Chapitre III - I^a Pi'oviiiye «!«' C'aiiloii
hauteurs du Kouy-Tcliéou. vSa branche maîtresse, le IIouu^cht)uï, coule sous divers luuus avant de recevoir des (^antonais celui sous lequel il est désiji>né dans son cours intérieur; le manque d'une nomenclature précise a permis h chaipie voyagenv de considérer comme la maîtresse branche du ISi-Kian^ celle qu'il a visitée. Ainsi Hue et (Jabet, (pii s'embar(|uèren( au nord de la province de Oanton, au i>ied du Meï-Iing, croient avoir navigué sur le ji^rand Heuve; de même Moss, en remontant la rivière « Yu-lvian<>», (|ui naît (hms le Tonkin, [»arle de son voyai>e comme ayant été t'ait sur le Si-Kian^. Kn aval de la Jonction des deux cours d'eau, une autre j;rande rivière le « Koei Kian<> » vient se mêler au courant commun, et le tl«uve désormais imposant, entre par une série de delilés dans la [)rovinee de Canton
« Au sortir d'une dernière cluse, oii le Heuve n'a <jue 2 ou .'500 mètres de laru;e entre des escarpements <|ui, de saillie en saillie, se redressent à près de 000 mètres, le Si-Kian<> s'unit au « Pé-Kianu,- » ou « tleuve du nor î ». ("est là <|ue comnu!nee< la région du delta. De ses sources à la bifurcation des branches intérieures, le dév(>lo[>penu^nt du »Si-Kian;!j; est d'au moins li){){) kilomètres, mais le réseau navigable sur le tleuve et ses tributaires est tout autrement consi(h''ral)le, <>rAce à l'ingénieuse industrie des bateliers, (pii protitent de la moindre ct)ulée pour y faire [>asser leurs euibarcations, eu les traînant à force de bras au-dessus des seuils.
« Le 8i-Kiang est l'unique voie commerciale entre Canton et les trois provinces du Kiuiang-Si, du Kouy-Tcheou et du Yuu-Nau, et c'est même i)ar cette rivière que se font en i)artie les échanges avec les régions de ITndo-Chine.
« Le Pé-Kiang- est encore plus important comme voie de tratic, que le tleuve principal. Il fait partie de la grande route de navigation qui réunit le port de Canton au bassin du Yangtse, sans autre interruption que le Me'îling ou «col des Pruniers». C'est la voie suivie par la plui)art des voyageurs européens qui ont parcouru les régions méridionales de la Chine: dès 1093, le missionnaire Bouvet vogua sur le Pé-Kiang ( ' ), et, en 1722, Gaubil eu dressa la carte, d'après ses observations astronomiques.
« De toutes les routes historiques de l'empire^ celle du Pé-Kiang- est la plus importante, puisque saus elle, toute la région du midi resterait séparée du centre et du nord. Depuis que des bateaux à vapeur longent le littoral, emportant voyageurs et marchandises, la navigation du Pé-Kiaug a beau-
(1) Longtemps avant Bouvet, t-. à. d. en 1589, Mathieu Ricci 8. J. avait pris la même voie fluviale pour se rendre au Kian<^'-Si et de là à Pékin.
(Note de l'auteur)
^Igr liiiilleniiii
coui) (liuiiiiiié, mais le commerce entre les deux versauts des monts a toujours une valeur considérable.
« En aval de la jonction du « 8i-Kian^ » et du «Pé-Kiang», le courant se divise: ou dirait (jue les deux cours d'eau s'entrecroisent à augle droit ; tandis que le Hot principal s'écoule au sud pour se déverser dans la mer à l'ouest de l'île, un autre bras se dirige à l'est et va rejoindre le lacis des innombrables rivières (j[ui serpentent dans les terres alluviales de Canton.
« A l'est, une autre grande ri\ ière vient également se i-amitier au labyrinthe tiuvial du bas Si-Kiang: c'est le Tong-Kiang ou « tleuM' de l'est », dont les sources naissent au nord-est, sur les frontières du Kiang-Si et dn Fo-kien. (!'est aussi une \ oie de navigation t*ré(juentée, très imi)ortante j)our le traus- ])ort des sucres, du riz et autres denrées agricoles. (^)uant aux rivières du delta, navigables dans tout leur vaste réseau, grâce au tiot de nuu'ée (pli les soulève deux fois j)ar Jour, elles formeut une <les régions du monde les mieux pourvues de canaux natiu'els : sur plus dv SOOO kilomètres carrés, le sol est coupé dans tous les sens juir des voies luivigables (pii servent an transport «les hommes et des marchandises et ren<lent la construction de routes presipie inutile. On comjjrend (pU' la jMipulation <le la contrée soit dexcnue amjdiibie, pour ainsi dire. \ivant aussi bien sur l'eau (jiu^ sur la terre Jérme.
«Non seulement le petit comnu'rce se fait par les rivières, d'escale en escale, nmis aussi <le grau<les foires ont eu lieu à diverses épo(pies dans le delta et Ton a \u des cités temporaires de bateaux se former en des parages ordinairenient solitaires.
* Diverses industries autres ipie la poche sont praticpiées par <les familles errant sur l'eau: <les agrictdteurs même résident en des barques mouillées à coté de leur champ. Il est donc tout naturel que cette région soit devenue le centre par excellence du connnerce de l'empire, et (praux O[)oques troublées, la piraterie ait établi ses re{)aires dans l'inextricable déilale des canaux du bas Si-Kiang: là, <les barcpies armées pouvaient attendre le passage ih's Jon(]Ues, en se cachant derrière cha(j[ue fourr('> de roseaux. Ce n'est pas sans piMue que les vaisseaux de guerre européens ont débarrassé cette région des i)irates «pli l'infestaient. (')
« La cite de Canton s'est élexce pies<iue à égale «listance «les deux têtes de delta que forment à l'ouest le Si-Kiang et le Pé-Kiang, à l'est les ramilications du Tong-Kiang: de cet
(1) Niitauinient la petite fl<^ttilk' <|iu. sous la haiitr directii'ii do Michel irAi'ria<;'a, Ou.vidor (le Macao. délit les bandes du fameux Kang-Pào-saï'. surnommé le " Tigre des 1)1. Ts" (ISin (note di- Tautour)-
C'iiiipitre II - lia Province de Caillou
endroit les joiKines peuvent se rendre par le plus eourt cliemin dans les deux estuaires, ('elui de l'est, le plus large et le plus profond, a reçu i)lus spécialement le nom de « rivière de (Canton » ou « Heuve «les Perles, » apiK'lIation (jue l'on croit dérivée dtt celle d'un fort, Haï-tchou ou « Perle de la mer»: c'est le Dutcli Folly «la Folie Hollandaise» des cnrtes. (')
«Les grands navires ne peuvent remonter la rivière de Canton jusque devant la cité. Ivcs grosses jonques et les bateaux à vapeur ordinaires doivent s'arrêter à lô Kilomètres en aval, au mouillage de Hoang-Pou (Wanii)oa); les forts bâtiments de guerre, même soutenus [)ar le Hot de nuirée, <iui déi>asse 2 mètres dans ces parages, restent encore bien en aval^ car une barre, où l'eau a seulement 4 mètres de profondeur lors du reflux, obstrue l'entrée du fleuve.
« La limite <lu «. Tcliou-Kiang » et de l'estuaire est bien marquée par des escarpements rocheux qui de part et d'autre resserrent l'embouchure, et dont les promontoires armés de forts, ont été comi)arés par les Chinois à une gueule de tigre: d'où le nom de « Hoo-men,» (jue les marins <l'Euro[)e ont traduit par l'appellation de « Hocca-Tigris.»
«Des changements continuels ont lieu dans la profoiuleur et la forme des bancs, ainsi (pie dans le tracé des rivages.
« Dans l'ensemble, la terre ferme empiète sur la mer; là où de nt)uvelles plages se déposent au-devant de l'ancien littoral, les riverains s'emi)ressent de les endiguer et de semer <les joncs <lans la vase. Ces plantes, (pii poussent avec vigueur, lournissent la tibre dont on a besoin i)our la fabrication des nattes, consolident le sol, l'exhaussent et le coiupiièrent au domaine de l'eau douce, (pii le dessale peu à peu; en (piehjues années, il est devenu propre à la culture, et le mandarin se présente pour mesurer les champs et les inscrire au cadastre.
« Des chaînes de collines, toutes orientées du sud-ouest au nord-est comme les montagnes du système sini<pie, s'éK'vent au milieu des terres alluviales et servent de points d'appui aux vases que dépose le courant fluvial ou que ramène le flot de marée. La ligne de démarcation entre la haute nu^r et les estuaires est formée par plusieurs rangées parallèles de ces îles rocheuses, semblables aux débris d'immenses jetées à demi englouties.
«La rangée du nord se compose de grandes îles, dont quelques-unes sont dominées par de hauts sommets: c'est ainsi qu'à l'entrée de l'estuaire de Canton, les deux pics <le l'île Vong- Kouu, mieux connue sous sou nom portugais de Moutanha, et de l'île Lantâo, semblent faire sentinelle.
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(1) Po li est le mot "fort," prononcé en pidgeon eniflish (note de Reclus)
>Igr Guilleniiii
« Les îles des «Larrons» font, de même que Hong-Kong, partie d'une chaîne intermédiaire, et la dernière jetée d'îlots, du côté du large, est formée par le long archipel des Kaïpoug et des Lema.
« Les deux zones de température s'entremêlent dans le bassin du Si-Kiang, Pour le climat, (/anton ne se trouve que pendant une moitié de l'année dans la région tropicale; suivant l'alternance des moussons, elle voyage pour ainsi dire du sud au nord. La température annuelle y est beaucouj) moins égale qu'à Calcutta, à Honolulu, à la Havane et en d'autres villes (') situées sous la ménie latitude.
« De mai en septembre, (piaud souffle la mousson du sudouest, apportant les pluies, les chaleurs sont aussi fortes dans la Chine méridionale que dans les villes hindoues également distantes de l'équateur; mais dès le mois d'octobre, quand régnent les vents polaires du nord-est, qui cheminent parallèlement à la côte et aux montagnes dans les sillons interméiliaires, la tem]>érature descend rapidement.
Quoique ayant traversé sur une grande i)artie de leur parcours des espaces océaniques, ces vents j)euvent, en se réchauffant sous des latitudes ]>lus méridionales, se charger d'une plus grande quantité de vapeurs sans la laisser retomber; ils paraissent très secs, comme les vents qui soufflent sur la Mongolie.
Pendant le mois de Janvier, il pleut rarement; les nuits sont toujours claires et parfois de légères gelées flétrissent les feuilles des arbres: on ;i même vu sur les eaux de Canton se former des pellicules de glace, qui disparaissent aux premiers rayons du soleil.
« Toutefois l'alternauce des vents humides de l'été et des vents secs <le l'hiver n'est pas toujours d'une régularité i)arfaite, et les courants atmosi)hériques sont diversement infléchis par le relief et la forme du littoral; c'est ainsi que la mousson du sud-ouest devient un vent du sud-est à Canton. Autour de la haute montagne de Lantao, des orages s'amassent ju-esque journellement pendant des mois entiers.
« Dès que le soleil a disparu derrière l'horizon, les nuées s'enroulent au sommet du pic, des tourbillons s'élèvent dans les airs et les éclairs jaillissent du ciel.
(l) Température «k- diveiaes villes son* le tri*i)iiiue ^eiitentrioiial moyeune de l'année aoxit. Février
Ecart
Canton
Macao
Calcutta 1
Honolulu . ..|
La Havane .
CliMpitre III - I^a l*i*oviiice do C'aiiitoii
« Le coutraste <iui se produit de Tune à Paiitre saison dans le mouvement des vents et dans l'ensemble dn climat se montre aussi dans la tlore. En hiver, les champs sont nus, les montagnes n'ont i)lus toute -leur parure de feuillage, la nature a le même aspect que dans les contrées situées en dehors de JM zone tropicale. Mais tout change avec le renversement «les moussons et l'arrivée des i)luies.
Alors la tlore <lu midi se révèle dans tout son éclat: on se croirait en Hindoustan. A côté du pin de la Chine se drcvSse le palmier, des camélias croissent sur les montagnes près des châtaigniers et des chênes. Les orangers et les citronniers d'espèces diverses, les goyaviers, les bananiers, les manguiers, les litchi {nepkelinm liichi) se mêlent aux arbres fruitiers de la zone tempérée. Un gran<l nombre d'arbres, d'arbrisseaux, de plantes basses que l'on tient en Fhirope dans les serres chau<les, ])rospèrent sous le ciel «le Canton, embellissant la terre de leurs tieurs, em])lissant l'air de leurs i)arfums.
« L'île «le Hong-Kong, «iu«)i«|ue bien peu éten«luc en c«unparaison «lu bassin «pie [»arcourt le Si-Kiang, est cei)endant assez vaste i)Our que les naturalistes anglais aient pu y voir comme un résumé «le cette Hore «lu nii«li.
« Mais les espaix^s laissés incultes y sont trop resserrés pour «pie les animaux de haute taille soient nombreux; on n'y rencontre «pie des chevreuils et des renards. Les petites esjyèces, oiseaux, insectes, papillons, ap[>avtiennent juuir une b«)nne ])art à la faune «le l'HiiuUuistan: on i)«)urrait se croire au bor«l de r«)céan des Indes.
« Dans les pays «le l'intérieur, la faune est rei)rêsentée i)ar quelques-unes des grandes espèces «le l'Asie hindoue.
« Il est pr«)bable <]ue des éléments inéri«lionaux, représentés surtout par les Malais, sont entrés dans la p«)pulation «lu midi «le la Chine; cependant on n'en voit point les traces dans les mceurs ni «ians la langue des habitants «lu Kouang-tong. Leur dialecte, purement chinois, est nn^Mue plus rapproché des anciennes formes que le dialecte mandarin actuel, et tous les noms de lieux appartiennent à la même souche «pie ceux «lu nord et du centre: le nombre des mots originaux «pii ne correspondent pas à un signe particulier de la langue littéraire est beaucoup plus rare que ne ra<linettaient les premiers sinologues. C)
« Mais, dans l'intérieur du pays, il existe encore des i)0|>ulations aborigènes «pii ne se sont pas foiulues en une seule race avec les Chinois, et que ceux-ci considèrent c«)mme des barbares. Ainsi les ]Vliao-tze vivent au nord-ouest du Koiian«i-
(1) Douglas; — H. Yule, The Buok of sei' Marco Polo.
ngr Ciinilleiiiiii
tong-, vers les sources du « Liu-elian » affluent occidental du Pé-Kiang; d'autres liabitent le Kouaug-Si, où ils sont constitués eu communes autonomes sur des terres que leur concéda Tempereur Vong-tching, en IT'M. (')
«Au 1"'" siècle, d'autres tribus Miao-tze auraient aussi peuplé les monts où naissent les hauts affluents du Han-Kiang, mais des colons chinois occupent maintenant toute cette contrée des frontières du Fo-Kien.
« Les Vao, grou[)e de tribus ipie Ton dit d'origine birmane, parcourent un pays de niontagues au sud-ouest de la |U"ovince, non loin de la frontière du Tonkin. Le nombre de ces Vao aux divers «lialectes s'élèverait à moins de .'îO.OOO individus: aussi ne peuvent-jls songer à se défendre contre les Chinois j)ar la violence; c'est par la ruse (pi'ils ont Jusqu'à mainteuant réussi à sauvegarder leur in(léi)endance.
« Les Vao offrent l'exemple, assez rare (huis l'p]xtrême-()rient, (Tune population ayant gardé, comme les Tcherkesses, les Skipetar, les Corses, la coutume de la l'endetta, poursuivie de famille en famille pendant des générations entières. Mais, comme en Corse et en Albanie, les femmes restent en dehors de la lutte héréditaire; tandis (pie les hommes se cherchent et se combattent, elles peuvent sans crainte va(]uer aux travaux de la campagne.
« Quoique ai)partenant, sinon à une même race originaire, du moins à une nation solidement unie par la langue et par un développement historique commun, les gens de Canton et des environs se divisent en trois groupes: les llok-lo, les Pounti et les llak-Ka.
« Les Hok-lo halùtent surtout la région du littoral de l'Est.
« La signification de leur nom, tel qu'il est représenté dans
récriture chinoise f^^, est celle d' «Anciens par l'étude,» ce qui semblerait inipli(juer une civilisation antérieure à celle des autres habitants; mais c'est précisément panui les Hok-lo <|ue se rencontrent le moins d'individus voués aux professions littéraires.
« Toutefois ils sont également connus sous le nom de Fo'lo (Aneiens par la prospérité) ; or ces noms de Hok et Fo, « Etude » et «Prospérité,» sont ceux qui entrent dans l'appellation de la province du Hok-Kieu ou Fo-Kien fê^. On peut donc supposer que le vrai sens de Hok-lo est celui de « Gens du Fo-Kien.»
« Le dialecte Hok-lo diffère peu de celui d'Amoy. (-) « D'après la tradition chinoise, c'est au 14" siècle qu'aurait eu lieu l'immigration des Hok-lo dans le Kouang-toug.
(1) H. Gray. China; — L. Ivatscher.
(2) Wells Williams, Syllabic Dictionnary .