LE VIL1.A.GE
Les Guyacurus et leurs alliés les Payagoas sont essentiellement pasteurs, ce qui a beaucoup retardé leurs progrès dans l'art de bâtir ; cependant, depuis quelques années, ils semblent avoir une tendance à devenir plus sédentaires, et même ils commencent à s'occuper d'agriculture.
"Alliés ensemble depuis nombre d'années, les Guaycurus et les Payagoas paraissent s'être partagé le désert.
Les premiers, si essentiellement cavaliers qu'ils sont nommés Indios cavalheiros par les Brésiliens, passent pour ainsi dire leur vie
(1) Textuellement
Beaucoup de monde.
G. Aimard.
à cheval, gardant, dans les vastes plaines qu'ils parcourent, ces innombrables troupeaux de taureaux sauvages qui forment leur principale richesse.
Les Payagoas, au contraire, sont sédentaires; ils établissent leurs demeures sur les bords des fleuves, des rivières ou des lacs, s'occupant principalement à pêcher, et vivant plutôt sur l'eau que sur terre. Aussi ont-ils acquis une expérience assez grande de la navigation et possèdent-ils une science assez avancée de l'astronomie maritime.
Quant aux mœurs et aux coutume?, les Guaycurus et les Payagoas diffèrent fort peu entre eux; parler de l'une de ces deux nations est faire connaître l'autre.
Nous avons dit plus haut que c'est ordinairement le bord des rivières que choisissent ces nations pour s'y établir durant quelques mois, c'est-à-dire pendant tout le temps que d'un côté on trouve du poisson et de l'autre des pâturages pour les animaux.
Cependant le sort de ces demeures éphémères dépend beaucoup, soit du caprice d'un chef, de l'avertissement mystérieux du sorcier de la tribu ou de la présence imprévue de quelque oiseau prophétique qui vient par hasard se percher sur une cabane; desorle qu'il, arrive sou vent que des guerriers, partis depuis quelques semaines en expédition, sont tout étonnés de voir que, lorsqu'ils se croyaient rendus chez eux. leur village a disparu, et qu'il leur faut le chercher dans le coin reculé d'un autre désert.
Ces villages sont cependant construits d'après certains principes et ne manquent, pas lie régularité : les rues .sont, eu général, fort larges, très droites, et les maisons conservent un certain alignement entre elles.
Les maisons, avons-nous dit, — ces habitalions, comme du reste celles de tous les peuple nomades, méritent à peine ce nom, — ce sont des espèces de granges faites en troncs de palmier ou d'autres arbres, dont les cloisons sont composées de feuilles superposées; des espèces de nattes de jonc, posées horizontalement pendant le temps sec et sur un plan incliné dans la saison des pluies, forment le toit; l'eau pénètre facilement ce frêle rempart pendant les orages, et alors les femmes ef les enfants sont obligés de l'éponger ou de la vicier avec des couïs et des paniers tressés. Seules les cabanes des chefs sont exemptes de ce désagrément et abritent aussi bien leurs propriétaires de l'eau que de la chaleur, à cause des nombreuses nattes superposées à diJïérenls intervalles, et qui, par ce moyen, deviennent impénétrables.
Chaque village possède une large place, au centre de laquelle s'élève l'arbre dédié au Nunigogigo , ou esprit de vie, auprès duquel les 'sorciers ou piaejes viinagegitos , gens qui jouissent 'd'un immense crédit chez ce peuple crédule et supersti- .
lieux, sont sans cesse occupés à faire de bizarres cérémonies et à invoquer l'oiseau .
prophétique, le messager des âmes, nommé Macauhan, que, bien que demeurantinvisible au vulgaire, ils écoutent pendant des journées entières, l'évoquant au moyen d'une espèce d'instrument appelé maraca ; puis ils supplient te grand génie de leur expliquer le sens mystérieux des chants qu'ils ont entendus.
C'est au pied de cet arbre que se réunissent les chefs pour délibérer et que se tiennent les grands conseils de la nation, conseils dans lesquels ne se traitent que les questions d'intérôt fîénéral
Contrairement à tous les autres Indiens de l'Amérique méridionale qui ont l'habi-. tude d'enterrer le.- morts dans les cabanes que ceux-ci ont jadis habitées, les Guaycuru ont, à l'entrée de chaque village, un cimetière général, espèce de grand hangar recouvert de nattes où chaque famille choisit le lieu de sa sépulture.
Les Indiens évitent de passer la nuit.auprès de ce cimetière, à cause de la persuasion dans laquelle ils sont que les simples
Pv
guerriers et les esclaves, étant exclus du paradis, sont destinés à devenir après leur mort des ombres errantes, contraintes à demeurer dans^ l'enceinte funèbre du cimetière.
Diogo ne savait trop quelle route suivre pour se rendre au village des Payagoas, dont il ignorait, non-seulement la position, mais môme l'existence.
Gomme souvent déjà il s'était trouvé en rapports avec eux et qu'il connaissait leurs usages, il s'était lancé à tout hasard dans la direction que le chef lui avait indiquée, s'allachant à suivre lé pi us possible le bord de la rivière, convaincu que là seulement il trouverait leur village, si ce village existait réellement, ce dont il n'avait aucune raison de douter après l'assurance que lui en avait donnée Tarou-Niom .
Il galopa ainsi toute la nuit sans rs'arrêler, ne sachant trop où il allait et appelant detous ses vœux le lever du soleil, afin de pou voir s'orienter.
Enfin le jour parut. Diogo gravit, un monticule assez élevé, et de là il interrogea l'horizon.
A trois ou quatre lieues de rendrait où il s'était arrêté, sur la rivo même du iîeuve, le capitao ape: eut, d'une façon un peu brouillée, il est vrai, niais cependant distincte pour son regard perçant, un amas confus et assez considérable de cabanes, au-dessus desquelles planait un nuage épais de fumée.
Diogo descendit le monticule et reprit sa course, piquant droit au village; lorsqu'il en approcha, il reconnut qu'il était beaucoup plus important qu'il ne l'avait supposé d'abord el foriifiê au moyen d'une enceinte formée par un fossé large et profond, derrière lequel on avait élevé une rangée de pieux reliés et altacliés entre eux par des lianes.
Le capilao appela à lui toute sou audace et, après un instant d'hésitation, il s'avança bravement vers le village, dans lequel il entra au galop ùi son cheval, qu'il se plaisait à faire pialïor et caracoler.
Gomme c'était le matin, l'œil plongeait facilement dans les cabanes ouvertes.
simple que l'alliance entre les deux nations était tellement étroite, que de continuelles relations devaient exister entre elles et rendre impossible l'ignorance dont il ferait
preuve.
Diogo cherchait vainement dans son esprit, tout en commuant à faire galoper son chevai, le moyen de sortir d'embarras, lorsque le hasard, qui semblait définitivement le proléger, vint encore une fois à son aide dans celte circonstance. Au moment où il passait devant une cabnne de belle apparence formant l'angle de la place, se n cheval, effrayé par un pécari apprivoisé, qui vint tout à coup avec d'affreux hurlements se jeter dans ses jambe?, commença à se cabrer et à lancer des ruades qui, en un instant, réunirent, autour de lui une vingtaine de ces oisifs qui foisonnent toujours dans les centres de population, nn'iu soient, indiens ou civilisés.
traits étaient fins et intelligents, sans être complètement beaux; l'expression de sa physionomie était douce;. elle paraissait avoir vingt-deux ou vingt-trois ans au plus.
Son costume se composait d'une pièce d'étoffe rayée de plusieurs couleurs, qui l'enveloppait assez étroitement depuis la poitrine jusqu'aux pieds, serrée aux hanches par une ceinture fort large nommée ayulate, d'un rouge cramoisi. Cet leceinlure est blanche chez les jeunes filles, et elles ne doivent la quitter que lorsqu'elles se marient. Pinia-Pai n'était ni peinte ni tatouée; ses longs cheveux noirs, tressés à la mode brésilienne, tombaient presque jusqu'à terre; de petits cylindres d'argent, enfilés au bout les uns des autres el f urinant une espèce de chapelet, entouraient son cou ; dos plaques de métal, attachées sur sa poitrine, voilaient à demi les
tête posée sur les petites bottes de foin dont leurs compagnes se servent pour monter à cheval.
Dans les rues que traversait le capilao il ne rencontrait que des enfants ou bien Quelques femmes allant chercher leur provision de bois; d'autres préparaient la farine de manioc; quelques-unes, accroupies devant leurs cabanes, fabriquaient, soi l des poteries soit des corbeilles, mais 1 s plus grand nombre étaient occupées à tisser les étoffes de coton dont elles se servent pour se vêtir.
Du reste, malgré l'heure matinale une grande activité régnait dans le villaee oui paraissait être fort peuplé; le capitao jetait au l? a ^age, un regard curieux sur tout ce qui s. offrait a sa vue, et s'étonnait intérieurement •de 1 existence sérieuse et laborieuse de ces pauvres .Indiens qu'on se plaît à représenter comme tellement indolents, que lé moindre travail leur rép- -ne, et comme aimant mieux passer la journ. o entière à fumer ou à dormir qu a vaquer aux soins que réclament si impérieusement ios besoins de la vie.
vnrS? B «ï ai î !' 2^8*$ la curiosité qui le dévorait et l'admiration que lui causait ce
ffiSÏÏSX M^ence lui ordonnait in péneuaement de ne rien laisser paraître sur son visage et de feindre l'indifférence la "plus complète dn crainte d'attirer trop l'altentionsur lui et d'éveiller les soupçons
Bien qu'il eût heureusement pénétré dans l'intérieur du village, Diogo cependant np laissait pas que d'être assez embarrassé nou? trouver la case habitée par ^ c a mtao des Bayagoas, indication qu'il ne lui P étaii ™l
ŒS- d ? demand <* s ou s Peine de se relire immédiatement suspect,, par la raison S
qu'ib)
Ces oisifs, dont le nombre croissait de minute en minute, se pressaient de plus en plus autour du cheval que le capitao avait une peine extrême à retenu et à empêcher d'écraser quelques-uns des imprudents dont les cris commençaient à effrayer sérieusement l'animal.
Au même instant, un homme de haute taille sortit de la hutte dont nous avons parlé et, attiré par le bru il, fendit la foule, qui s'écarta respectueusement sur son passnge, et se trouva bientôt en face du capitao.
Celui-ci qui, deux jours auparavant, lorsqu'il avait été à la recherche du guide, s'était rencontré avec le chef des Payagoas, le reconnut aussitôt.
Le saluant alors à l'indienne, et du même coup arrêtant son cheval par un prodige d'adresse el de force, il s'élança à terre.
— Aï ! s'écria le chef, un guerrier guayeurus ! Que se passe-t-il donc ici'?
— A l'instant où j'allais arrêter mon cheval devaut la case du capitao, pour lequel j'ai un message, répondit Diogo sans se déconcerter, i:n pécari l'a effrayé.
— Epoï! mon frère est bien un Guaycurus cavalheiros, dit gracieusement Emavidi; l'animal est dompté et n'a garde de remuer à présent. Comment se nomme mon frère?
— Le Grand-Sarigue, dit Diogo en ^'inclinant cl se souvenant à propos du nom que lui avait donné Tarou-Niom.
— Aï! je connais le nom de mon frère.
C'est un guerrier renommé, j'en ai souvent entendu parler avec éloge ; je suis heureux do le voir.
Le capitao jugea nécessaire de s'incliner de nouveau à ce compliment flatteur.
Emavidi continua :
— Mon frère a fait une longue traite pour arriver ici; il acceptera l'hospitalité du chef; les Payagoas aiment les Guaycurus, ils sont frères.
— J'accepte l'offre gracieuse du chef , répondit le capitao.
Emavidi- Chaimè, frappa dans ses mains; un esclave accourut. Le chef lui ordonna de prendre soin du cheval de Diogo. Il congédia d'un g^ste la foule arrêtée devaut sa porte et introduisit son hôte dans la maison dont il ferma l'entrée avec une claie, pour éviter les regards curieux des oisifs rassemblés dans la rue et qui s'obstinaient, malgré son ordre, à ne pas s'éloigner.
La cabane du chef était spacieuse, bien aérée, propre et disposée intérieurement avec une intelligence peu commune ; quelques meubles grossiers, tels que tables, bancs et tabourets, la garnissaient seuls.
Dans un angle éloigné de la pièce, les esclaves se livraient à certains travaux sous la direction de la femme du chef.
Sur un signe dIEmavidi, elle vint avec empressement souhaiter là bienvenue à l'étranger et lui offrir tous les rafraîchissements dont elle supposait qu'il devait avoir besoin.
L'hospitalité est parmi, les Indiens la loi la plus sacrée et la plus inviolable.
Cette femme se nommait Pinia-Paï (l'étoile blanche). Elle était grande, bien faite; ses
seins, et de larges demi-cercies en or étaient suspendus à s^s oreilles.
Sous ce costume pittoresque, cette jeune femme ne manquait pas d'une certaine grâce piquante et devait, ce qui arriva en effet, paraître charmante au capitao, Indien lui-même, et qui prisait surtout le genre de beauté qui distingue les femmes de sa race.
Avec une célérité pleine d'égard, i'Etoile- Bianche eut, en un instant, fait garnir la table de mets dont l'abondance faisait excuser la frugalité, car ils ne se composaient que de laitage, de fruits, de poisson bouilli et de viande séchée au soleil et rôtie sur les charbons ardents.
Diogo, sur l'invitation du chef, se mit en devoir de faire honneur à ce repas improvisé dont il commençait à sentir intérieurement la nécessité après la longue nuit qu'il avait passée à galoper à travers la plaine.
Le chef, bien que lui-même ne prit au-
cune part au repas, excitait son hôte à manger, el le capilao, dont l'appétit semblait croître en raison de ce qu'il engloutissait, ne se faisait pas prier pour attaquer vigoureusement tous les plats.
D'ailleurs, à part la faim qu'éprouvait Diogo, il savait que ne pas manger beaucoup lorsqu'on est invité à la table d'un chef est considéré par celui-ci comme une impolitesse et presque une marque de mépris ; aussi, comme il lui importait de gagner les bonnes grâces du capilao et de s'en faire un ami, faisait-il des efforts réellement prodigieux pour absorber le plus possible de victuailles. Cependant, il arriva un moment où, malgré toute sa bonne volonté, force lui fut de s'arrêter.
Emavidi-Chaimèi qui avait suivi avec intérêt les prouesses accomplies par son hôte, semblait charmé; il lui offrit alors, en guise de digestif, du tabac contenu dans un long tuyau de feuilles de palmier rouUes, et les deux hommes se mirent à fumer el à s'envoyer réciproquement, dans le plus grand silence, des bouffées de fumée au visage.
Dès que sa présence n'avait plus été nécessaire auprès de son hôte, l'Etoile Blanche s'était discrètement retirée dans . un autre compartiment de la case, en faisant signe à ses esclaves de la suivre, afin de laisser aux deux hommes liberté complète de causer entre eux.
Cependant un laps de temps assez, long s'écoula avant qu'une seule parole fûl'échangée; a nature de l'Indien est contemplative et a beaucoup de rapport avec celle des Orientaux. Le tabac produit sur eux l'effet d'un narcotique, et s'il ne les endort pas complément, du moins il les plonge pour un temps assez long dans une espèce d'extase somnolente pleine de douces et voluptueuses rêveries, qui a de grands rapports avec [ekief des Turcs et des Arabes. .
Ce fut Ema^idi-Chaimè qui, le premier,
rompit le silence. n .
— Mon frère, le Grand-Sarigue, est porteur pour moi d'un message de. Tarou-Niom?
dit-il.
— Oui, répondit Diogo rentrant immédiatement dans son rôle.
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•Ti-: ■
— Ce message m'est-il personnel ou s'a- ' uresse-t-il aux autres capitaës de la nation et au grand conseil.
— 11 n'est que pour mon frère Eniavidi- Chaimè.
— Epoï, mon frère juge-t-il convenable do me le communiquer en ce moment, ou préfère-t-il attendre et prendre quelques heures d'un repos qui, peut-être, lui est néces- ■ salrp?
— Les guerriers guaycurus ne sont pas de3 femmes débiles, répondit Diogo; une -course de quelques heures à cheval ne saurait rien ôter à leur Yigueur.
— Mon frère a bien parlé ; ce qu'il dit est vrai ; mes oreilles sont ouvertes , les paroles de Tarou-Niom réjouissent toujours le cœur de son ami. Le capitao des Guaycurus a, sans doute, remis à mon frère un objet quelconque qui me fasse reconnaître la vérité de son message.
— Tarou-Niom est prudent, répondit Diogo. il sait que les chiens Paï foulent-maintenahi la terre sacrée des Guaycurus et des Payagoas, la trahison est venue avec eux.
Olant alors de la ceinture, où. il l'avait placé, le couteau que lui avait remis le chef, il le présenta au Payagoas.
— Yoici, dit-il, le keàio de Tarou-Niom, le -capitao Emavidi-Ghaimè le reconnaît-il '?
Le chef le prit dans ses mains, le considéra un instant avec attention et le replaçant sur la table.
— = Je le reconnais, dit-il ; maintenant mon frère peut parler, j'ai foi en lui.
Diogo s'inclina en signe de remerciement, passa de nouveau le couteau à sa ceinture et répondit :
— Yoici les paroles de Tarou-Niom ; elles sont gravées dans le cœur du Grand-Sarigue; il n'y changera pas un mot. Tarou- Niom rappelle au capitao des Payagoas sa promesse; il lui demande s'il a réellement l'intention de la tenir. .
— Oui, je tiendrai la promesse faite à mon frère, le capitao des Guaycurus; aujourd'hui même le grand conseil s'assemblera, et demain les pirogues de guerre remonteront la rivière; moi-même les dirigerai.
. Diogo lit un geste d'étormement.
--~ Que veut donc dire mon frère? fit-il, je ne le comprends pas; ne dit-il point que les pirogues de guerre remonteront la rivière?
— Je Vai dit, en effet, répondit le chef.
— Pour quelle raison mon frère prendra-til cette direction?
— Mais pouT aider, ainsi que cela a été convenu entre nous, Tarou-Niom à vaincre les chiens Paï, n'est-ce pas l'accomplissement de cette promesse que réclame de moi le capitao?
— Ecoutez les paroles du chef ; les Paï sont enveloppés par mes guerriers ; la fuite leur est impossible ; déjà découragés et à demi-mourants de faim, dans deux ou trois soleils au plus tard ILs tomberont entre mes mains, que mon frère Emavidi-Ghaimè se souvienne de sa promesse.
— Eh bien ? interrompit le chef.
. — D'autres ennemis plus sérieux, continua imperturbablement Diogo, nous menacent en ce moment et réclament notre attention.
— C'est donc vrai ce que . m'a, ce matin même, annoncé un de mes éclaireurs ? s'écria le chef avec une émotion mal contenue.
■ — Ce n'est malheureusement que trop vrai, répondit froidement Diogo, qui ne soupçonnait pas le moins du monde à quoi le Payagoas faisait allusion, mais qui brûlait de le savoir ; c'est spécialement dans le but de vous confirmer. cette nouvelle et de prendre avec vous les dispositions nécessaires, c'estit-dîre, fit-il avec un sourire gracieux, concerter seulement les mesures de sûTeté qu'il vous piaira d'adopter dans l'intérêt général et les reporter immédiatement à Tarou-Niom, afin qu'il puisse vous appuyer efficacement, qu'il irrlâ envoyé près de son frère.
— Ainsi, les flancs entrent par tous les" côtés à l'a fois sur motre territoire? :
— Oui.
— Le capitao Joachim Ferreira serait donc réellement parli de Wla Bella, à la tête d'une expédition nombreuse?
— Il ne peut y avoir le moindre doute à cet égard, répondit résolument Diogo, qui pour la première fois entendait parleT de cette expédition.
— Et Tarou-Niom, reprit le chef, pense que je dois disputer le passage aux Paï?
— Six milie guerriers se joindront à ceux du chef payagoa.
— Mais c'est surtout le passage de la rivière qu'il est important de défendre.
— Cette opinion est aussi celle de Tarou- Niom.
— Epoï, mes guerriers, aidés par ceux de mon frère Tarou-Niom, garderont le gué de Gamato (cheval), tandis que les grandes pi
on rus?
— Mon frère a parfaitement saisi sa pensée et compris ses intentions.
— A combien fait- On monter le nombre des Paï qui viennent de. Yilla Bella?
— On a assuré à Tarou-Niom qu'ils étaient 1 au moins deux mille.
-—Aï! voilà qui est extraordinaire, s'écria 1 le chef ; on m'avait certifié, à moi. que leur j nombre ne dépassait pas cinq cents.
Diogo se mordit les lèvres, mois se remel-
Diogô sortit au petit pas du village, plongé dans ces réflexions couleur de rose et ne désirant plus qu'une chose : rejoindre le plus vite possible ses compagnons afin d'apprendre au. marquis ce qu'il avait à craindre et à espérer.
Lorsque le soldat vit se dérouleT devant lui la plaine déserte, il se pencha sur le cou de son cheval, rafraîchi et reposé par deux heures de repos, lui lit sentir l'éperon et commença à filer avec la rapidité du vent, piquant droit à la colline où campait le marquis.
Soudain , au détour d'un sentier, il se croisa avec un cavalier qui arrivait sur lui avec une rapidité égale a la sienne ; les deux hommes échangèrent un regard au passage.
Diogo ne put retenir une exclamation de surprise et presque de crainte. Dans co cavalier il avait reconnu Malco Diaz !
— Yoilà la chance qui tourne ! grommela-
t-il entre ses dents, tout en excitant encore son cheval, qui semblait dévorer l'espace;
La Cïiasse
tant aussitôt
— Us sont plus nombreux que les feuilles balayées par le vent d'orage, dit-il; seulement, ils se sont divisés en petits détachements de guerre, afin de tromper l'œil clairvoyant des Payagoas.
— Ehaî s'écria le chef avec stupeur, voilà qui est terrible 1
— De plus, ajouta Diogo qui connaissait la répulsion que les Indiens éprouvent -pour les nègres et la profonde terreur que leur vue leur inspire, chaque détachement de guerre est suivi d'une quantité considérable de Coatas (nègres), qui ont fait le redoutable serment de massacrer tons les guerriers payagoas et d'enlever leurs femmes et leurà filles ,. . , . , ... ., . , . dont ils prétendent faire leurs esclaves. ne se dissimulait pas que le métis devait lui
- ■■ ' - " sentiment conserver au fond du cœur une rude ran-
La rencontre imprévue du mamaluco avait subitement bouleversé le cours des idées de don Diogo, si joyeux de la façon dont il s'était tiré de la scabreuse expédition dans laquelle il s'était engagé un peu à l'aventure.
Le regard inquisiteur que lui avait jeté rex-guide au passage, le cri que lui-même avait, dans l'explosion de la surprise, laissé échapper, toutes ces circonstances, frivoles en apparence, lui donnaient fon à penser et l'inquiétaient sérieusement .
L'œil de la haine est clairvoyant; l'Indien
— Oh! obi fit le chef avec un
d'épouvante mal dissimulé, les Goatas ne sont pas des hommes, ils ressemblent au génie du mal. 1/ avertissement de mon frère ne sera pas perdu : ce soir mémo les femmes et les enfants abandonneront le village pour se retirer dans le llano de Manso, et les guerriers se me! Iront en marche pour le gué de Càmato , suivis de toutes les pirogues de guerre. 11 n'y a pas un instant à perdre.
Diogo se leva.
— Le GTand-Sariguc part-il donc déjà? demanda le chef en se levant aussi.
— 11 le faut, chef ; Tarou-Niom m'a recommandé de faire la plus grande diligence.
— Ëpoï ! mon frère remerciera le .grand capitao des Guaycurus : son avis sauve la naîion des Payagoas d'un massacre complet. .
Les deuxhommes sortirent. Sur l'ordre d'Emavidi-Ghaimè, un esclave amena le cheval de Diogo; celui-ci sauta en selle, échangea quelques paroles encore avec le chef, puis ils se séparèrent.
Le capitao était radieux; jusque-là tout lui avait réussi au delà de ses espérances ; nonseulement il connaissait les projets de l'ennemi, mais encore il avait appris que les Paulistas, entrés tout à coup en campagne, pourraient, à un moment donné, leur venir en aide si, toutefois, il parvenait à persuader au marquis de renoncer à s'opiniâtrer davantage dans l'exécution d'un voyage que tout rendait impossible; de plus, il avait empêché la jonction des deux nations indiennes ce qui, en conservant libre le passage des fleuves, offrait une chance de salut à la caravane, chance bien faible, il est vrai, mais qui n'en était pas moins positivé.
eu ne, non-seulement pour la façon dont il l'avait poursuivi après son départ du camp, mais parce que lui, Diogo, avait en quelque sorte pris sa place auprès du marquis, et pouvait réussir, grâce h sa connaissance approfondie du désert, à le faire échapper au piège si adroitement tendu par le métis et depuis si longtemps préparé.
Ge qui donnait un peu d'esçoir à l'Indien, c'est que la rencontre avait été si fortuite et si rapide en même temps que, grâce à son déguisement, dont la perfection avait trompé Emavidi-Ghaimè lui-même , c'était chose presque impossible de le reconnaître ainsi sans examen.
Diogo commettait une erreur ; il en eut bientôt la preuve.
Son déguisement même l'avait fait, non pas reconnaître, mais deviner par son ennemi; la raison en est simple; en deux mots nous l'expliquerons au lecteur.
Malco Diaz, habitant depuis longues années le Serlao , faisant un peu, selon que l'y obligeait son intérêt, tous les métiers plus ou moins honnêtes exploités sur la frontière, avait eu de fréquents et intimes rapports avec les Indiens bravos, ses voisins, que pour beaucoup de raisons il était contraint de ménager et de traiter en amis ; la plupart de leurs guerriers renommés, étaient connus assez particulièrement de lui pour que-', les apercevant même de loin, il- put à première vue, à ces ornements . distinclif s que chacun d'eux adopte et affectionne, les nommer sans craindre de se tromper.
Or, le matin même du jour où nous le retrouvons, deux heures environ avant le lever du soleil, Malco Diaz avait eu avec Tarou- Niom une assez longue conversation relative
mu
ZENO CàBBAL.
il fit
eux, et do
tion immédiate, aussitôt que les Brésiliens se
raient tombés aux mains des Guaycurus.
J?enâanlî6 cours de cet entretien, comme Malco Diaz insistait pour que le eîief attaquât les blancs sans plus de retard, celuici lui avait répondu qu'il ne pouvait livrer l'assaut avant l'arrivée de ses alliés les Payagoas ; qu'il ne voulait pas, par une précipitation dont rien ne Justifiait l'urgence, compromettre le succès d'une entreprise si bien conduite jusque-là ; que, du reste, le retard était insignifiant et ne se prolongerait pas au delà de quelques heures, puisqu'il avait expédié à Emavidi-Chaimô un de ses plus fidèles guerriers, le Grand-Sarigue, afin de L'engager à se presser de le rejoindre ; que, du reste, si cela ne le satisfaisait pas, il était libre de se rendre lui-môme au village des Payagoas, et de s'assurer auprès du chef de la façon dont lègue nier s'était acquitté de la mission . qui lui avait été confiée.
Malco Diaz n'en demanda pas davantage ; il prit con^ô du capiiao guaycurus, et, montant immédiatement à cheval, il se dirigea vers le village, les yeux incessamment fixés sur la rivière, espérant à chaque instant découvrir la flottille payagoas.
11 n'avait garde d'apercevoir les pirogues, nous en connaissons les motifs ; seulement arrivé à un certain endroit, il lui sembla distinguer une masse, dont l'apparence lui parut tout de suite suspecte, embarrassée dans les roseaux.
Malco Diaz était curieux, il aimait surtout à se rendre compte des choses et à trouver l'explication de ce qu'il ne comprenait pas 11 s'approcha donc du rivage dans le 1
aux derniers arrangements convenus entre ipour dupe et brûlant de se venger,
nt le métis venait réclamer l'exécu- brusquement tourner brrde a son cheval ex se -^-' îfAJ i—tt.-*-^.,- . i aïl ça eperdument à la poursuite de son ennemi. , „ . .. ' ' ',
Mais pendant que Malco faisait ces réflexions tout en galopant, et de déduction en déduction arrivait enfin à la vente, un temps assez long s'était écoulé, temps que l'Indien avait mis à profit pour prendre de l'avance et préparer une ruse qur 1 aidât a échapper si, comme il eh avait le pressentiment, le métis le poursuivait.
Les personnes qui ne connaissent pas cette noble et intelligente race des chevaux des déserts américains se feront difficilement une idée, même lointaine, des proportions grandioses qu'une poursuite anive à prendre dans la prairie. ■
Il vient un moment où le cheval sans cesse excité, subissant pour ainsi dire l'influence magnétique de son cavalier, semble s'identifier avec lui, comprendre sa pensée, et entrer réellement dans la lutte pour son compte particulier.
Beau de fureur et d'énergie, les yeux pleins de feu, les naseaux sanglants, la bouche écumante, ne sentant plus ni le mors, ni la bride, il dévore l'espace, sautant les ravins, escaladant les collines, traversant, les rivières, franchissant tous les obstacles avec une dextérité, uneadresse ei une vélocité qui passent toute croyance, s'ammant à la course et arrivant par degré à une espèce de folie orgueilleuse et superbe, d'autant plus belle qu'il paraît comprendre qu'il mourra dans la bataille insensée qu'il livre; mais que lui importe s'il atteint le but et si son maître est sauvé ?
G'était une course semblable à celle que nous venons de décrire que soutenaient en es moment, nous dirons les deux chevaux, car leurs cavaliers, tout a leur haine implacable, ne voyaient plus, ne pensaient plus et les laissaient libres de se diriger à leur
Il fallait en finir, d'autant plus que, chose extraordinaire, les Guaycurus demeuraient invisibles et laissaient ainsi supposer qu'ils avaient reconnu l'inutilité cVun plus long blocus et avaient renoncé au siège de la forteresse improvisée.
Cette solitude et cet abandon, qu'il ne s'expliquait pas de la part de ses alliés et dont les motifs lui échappaient, inquiétaient le métis.
EnfiD, la distance entre les deux cavaliers devint si minime, qu'ils ne se trouvèrent bientôt qu'à portée de pistolet l'un de l'autre. Malco Diaz arma sa carabine, l'épaula, et, sans ralentir l'allure de son cheval, il lâcha la détente.
Le cheval de Diogo, frappé en plein corps, fit un bond prodigieux en avant, se leva, convulsivement sur ses pieds de derrière, poussa un hennissement de douleur et se renversa en arrière, en entraînant son cavalier dans sa chute.
Malco jeta sa carabine et arriva comme la foudre, avec un rugissement de triomphe, sur son ennemi gisant immobile sur le soi- • Sautant immédiatement à terre-,, il s'élança vers lui par un bond de tigre et leva son poignard pour l'achever, au cas où il ne serait pas tout à. fait mort.
Mais son bras retomba inerte à son côté, et il se redressa avec un hurlement de désappointement et de rage.
Au même instant, il fut vigoureusement saisi à bras le corps par derrière et renversé sur l'herbe, avant qu'il eut seulement eu le
but
de s'assurer de ce qu'était cette masse sus-
pecte, dans laquelle il reconnut bientôt un cadavre.
Le mamaluco mit pied à terre, jeta le lasso, attira à lui le cadavre, et le regarda. Son étormementfut grand, lorsque, dans ce corps mutilé, a demi dévoré déjà par les caïmans, il reconnut îe Grand-Sarigue, ce môme guerrier' que Tarou-Niom avait, quelques heures auparavant, expédié aux Payagoas.
Le doute n'était pas possible sur la cause de la mort de l'Indien; une large-plaie béante derrière le cou montrait assez qu'il avait été assassiné paT surprise. '
Le meus laissa là le cadavre sans s'en occuper davantage, remonta à cheval et reprit sa course, course d'autant plus rapide, que, puisque le messager était mort, il n'avait pu remplir son message , lacune involontaire qu J il était important cle réparer.
Seulement , qui avait tué le Grand-Sarigue, dans quel but ce meurtre avait-il été commis 1 ? Voilà ce que le métis ne réussissait pas à s'expliquer, et ce qui le tourmentait fort.
Sur ces entrefaites, il croisa un cavalier venant du village des Payagoas où lui-môme se rendait, et dont il n'était éloigné que d'une lieue à peine; et, chose extraordinaire, ce cavalier était l'homme qu'il avait trouvé mort et a demi dévoré 'quelques instants auparavant!
L'affaire prenait des proportions inquiétantes ; le métis ne savait plu s que penser, il se demandait s'il ne s'était pas trompé , si le cadavre qu'il avait découvert était bien celui . du Grand-Sarigue, ou si ses yeux ne l'avaient pas induit en erreur.
Tout à coup une idée lumineuse lui traversa l'esprit. l)y avait trahison évidemment : l'homme qu'il avait rencontré portait un éguisement. Alors une lueur jaillit de son cerveau et tout fut aussi clair pour lui que s'il avait assiste à ce qui s'était passé.
Un homme seul pouvait parvenir à une aussi raTe perfection de costume et d'allure, cet homme était Diogo.
Aussitôt que cette pensée fut venue au métis, et e se changea en certitude dans son esprit. Ecumani de rage d'avoir été ainsi pris
guise. „ .„
Malco Diaz redoublait d'efforts afin de regagner l'espace qu'il avait perdu; mais en vain interrogeait-il le désert dans toutes les directions, rien n'apparaissait ; il était seul, seul toujours, et cependant son cheval avait atteint l'extrême limite de la vélocité.
Les bois succédaient aux bois, les collines aux collines, Diogo demeurait toujours invisible ; il semblait avoir été subitement englouti, tant cette disparition tenait du prodige.
C'est que si le métis était bien monté, le capiiao avait, lui aussi, un excellent coursier, et," comme la haine ne l'aveuglait pas, tout en fuyant, il calculait froidement les chances qui lucres l aient d'échapper, et il les employait toutes.
Enfin, après trois heures d'une course insensée, Malco Diaz, arrivé au sommet d'un monticule élevé qu'il avait gravi au galop, aperçut bien loin devant lui un nuage de poussière qui semblait s'enfuir emporté par un ouragan. ,-
11 devina son ennemi et excita de nouveau, son cheval, dont les efforts étaient déjà prodigieux.
Peu à peu, soit que le cheval que montait Diogo fût plus fatigué que celui du métis à cause de sa longue course de la nuit, soit que celui de Malco Diaz fût plus vite, il s'aperçut qu'il gagnait • son ennemi et que la distance diminuait sensiblement.
Le mamaluco poussa un cri de joie semblable à un rugissement de bêie fauve et saisit sa carabine, prêt à s'en servir dès.qu'il serait à portée.
Cependant la course continuait toujours, on apercevait au loin, au dernier plan de l'horizon, la colline au sommet de laquelle les Brésiliens avaient assis leur camp. Evidemment, les sentinelles des blancs postées sur les arbres devaient ; distinguer, bien que vaguement encore, les péripéties singulières de cette lutte étrange, sans en comprendre les motifs.
temps d'essayer de résister.
— Ehl eh! compagnon, lui dit alors la voix railleuse de Diogo, car c'était lui qui le tenait cloué au sol et lui appliquait le pied sur la poitrine. Comment trouvez-vous celui-là v ï C'est bien joué, n'est ce pas?
Voici ce qui était arrivé:
Diogo avait promptement reconnu que s'il continuait à fuir en ligne droite, son ennemi, monté sut un cheval frais, ne tarderait pas à l'atteindre et que même, au cas où il lui échapperait, il tomberait inévitablement aux mains des Guaycurus.
11 avait donc calculé sa fuite de façon -à biaiser peu à peu d'une manière insensible d'aborô, afin d'éviter l'endroit où il supposait que ses ennemis avaient établi leur camp et à tourner complètement la forteresse.
■ Ce premier stratagème avait parfaitement réussi; Malco Diaz, aveuglé par le désir d'atteiudre son ennemi, l'avait suivi clans les détours qu'il lui plaisait de faire, sans songer à se rendre compte du chemin qu'il prenait; cela expliquait l'absence, incompréhensible pour Malco, de £és alliés.
■ Puis l'Indien , arrivé à l'angle d'un bois, s'était jeté à terre et avec cette dextérité si remarquable que possèdent ceux de sa race , il avait, en quelques minutes, confectionné un mannequin avec des herbes l'avait recouvert des vêtements qu'il portait lui-même; puis , après l'avoir solidement attaché sur le dos du cheval, sous la selle et aux flancs duquel il avait placé des épines tranchantes,- il avait lancé
l'animal dans la direction qu'il devait suivre; quant à lui, il avait continué sa route en courant, tout en ayant grand soin, de demeurer toujours hors de vue.
C'était quelques instants après sa sortie du bois nue, pour la première fois, Malco Diaz avait aperçu le cheval qui détalait d'autant plus rapidement devant lui que le poids qu'il portait, maintenant était beaucoup moins lourd.
Cette explication que Diogo, d'un air narquois, donna en quelques mots; au métis augmenta encore la fureur de celui-ci. ■-.
— Vous avez tué un cheval que j'aimais, ajouta l'Indien, une noble bête que je ren*placeraî difficilement^ je' devrais vous tuer^ Mialco, mais nous ; = avons dormi longtemps côte à côte, nous avons partagé la môme nourriture ; je ne Tougirai pas mon couteau de volrejsang.
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^ Yous aurez tort, Diogo, répondit sourdement le métis, caT„ aussi vrai qu'il y a un ïïieu au ciel., je tous Jure qu'à la première u ccasio n j e' v ous tuerai, moi .
— Yous agirez selon vos instincts, Malco* je sais que vous êtes un méchant homme et que vous n'hésiterez pas à te faire.
— Oui, je le turais, je vous le jure sur ma part de paradis, mille diables !
— Votre part de paradis me paraît liien compromise, mon pauvre ami; mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit en ce moment, je' ne veux pas que vos alliés me surprennent,
— ■ Eh Lien I ne me je vous la donne.
bâillonnez pas, Diogo,.
— Allons donc, vous voulez Tire.
— Nullement, je vous donne ma parole d'honneur de demeurer ainsi que je suis, non pas deux heures mais trois, sans bouger et sans pousser un cri.
apilao avait enveloppé son paquet dans des cfeuilles de palmier et avait attaché le tout sur sa tête.
Or, comme il nageait juste au niveau de Peau, ce paquet semblait dériver doucement en suivant le fil du courant; de la rive, il avait complètement l'apparence d'un amas de
surtout chez les métis brésiliens ; pour eux la parole est tout, rien ne saurait les contraindre à y manquer. Malco Diaz, bien que ce fût un bandit de la pire espèce, obéissant sans le moindre remords aux instincts les plus sanguinaires, se serait sérieusement cru déshonoré, lui, voleur et assassin à l'occasion; si, une fois sa parole engagée,: il l'avait faussée.
Diogo savait si bien qu'il pouvait se fier à cette parole, qu'il tf accepta sans hésiter ou même sans faire la moindre objection.
— Je vous quitte, Malco, lui dit il, ne vous impatientez pas trop. Ali 1 à propos, j'emmène votre cheval qui vous est inutile en ce moment, et dont moi j'ai le plus grand besoin, maïs soyez tranquille, vous le retrouverez au pied de la colline. Je ne veux pas vous en priver. Allons, adieu.
— Allez au diable, mais souvenez-vous que je vous ai promis de vous tuer. ■ ~ ,. .
— Bahi bah! répondit l'autre avec sa rail- froid et de courage pour se désespérer; leuse bonhomie, vous dites cela maintenant | seconde de réflexion In Mit apercevoir^ parce que vous êtes furieux; je le conçois, vous n'avez pas eu de chance avec moi aujourd'hui, vous serez plus heureux une autre fois.
— Je l'espère, fit. le métis en grinçant des dénis.
Diogo, sans s'occuper davantage de lui,
ce qu'ils feront si je perds mon temps à eau- hommes et qui se rencontre fréquemment, ser avec vous, si agréable que soit votre con- —- -'---> *■**- i—*.*!: versalion. Je vais donc, en conséquence, terminer au plus vite.
— Que prétendez-vous faire ? puisque, dites-vous, vous ne voulez pas me tuer.
— Chose promise, chose due, Malco ; non je ne vous tuerai pas, mais je vous mettrai dans Vimpossibiuié de me nuire, du moius pendant quelque temps; cela est juste, n'estce pas "\
Le métis ne répondit pas, il écumait de fureur et se toTdait comme un serpent sur le
— Tenez-veus donc un instant tranquille, Malco, lui dit paisiblement !e capilao ; yous êtes réellement insupportable-, si vous continuez, je ne finirai jamais de vous attacher.
JSl, de fait, tout en parlant ainsi, il: l'attachait bel et bien avec son lasso, malgré les efforts prodigieux du métis pour lui échapper
— Là, voilà qui est fait, reprit-il dès qu c le dernier nœud fut serré; maintenant, je n'ai plus qu'à: vous bâillonner, et tout sera
— Me bail lonner, s'eena le me lis, me bâillonner, moi, et pourquoi?
— Dame, mon ami,, je vous trouve naïf ; permet lez-moi de vous le dire, si je vous bâillonne, c'est probablement pour vous empêcher de crier et d'appeler à votre aide vos amis qui, sans doute, ne sont pas très loin.
Il y eut un instant de silence : le métis réfléchissait, Diogo confectionnait un bâillon avec le soinel l'attention qu'il apportait à tout ce qu'il faisait.
— Combien de temps vous faut-il pour vous mettre en sûreté 'î demanda enfin le
métis
— Pourquoi m'adressez-vous cette question? répondit le capitao en s- agenouillant auprès de lui et se préparant à lui attacher un tampon d'herbe sur la bouche.
— Que vous importe? ltépondez-moi franchement. ..,...,
— Si cela peut vous faire plaisir, je le veux bien, Malco; deux heures me suffiront
— Deux heures?
— Eh bien! si je vous promettais de demeurer tranquille et sans crier où je suis, me baillonneriez-vous?
— Hum! fit 3e capitao; une promesse, c'esL bien vague, Malco ; lorsqu'il sngit de vie ou
de mort. . . n . .
— C'est vrai; mais si je vous la faisais,
cette promesse? .
Diogo se gratta la tête d'un air embarrasse.
— Répondez, voyons, reprit le meus.
— Eh bienl non, je ne pourrais 1 accepter, dit Diogo ; là, je vous le certifie, ce serait trop dangereux pour moi...
Et il se prépara à attacher le bâillon.
— Attendez, s'écria vivement le métis.
Diogo s'arrêta. . . , .
— Eh bien! maintenant, reprit Malco., si au buisson, ouvrit lieu de~ cette promesse que je vous faisais, je jn vous donnais ma parole- d'honneur de cavalheiro, que feriez:- vous ?
".— . Hum'l répondit l'autre^ vous m'en direz tant; mais vouv ne me la donneriez pas.
■^ Pourquoi donc cela?
— Parce que vous la tiendriez, et que vous ne voulez pas vous engager envers, moi.
— - Ainsi, vous croyez à ma parole ? i
— Certes.
— Oh! oh! fil le capitao en le regardant j feuilles et de brandies, et il aurait été im bien en face, c'est sérieux alors. " "'~ * " ~' 1 *" n "~ — * •"- -»«"
— Très sérieux, est-ce convenu?
— C'est convenu, répondit Diogo, et il jeta le bâillon.
Etrange anomalie du caractère de certains
possible à l'œil le plus perçant d'apercevoir la tête du nageur, cachée par les herbes qui la recouvraient.
Il atteignit bientôt Te pied de la colline.
Là il était sauvé et ne pouvait être vu que par les personnes que le hasard aurait conduites sur l'autre rive; mais, grâce à la largeur de la nappe d'eau et aux armes dont usent les Indiens,, il ne songea pas à se cacher.
Après avoir calculé du regard la hauteur qu'il lui fallait gravir, hauteur assez considérable, disons-le tout de suite, et s'élevant presque pic au-dessus de la rivière, le capilao prit d'une main son poignard, de l'autre le couteau que lui avait confié Tarou-Niom comme signe de reconnaissance, et il commença avec une facilité et une dextérité extrêmes à escalader cette espèce de muraille, en piaulant tour à tour ses armes dans les anfractuosités des rochers, et s'élevant ensuite à la force du poignet, exercice gymnastique, soi t dit en passant , très fatigant et surtout très périlleux.
L'ascension du capitao fut longue; un instant il demeura suspendu en ire ciel et terre, sans pouvoir ni monter ni descendre; mais [Diogo était un homme doué de trop de sang-