Chapitre XIV - L.'Aniiral Véron
« Et puisque tout ce qui s'offre à nos regards en ce jour, ne nous présente que la triste image du trépas et de la fin réservée à notre pauvre et misérable nature, permettez-moi, en terminant, de demander au vainqueur de la mort et à l'auteur de tout bien, qu'après le pèlerinage et les courses de cette vie, il veuille bien nous réunir dans la bienheureuse société des élus. > ..
Cette cérémonie, écrivait un missionnaire, a laissé une profonde impression sur les païens qui n'avaient jamais vu, disaient-ils, traiter chez eux les morts avec cet honneur et ce tact religieux.
Aussi en avons-nous entendu plusieurs répéter hautement ces paroles, qui étaient l'expression de leur admiration: »
^n vérité, il est bon de mourir chrétien et Français! »
L'impression produite sur nos chrétiens n'était pas moins vive : car tout cela était pour eux un témoignage authentique donné à leur Foi et un encouragement à leur persévérance.
Nous étions également émus, marins et missionnaires; tous les détails de cette cérémonie nous retraçaient une image saisissante de la brièveté de la vie, de ses dangers et du terme où bientôt elle doit aboutir. »
Avec cette fête du mausolée, finissait aussi l'année 1877.
L'évêque, en formulant aux siens ses souhaits de bonheur, ajoute « que sa santé se conserve assez bien, malgré le surcroît de travail dont il est accablé. Il a toujours de temps en temps des spasmes nerveux, mais qui ne durent qu'un instant, sans laisser aucune trace après leur passage. "
" Je pense, dit l'abbé Trésoj-et, qu'il faut attribuer ces accidents au surmeiiage, à l'excès de fatigue dans lequel il passait sa vie: c'était une sorte de crispation nerveuse qui dU' rait l'espace d'un " JPater " et d'un *' Ave " au plus, et qui lui enlevait toute connaissance de soi-même et de ce qu*il faisait ; après quoi, il se retrouvait dans son état normal. Je ne sais pas à quel moinent de sa vie ces accidents ont commencé de lui arriver; je m'en suis aperçu pour la première fois , un jour, en l'assistant à V autel. "
L'infirmité qu'on signale n'était pas grave; mais elle n'en servira pas moins de prétexte à ses ennemis pour représenter l'évêque comme incapable désormais de présider à sa charge. Pourtant sa lucidité d'esprit, son activité, restaient entières, malgré le poids de l'âge; et dans une lettre à sa famille où il déplorait la perte de nombreux cousins, il ajoutait: « Pour moi, quoique bien soumis à la volonté de Dieu qui m'appellera quand II voudra, cependant je désirerais encore vivre une
Wtfr Càiiillciiiin
douzaine d<ninéct> pour terminer les (/randes œuvres qui sont à faire dan •< /« Mission!» Vit h leur aclièveuieut, beaucoup prenaient un intérêt croissant.
En ettet, k-s derniers échos de la cérémonie du niausolée ne s'étaient \n\> éttints, qu'il recevait encore de l'Amiral Vérou le billet suivant du 18 Janvier 1878 : « Monseigneur, je vous remercie des pan les si bonnes et si g-'acieuses que vous voulez bien m'ei/rof/n- a propos de ma présence à Canton et de la cérémonie à /(npielle Je me suis empressé d'assister.
« En cela. Je n'ai fait que remplir un devoir, et ça été un bonheur pour moi de prêter mon faible concours à tout ce que vous faites pcir le bien de la Religion et llionneur de la France dans rev contrées lointaines.
«. De retdur vit France, Je m'empresserai de signaler au ministre, répoque assez rapprochée où vous aurez terminé votre splendide cathédrale, et où il vous faudra songer à Vaménagement intérieur.
« Ce sera le moment pour Son Excellence de voir s'il lui est possible de cnifribuer en quelque chose à Vacquisition de Vautel gothique en marbre, dont mieux que personne vous pourrez donner les j>lans.
« tPtfi lu arx intérêt les trois brochures que vous avez en la bonté de m'envoi/er, et Je regrette de rt avoir pas le texte du joli discour-^ que vous avez prononcé le 29 décembre dernier.
« Un de mes aides de camp a pu recueillir les quelques paroles que Je ron.-^ ai adressées en cette occasion ; et Je vous les envoie, en échange bien inégal de celles qui ont tant ému les assistants.
« Au revoir, Monneigneur ! Dieu sait quand ! Mais soyez persuadé que Je n oublierai Jamais Vhonneur et le plaisir de vous avoir connu à Canton: d'avoir p)U voir qmr moi-même le degré d'avancement de /'(,trt belle cathédrale, et Juger de Vétat saiisfaisanf des progrès de votre Mission: Je serai heureux de rapporter dans notre pays ces bonnes dispositions.
« Mon souvenir, s'il vous plait, à vos braves compagnons d'armes.
« Veuillez agréer, cher Monseigneur, l'expression de mes sentiments les plus distingués et bien respectueusement dévoués.
CV Amiral A. Véron.
Xoiis n'avons pu suivre les traces de ce digue chef de là marine française; mais qu'il nous soit permis d'offrir ici aux membres encore vivants de sa famille, l'homnuige de notre j>ratitude émue pour sa sympathie envers Mgr de Cybistra.
<'hapi«re XI V - K|iOiiVHiital»le lyphoii
Quelques semaines après la léeeptioii de eette lettre, exactt'inent le 12 avril 1878, un épouNantable typhon s'abattait sur Canton.
L'évêque, à cette occasion, nu)ntre la protection que Dieu a étendue sur ses chrétiens et sur ses <iMivres. Mais dans la relation qu'il fait de cet événenieut, l'on dinùt qu'il cherche à excuser auprès de son nonxeau procureur INI. l'einot, Tœuvre principale de sa vie: la construction de la cathédrale.
Citons eu entier ce «locunient, (pii est du *jr> a\'ril: «Déjà le télégraphe a dû, dit-il, vous porter la nouvelle des désastres occasionnés A Canton i>ar le typhon, (pii est venu foudre sur la ville, le 12 de ce uu>is!
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« A cette première nouvelle, donnée par le commerce, il est de mon devoir d'ajouter quelques détails (pii vous montreront mieux encore la violence de roura<;an.
'< Dans ces pays rapprochés de l'étiuateur, il n'est pas rare de voir de ces typhons ou coui)s de vents, (pii sembleraient faits pour bouleverser toute la nature.
« C'est ainsi que la P'"*' année de m(ui arrivée à Canton, après un orage qui avait duré toute la nuit et renversé quantité de barques, le lendemain, au milieu du Jardin anglais, on
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De trouva pas moius de 42 cadavres qui y avaient été jetés par les eaux, bien que le jardin n'eût que 300 pieds de long- sur les bords du fleuve.
« C'est ainsi encore qu'en 18G1, un violent orage venant fondre sur la ville, 18 gros arbres du Consulat français qui n'avaient pas moins de 40 pieds de haut et 2\L^ pieds de diamètre, furent enlevés de terre, et brisés par morceaux. Les écbataudages de nos constructions furent également renversés, deux de nos chapelles et de nos habitations entièrement détruites, et l'on ne compta pas moins de 10 mille personnes, qui dans la ville ou les environs, trouvèrent la mort au milieu de cet épouvantable sinistre.
« Les désastres que nous avons eu à déplorer dans cette dernière circonstance, n'ont é*^é ni moins nombreux, ni moins terribles. L'ouragan i)renant la ville par le flanc, s'abattit d'abord sur quelques maisons anglaises, puis de là, se dirigeant vers le Nord, parcourut un espace d'une lieue de longsur ,'300 pieds de large, renversant à la lettre tout ce qui se trouvait sur son passage. Et alors, que de maisons détruites, que d'objets brisés, mais surtout que de victimes!
D'après le recensement qui vient d'en être fait, le nombre des habitations renversées s'élèverait à 2000; et, en supposant 5 victimes par maison, on arriverait ainsi à 10 mille morts. Et c'est en eftet le chifl're donné par l'administration : mais il doit être, dit-on, beaucoup plus considérable, et l'on compte en particulier deux maisons où 40 personnes se trouvaient réunies et qui auraient été écrasées.
« Seulement l'administration n'a pas voulu donner un chiffre plus élevé, pour ne pas ett'rayer la population, et peut-être aussi pour ne pas s'exposer à quelque reproche de la part du gouvernement; comme si les pères du peii2>le eussent manqué de prévoyance ou de courage en cette occasion!
» Trois jours ajn'ès le désastre, allant visiter le lieu dévasté, nous avons vu plusieurs cadavres qu'on venait de retirer de dessous les décombres, et qui, par les contractions imprimées sur leurs membres, semblaient encore lutter contre la faim et les horreurs de la mort.
« On voyait entre autres une pauvre femme avec deux de ses enfants qu'elle tenait l'un par la main, l'autre pressé sur son sein, comme si la mort n'avait pu les séparer!
« Et au milieu de cette débâcle universelle, que faisionsnous? que devenions-nous? que devenait surtout notre église dont les tours déjà s'élèvent bien haut vers le ciel !
« Car, telle est bien, je le suppose, très cher et digne Père procureur, la demande empressée que nous adresse la vive et