‹ Zéno CabralChapitre 3 sur 21 · EL DORADO · texte numérisé non relu

EL DORADO

O Scrtâo.

Le 25 juin 4790, vers sept heures du soir, une troupe assez nombreuse de cavaliers déboucha subitement d'une étroite ravine et commença à gravir un sentier assez roide tracé, ou plutôt à peine indiqué, sur le flanc d'une montagne formant l'extrême limite de la sierra de Ibatucata, située dans la province de Sâo Paulo.

Ces cavaliers, après avoir traversé le rio Parana-Pane, se préparaient sans doute à franchir le rio Tieti, si, ainsi que semblait l'indiquer la direction qu'ils suivaient, ils se rendaient dans le gouvernement de Minas Geraës.

Bien vêtus pour la plupart, ils portaient le

tropole et finir par refouler dans leurs impénétrables forêts les tribus guerrières et insoumises des premiers habitants du sol.

Cette ressemblance était rendue plus frappante encore, en songeant au territoire que, traversaient en ce moment les cavaliers, territoire aujourd'hui habité seulement par des blancs et des métis nomades, chasseurs et pasteurs pour la plupart, mais qui alors était encore parcouru par plusieurs nations indiennes, rendues redoutables par leur haine instinctive pour les blancs et qui, considérant, non sans quelque apparence de raison, cette terre comme leur appartenant, faisaient une guerre sans pitié aux Brésiliens, les attaquant et les massacrant partout où> ils les rencontraient.

Les cavaliers dont nous parlons étaient au nombre de trente, en comptant les domestiques affectés à la surveillance d'une dizaine de mules chargées de bagages et qui, en cas d'attaque, devaient se joindre à leurs compagnons dans la défense généraïe,.et pour cette raison étaient araiês de fusils et de sabres.

A quelque distance en arrière de celte première troupe en venait une seconde, composée d'une douzaine de cavaliers au milieu desquels se trouvait un palanquin hermétiquement fermé, porté par deux mules. ■

Ces deux troupes obéissaient évidemment au même chef, car lorsque la première fut parvenue au point culminant de la montagne, elle s'arrêta, et un cavalier fut détaché afin de presser l'arrivée de la seconde.

Les hommes de la deuxième troupe affectaient une certaine tournure militaire et portaient le costume des soldados da conguista ; ce qui, au premier coup d'œil, pour une personne au fait des mœurs brésiliennes, laissait deviner, que le chef de la caravane était non-seulement un personnage riche et puissant, mais encore que son voyage avait un but sérieux et hérissé de périls.

Malgré la chaleur du jour qui finissait eh ce moment, ces soldats se tenaient droits en selle et portaient, sans en paraître nullement incommodés, l'étrange accoutrement sans lequel ils n'entreprennent jamais une expédition, c'est-à-dire la cuirasse nommée gïbào de armas) espèce de casaque rembourrée en coton et piquée, qui descend jusqu'aux genoux, défend aussi les bras et les préserve, mieux que toute autre armure, des longues flèches indiennes.

Gomme, lorsqu'ils poursuivent les sauvages dans les forêts, ils sont contraints d'abandonner leurs chevaux avec lesquels ils ne pourraient pénétrer dans les forêts vierges, fis ont au côté une espèce de grande serpe nommée façao^ qui leur sert à trancher les lianes et a s'ouvrir un passage; ils ont en outre chacun une espingoie ou un fusil sans baïonnette qu'ils ne chargent ordinairement qu'avec du gros plomb a. cause de la presque impossibilité de diriger une balle avec certitude dans ces inextricables fouillis de verdure rendus plus épais encore par la dispo-

te

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