PREMIERE PARTIE
IS
El Vado de! Caftcstvo.
entre deux c'est-à-dire
et trois au mo-
Le 23 décembre .4815, heures de l'après-midi, ment le plus chaud de la journée, deux voyageurs, venant l'un du nord l'autre du sud, se rencontrèrent face à face, sur les bords d'une petite rivière, affluent du rio Dulce, à un endroit nommé el Vado del Cabeslro^ c'est-à-dire le gué du. Licol, situé à égale distance des villes de Santiago et de San Miguel de Tucuman.
En arrivant au bord de l'eau, comme d'un commun accord, les deux voyageurs retinrent la bride et s'examinèrent attentivement pendant quelques instants.
La rivière que tous deux se préparaient à traverser en sens contraire, grossie par les pluies d'orage, était assez large en ce moment, ce gui empêchait les deux voyageurs
de se distinguer réciproquement assez com-
plétement pour se former l'un de l'autre une prenant
opinion rassurante^
Tout étranger qu'on rencontre au désert est sinon un ennemi, du moins, jusqu'à plus ample renseignement, un individu dont la prudence exige qu'on se méfie.
Après une hésitation courte, mais bienmarquée, chaque voyageur ramena à sa portée le long fusil qu'il avait jeté en bandoulière, l'arma en faisant craquer avec "bruit la détente et, semblant prendre une résolution suprême, chatouilla légèrement de l'éperon les flancs de son chevalet entra dans l'eau.
Le gué était large- et peu profond; l'eau ar- ' rivait à peine au ventre des chevaux, ce qui laissait aux cavaliers liberté entière de se diriger a leur guise.
Cependant ils s'avançaient l'un vers l'autre en continuant à s'observer attentivement, prêts à faire feu au moindre mouvement suspect. La distance diminuait rapidement entre eux; bientôt ils ne se trouvèrent plus qu'à deux pas à peine l'un de Fautre.
Tout à coup ils poussèrent une exclamation joyeuse et s ? arrêtèrenl en riant à gorge déployée.
A plusieurs reprises, ils essayèrent de parler; mais le rire, plus fort que leur volonté, les *en empêcha, et 1 ils éclatèrent de plus belle. *
Cependant, ils avaient subitement désarmé leurs fusils, qui avaient aussitôt repris leur, position inoffensive en bandoulière, ce qui témoignait que la sécurité la plus complète avait succédé dans leur esprit à l'inquiétude qui d'abord les agitait.
Enfi n, l'un d'eux parvint à reprendre assez son sang-froid pour que les paroles se fissent jour à travers sa gorge et parvinssent jusqu'à ses lèvres.
— Pardieuî s'écria-t-il en français, en tendant la main droite à son singulier interlocuteur, qui riait toujours. Ta rencontre est précieuse et j'en garderai longtemps le souvenir ; je n'ose encore en croire mes yeux : êtes-vous un homme ou un fantôme ? est-ce bien vous, cher monsieur, vous que j'ai vu, il y a deux ans à peine-, postulant à Parisauprès du gouvernement, pour je ne sais plus quel emploi, que je retrouve au jourd'hui au fond de ce désert, portant poncho et sombrero, et ressemblant à s'y méprendre, par votre singulier accoutrement , à un gaucho de la bande orientale. ,
— Oui, répondit Vautre, en jetant un re^ gard de salisfaction sur sa personne; le costume est assez bien réussi ; mais, ajouta-t-il entre deux éclats de rire, je suis en droit, il me semble, de vous retourner la question; comment se fait- il que je vous rencontre ici, yous dont la haute position ?...
— Chut ! interrompit le premier interlocuteur en devenant subitement sérieux, rien n'est stable en ce monde,.vous le savez, monsieur Gagnepain.
— Hélas 1 qui plus que moi a été à même de l'apprendre? fit tristement' le premier voyageur. /
— Vous soupirez ! seriez - vous devenu comme moi le jouet de la fortune ?
— La fortune et moi, nous nous sommes trop peu connus jusqu'à présent, fit-il avec un sourire, pour qu'elle ait songé à moi d'une façon ou d'une autre : je ne me plains au contraire que de son indifférence à mon égard. Quant à vous, monsieur, je croyais, que les derniers événements, dont notre malheureux pays a été le théâtre, événements dans lesquels, si je ne nie trompe, yous avez joué un rôle assez important, ne pouvaient qu'avoir influé avantageusement sur votre fortune.
Le second voyageur sourit amèrement.
— L'ingratitude et la proscription sont la monnaie courante des cours, dit-il. C'est en vain que l'homme se croit habile et fin en ce monde, il s'ag te et Dieu le mène.
— Sans compter les passions qui le conduisent, interrompit le premier interlocuteur avec un léger accent de raillerie. Mais se re-
aussitôt et changeant de conversa-
tion : Où allez -vous donc ainsi?
— A San Miguel de Tucuman, puis de là au Chili.
— Seul?
— Oh! non, mes gens viennent derrière
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