‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 128 sur 155 · C-'hapUre XIV . Disconrs de l'Amiral Vérou · texte numérisé non relu

C-'hapUre XIV . Disconrs de l'Amiral Vérou

« Mgr Guillemin célébra la messe, assisté de ses prêtres, environné des autorités et des Européens qui se tenaient de chaque côté de V autel. ;

Derrière eux étaient les chrétiens chinois.

Les pdiens occupaient le sommet des collines d*oii ils observaient, avec la ylus curieuse attention^ tout ce qui se passait.

La Mission des Jésuites à C'hac-kint;

« Après la messe, Vévéque, revêtu de la chape noire, mitre en tête et crosse en main, fit Vabsoute sur le caveau, bénissant une dernière fois ces ossements déjà blanchis par le temps. :\ - ■ ^ ■;. / ^

« Ap)rès lui, le clergé, les autorités, les assistants européens jetèrent sur ces restes chrétiens, quelques gouttes d'eau bénite.

« Puis on les recouvrit d'une couche de cliaux et de mortier.

« Lorsque Vévêque eut chanté le dernier Reqniescant in pace, auquel tout le monde ré2:)ondit avec émotion: Amen, la pierre tombale, déjà un peu inclinée, s'abaissa lentement sur le caveau, et M. V Amiral Véron, s' avançant de quelques 2)as, adressa à Mgr Guillemin les paroles suivantes:

Monseignenr, « Je vous remercie, an nom de la marine, d'avoir présidé à l'érection de ce monument, destiné à perpétuer la mémoire de

INTENTIONAL SECOND EXPOSUREi

Mgr Gnlllemtn

Est-ce dans la perspective de cette cérémonie, (lue l'évêqne convoque, pour lui donner plus d'ampleur, tous ses missionnaires à une retraite spirituelle I

("est un fait qu'à la date du 20 novembre, 17 de ses collaborateurs étaient réunis à Canton.

11 protîte de cette retraite pour mettre en ordre sa correspon«lance un peu négligée, et il se prépare avec quehiues-uns de ses missionnaires à recevoir dignement le brave Amiral Vérou.

La cérémonie du cimetière sera tixée au *J(» Décembre.

Les détails de cette tète que l'amiral traite de "nationale", furent publiés dans les " Missions Catholiques " du 7 février lS7i). Les voici:

-* C\'sf le .29 Décembre 1S77 qu\^ut ïieii V inhuDiatioii des restes des soldats français dans le monumcut érigé sur le eimetière catliolique de Canton.

Déjà, quelques mois aupararauf, Mgr Guillemin les avait fait recueUlir des d(^'érents endroits oh ils avaient été déposés ; puis, renfermés dans des urnes de terre, ils araient été transportés au eimetiére ; et enjj)i, la reille de la cérémonie, en présence de Vévéque, ils avaient été mis corps par corps, os par os, dans le tombeau commun destiné à les recevoir.

Chaque couche était recouverte d^un lit de chaux et de mortier, à r exception de la dernière, qui les laissait voir dans leur état naturel.

Le Vice-Roi de Canton voulut donner, pour la cérémonie religieuse, une escorte de 60 soldats chinois, autant pour rendre honneur à la France que pour maintenir le bon ordre. Une compagnie de matelots français se Joignit à eux, et, à la suite de ce petit détachement, s'avançaient en palanquin et revêtus de leurs habits de cérémonie : Mgr Guillemin, M. V Amiral Véron, commandant de la station navale de France en Chine, avec le commandant du " Ilugon" navire français mouillé dans les eaux de Canton; M. Ziichon, aumônier de la frégate ; V état-major et les officiers; M. de Lagrenée, consul de France et son chancelier ; les missionnaires avec les catéchistes en longue robe ; enfin une foule de chrétiens et de païens, attirés par un sentiment religieux ou par le désir d'assister à un spectacle si nouveau pour eux.

« Arrivé à Ventrée du cimetière, le cortège fui reçu au bruit d'une détonation de pétards, et se rendit à une tente dressée au pied du monument et où avait été placé un autel drapé de noir.

C'Iiapîlrc \IV . l>iw<'«mrN de IMiiitrnl Véroii

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« Mgr GidlIvDiht cclrbra la iiivssc, {insixtc do .ses prêtres, ciirironrK' des anton'trs et des /'J/ir<>/)('f//s <ji/i sr fmaitiit de c/ica/ue côté de /\i/i/,'/,

J)(rri?re ckj' ri ai cul h's chrél iais rfiittois.

Lt's /la'ieus occtijxucid le .^(liiniifl dc-^ rallincs (Toù /Av i>l>s('rraicid , arec la phts r/iricnsc (dh nlioi, (cnl '-c i/ri se /xtssaif.

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La Mission lifs .l>'sui((

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« Après la nn-.'-sc, rérrijac, rcvriu ae la chape noire, ml- Ire eu tête et crasse eu iiiaiit, jit rahstuitc sur le ccreau, béiu'ssaid /me dernière J'ois ces ossemeids déjà blanchis j)ar le temps. . '

« Après lui, le clergé, le.s autorités, les assistants enrojiéens jelèrt nt sur ces restes chrétieus^ (juchpies goulles d'eau héuite.

<v I^uis on les reeourrit (V une couche de chau.r et de mortier.

« Lorsque Véiié(p(.e eut citante le dernier lvo;|iiiescaiit. in pace, auquel tout le monde répojidit avec émotion: Anu'ii, la pierre tombale, déjà un peu inclinée, s'<d)(rissa^ lentement sur le careau, et M. rAuriral Yéron, s' avançant de </uelqves ^>(7.S', ^dressa et, Mgr Guillemin les paroles- suirantes : :

INIoii, seigneur,

«Je vous remcrcio, au uoiii de la iiiariue, d'avoir i)iési(lé à l'érection de ee niouuuieut, destiné à pérpélner la mémoire de

Mgr Oullleniln

uos camarades, morts an champ d'houmenr, sur la terre lointaine. INIerci aussi d'avoir bien voulu, aujourd'hui, bénir leurs restes qui, naguère, épars autour de cette grande cité, ont été réunis par vos soins dans cette sépulture. Ce sera une douce consohition pour les familles de ces braves soldats de savoir qu'ils sont désormais placés sous votre garde.

« Je n'oublierid i)as la circonstance solennelle qui m'a fait venir à Canton, où j'ai eu l'avantage de connaître et d'apprécier le digne évéque de ces ))rovinces, si aimé et si justement honoré.

« Que Dieu vous protège. Monseigneur, vous et vos courageux missionnaires, dans l'onivre sainte à laquelle vous avez consacré votre vie! Qu'il vous vienne eu aide dans la x>i'opagation de ce christianisme, dont les progrès sont aussi ceux de la civilisation moderne!

« Eentrés dans notre patrie, nous applaudirons à toutes vos victoires, et, si jamais l'appui de la marine française vous était nécessaire, vous savez par ce que déjà elle a fait, ce qu'elle saurait faire encore. ]Merci, ]\Ionseigneur!

Mgr Guillemin répondit:

Monsieur l'Aïuiral, Monsieur le Consul, chers Pères et Messieurs,

« Qu'ir me soit permis aussi, ]Monsieur l'Amiral, de vous remercier des i^aroles si honorables que vous avez eu la bonté de m'adresser, et de remercier en même temps tous ces Messieurs du concours qu'ils veulent bien apporter à cette cérémonie, que j'appellerais volontiers une cérémonie nationale, et toute de famille. 8i j'ai fait (luelque chose pour lui donner le caractère qu'elle mérite, je dois ajouter que c'était un devoir si évident et si naturel pour moi, que les éloges et les remerciements qui me sont adressés à cet égard, sont bien plus un effet de votre bienveillance et de la délicatesse de vos sentiments que la reconnaissance d'un mérite réel de ma part.

« Et, en effet, si aujourd'hui nous avons à Canton ce beau et vaste terrain, qui était autrefois la résidence du Vice-Eoi, si nous y élevons un temple religieux, destiné à répandre au milieu de ce peuple païen la connaissance du vrai Dieu; si enfin nous jouissons auprès de la population d'une certaine considération, qui est pour nous un gage de sécurité et de paix dans ces pays lointains, à qui devons-nous tout cela, sinon à ces braves militaires que la France a envoyés à notre secours, et qui ont rempli avec tant de courage et de dévouement le mandat qui leur était confié?

i.'liapilre XIV - Diwconi'w' an inausoK^e

« Oui, ce u'est pas sans une profoude émotion <iue Je me rappelle ce temps de l'occupation de Canton, qui renversait les portes de la ville, si longtemps fermée aux Européens, et qui, d'une cité ennemie, faisait une ville civilisée, où aujourd'hui nous jouissons de toute la tranquillité possible.

« Il était donc de notre devoir de payer un juste 4ibut de reconnaissance à ces dignes et ^ aleureux enfants de la patrie, qui n'ont pas craint de donner leur sang et leur vie, pour procurer à la religion et à la France, les avantages immenses dont nous recueillons chaque jour les fruits précieux.

« Dirai-je qu'un autre lien, plus intime et plus fort encore, m'unissait à ces braves guerriers, et établissait entre eux et moi des rapports que le temps ne pouvait me faire oublier!

« Hélas! lorsque, pendant ces trois années d'occupation, quelqu'un d'entre eux se sentait frapi)é du coup qui devait l'emporter au tombeau, il ne mancpiait i)as de faire ai)peler auju'ès de lui un missionnaire, qui pût l'aider dans le redoutable passage du temps à l'éternité.

« Et combien de fois alors iie uw suis-je pas rendu à la couche de ces pauvres mourant?.! Oombien de fois n'ai-je pas adouci les peines et les anxiétés de leurs derniers moments!

«Et à combien d'entre eux aussi, j'en ai la douce confiance, n'ai-je pas ouvert les portes du ('iel, j)uisque telle est la sublime prérogative du i)rêtre, du lejjrésentant de Dieu sur la terre, et une des plus douces consolations de son ministère!

« Ce n'est donc, en réalité, (ju'un devoir de justice, de reconnaissance et d'atî'ection religieuse, rendu par moi à la mémoire et aux restes de ces dignes et valeureux enfants de la patrie. Et je dois également reconnaître ici le concours si généreux et si intelligent que j'ai reçu du gouvernement français pour l'exécution de cette OMivre; cet eniju-essement delà marine qui par l'intermédiaire de l'Amiral Higault de Geuouilly, autorisait et activait l'érection de ce monument; cette bienveillance du ministre des Affaires Etrangères, de M. le.marquis de Moustier, qui nous donnait sur son département, les fonds nécessaires à ce travail; deux ministres, hélas! enlevés trop tôt à la France et à leurs familles, comme si malheureusement tout, dans cette circonstance, ne tendait qu'à nous montrer la rapidité de notre course sur la terre.

«Et enfin, honneur et reconnaissance au dernier ministre des Afiaires Etrangères, à M. le Duc Decazes, et au directeur des Beaux - Arts, M. le Marquis de Chenevières lesquels, dans leur sollicitude et letu- gotU si éclairé pour tout ce qui est beau, grand, me mettaient en ra])port avec des hommes de l'art, soit pour le plan du petit monument (|ue nous avons

Wgr <]tiiilleiiiiii

SOUS les yeux, soit pour la coiifectiou de cette belle statue de l'ange gardien, qui désormais veillera sur les restes de nos pauvres soldats: deux ouvrages dont la beauté n'a pas échappé aux j'eux des Chinois qui, déjà, vieunent les visiter avec empressement ou plutôt avec une tsorte de respect et de vénération, et qui comprennent par là, combien les œuvres, faites chez les Européens, sont supérieures à ce qui s'exécute chez eux.

« Mais, à ces travaux matériels, il fallait une sanction venue de haut, une manifestation qui montrât clairement aux autorités et à la population de ces pays, que c'était, non pas l'ceuvre d'un particulier seulement, mais une œuvre gouvernementale, à laquelle de cœur et d'âme, malgré la distance des lieux, s'associait tout un i)euple, consacrant ainsi le souvenir de tout ce qui s'est fait ici par le passé, et resserrant les liens de paix et de bonne intelligence qui existent présentement entre les deux nations.

« Et voilà l'effet moral produit par la cérémonie d'aujourd'hui, le couronnement nécessaire et imposant apporté à cette belle et grande omvre.

« Aussi, permettez-moi, M. l'Amiral, de vous remercier à la fois, et de la manière noble et élevée avec lacjuelle vous avez comi)ris cette démonstration religieuse et nationale, et du brillant concours que vous avez bien voulu lui donner. Eecevez aussi mes remerciements, M. le Consul, vous, dont le nom déjà si connu dans ces parages par les souvenirs qu'y a laissés votre illustre père, lors de la conclusion de nos premiers traités, brille aujourd'hui d'un nouvel éclat, par ce témoignage d'intérêt et de dévouement que vous doutiez à l'œuvre de nos Missions.

« Merci, Messieurs et cliers confrères, (jui n'avez pas hésité à vous arracher à vos districts et aux travaux de votre ministère pour assister à cette cérémonie, en relever la solennité par votre présence, et nous réjouir i)ar l'expression de vos sympathies.

« Merci vous tous, dignes amis et chers compatriotes, merci; et avec mes remerciements, recevez les vœux que je forme pour vous tous en particulier, et pour tous les membres de vos religieuses et honorables familles.

« Que la bénédiction de Dieu, de Celui qui commande à la mer et aux tempêtes, vous accompagne dans tout le cours de votre périlleuse carrière! Qu'elle éloigne de vos personnes les accidents qui pourraient vous menacer! Qu'elle vous reconduise sains et saufs vers ceux qui vous sont chers, et vous les fasse retrouver tous dans les conditions de santé et de prosl)érité <iue vous pouvez désirer!

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