.

— Tous le saurez plus tard. :

— Ah ! bon, continuez.

— Hier, sont arrivés avec moi, au camp, deux officiers royalistes dont je ne sais que faire; cependant, comme ils sont mes hôles; je veux les traiter avec égard, vous les accompagnerez jusqu'en vue des avant-postes espagnols, et là vous les laisserez; il est bien entendu que, pendant tout le temps qu'ils demeureront avec vous, vous aurez pour eux les attentions les plus amicales, et yous les défendrez même au besoin.

J — Gela sera fait, général. Après 1 r

-, ~ Vous n'ouvrirez la lettre contenant vos instructions que lorsque vous aurez atteint les plaines ; vous lirez attentivement ces instructions, vous les graverez dans votre mémoire^ puis, vous anéantirez ce papier de façon à ce que la. plus mince parcelle ne puisse en être retrouvée.

— C'est entendu, général; avez-Yous d'autres ordres à me donner ?

— Aucun, mon ami ; il ne nie reste qu'à vous recommander; non pas d'être brave, je vous connais trop : bien pour douter de ; votre courage, mais d'être prudent, adroit, : et surtout d& réussir. -' - -.->-; |. — Je réussirai, je vous le jure sur Thonjneur, mou général. • : : - n | — Je retiens -vôtres parole,- mon^ ami : et Maintenant, mon cher don- Juan , il ne me; Teste plus qu'à vous souhaiter un bon vOyagêLune bonne chance* et à -vous s errer la main, ;ayou;ta-il en tendant vers lui la main ai ditev :qué l'officier- serra énergiqùement à : pluëiéûrs ; reprises* : ■■•■';'• ■.-- ;^ -:- :.

; — Ëh! : général, voici mes' compagnons dë : route,; il ine semble, dit don Juan. ; ..■••■"

i — Ge sont eux; en effet, répondit le monto-. nero en s'avàncant au-devant dés deux Espagnols qui se- dirigeaient vers lui dans Pihtèh.ition évidente de le saluer; [ Après l'échange - des premiers compli-

•.K'#-?^..-ÏÎB?ra J i»^fe\^:S;fcST.:L-Cï7^..'; ; ^^

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il*

înents, Zèno Cabrai aborda franchement la question avec eux, certain, du reste , qu'ils tie courraient qu'être satisfaits de la perspective de rejoindre bientôt en sûreté l'armée dont ils faisaient partie. Le monte^ nerône s'était pas trompé dans ses suppo* sitlions à cet égard'. Le comte de Mendoca et le capitaine onega^; reçurent, avec les marques du plus vif contentement, la nouvelle de leur prochain départ, et ce fat de la. façon ia plus cordiale, et en le remerciant vivement de la façon loyale dont iL avait agi envers eux, qu'ils prirent congé de lui pour se préparer à/quitter le camp sans délai.;

Une heure plus tard, une petite troupe dé cavaliers, coin mmandée par don Juan Armexo'ï et ayant avec elle les deux officiers espa gnols, s'éloignait du camp et prenait au galop la direction des plaines. .

Zèno Cabrai, pour des motifs que sans doute il connaissait seul, mais qui devaient être fort graves, demeura encore deux jours arrêté dans le lieu où il se trouvait ; cependant, malgré cette immobilité, il .était loin de demeurer inaclif, des éclaireurs et des batteurs d'estrades, choisis avec soin parmi les riommes les plus agiles, les plus braves et les plus adroits étaient incessamment expédiés dans toutes les directions, et à leur rentrée au camp ils étaient immédiatement in terrogés avec la plus sérieuse attention par le général qui paraissait attacher la plus grande importance à leurs rapports.

Enfin, dans la soirée du' deuxième jour écoulé depuis le départ de don Juan Armero, un batteur d'estrade sorti depuis la veille, rentra dans le camp; cet homme semblait accablé de fatigue, son cheval était couvert de sueur et se soutenait à peine sur ses pieds.

A là vue de cet homme, le visage de don Zèno qui, pendant toute la journée avait été sombre et inquiet, s'éelaircit tout à coup; il s'avança rapidement vers lui et, lui laissant à peine le temps de mettre pied à terre, il le saisit par le bras et l'entraîna dans sa tente, . où il eut avec lui un entrelien qui se prolongea pendant plus d'une heure.

Enfin le batteur d'estrade sortit et rejoignit ses compagnons qui, à leur tour, voulurent

reprises d'un air mélancolique.

— Prenez garde, général, dit il enfin, ces imprudences , j'en ai le pressentiment, vous coûteront elïeT quelque jour !

— Bah'l'Yous : êtes fou de vous inquiéter ainsi, don Sy Mo ; bientôt vous me verrez reparaître gai et dispos, croyez -en ma parole.

Et sans plus écouter le vieil officier qui essayait encore de le retenir, le jeune homme enfonça les éperons aux flancs de son cheval qui l'emporta au galop et disparut au bout de quelques minutes à l'angle du senier.

Pendant près de trois heures, malgré " les difficultés dii terrain qu'il foulait et qui, dans certains endroits, devenait presque impraticable le monlonero maintint son cheval à une allure rapide, puis, lorsque sans doute il se crut assez éloigné de ses compagnons pour ne pas risquer d'être rejoint par eux, il retint la bride, prit le pas et, laissant tomber sa tête sur sa poitrine, il se laissa aller à ses réflexions.

En quittant ainsi sa cuadrilla à l'impro viste, Zèno Cabrai agissait sous l'influence de

toujours marché en avant sans douter et sans hésiter, lorsque autour de lui' lés plus convaincus sentaient leur foi chanceler et leur espoir s'évanouir, comptait-il Un nombre considérable d'ennemis secrets et implacables parmi les hommes que les circonstances foujours étranges d'une révolution avaient tout à coup fait sortir de la foule, où jusque-là ils étaient demeurés confondus* et -qui maintenant se croyaient appelés à prendre en main les rênes du nouveau gouvernement.

Quelques-uns le supposaient un homme à.

courte vue. et sans valeur politique; d'autres ui prêtaient, au contraire, une ambition démesurée et lui supposaient des projets mûris dans le silence et qui n'attendaient qu'une occasion favorable pour paraître au grand jour ; d'autres encore en faisaient un niais de bonne foi, bon tout au plus pour se battre et se faire tuer, sans même savoir pourguoi.

Mais to.us.le redoutaient.

Deux hommes surtout avaient pour lui une antipathie profonde et une crainte instinctive que rien ne parvenait à dissiper. .*

Ces deux nommes étaient lé duc de Man-

toue et le général don Eusebio Moratin.

C'est que, ennemis d'abord, ces deux personnages n'avaient pas tardé à se comprendre provinces buenos-ayriennes, grâce à latrahi» 1 et à se réunir dans une même pensée : l'acson de plusieurs chefs du mouvement révo- \ eomplissement du même projet, et qu'ils

l'interroger, mais tous leurs efforts furent vains, ils ne purent en rien obtenir; il avait probablement reçu de son chef de sévères instructions à cet égard, car il se borna a répondre car oui et par non à toutes les questions qui lui furent adressées, et évita soigneusement et avec la plus grande adresse d'entrer dans aucun détail sur son expédition.

Le lendemain, au point du jour, Zèno Cabrai donna enfin l'ordre attendu si impatiemment par tous, les monioneros de lever le camp ; puis, lorsque tous les hommes furent à cheval et que les premiers rangs commencèrent à s'ébranler dans la direction des plaines, d'un signe le chef appela auprès de lui le capitaine Quiroga.

Le vieil officier, dont les regards étaient incessamment fixés sur son commandant, accourut aussitôt se ranger auprès de lui.

Zèno Cabrai était une de ces natures franches, déterminées, qui ont horreur des longs discours et vont toujours droit au but.

^Don Sylvie, dit-Il à son subordonné, certaines raisons qu >u est inutile que je vous fasse: connaître en ce. moment, m'obligent à vous confier de nouveau la cuadril la.

.— i Comment, général 5 s'écrià-t-il avec une pénible' surprise, à peine de retour vous nous quittez déjà?

^'11 le faut. Pendant que nous sommes ici itse passe là-bas, dans les villes,, d'étranges choses qu'il est dé mon devoir de surveiller. Je vous ai indiqué la route à suivre, ne vous

lutionnaire, étaient plus que jamais mise en question.

Non pas que ces chefs eussen^la pensée de traiter avec les royalistes et de replacer leur patrie sous le joug détesté de l'Espagne, tetle n'était pas leur intention, loin de là; mais ainsi que cela existe toujours dans les moments de crise pour les pays qui, lorsqu'ils ont renversé, ou à peu près, un gouvernement, cherchent à en constituer un autre, les ambitions, noyées d'abord sous le flot oujours montant du patriotisme, commençaient déjà à surnager à la surface, à se faire jour peu à peu, et les chefs qui jusque-là avaient combattu avec le plus de dévouement et ' d'enthousiasme pour la cause de leur pays, jugeant le moment favorable, tendaient leurs filets et dressaient leurs I batteries dans l'espoir de confisquer la révolution à leur profit et de se tailler une toge de^dictateur, ou peut-être un manteau de roi dans l'étamlne sanglante du drapeau de l'indépendance dont ils avaient été les premiers soldats, qu'ils avaient tenu d'une main si ferme et élevé si haut contre les oppresseurs de la métropole.

Le montonero avait accueilli la révolution avec cette joie et cet entraînement qui caractérisent les natures d'élite; la première cuadrilla sérieuse que les insurgés avaient opposée aux troupes royales, avait été celle qu J il commandait encore aujourd'hui et qu'il avait , avec un dévouement et un désintéressement, rares, levé et équipé à ses frais ; jamais il ne s'était mêlé aux intrigues politiques ■ qui, dès le premier jour du soulèvement, avaient commencé à déchirer les colonies. Sans ambition personnelle* aimant

profondément sa patrie, Zèno Cabrai s était contenté de combattre pour elle en toutes circonstances et de se placer résolument à l'avant-garde, en offrant généreusement sa poitrine aux premiers coups de l'ennemi. K

Un homme du caractère de Zèno Cabrai devait donc, pour une foulé de raisons inutiles ?à- déduire, porter ombrage à tous ces ambitieux de bas étagelet à ces vautours à leur suite qui cherchent une curée facile et productive dans tous les grands mouvements populaires ; qui, dans ïeurégoïsme sordidement vil, ne voient que leur intérêt personnel, et pour 1 lesquels le nom sacré de patrie, qui fait tres-

en écartez pas d!une ligne, peut-être vous saillir de joie et d'orgueil les nobles cœurs Té]oihdrai-ie plus tôt que vous ne le croyez. * -

-r- Dieu lé veuille; général.

. "-- Merci donc ; au revoir, bon courage.

t- Est-ce .que vous partez seul ?' .■"•'..-

— : Pàrdiéul fit-il en; souriant, i v

Le vieil officier, hocha la tête à plusieurs

nest qu'un écho sonore d'un sentiment ridi

;CUle.. '■.-;.•: , ■ v- ■

Aussi le hardi montonero, dont lès /téméraires coups domains et les. audacieuses entreprises avaient si souvent rétabli la fortune chancelante de. la révolution; celui qui avait

du même projet, et prévoyaient qu'au moment de l'exécution un obstacle infranchissable se dresserait devant eux, et que cet obstacle, le montonero seul 1© ferait surgir.

Du reste, ces deux personnages étaient faits pour s'entendre, et l'esprit du mal qui s'occupe plus des choses de ce monde qu'on ne le suppose généralement, les avait créés sans doute afin qu'ils pussent se compléter l'un par l'autre.

M. Dubois, ancien oratorien, ancien conventionnel, ayant servi tour à tour tous les gouvernements qui s'étaient depuis vingt ans succédé en France, et les ayant trahis tour à tour, contraint d'abandonner l'Europe, ne s'était réfugié en Amérique que dans l'espoir de se reconstituer une fortune et une position équivalente à celle qu'il avait perdue. Pour atteindre ce but, il lui fallait pêcher dans l'eau trouble des révolutions, et l'insurrection des colonies espagnoles lui offrait l'occasion qu'il cherchait si ardemment.

Résolu à rompre avec son passé, la rencontre fortuite qu'il avait faite du peintre français lui avait été excessivement désagréable à cause des histoires peu édifiantes que celuici, s'il était interrogé, pourrait raconter sur sa vïë passée, il avait habilement dissimulé. la contrariété que lui avait causée cette rencontre, avait feint la plus grande joie de.retrouver uu compatriote sur la terre d'exil, et sous les apparences de la plus vive amitié, il avait tout doucement essayé de le perdre, ce à quoi il avait presque réussi; le peintre n'avait que par miracle échappé aux pièges tendus sous ses pas avec un si profond machiavélisme.

Arrivé à Tucuman et mis en relations suivies avec le général don Eusebio Moratin, avec cette expérience du cœur humain.qu'iî.

possédait à un si haut degré, H l'as ait jugé. en "*un instant et- s'était dit : voilà l'homme qui me rendra ce que j'ai perdu.

Son parti fut pris aussitôt, et ^manœuvra en conséquence. Don Eusebio ne visait à rien moins qu'à être nommé président de- la république. M. Dubois résolut de l'aider à arriver au pouvoir, et un pacte fut conclu entre les deux hommes, dont Mn était une espèce de brute, féroce, sauvage. à demi dégrossi par. une fausse '-.civilisation., et l'autre un ambir tieux froid, cauteleux, calculateur, et dont ta civilisation atrophiée du dix-huitième siècle avait fait moins qu'un homme et plus qu'un démon. t

Zèno Cabrai, gui par sa présence aurait gê^ né et probablement contrecarré lés machina^

i Paris, 4- Imp. Ch. Schiller, r.Eanb. -Montmartre.;

'^>>j^r*^ ^ ^L\<T^ir^^.

ZENO CABRAX.

lions ténébreuses des deux personnages, avait, sous tin pTéiexie honorable, été éloigné ainsi que sa cuadrilla; puis des négociations avaient été enîaïnées. -

Malheureus-e ment pour les; projets de don Eusebio et de M. Dubois, Zèno Cabrai, bien qu'il fût éloigné, n'en était pas moins à craindre, el peut-être était-il plus redoutable par son absence même.

Si le montonero avait un grand nombre d'ennemis, il complaît aussi quelques amis, hommes honnêtes, et, comme lui, dévoués à la chose publique. Ces amis, sans être parvenus à dévoiler complètement les menées coupables du général et de son acolyte, avaient cependant réussi, si grande que fût la prudence de ceux-ci, à obtenir sur leurs projets certaines données qui leur avaient suffi pour deviner à peu près le but auoùel tendaient leurs efforts.

Si incomplets que fussent ces renseignements, les amis du montonero Savaient pas hésité, vu la gravité des ci- constances, à l'avertir et a le mettre au courant de tout ce qui s'était passé dans la ville, à rassemblée des représentants de l'ancienne vice-royauté de Buenos-Ayres; mais encore ils lui apprirent tout ce qu'ils avaient réussi à surprendre des projets cachés du diplomate français et du générai Moratïn.

Zèno Cabra! avait depuis longtemps de fortes préventions contre ces deux hommes ; ses soupçons sur leur loyautés valent, à plusieurs reprises, été éveillés par les tentatives que que ceux-ci avaient faites à plusieurs reprises auprès de lui, sans oser cependant jamais s'expliquer clairement,- de crainte d'échouer honteusement auprès d'un homme dont ils étaient, malgré eu*, contraints de reconnaître l'inflexible honorabilité.

Depuis la veille, les soupçons du montonero s'étaient subitement chaires en certitude. Le dernier batteur d'estrade arrivé au camp lui avait annoncé des nouvelles d'une si liante gravité que le doute devenait impossible devant les faits accomplis, faits dont les preuves lui avaient été fournies d'une manière péremploire par le messager.

Le général Moralin, se croyant assez fort pour marcher à découvert, grâce à l'appui que lui avait prêté dans le congrès une majorité achetée à beaux deniers comptant*, avait soudainement jeté le masque, et posé sa candidature, non pas à la présidence mais à la dictature des provinces unies deBuénos- Ayres, s'appuyant.d'un côté sur la majorité dont nous avons parlé et dont les voix lui étaient acquises, i-t de l'autre sur les forces

en songeant à l'abîme subitement ouvert par l'ambition hideuse d'un' nommé sans fol et sans moralité, abîme dans lequel allait s'engloutir à jamais l'indépendance de son pays et ces franchises si chèrement acquises, par dix ans de luttes et de combats opiniâtres.

Mais don Zèno Cabrai était non-seulement un véritable homme de coeur,mais encore une de ces natures énergiques, immuables dans leurs convictions, que les obstacles excitent au lieu de les décourager, et qui, grandissant avec le danger, se trouvent toujours au niveau de la situation, quelle qu'elle soif, dans laquelle la fatalité les place. Au point du jour sa résolution était prise : sauver son pays de la ruine dont il était menace quelles qu'en dussent être , pour lui personnellement , les conséquences. Son plan dressé avec soin, il se mit immédiatement en mesure de l'exécuter. Mais comme le montonero était aussi prudent et aussi rusé qu'il était brave, malgré la confiance illimité qu'il avait en ses compagnons, il leur laissa ignorer les faits qui s'étaient accomplis à Tucuman en leur absence, et après avoir exigé du batteur d'estrade porteur des nouvelles une promesse solennelle de garder le silence le plus profond sur ce qu'il lui avait appris, il quitta sa cuadrilla et se dirigea hardiment vers les basses terres, afin d'obtenir par lui même les derniers renseignements qui lui. étaient indispensables pour mettre ses projets à exécution, tout en se réservant in petto, si cela devenait nécessaire plus tard, de mettre en quelques mots ses soldats au fait des événements, certain de l'appui qu'ils n'hésiteraient pas à lui donner.

Un voyage à travers 10s Cordillières n'était rien pour Zèno Cabrai, dont la vie tout entière s'était écoulée à parcourir les pampas dans tous les fens, et dont les besoins matériels se réduiraient au strict nécessaire.

One peut avoir à redouter un véritable coureur des bois dans ces majestueuses solitudes qui sont devenues pour lui pnsque une p-ilrie et dont il connaît les sites tes plus inexplorés.

Bien que le montonero ne s'astreignît pas à suivre les sentiers tracés et qu'il voyageât à l'indienne, c'est-à-dire en coupant en ligne droite et à vol d'oiseau a travers ravins et fondrières, franchissant les obstacles sans dévier d'une ligne, ce ne fut que vers le soir du troisième jour après son dépari du camp, qu'il atteignit enfin les plaines, au moment où le soleil disparaissait à l'borizon, el que presque sans transition au en ne les ténèbres envahi suaient le ciel.

Zèno Cabrai, fatigué d'une longue course, chereha immédiatement un endroit propice pour établir son campement de nuit.

Cette recherche rie fut pas longue. Devant lui, une rivière assez large, aux ilôts couleur d'émeraude, déroulait comme un serpent les sinuosités de son cours. En homme expérimenté et connaissant depuis longtemps les lieux où il se tïouvait, le monionero se dirigea vers une açore a ; s^z élevée qui s'avançait dans le lit de la rivière et dont, la eîme et les lianes dénudés lui offraient Un

Vharina loslada, ou farine rôtie délayée avec de Feau et du sucre dans une corne de taureau sauvage, forme la principale nourriture des habitants de ces régions; il soupa de bon appétit.

Son repas terminé, il alluma une cigarette qu'il fuma avec celte religieuse béatitude qui caractérise les HispanoAméricains lorsqu'ils se livrent à celle occupation, pour eux si remplie de charmes ; puis il ni sa prière, s'enveloppa dans son poncho, plaça ses pistolets et sa carabine à portée de sa main, s'étendit lès pieds au feu, ferma les yeux et s'endormit presque aussitôt, sans paraître se soucier des bruits mystérieux du désert, ni des rauquemenls des bêtes f au Yes,.qui, chassées par lafairh de leurs tanières ignorées, rôdaient dans les ténèbres en quête d'une proie et, parfois attirées par les tueurs rougeâtres du feu de veille, venaient sournoisement reconnaître les abords du campement.

Double duel.

refuge assuré contre les rôdeurs, hommes ou

militaires de longue main travaillées parjses agents, qui se trouvaient, à cause des récents événements, coneenirées autour de là place, et dont le concours lui, paraissait assuré pour un coup de main.

Sans perdre de temps, le " général s'était fait proclamer dictateur sur les marches du C^bildo ,• aux applaudissements de la populace; puis il avait dissous le congrès désormais inutile, formé un ministère dont M. Dubois avait été nommé par lui président , lancé dès manifestes dans toutes les provinces de la république, -et, après avoir mis le Tucuman en état de siège,, fait camper ses troupes sur toutes les places de la vide et emprisonner les citoyens suspects, c'est-è-dire d'une opinion opposée à la sienne; il avait inauguré sa dictature en condamnant à mort et faisant exécuter dans les vingt quatre heures six des hommes les plus influents et les plus justement respectés de la province.

La terreur régnait dans le Tucuman, le régime militaire, rabus de la force, le mépris -du droit des gens avaient, au ; nom de la liberté^ inauguré une ère de sang et de larmesi

En apprenant ces sinistres nouvelles, un frisson d 'horreuT avait parcouru les mem bres

&^ m P nlDnero 1 ; ! a , nuit tout entière S'était I après avoir jeté sur les tisons ardents quei- , f52 u l? e iPP u J ^1 A an t U ?Ç insomnie terri- ques morceaux de charqui, viande coupée en

nie. n frémissait de honte et de désespoir! longues lanières et séchée au soleil, qui, avec

fauves, qui, dans les llanos^ sont sans cesse aux aguets pour surprendre les voyageurs.

Apiès avoir enlevé les harnais à sou cheval et l'avoir bouchonné avec soin, le jeune homme l'entrava pour l'empêcher de s'éloigner, le.. fit boire, puis il étendit une pessâdà à terre et lui donna sa ration de maïs sec, provende que le noble animal, malgré sa fatigue, accepta avec un hennissement de plaisir et se mit incontin en t h broyer -a pleine bouche.

Ce devoir accompli envers son fidèle cokh pagnon, le^Monlônerb songea à son souper et â son campement; de quelques coups, de sabre, il abattit le bois nécessaire, pour entretenir, pendant toute la nuit, un feu de veille de tiné à éloigner les bêtes féroces; puis,

Bien que le montonero eût atteint, grâce à.

la rapidité avec laquelle il voyageait, la zone tempéTée des Cordillières, et que déjà il ressentît pendant le jour une chaleur assez forte, cependant les nuits étaient toujours froides, ou, pour mieux dire,' glaciales ; l'aventurier ne s'était autrement occupé de cette particularité désagréable qu'il connaissait depuis longtemps que pour s'envelopper avec soin dans ses ponchos, ses couvertures et ses pdlones, peaux de moutons peintes fort en usage dans ces contrées, et qui, après avoir recouvert la selle du cavalier pendant le jour, lui forment la nuit un lit chaud el moelleux que la pluie et la neige ne. sauraient traverser. De plus il avait eu soin, avant de se livrer au repos, de jeter une quantité considérable de bois dans le feu et de se coucher les pieds exposés à la flamme. Cependant, malgré toutes ces précautions, vers minuit, la bise devint si piquante et le froid tellement vif, que don Zèno s'éveilla, et, après une lutte désespérée de plus d'un quart d'heure pour reprendre le sommeil qui l'avait fui, et | contraint de s'avouer vaincu, il sortit à demi gelé de dessous ses fourrures et alla en maugréant s'asseoir près du feu à demi éteint, et qu'il fut obligé de raviver.

La nuit éclairée par les pâles rayons de la lune était calme, belle et claire; le ciel û%n bleu profond semblait pailleté d'éblouissantes étoiles;- l'atmosphère, d'une pureté et d'une transparence singulière, laissait à Une assez grande distance distinguer presqu'aussi bien qu'en plein jour, bien que la lumière fût toute différente, les accidents du paysage qui prenait aux reflets blanchâtres de là lune dés proportions grandioses et des apparences fantastiques.

Les hulottes voletaient ça et là, attirées, par le bourdonnement des cerf s : volants dont elles

font leur nourriture, et qui planaient autour du feu; les petites chouettes grises de la pampa, gravement perchées sur les branches basses des arbres, fixaient d'un air mélancolique leurs yeux ronds sur le campement du chasseur. Au loin dans les fourrés s'entendaient les hurlements saccadés des loups auxquels à de longs intervalles se mêlait un miaulement sonore et strident, auquel, répondait immédiatement un autre de même espèce dans une direction opposée, Lorsque s'élevait dans le silence ce miaulement sinistre, tous les cris du désert faisaient immédiatement sir lencè, des froissements précipités agitaient : les buissons sous ; les pas effrayés des, animaux fuyants éperdus, car ils reconnaissaient

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ZENO CÀMAL,

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le rauquement formidable du cougouar. L&- 1 tyraii de la pampa était en quêté d'une proie et chassait en compagnie dé sa famille.

Zèno Cabrât était trop familiarisé avec les^ bruits du r déseTt : , pour s'inquiéter des hurlements des fauves, bien que ceux-ci semblassent se rapprocher assez rapidement dé l'en droit qu'il avait choisi pour son campement rMnuit. Jt se contenta d'aller parler à son cheval, attaché à quelques pas, et de le flatter afin de rassurer le pauvre animal que les rauquements des tigres faisaient trembler de terreur; puis H revint s'asseoir auprès du feu, en renonçant définitivement â dormir; il se mit en devoir de tordre une cigarette en promenant autour de lui des regards indifférents, plutôt paT désoeuvrement que par l'impulsion d'une crainte quelconque.

Nous l'avons dit, la nuit était spl

nous nous laissons surprendre,; mais cette; fois, Heureusement, si: Je rai été, c'est par des amis que je suis heureux de rencontrer, car je les cherchais,, et je suis, h eureux.de les voir.

— Nous Jes avons reçus dfaprès les lois de l'hospitalité indienne; ils sont nos ; , frères; Àfual a exigé que nous agissions ainsi.

— Malédiction ! s'écria le. montohero en frappant du pied avec .colëré et se levant en

Alors, dit Gueyma en souriant, vpu s # ne j proie à une agitation extrême.

avoir ainsi i

>plendide; le ciel semblait un dôme de diamant, la superbe végétation qui accidentait le paysage appa?

raissait ça et là comme des masses sombres dont Ja° lune éclairait doucement les con-.

tours. D'innombrables vers-luisants jetaiens de longues et brillantes étincelles dans let interstices des branches des arbres, tandis que des millions d'insectes invisibles faisaient bruire les bois de leurs faibles rumeurs.

Ces beautés naturelles jointes au bruit cadencé des flots'd'une large rivière qui, comme un ruban d'argent, dessinait a peu du dislance ses capricieux détours, et à la calme majesté de la nuit, présentaient un spectacle gracieux et sévère qui, peu a peu, émut l'âme impres-^ sïonnablo du hurdi montonero et le plongea presque à son insu dans une mélancolique rêverie dans laquelle tontes ses facultés furent bientôt si complètement absorbées, qu'il perdit la conscience non- seulement du lieu où il se trouvait, inais encore des hôtes incommodes dont ïï était environné, nageant voluptueusement dans le riant pays des chimères et s'éleva nt par la pensée à des hauteurs incommensurables telles que seule 11maginalion, cette folle du logis, lés peut atteindre.

Depuis assez longtemps déjà le montonero était plongé dans celte rêverie, lorsqu'il en f iit subitement tiré par la même impression de froid qui déjà avait, deux heures auparavant, interrompu son sommeil.

Le jeune homme releva la tête en réprimant un léger frisson et s'enveloppa avec soin dans son poncho, tout en jetant machinalement les yeux autour de, lui.

Deux hommes gravement accroupis devant le feu, en face de lui, le regardaient attentive; ment tout en fumant du tabac roulé dans des feuilles sèchrs. Ces deux hommes étaient armes, leurs fusils reposaient sur leurs genoux.

Malgré la surprise toute naturelle cependant qu'il devait éprouver en apercevant ainsi à l'improvisté des hôtes qu'il était loin d'attendre à cette heure avancée de la huit et surtout au fond de ce désert, le visage du monlonero demeura impassible, ses traits conservèrent leur rigidité, . ses sourcils ïnéme ne se froncèrent pas.

— Ohl oh! dit-il en espagnol en essayant de distinguer à travers le rideau de flamme qui les voilait à quelles sortes dé gens il avait affaire et s'ils étaient amis ou ennemis, vous voyagez tard, senores? N'importe, soyez les bienvenus à mon feu de veille; si vous avez faim ou soif, parlez, j'ai quelques provisions dont je serais heureux de disposer en votre faveur.

-^ Les visages pâles ont les oreilles bouchées lorsque tours yeux sont clos, répondit un des étrangers; il est facile d'arriver jusqu'à eux^

— C'est vrai, répondit en souriant le jeune homme qui, au premier mot quïit avait prononcé, avait recounu son interlocuteur; vôusi avez; raison, Cougouar : nous autres blancs,i quelque grande que soit notre habitude du?

désert, nos sens n'atteignent jamais le àegtë 4e perfection que possèdent les vôtres, éli

nous gardez pas Tancune de vous surpris à l'improvisté ?

— Loin de là ; d'ailleurs, ne savez-vous pas que, en tous lieux et à toute heure, je serais, charmé de recevoir votre visite. Maïs, comment se fah>il que vous vous trouviez dans ces parages juste en même temps que moi?

— Avez -vous donc oublié le rendez- vous que vous nous aviez donué*? objecta le Cougouar.

— Non, certes; mais si mes calculs sont justes, vous devriez avoir passé ici depuis longtemps déjè.

— En effet, reprit Gueyma, nous sommes en retard de trois Jours.

— Ge n'est pas Un reproche que je vous adresse, chefs, bien au contraire, dit vivement le montonero. J'avais, ainsi que je crois) vous l'avoir fait observer déjà, le plus vif désir de vous, voir ; je vous répète môme que je vous cherchais.

— Voilà qui est bien, et le Cougouar a été bien inspiré lorsque, après avoir aperçu la lueur de votre feu, il m'a engagé à aller avec lui à la découverte.

— Je reconnais là la prudence et îa sage? se du Cougouar ; grâce à lui, nous éviterons une grande perte de temps pour la réalisation de nos projets, dont, je vous l'annonce avec joie, mes amis, je crois désormais le succès assuré.

-T-Ooahl parlez vous sérieusement, frère?

s'écria Gueyma avec joie.

'■— Vous en jugerez bientôt, jel'espère, mais parlons de vous d'abord : yous avez été retardé, m'avez-vou s dit?

— Oui, répondit le Cougouar, voici de quelle façon : premièrement, nous avons été rejoils par un des principaux chefs de noire nation, qui, à la tête d'un faible détachement de guerriers, a traversé le désert pour nous confirmer la nouvelle que. déjà vous nous aviez donnée de la trahison des... •

— Ahl fil Zèno Cabrai, et ce chef vous était expédié... .

— Par Tarou-Niom lui-môme, dit le Cougouar; U se nomme Arual, ajouta-t-il en lançant un regard significatif au montonero.

— Arual 1 s'écria celui-ci avec un tressaillement nerveux et eh fronçant les sourcils.

— Mon frère connaît-il donc ce chef ? démanda Gueyma. -

— Moi, répondit Zèno Cabrai avec une feinte indifférence, mon frère veut rire, sans doute; comment le connaîtrais- je?

— Gela paraît effectivement difficile , à moins que mon frère n'eut, dans d'autres temps, parcouru les lerritoires de chasse de ma nation.

— Jamais jen'ai dirigé la tête démon che val de ce côté; ce chef est reparti sans doute après avoir accompli sa mission? -

— Non pas; il est demeuré avec nous, au contraire, dit le Cougouar; mais notre troupe s'est encore augmentée depuis.

-^- D'autres guerriers i*ont rejointe.

— Non, ceux-ci sont des" voyageurs, des blancs.

'— Dès blancs !

— Oui, au nombre de six.

-— Ah ï fit le Montonero avec une expression étrange; des voyageurs blancs dans ces régions, à cette époque de l'année, voilà qui est singulier; sur mon âme^ ce sont des ennemis probablement rjui ont été surpris par vous ainsi que je l'ai été moi-môme.

— Non ;■ ce sont des hôtes.

— Dès hôtes? reprit Zèno Cab|al avec incrédulité ' , '-"

— Gela est ainsi ; ces voyageurs/ se sont, de> leur plein gïêvprésentés|à nous eh réclamant: notre aidé et notre appui.

. -^ Et... fit-il avec une anxiété mal dissimulée.

Cette nouvelle seraithelle mauvaise pouT mon frère? demanda Gueyma.

Mais Zèno Cabrai, par un effort violent de sa volonté, avait déjà repris tout son empire sur lui-même!

r-.Mon frère se trompe, répondit- il en souriant ; cette nouvelle ne m'affecte en aucune sorte. Que, m'importe ces hommes, à moi!

— Deux d'entre eux sont des femmes, je le suppose du moins, insinua le Cougouar.

Le montonero feignit de ne pas entendre cette remarque charitable; lise détourna pour dissimulea le trouble qu'elle lui causait, et, penchant la tête en avant :

—En tendez -vous? dit il en leur faisant signé de prêter l'oreille.

— Nous entendons depus longtemps,, répondit Gueyma. t -

—Les fauves se rapprochent ; il s rôdent aux environs. Je ne sais pourquoi j'éprouve en ce moment un grand désir de les abattre, dit le montonero.

— Désir facile à satisfaire , répondit le vieux chef, les lions seront ici avant dix minutes. ■■',-.."■

— Le çrovez-vous ?

— j'en suis sûr ; écoutez.

Les trois, hommes s'étaient levés, et la main

sur leurs armes, le corps penché en avant, les yeux fixés sur les taillis et l'oreille au guet, ils demeuraient immobiles.

Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles on n'entendait d'autre bruit que ces rumeurs sans nom qui, seules, pendant la nuit, troublent le silence du désert

Soudain un froissement assez fort suivi d'un craquement de branches se fit entendre dans les hautes futaies qui avoisinaient le campement ; puis à deux ou trois minutes d'intervalle, le même froissement fut répété du côté opposé, sur la lisière sombre de la foTôf, et dans les basses branches d'un arbre, au milieu d'un fouillis de feuilles, apparurent, brillants comme deux tisons, les yeux d'un fauve.

L'animal, après un moment d'hésitation ou peut-être de crainte, avança peu à peu la tête en lançant a droite et à" gauche des regards effares, puis il commença à ramper doucement le long de la branche.sur laquelle il était posté, et bientôt tout ÊOiricorps s'émergea de l'ombre et se trouva en pleine lumière.

C'était un cougouar ou lion d'Amérique de la plus>belle espèce et dans toute la force de l'âge, ainsi que cela était facile à. reconnaître à sa peau qui, au lieu d'avoir la livrée, c'està-dire un pelage laineux parcouru de petites raits brunes transversales, était d'un fauve agréable et uniforme, sans, aucune tache ; ses oreilles, qu'il tenait couchées en arrière, étaient noires ainsi que l'extrémité de sa queue ; sa longueur totale atteignait environ deux mètres cinquante centimètres.

llélaitcouciié ou plutôt rasé sur la branche ou ih-e. tenait; sa tête était posée sur ses pattes de devantallongèes, sa queue battait ses flancs avec force paT un mouvement saccadé,; et ses regards se dirigeaient avec une fixité étrange sur le feu derrière lequel les trois hommes étaient embusqués ; après quelques minutes de cette contemplation singulière, le lion retroussa ses lèvres, ouvrit démesurément sa gueule sanglante, et poussa un sourd' rauquement.; au même instant, un rauquement semblable éclata, mais si intense et si rapproché, que, malgré tout leur, courage, lès trois hommestrèssaillirerit et se retournèrent en même temps par un mouvement instinctif.

A vingt pas d'eux au plus, embusqué aussi sur la basse branche d'un arbre* un second cougouar, en tout semblable ,au premier, .fixait sur eux ses .regards étincelants.

va

ZENO CAÏÏRAL

situation se compliquait, et povj: tout

autre que-ces Hardis chasseurs aurait étè'cri^

mais, dit avec un. sourire lé moh!o4 nerd, -nous, sommés plus heureux que; nous hé le pensions : au lieu d'un lion, nous en avons deux.

— PeuVê'tre en aurons-nous trois; répondit Gutïyma^du mêhié ibti:

■^-Abondance de bien no nuit pas ; cepeniJânt, cela ni'étoîiiverait. ,:.

— Ecoutez, reprit le chef.

Eu effet, un froissement assez fort, ressemblante celui d'une marché précipitée dans les.taiilis, se faisait entendre depuis quelques instants. : "

— Ceci n'est pas le bruit causé par le passage d'un fauve, murmura le vieux chef eu hochant la tête ; c'est le pas d'un homme.

^ Un homme! s'écrièrent Gueyma er Umontonero; c'e^t impossible.

— Voyez, reprit le vieillard avec un sourire narquois, me suis je trompé'?

Au même instant, les broussailles s'écarte reni avec fracas et un homme bondit au milieu du campement.

Cet homme n'était autre qu'Emile Gagnepain ; sa poitrine était haletante ; malgré le froid.' son visage, inondé de sueur, témoignait du violent exercice auquel il s/était livré et de la course rapide qu'il venait de faire à travers les halliers, au milieu desquels il avait laissé son chapeau et même- des iambeaux'de f es habits. .

il tenait un fusil double à la main; d'abord ébloui par le passage subit de l'obscurité à la lumière, le jeune homme nedistingua qu'imparfaitement les personnes parmi lesquelles il s'était si brusquementinlroduit; cependant un instant lui suffit pour reeonnahre les deux Indiens, quant au montonero il ne le vit pas.

— An! pardieu, sonores, s'écriu-t-il en re 1 prenant à grancl'peine sa respiration, voilà plus de trois heures que je suis. en chasse, je vous eu prie laissez-moi tuer ce magnifique animai, C'est le premier de son espèce que j'ai le plaisir d'apercevoir depuis que je suis en" Amérique.

— Faites, répondirent courtoisement los deux Indiens en reposant ileguialiquemenl la crosse de leur futil à terre.

— Cependant, en cas de danger, je serai pTêt à vous venir «en aide, don Einilio, dit Zôno Cabrai.

Le peintre se retourna vivement

telligencè entre: eux, se réservant, saris ;do,u T te, dé demander :plus ; ,tard à, Zènb Cabrai comment, il se faisait qu'il ' pataissait être aussi, intimement lié '. avec un hohime qu'il avaiÇ une heure 'auparavant, déclare ne pas connaître 1 :^

Cependant, bien qu'une .dizaine dé minutes se fussent écoulées dépuis la subite appâritioh dès cougouars' et l'arrivée imprévue du jeune Français, le$ l fauves étaient demeurés immobiles sur leurs branches respectives. Ce: fait,, .qui peut sembler extraordinaire, a besoin d'être expliqué. '?•->.

Bien que le. cougouar soit le plus grand, et le plus vigoureux Carnassier de l'Amérique du ! Su d, pour tant, tout en faisant, rl'ênornies ravages parmi lès troupeaux,.et attaquant en générai tous les animaux qu'il rencontre, il fuit i l'homme, pour lequel il éprouve une terreur jinslinclive; ce n'est que poussé dans ses derniers retranchements, cl HUçraVement ' à, sou corps défendant, qu'il se résout enfin a lui faire face et a lui tenir tête; mais alors il devient terrible, se défend avec un acharne ment inouï, ne, recule pas d'un pouce jet ne tombe que mort.

Les deux lions, mâle et femelle, étaient, au coucher du soleil, sortis de leur lanière pour te mettre en chasse. Après avoir parcouru le désert dnns toutes les directions, ils avaient aperçu le feu du campement du montonero et, attirés par la lumière, ils s'en étaient peu à peu rapprochés, rampant avec c-Uie souplesse. légère et élégante qui caractérise la Tace féline, bondissant d'un arbre a l'autre et glissant par des mouvements ond-Jleux le long des b faneurs. Mais en apercev ml les hommes immobiles et fermes devant eux, iis s'étaient immédiatement arrêtés, espérant, sans doute ne pas avoir été vus par leurs implacables eunemis, et. songeant dé j r

Ah! c'est vous, don Zéno , dit -il on lui tendant la main avec une joyeuse surprise, merci, je suis heureux de vous rencontre bizarre !

— Très bizarre, en' effet.

— Pourquoi donc cet animal ne bouge-t-il pas?

— Par une raison fort simple, parce qu'il a peur.

- — Vous croyez.

-^Certes ,' mais soyez tranquille , bientôt il sera ou plutôt ils seront rassurés.

— Comment ils seront?

— bame, regardez de ce côté, voici un second cougouar, il me- semble.

—, G> es t ma for vrai; comment les tuer tous les deux.

— Je vous aiderai.

— Vous "me ferez plaisir; je vous avoue que je suis déj.V assez embarrassé du premier sans désirer encore avoir maille à partir avec son compagnon.

— Dites sa compagne, celui-ci est une femelle-. I

■—Quel malheur, dit en riant le peintre,

déporter le ^rouble dans un ménage qui

si uni... Eh, mais, ajouta-b-ily les

voilà qui s'éveillent, il me semble.

— attention! ils ne vont pas tarder à nous attaquer:

Les> chefs indiens avaient remarqué avec étOnhement. i& rtçohnaissance opérée entre les deux hommes; mais comme le. inornent n'était pas propice pour une explication, ; ils s'étaient contentés d'échanger un regard d'in- :

a rétrograder et à chercher leur sa'ul dans une prompte fuite. Mais lorsque tes chasseurs s'étaient levés en saisissant louis armes, les cougouars avaient compris que toute chance dé. salut leur échappait, et qu'Us deva'ent se préparer, à la lutte; alors ils avaient poussé un rauquement pour s'avenir mutuellement, et, bien que toujours immobiles et indifférents en apparence, ils épiaient le moment de, bondir sur les chasseurs du haut do leur forteresse improvisée.

Au cri d'averiissemeut poussé par le montonero, Emile s'était vivement rejeté en arrière et avait épaulé son f usiL Presque aussitôt les deux fauves, comme . | si d'avance ils se fussent entendus entre, eux voir; quelle | poussèrent un rugissement de colère él, s'é- Vançant à la fois d'un bond terrible ils se précipitèrent sur les chasseurs.

Mais ceux ci étaient sur leurs gardes; sans' Teeuler d'un pas, ils tirèrent les animaux au vol, et, saissist- -ant ensuite leurs fusils parle cauon,.ils engngérentun combat corps h coTps avec les fauves.

Combat terrible, lutte désespérée, où les hommes et les fauves formaient un groupe informe qui fe débattait avec fureur sur le sol.

Emile, bien que ce f ût la 'première fois, non, seulement qu'il se trouvât acteur dans une si dangereuse chasse, mais eu eore qu'il vît ce redoutable gibier, avait fait; preuve d'un sang-froid remarquable, ne lâchant la détente de. son fusil qu'après, avoir visé, son adversaire avec le plus grand soin; puis,, son arme: déchargée, il l'avait abandonnée: pour saisir deux pistolets passe» à sa; ceinture.'

Les deux Indiens avaient réussi: à se défaire assez facilement de la lionne qué^Gue.yma avait blessée au défaut de l'épaulé droitèaa jadis que; la balle du vieux; chéft ùi avait brisé les reins j l'animal. était tombé presque expir rarit sur je sol, et les dernières convulsions seules, de son agonie avaient, été à redouter pour eux; la lutte, de ce' côté liàyalt rjont point été longue. "

Mais pour le lion, les choses, s'étaient cassées tout autrement.. Bien que les deux hal-

cependant son él an avait été si bien .calcul é* qu'il était tombé presque sur le montonero* Celui-ci, renversé; par le-.-. choc, avait toulé à quelques pas, horriblement froissé ëlconttir sionné,.à demi-évanoui, et } :par conséquent hors d'èuvtdé;se défendre. .... , T h

L'animal, lui aussi, avait éle étourdi parle bond prodigieux qu'il' avait fait. Affaibli par le sang qu'il perdait et qui conlaii à flots de ses blessures , il demeura un instant immobile sur ses jarrets tremblants, puis poussant un* gourd rauquement de colère en creusant le sable de ses griffes puissantes, tandis que sa queue battait ses fumes haletants, il sembla recueillir ses forces pour s'élancer de nouveau sur l'ennemi étendu à quelques pas devant lui sur le sol.

Emile, dans cette circonstance suprême* no consultant que son coeur et la situation horiribio dans laquelle se trouvait le montonero, ! résolut de. ta sauvèr- v fût-ce au périt de sa ■vie; armant ses pistolets, il se jeta résolû- ■mènt entre le lion etthomme, -Le fauve, étonné, effrayé peut-être par l'apparition subite de ce nouvel adversaire qui se plaçait si témérairement à quatre pas au pius"de lui, se rasa sur le soi en couchant les oreilles, et le regaerda d'un œil sournois, en faisant entendre ce grondement sourd et Tac cédé qui, chez les animaux de là race féline, énotole dernier paroxysme dé la colère.

— Ma foi, murmura le Français avec un sourire narquois, tout en regardant bien eh face son formidable adversaire^ voilà ce que. j'appelle un beau duel, et si je succombe,. au moins cela st j Ta-t-il sous les efforts d'un lion, c'est flatteur.

Et il éclata d'un rire si franchement joyeux, que les chefs indiens, malgré leur impassibilité h' biluellé, ne purent réprimer un geste d'étonnement; ils croyaient que la terreur avai t fait portlro la tôte au. pauvre garçon .

Il n'en citait rien, au contraire.; jamais Emile n'avait été aussi maître de lui, jamais ses pensées n'avaient été plus nettes et son Fang- ' froid, plus grand; mais ■ Français et enfant de Paris avant tout, en face du danger le" caractère gouailleur du gamin avait. repris le dés^ sus, et il n'avait pas voulu jo a er sa vie sans risquer une dernière plaisanterie.

Tout en parlant, il avait froidement levé ses

[les des chasseurs lui' eussenUravérsé lé corps, [inais vousappaTtïent;

pistolets, et,, au moment où le tigre se roidisr sait sur ses jarrets pour s'élancer sur lui, il lâcha les détentes.

I L'animal bondit sur place en poussant un rugissement terrible et retomba mort; il avait ' été lit téraiemfm.t. foudroyé.

— Ma foi, dit le peintre en riant, } e croyais que c'était plus difficile que cela ; le. lion me fait 1 ehet d'avoir usurpé sa régulation,, ou b en il faut qu'il ait, considérablement dégénéré ; c'est égal, c'est une chasse fort divertissante:;

Après cet aparté, il se bâta de s'approcher do Zéno Cabrai, auprès duquel se trouvaient déjà les deux chefs. : ''-'■

Celui-ci avait repris eonnaissanciï et; aidé par ses amis, il essayait do bO rumettre;deb(jut, hon leux , lui, le hardi et éx per t chasseur d'avoir été si. rudement mené par une bête fauve. ,-■•-.■

En. apercevant; le jeune homme qui lui tendait la main en souriant, une expression de vivo reconnaissance éclaira sa mâle phy^ siouomie. . .

; ' —Don ËmiliOj.lui dit-il avec une émotibaprofonde, celte fois encore je, vous dois &, vie ^jamais je ne pourrai m 'acq^ ter envers ;yous.'"' ".'."'"-' ' ' "" V,

■;■ -r- Peut- élre^senor,. répondit affectueusemëiii le jéunehonorho, '' : .

— Ohl s'écria-t-il avec effusion;, je; vous le: fiure, don Emilio^sur ce qui: existe de plus sacre au monde,, quoi que vous exigiez de :pToï v à quelque.époque: ou en queiqiUè tiBU" ïque ce soit, je le feraVsux V'heuro, sans jnë'si-' talion; s'agiraitt-il de vous donner cette "vi© que deux fois vou^ avez sauvée v et;q;uï^ésor\

• - -~' T ^frrTr «T" -iVa=~

ÎF=^Ï ^K-VF-^ip^J

ÎS^S« =Si=i^^îr-

ZENO CABftAL.

— je retiens votre parole, seîïoT don Zèno, I broche sur laquelle il concentrait toute son répondit sérieusement le jeune nomme, et je attention, parlez, cher- seigneur, ne vous gêvous la rappellerai dans l'occasion. nez pas le moins du inonde.

Toujours vous me trouverez prêta la te nir.

Et ttop faible pour rester plus longtemps debout, il s'assit devant le feu ; ses amis prirent place à ses côté?.

Explications».

Le feu avait été rallumé ; les quatre hommes, vaincus par le sommeil et fatigués de la lutte qu'ils avaient été contraints de soutenir contre les lions, s'étaient enveloppés dans leurs ponchos et leur- couvertures, et n'avaient pas tardé à s'endormir.

Au moment où le soleil parut à l'horizon, tous quatre s'éveillèrent presque en même temps. *

Zéno Cabrai, grâce au repos qu'il avait pris, était presque entièrement remis, et à part quelques douleurs sourdes dans les articulations, il s'était réveillé frais, HlcT ^ nc at h " * Iq '

dispos et en étal de continuer son voyage.

Le premier soin du montonero, en s'éveillant, fut de se lever et de courir à son cheval, qu'il commença à étriller et à bouchonner soigneusement; puis il lui donna la provende.

Ce devoir accompli, le jeune homme revini à petits pas rejoindre ses compagnons, qui s'étaient conten es de le suivre de l'œil quand ils l'avaient vu se lever, sons lui adresser une question et sans manifester la moindre curiosité de savoir ce qu'il allait faire.

Quant au peintre, il avait relire de sa gibecière quelques palomas, les avait plumées, puis après les avoir enfilées dans la baguette de son fusil, il les avait placées sur le feu, en glissant en même temps des patates douces sous les cendres chaudes.

Le Français songeait au solide, les événements de la nuit lui avaient ouvert l'appétit et il se préparait à déjeuner,

La grande haie mise par le montonero à s'occuper de son cheval, n'était qu'un prétexte pour remettre de l'ordre dans ses idées et se préparer a répondre aux questions que, sans doute, lui adresseraient les chefs Indiens. La surprise qu'ils avaient témoignée en voyant qu'il connaissait don Emilio ne lui a- - vait pas échappé ; il ne voulait pas laisser à leurs doutes le temps de se changer en soupçons, il connaissait la méfiance instinctive ôes Indiens, et.il était de la plus haute im-

Les deux chefs, indifférents en apparence à cette conversation qu'ils comprenaient parfaitement, car elle avait lieu en espagnol, y prêtaient une oreille attenlive.

— D'abord, reprit le montonero, permettez-moi de m'étonner. de vous rencontrer ici lorsque je vous croyais bien loin dans une autre direction. . .

— La < hose est pourtant fort simple ; après le temporal qui nous avait assaillis près de la vallée del Tambo, lorsque vous nous avez eu laissés ainsi que le seùor Pincheyra, je vous avoue que mes compagnons et moi nous nous sommes trouvés fort embarrassés.

— Comment! le senor don Pablo Pincheyra vous quitta si subitement? s'écria le montonero avec une feinte surprise.

— Mon Dieu! oui, répondit le jeune homme avec bonhomie; il prétexta que nous étions assez lom de v ou camp pour que son escorte nous fût inutile, et que, puisque vous aviez jugé convenable d'aller à vos affaires, il ne voyait pas de motifs pour ne pas aller aux siennes; et là dessus, il nous lit ses compliments et partit; ce dont, en Ire nous, je fus assez aise, car malgré toute la courtoisie duni le sefior don Pablo a fait preuve à notre égard, sa compagnie, je vous l'avoue, ne m'était nullement agréable.

— Aïais les personnes avec lesquelles j'étais sorti du camp de Casa Trama et que je vous avais recommandées avant mon départ?

rauquements des lions, la pensée m'est subitement venue de les chasser ; je suis Français, Parisien; ce que je me mets une fois clans la tête, coûte que coûte il faut que je l'exécuie; aussitôt ma résolution bien arrêtée dans mou esprit, je me suis levé, j'ai saisi mon fusil, et, sans autre indication que les rauquements des fauves, je. me suis mis à.

leur poursuite, m>n déterminé à ne rentrer au camp, que lorsque je les aurais vus face à face et que j'aurais eu maille à partir avec eux. Le hasard les a conduits de ce côté, je les ai suivis, voilà toute l'histoire ; en êtesvous satisfait? ajoutai- il en lui lançant un regard d 'u ne ex pression singu lière.

-^ Parfaitement, cli^r seigneur, répondit le montonero, et il ajouta mentalement : Cette chasse au lion n'est qu'un prétexte; il me cache quelque chose, je veillerai.

— Et maintenant, si cela vous convient, spïïor, Teprït le jeu op. homme, nous allons déjeuner, n'est-ce pas?

— De grand C03ur\ répondit, le montonero.

Les palomas furent sorties de la broche, les

patates douces retirées de dessous la cendre, et le déjeuner commença. 11 est inulile d'ajouter que les quatre convives firent honneur 4 ce repas improvisé; ils semblaienllutterd'appétil entre eux; seulement lorsque le moment déboire fut venu, les chefs guaycu rus, selon la coutume de leur nation, se contentèrent de l'eau pure de la source qu'ils puisèrent dans des couïs destinés à cet usage, tandis que les blancs, dont le goût était plus raffiné ou plus... comme cela plaira îe mieux au lec-

portance pour lui de ne pas réveiller ; aussi résolut-il d'aborder la difficulté $e front afin d'éviter des commentaires désagréable*!.

— Ehî don Emilio, dit-il gaiement au jeune peintre en prenant place àses.cOtés; vous êtes homme de précaution, il me sem nie; diable, voilà un succulent déjeuner que vous préparez-la.

.— * Déjeuner, dont vous et ces caballeros, prendrez votre part, je l'espère, répondit gracieusement le jeune homme.

— Pour ma part, j'accepte avec le plus grand plaisir; maintenant, ajouta-t-il en | changeant de ton , me permettez-vous vous adresser une question?

—Deux, si cela peut vous être agréable, senor.

— Ynus me pardonnerez cette apparente indiscrétion dont l'intérêt que je vous porte est la seule cause.

™ J'en suis persuade, senor; mais vous pouvez: parler ; je n'ai, grâce à Dieu, à redouter d' in discrétion d'aucune part'. 1

— Puisqu'il en est ainsi, et je vous en félicite, je m'explique sans crainte.

— Patdieu, fit Emile, en retournant la

m en moi sans.

— Ah t et alors?

— Alors, ma foi, je me mis en roule de mon côté, un peu à l'aventure et assez embarrassé, ainsi que je vous l'ai dit; heureusement pour moi et pour les personnes qui m'accompagnaient, au moment où, perdus dans les montagnes, nous errions à travers des sentiers inconnus sans savoir de quel col; diriger nos pas, la Providence nous fil ivnconlrer une troupe nombreuse de cavaliers indiens.

— Comment, interrompit vivement Zèno CabraL ces blancs dont vous me parliez cette nuit, chef, sont...?

— Ce cabaltero elles personnes de sa suite, répondit le vieux chef en haïssant affirmativement la tôle.

— Yoda, sur ma foi, un hasard tout à fait extraordinaire et auquel j'étais loin de rn'attendre; j'étais si loin de supposer que ce fui vous, que, sur la demande que m'avait adressée iè chef à ce sujet, j'avais résolument répondu que je ne vous connaissais nullement; n'est ce pas, chef ?

— Effectivement, dit le chef dont tous les soupçons s'étaient subitement évanouis devant cette franche explication.

Le montonero comprit qu'il avait atteint le but vers lequel il tendait;: il jugea inutile d'insister davantage sur un sujet désormais sans intérêt pour lui.

— Vous n J avcz pas d'autres questions à m'adresser, senor? lui dit alors le peintre d'un ton légèrement goguenard.

— Je crains de vous fatiguer ou de vous paraître indiscret.

— Bah 1 pendant que vous y êtes, ne vous

knez pas. ' ' .

dé 1 7 — Eh bien , puisque vous me le permettez, je vous demanderai encore une chose.

— Faites; je vous répondrai, soyez tranquille. . .,. ■ . , ■ • . .,; "

-^ Eh bien, je désirerais savoir si le hasard seul vous a conduit ici celle nuit ou. bien si vous êtes venu directement et avec inten-

— Les deux m'ont conduit ici, répondit le jeune homme d'un ton légèrement sardoni-

que. . „

— Ce qui veut dire?

— Tout simplement ceci : éveille par les

gourde.

Le repas terminé, et il ne dura pas plus d'un quart d'heure, car ies hasards de la vie du désert rendent sobre, les cigarettes furent allumées.

— ,1e crois, dit alors Emile en s'adressant aux chefs, qu'il serait temps que nous retournassions au camp ; nos compagnons doivent être inquiets de notre longue absence, et. si rien ne retient en ce lieu le ht-îior Zèno Cabrai, sans doute, il nous fera l'honneur de nous accompagner.

.— Ce serait avec le plus vif plaisir que j'accepterais votre offre obligeante, caballero, répondit le partisan ; malhi , ureu , -ernent, mon chemin a moi e^t diamétralement opposé à celui que vous semblez suivre; de plus, je suis fort, pressé d'arriver où je vais ; de sorte qu'a mon grand regret je suis contraint de décliner votre invitation, si gracieuse et si honorable pour moi.

— Permettez -moi alors, caballero, de prendre congé de vous, répondit le jeune homme en se levant.

— Tous ne partirez pas sans emporter la peau de votre lion, caballero?

— Et celle de la bonne, que je suis heureux de vous offrir, ajouta Gueyma, pour vous prouver, seîior, l'estime que je fais de votre courage.

— Je vous remercie et j'accepte, dit joyeux sèment le jeune homme ; malheureusement, je suis fort maladroit, et je ne sais comment m'y prendre pour dépouiller ces nobles botes. .

— Veuillez nous permettre d'échanger quelques courtes parûtes avec notre ami; nous serons heureux ensuite de vous rendre ce léger service et de vous accompagner au camp.

— Soit, seûores, je suis à vos ordres, répondit le jeune homme en s'étendant de nouveau sur l'herbe, que je ne vous gêne pas; et il ajouta intérieuremeat£:|Peui-êiiè: ainsi apprendrai- je quelque; chose. ';;..,-.

.Mais l'espoir du peintre fut complètement déçu ; il eut beau ouvrir les oreilles et prêter la plus sérieuse attention à ce qui se disait, il lui fut impossible, non pas d'entendre* car les .iate.rl6cui.eurs parlaient a haute voix,' mais de comprendre un seul mot de toute la conversation, par la : raison fort simple

ZENO GABML.

que, soit par méfiance, soit parce qu'il leur était plus facile d'exprimer leurs pensées en cette langue* la conversaion des trois hommes avait Jieu en guaycurus, idiome complètement inintelligible pour l'écouteur, qui en fut pour sa courte honte, mais qui, selon son habitude, prit assez gaiement son parti de celte contrariété qu'il n'avait pas prévu.

La conversation dura plus d'une heure sur un ton foit animé ; enfin, les Itoîs interlocuteurs se levèrent et semblèrent prêts à prendre congé; Zèno Cabrai se tourna alors vers Emile, toujours couché sur l'herbe et fumant nonchalamment son cigare; il lui tendit la main en lui disant du ton le plus amical :

— Je pars, seîïor don Em'lio; nous nous quittons dans de bons termes, je l'esi ère?

— Je ne vois pas pour quels motifs il en serait autrement, senor, répondit le jeune homme en serrant légèrement la main qui lui était tendue; puisque vous nous quittez, il ne me reste plus qu'A vous faire mes adieux et à vou> souhaiter bon voyage.

— Merci; adieu don Emilio, et il se dirigea vers son cheval qu'il commença à seller et à brider.

Le peintre français s'était levé et s'était approché des bôi es "fauves que les chefs indiens, aussitôt leur entretien terminé, s'étaient mis eu. devoir d'écorcher; le jeune homme était déïireux d'assister à cette curieuse opération que les Guaycurus, armés seulement de leurs couteaux, exécutaient avec une adresse et une rapidité inimaginable.

Zèno Cabrai était monté à cheval.

— Don Emilio! eria-t-il au jeune homme.

■b- Que me voulez-vous, senor? répondit

celui- ci.

— Je vous ai dit adieu, je crois, tout à 1 heure?

— Vous m'avez, en effet, dit adieu, seîïor.

Alors, je me suis trompé, c'est au revoir

hien q.u'Àrual ne donnerait nas l'ordre; du (jeune homme, convaincu que tous les guerdépart avant leur retour ; aussi* ne s'étaient- |!riers dormaient, et que, par conséquent, per>

que j'aurais dû vous dire; car, je ne sais pourquoi, mais j'ai la conviciion que nous nous reverrons bientôt.

— Moi aussi, répondit le peintre en le regardant fixe ment.

-- Que voulez-vous dire ? demanda Zèno Cabrai avec un léger froncement de sourcil.

— Rien «utre que ce que vous dites vousmême, seîïor; vous avez une conviction, moi un pressentiment; quoi d'eionnantà cela? 11 existe, vous ne l'ignorez pas, cer laines sympathies inexplicables ; au revoir donc, ténor Zèno Cabrai.

Le pariisan l'examina un instant avec une attention profonde ; puis, paraissant prendre une résolution subite

ils aucunement hâtés*

— Eh bien ! leur demanda le peintre, que faisons-nous maintenant, chefs ?

— Ce que vous voudrez, senor, répondit le Cougouar; les peaux sont préparées, il ne s'agit plus que de les charger sur nos épaules.

— Ce soin me regarde, fit le jeune homme; déjà je vous. ai donné assez de peine.

Le vieux chef sourit doucement.

— Laissez-moi en porter une, et chargez vous seulement de l'autre.

Le peintre n'insista pas ; bientôt il recon-, nut la justesse de l'observation du vieil Indien ; la peau qu'il avait mise sur ses épaules, tout humide encore,- était fort lourde et surtout fort difficile à porter; s'il lui avait fallu se charger des deux, le poids l'aurait évidemment accablé.

Comme il ne leur restait rien à faire au compement du partisan, ils s'éloignèrent alors, abandonnant les cadavres sanglants des lions aux vautours, qui depuis longtemps tournoyaient en longs cercles au plus haut des airs, et qui s'abattirent dessus avec de rauques et discordants cris de joie, aussitôt que les hommes eurent disparu. .

Ceux-ci avaient repris, en marchant de ce t pas gymnastique particulier aux Indiens et qui en un laps de temps fort court leur fait franchir de grandes distances, le chemin de leur camp, suivis à grand' peine par le Français, qui était presque toujours forcé de courir pour ne pas être laissé en arrière, ce dont il maugréait, du reste, do tout son cœur.

Nous expliquerons en deux mots au lecteur, qui se^doute déjà probablement que le peintre a fait une histoire forgée à plaisir au partisan, quel motif avait amené si a l'improvise le jeune homme au campement de Zèno Cabrai.

Pour cela, il nous faut rétrograder de quelques heures et revenir au moment où le Cougouar et Gueyma, après s'être longtemps entretenus avec Àrual autour du feu du conseil, s'étaient levés, avaient fait le tour du camp

la bride, fit sentir 1 éperon et partit ventre terre.

Le jeune homme le suivit assez longtemps du regard dans les sinuosités de la roule- Jorsqu'enfin il eut disparu à la lisière d'une forêt dans laquelle il s'enfonça sans ralentir l'allure de sa monture, le peintre hocha la tête à i plusieurs reprises et rejoignit à pas lents les deux chefs en murmurant en aparté selon sa coutume : '

— li y a évidemment quelque chose...

plus que jamais il faut Veiller !

Les deux chefs, après avoir éeorché les lions, étaient en train de frotter l'intérieur des peaux avec de la cendre, préparation indispensable et destinée a les préserver de la décomposition, jusqu'à ce qu'il fut possible de. les. faire sécher au soleil, selon U coutume adoptée en ce pays, et qui, ceci soit dit en passant,, conserve parfaitement les peaux, en laissant à la fourrure tout son luisant. •

Il était environ sept heures du matin : le camp des Guaycurus ne se trouvait qu'à une aemi-lîeue tout au plus de; l'endroit où. le partisan s'était établi pour la nuit; cette distance pouvait donc être franchie en fort Deu ae temps; d'ailleurs, les chefs savaient fort

pour s'assurer que tout le monde dormait bien réellement, puis s'étaient éloignés sous le prétexte d'aller à la découverte et de reconnaître un feu qu'on voyait, dans la nuit, briller comme un phare solitaire aune assez courte distance.

Après leur départ, Arual s'était assmré du sommeil calme et .anquillo d'OEil-oe-Colombe. avait étendu plu .sieurs fourrures sur Hle, afin de la préserver du froid -piquant de la nuit; puis, s'enveloppant dans ses fourrures, le chef s'était couché non loin de la jeune fille et n'avait pas tardé à s'endormir,

Nous avons dit assez souvent que les Indiens se gardent mal lorsqu'ils ne soupçonnent pas avoir d'ennemis auprès d'eux; celte

narlif.nlarîtA put rl'nrift pyjip.IiIiiHo nno lac fnU^

particularité est d'une exactitude que les faits sont venus malheureusement trop souvent justifier, car maintefois cette négligence a causé la surprise, et par suite le massacre de détachements nombreux, attaqués pendant leur sommeil par des ennemis aux aguels.

Dans le désert où se trouvaient en- ce moment campés les Guaycurus, unésurpnse n'ê^ tiit pas à redouter; d'ailleurs, leurs deux chefs les plus expérimentés battaient l'estrade et les avertiraient au moindre danger; ils n'avaient donc rien à craindre; aussi les sentinelles, peu vigilantes, s'étaient-ellés laissé aller au sommeil aussitôt qu'elles, avaient été certaines que personne ne les surveillait plus.

Une demi-heure environ après le départ des chef s j limite Gagnèpàin, commodément couché auprès d'Un feu, se débarrassa dès fourrures qui lui couvraient le visage. Xlêle vant en ce moment la tête, et le bras appuyé à terre pour se soutenir, il regarda curieu sèment autour de lui.

Le silence le plus profond régnait dans le camp

sonne ne songeait à l'épier, se leva, passa ses pistolets à sa ceinture, saisit son fusil, et d'un pas léger comme serait celui d'un spectre, si iles spectres marchaient, il se dirigea vers une enrâmada, située à quelques pas seulement duîeu, et en travers de laquelle un hommelétait couché. - .

'■. Si léger que fût le pas du peintre, cependant cet homme l'entemiit et releva brusquement la tête; Emile se pencha à son oreille,, lui dit quelques mots, et l'autre se recoucha sans plus s'occuper de lui.

Le jeune homme entra dans l'enramada qui servait de refuge à la marquise et à sa fille.

La marquise ne dormait pas; le dos appuyé 1 au tronc d'un arbre, elle tenait sur ses ge-, noux la tête charmante de sa fille plongéedans un calme et bienfaisant sommeil.

La lune répandait sous l'enramada une clarté douce et voilée qui. cependant, permettait, toute faible qu'elle fût, de distinguer assez nettement les objets.

La marquise reeva. la télé à l'arrivée du jeune homme; elle se préparait sans doute à l'interroger, niais celui-ci mit vivement un doigt sur ses lèvres pour lui recommander la. prudence et vint prendre place à" ses côtés, non cependant sans avoir jeté sur le délicieux visage de doua Eva un regard chargé d'amour et d'admiration; mais il avait aussitôt détourné la tête en étouffant un soupir.

La marquise, inquiète de la visite insolite du jeune homme a une pareille heure, attendait avec impatience qu'il lui plût de s'expliquer.

— Itassurez-vous, madame, lui dit-il à voix basse en se penchant à son oreille ; jusqu'à présent, Dieu en soit loué, nous n'avons, je le crois, rien à redouier, et je ne viens pas vous annoncer une mauvaise nouvelle.

— Cependant, répondit-elle sur le même ton, yous n'avez pas, sans de sérieux motifs, inierrompu voire sommeil, et au risque de ce qui pourrait arriver, quille voire feu pour vous rendre ici. •

— .rai, en eflet, un motif pour me TendTe ici, madame, mais eu motif ne repose que sur des craintes peut-être exagérées et des soupçons qui, je me plais à le croire, sont mal fondés.

— Expliquez-vous, je vous en supplie, don Emilio, vous redoublez mon inquiétude au lieu de la calmer.

— Voici le fait, madame; depuis plusieurs jours déjà, j'ai, â plusieurs reprises, entendu prononcer, par les chefs de ce détachement, le nom de votre implacable ennemi, don Zèna Cabrai,

— Ah I fit- elle avec une émotion soudaine, I ces gens sont ses amis, alors ils s'entendent

avec mi; nous sommes perdu?.

— N'allez pas aussi vile et aussi loin, madame, rien ne piouve que celte supposition soit justifiée, bien que, cependant, nous devions redoubler de prudence et nous tenir sur nos gardes.

— ^ Voyons, cher don Emilio, je vous en supplie, ne me laissez pas dans cette situation; il y a quelque chose, n'est-ce pas? Yousn'êtes pas homme à vous effrayer ainsi pour une ombre. .

— Ge qu'il y a, je l'ignoTe, madame: seule-

ment, au cas où ii y aurait quelque chose, je suis résolu à le savoir; voilà pourquoi j'ai osé< veidi troubler votre repos.

— Mais enfin, que s'est-il passé, voyons t reprit-elle avec insistance.

-4- Moins que rien, madame.

— Ah! vous venez enfin de l'avouer... Jesavais bien qu ? iï... <

— Pardon, madame, interrompit-il vivement, vous vous méprenez; Voici le fait en deux mots. ! —

«Dites vite, je vous en prie, vous me faites mourir avec tous ces ménagements et toutes ces circonlocutions. *

— Le fait, le. voici : vous ne tarderez pas-

...fei

■À ■ la !tt.

Après un instant d'un sérieux examen, le i vous-même à juger de son insignifiance.

*?w* - r«'^S,w™ha»

r :o : II

2EH0 GABBAL

La^ .maf guise- ne put retenir un vif rnour- Vement d'impatieô ce.

Le: jeune<homme reprit :

— Ce soir, dit-il» les trois chefs guayçurus ont eu entre eux un long entrelien autour du feu du conseil; puis, à lasuitede cet entretien,; ^Cougouar et Gneyinav après avoir fait une ronde, dmis le camp, afin sans doute de s'assurer du sommeil de tous les guerriers, sont, sortis, pour aller,,- ont-ils- dit, à la. découverte» ■ -

— ils sont sortis à cheval?

— Non, à pied. ' La marquise demeura un instant rêveuse,

puis, relevant la lêle :

— Je ne vois- là rien d'extraordinaire, ni qui doive nous inquiéter? dit-elle.

Mais en voyant ta marquise aussi complètement rassurée, à son tour le jeune homme devint soucieux.

— Il- n'y aurait, en: effet, rien d'inquiétant dans celte sortie, répondit il, si elle n'était pas motivée par autre chose que par le désir de battre l'estrade.

±- Elle a un autre motif ?

— Oui, madame.

— Ahl fit-elle;; et ce "motif, vous le connaissez?

— Je crois le connaître, du moins.

— Quel .est-il?

— Sans doute, le désir d : aller visiter les individus campés auprès de nous, et dont on aperçoit d'ici le feu briller dans les ténèbres.

— t>hl fit la marquise avec un tressaillement de crainte, vous^avez raison, ceci e^l fort sérieux'. Que comptez-vous faire, don Emilio?

— J'ai lo projet de sortir du campa mon tour, de suivre de loin les deux chefs, de m-'assurcr dô la direction qu'ils prennent, -cl à= leur-suite d'aller, moi aussi, visiter ce campement, où peut-être je rencontrerai des visages de connaissance.

La iriarnuise hocha J a tôle avec tristesse.

* J cette

avons

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