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ni
ment; alors il se leva avec précaution » sella doucement son cheval, sauta en selle sans toucher- l'étrier, et,, malgré l'obscurité; car 3a nuit était sans lune, il s'élança à toute hride à travers le désert.
Cette course* faite à celte heure au milieu des: ténèbres, dans: une région aussi sauvage, aurait, selon.' toutes probabilités , été fatale à
Cette fois Zèno Cabrai , après avoir .bouchonné sa monture, au lieu de lui donner la liberté ainsi qu'il faisait chaque soir, lui remit les harnais à l'exception de la hride, afin qu'il pût manger sa provende* l'attacha à un piquet fortement planté en teTre, et sut une couverture étendue sur le sol il plaça une. ration de ; maïs, régal que le cheval ap-
tout autre que le hardi montonero* habitué, précia sans doute à sa juste valeur, car après
dès son enfance, à parcourir les pampas et les llanos de jour et de huit, se dirigeant, à défaut du soleil eu de la lune, au moyen des étoiles, au, si cette dernière ressource lui manquait, prenant ses points de repères dans les accidents mêmes du paysage^
La nuit tout entière s'écoula ainsi : au point du jour, le montonero avait fait Yingt lieues et franchi deux rivières.
Son cheval, rendu de fatigue, trébuchait à chaque pas ; force fut au montonero de s'arrêter s'il ne voulait voir son cheval tomber mort sous lui, tant il -l'avait surmené.
11 fit halte sur la lisière- d'un bois, enleva les harnais à son cheval, le bouchonna vigoureusement avec une poignée d'herbe sèche, lui iava les naseaux, le. garrot et les jambes avec de l'eau mélangée d'eau- de^vie de pisco; puis, lui donnant une claque sur la croupe, il le laissa libre, certain qu'ii ne chercherait pas à s'enfuir.
L'animal hennit.deux ou trois fois de plaisir, se roula avec délices sur l'herbe, puis, au bout d'un quart d'heure, Zèno Cabrai eut la satisfaction de lui voir broyer sa provende à pleine bouche.
Complètement rassuré sur le sort d?y sa monture, le partisan battit un instant les herbes avec la baguette de son .fusil afin d'Uoignec les serpents; ensuite il s'enveloppa c.ans i son poncho et s'étendit sur le sol.
— Il est quatre heures, dit-iL en examinant le ciel, à neuf heures je partirai ; dormons. Avec celte puissance de volonté que possèdent seules certaines natures d'élite, il ferma les yeux et s'endormit aussitôt. A neuf heu- - res juste, ainsi qu'il se l'était promis, il se réveilla.
11 retira de ses alforjas, une corne de taureau sauvage, la remplit d'eau aux deux tiers, y mit du sucre et de l'harina tostada, ou farine grillée au moyen d'une cuiller de bois ; il mélangea le tout do façon a en faire une espèce de bouillie ; puis il se mit à avaler de non appétit ce singulier ingrédient qui compose dans ces contrées le fond de la nourriture des classes pauvres. Ce repas frugal terminé, il alluma une cigarette et se prit à réfléchir.
Quelques minutes plus tard, il repartait.
Ainsi qu'il avait fait pendant la nuit, il ne suivait, nous ne dirons pas aucune route tracée, les roules n'existent pas dans ces régions, mais aucune sente ; il piquait droit devant lui, à la mode indienne, ne se dérangeant ni â droite ni à gauche, franchissant ies obstacles qui surgissaient sur son passage, traversant les rivières où il les rencontrait, bondissant par-dessus les ravins et les fon-^ drières, et suivant toujours sans dévier la ligne qu'il s'était tracée d'abord.
Pendant six fours, il voyagea ainsi, sans qu'ii lui arrivât d'incidents dignes de remarque ; le soir du sixième jour, il atteignit une colline assez élevée dont le sommet n'était , ombragé que par un seul arbre, mais cet arhre, espèce de mimosa gigantesque, étendait à une grande dislance ses rameaux touffus dans toutes les. directions.
Ce fut dans cet endroit, au pied même de cet arbre dont le tronc, à hauteur d'homme, avait plus de douze mètres de tour, que le montonero s'établit pour la nuit et alluma son feu de veille.
: La position était, merveilleusement choisie pour servir d'observatoire; de. l'endroit où il êtaitplaGé, le montenero dominait complètement l'a plaine, et ses regards s'étendaient de tous les cotés jusqu'aux lointains* bleuâtres de l'horizou, sans que rien ne Yînt gêner la vue.
Tout à coup un sifflement aigu traversa" i'espace. : ■.:'-.>
; Au môme instant, Zèno Cabrai se redresa et se trouva debout comme poussé par un ressort. ■
Ravivant les ■■ braises à demvétetnies du*
foyer, sur lesquelles il jeta une brassée de
bois mort, H ramassa Une branche de baïsa-
mier, l'alluma, s'avança jusqu'au commen-
avoir poussé un hennissement de plaisir, il 1 cernent de la pente* de la colline; puis, après
se mit à manger gaiement.
Le jeune homme le : considéra un instant eu le flattant et lui parlant doucement* caresses que le noble aniinaL semblait recevoir avec reconnaissance; puis après avoir mangé, sans même s'asseoir, sa corne de taureau sauvage remplie d'harina tostada,- le montonero descendit rapidement la coltine au sommet de laquelLe brûlait son feu solitaire, et s'enfonça
avoir fait tournoyer rapidement la torche audessus de sa tête, il la lança en l'air, où elle traça un long sillon de feu. : .
P°resq ue auss il ô t u n secon d sif Hein eut, mais* plus rapproché, se fit entendre. 1
Zèno Cabrai prit une seconde torche, et après l'avoir allumée etfaitde nouveau tournoyer autour de sa têle, il la lança comme la première, et, comme la première, avant de
à grands pas dans les taillis, regardant atten- J s'éteindre, elle traça d'un long sillon de feu
tivemenl autour de lui et cherchant, aux j les ténèbres.
derniers rayons du soleil couchant, une chose à laquelle il paraissait attacher une grande imporlaace.
Depuis une heure environ il se livrait à d'activés recherches, tournant incessamment autour do la colline dans un périmètre de cent mètres au plus, lorsqu'il s'anêta en poussant un cri de joie, il avait enfin trouvé ce qu'il désirait; devant lui s'élevait un groupe debalsamiersélémifères (1), nommés vulgairement par les Indiens bois chandelle. Ce genre d'arbrisseaux appartient à la famille des lérébinthacées ; ies Brésiliens, au moyen d'incisions pratiquées dans l'arbre, font couler une gomme résineuse d'un jaune biancbâire parsemé de points bruns ou rouges, qu'ils nomment elemi et que, après en avoir formé des espèces de masses ou gâteaux \ colline, compactes , ils expédient en Europe et dont ils font un grand commerce a l'extérieur. Dans le pays même les classes pauvres se servent de Celte gornrne pour confectionner leur luminaire. Quant aux Indiens, ils ne font pas tant de façon : ils coupent ies branches, et parfois l'arbrisseau lui-même, ils se servent tout simplement torche. La clarté répandue vive et fort résistante, et la dure assez longtemps.
Zèno Cabrai abattit avec son sabre quelques-unes des branches du balsamier, les dé
Ce signal donné, le partisan retourna auprès de son feu, passa ses pistolets à sa ceinture, prit son fusil, sur leque-I il s'appuya e-t attendit.
Son attente ne fut pas longue'. Au -bout de cinq ou six minuies au plus, un bruit de pas et un froissement dans les herbes indiquèrent que plusieurs personnes s'approchaient et montaient la colline.
— La lune de la folle avoine est-elle donc si avancée déjà,' que les ténèbres sont si épaisses dit une voix.
— • 11 est facile de se procurer de ia lumière, répondit Zèno Cabrai eu allumant une torche; et, l'élevant au-dessus de sa tête, les silhouettes noires et indistinctes de plusieurs [hommes parurent alors sur le sommet de la
garnit de feuilles, en
fit un fagot qu'il charet remonta ensuite au
gea sur son épaule sommet de la colline.
CependanUe soleil ayait disparu el le jour avait été presque sans transition remplacé par la nuit.
Bientôt, l'obscurité confondit tous les Objets, noya tous les accidents du paysage, et le désert fut, comme d'un funèbre linceul, couvert par d'épaisses ténèbres.
Le montonero, assis devant son feu , le dos appuyé au tronc de l'arbre, dans la position la plus confortable qu'il avait pu -prendre, se chauffait nonchalamment les pieds en fumant sa cigarette ; à sa droite et à sa gauche, des armos à feu étaient placées à portée de sa main.
U avait laissé tomber sa tête sur sa poitrine, et semblait en proie à une vague rêverie. Son feu, dans lequel avec intention peut-être il avait négligé de jeter du bois, était réduit en une braise qui, bien que donnant une certaine chaleur, ne répandait plus qu'une lueur mourante, qu'à dix pas il aurait probablement été impossible d'apercevoir.
Le partisan demeura ainsi pendant près de deux heures sans faire un mouvement ; on l'aurait cru endormij si chaque fois qu'une cigarette était consumée il ne l'avait immédiatement remplacée par une autre.
Un silence de plomb régnait sur le désert ; les fauves eux-mêmes se taisaient ; seul, le susurrement des infiniment petits bruissait dans l'ombre et formait une rumeur incessante et monotone.
{!) Anayris Elemif=era.
— La nuit est froide; voici du feu, réchauffez-vous. • " ■
— Merci, répondit un des arrivants, le feu est bon à celte- heure de la nuit.
Les nouveaux venus entrèrent alors dans le cercle de lumière répandu par la torche ;
guayeuuar ; le était rien que non »iivio yuuoga, îe vieil offl.monlonero, un des plus dévoués lieutenant de Zèno Cabrai.
. — Grâces soient Tendues à ces caballeros, dit-il après avoir respectueusement salué son chef, jecr-iis qu'ils sont nyetaiopes, et que, de même que les chats et autres animaux, ils possèdent la faculté de voir dans les ténèbres ;-sans leur gracieux concours, le diable m'emporte si je serais jamais arrivé jusqu'ici, général. J'étais complètement perdu lorsqu'ils m'ont rencontré tatonnnnt comme un aveugle <;t me frappant rudement contre tous les arbre?.
— Eh bien, reposez-vous, don Sylvie, pendant que je causerai avec ces caballeros, répondit en riant le montonero, et chauffezvous en même temps.
— Je" ne voudrais pas être indiscret, général. .
— N'ayez pas cette crainte, mon ami, nous nous entretiendrons dans une langue tjue vous ne comprenez pas.
— Puisqu'il en est ainsi, je me TisqUe, répondit le vieux soldat en s'asseyant sur le sol et allongeant ses longues jambes devant; le feu, en même temps qu'il penchait son grand corps en avant et saisissait, un tison pour allumer son cigare, qu'il se mit incontinent à fumer avec les marques de la plus complète béatitude. ■ , .
Les Indiens étaient demeures immobiles et indifférents à ce court entretien, -Zèno Cabrai se tourna alors vers eux, et s'inclinant avec
politesse : '
-~ Veuillez prendre place à rues cotés, capitaos, dit-il, je suis heureux do vous voiri
Lorsque les visiteurs furent assis, Zéno- Cabrai, après leur avoir offert du tabac qu ils acceptèrent, reprit la parole. . A M
■— Chefs, dit -il, vous m'avez fait, il y a quelques jours, demander une entrevue, me