‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 130 sur 155 · Chapitre XIV - Typhon · texte numérisé non relu

Chapitre XIV - Typhon

art'ectueuse sollicitude que vous voulez bien nous couserver!

« Ce que nous laisious!

« Eh bien, ce que nous pouvions faire en cette circonstance, c'était de prier!! Et nous priions!

« Au temps de mou enfance, lorsqu'un orage venait fondre sur notre vallée de Vuillafans, et que le tonnerre roulait avec fracas sur nos têtes, notre digne et clière graiid'mère, saintes femme des temps anciens, nous faisait agenouiller et prier auprès d'elle, agitant une petite sonnette qui venait de N. D. de Lorette, et qui avait, disait-elle, le i)ouvoir de préserver de la foudre.

« Ce souvenir avait laissé une tiop vive impression sur mon esprit ijour l'oublier jamais, et visitant, il y a ii ans, la sainte cliapelle de Lorette, i)rfc\s d'Ancône,.J'y retrouvai la petite clocliette en question avec la mênu' forme, les mêmes dimensions et conservant dans le pays la renommée du pouvoir qu'on lui attribuait autrefois.

« J'en achetai donc une douzaine pour les répandre ensuite dans ma Mission ; je leur tis toucher moi-même l'écuelle bénite qui, jadis aurait servi à l'usage de la sainte Vierge; et j'en donnai une à l'orphelinat des petites filles de la S^** Enfance à Canton.

« Or, dernièrement, lorsque l'orage prenait des proportions si effrayantes, ces bonnes petites filles se réunissent d'ellesmêmes dans la chapelle, et là, à genoux, les bras en (^roix, au nombre d'une soixantaine, tandis (pie la Supérieure agite la petite clochette de Lorette, elles demandent à Dieu de vouloir bien éloigner de nous l'orage <pii nous menaçait.

« Est-ce à leurs prières que nous devons d'avoir échappé au danger?

« Dieu le sait! JMais le fait est que la trombe prenant la direction du nord-ouest, s'éloigna sans nous toucher.

« Les maisons des païens qui avoisinent notre église, ont été également épargnées; et ce qui n'a pas été un moindre sujet de joie [>our nous, c'est que ces pauvres gens n'ont pas manqué de dire que c'était à la proximité de l'église et à son heureuse influence qu'ils le devaient.

* J'ai entendu des chrétiens et des païens répéter la même chose: ce qui nous prouve que cet édifice religieux, loin d'être, comme on l'a dit quelquefois en Europe, un sujet de haine et d'an i m ad version de la part des Chinois contre nous, est, au contraire, un motif qui, bien souvent nous attire leur estime et leur confiance. ^ Y

« Dans les commencements, on le comprend, une construction si grandiose et si extraordinaire pour eux, pouvait bien

Mgr <]iuiliemiii

leur inspirer quelque dénauce et leur faire dire qu'au milieu de leur ville, uou.s élevions une forteresse capable de les foudroyer eu un instant.

« L'arrivée du gros canou japonais qui nous a été donné par l'Empereur Napoléon 111, pour servir à la confection des cloches, et qui ne pèse pas moins de 15 mille livres, a bien pu aussi les confirmer dans cette idée et peut-être même augmenter leurs appréhensions.

« Mais quand ils virent les belles proportions que prenait cet édifice, ses élégantes feuêtres avec leurs meneaux en pierre de oO pieds de haut, ses grandes rosaces découpées comme une dentelle à jour, ses arcs-boutauts se soutenant les uns les autres, et enfin cette multitude de clochetons qui s'élèvent dans les airs, alors ils comprirent qu'il s'agissait, non pas d'une forteresse, ni d'un point stratégi(iue quelconque, mais d'un monument en l'honneur du vrai Dieu, et aiupiel nous voulions donner les formes les j)lus grandes et les plus gracieuses, afin de mieux représenter sa grandeur et sa gloire ici-bas; et dès lors aussi, ils eurent pour lui, toute la considération et le respect que méritait sa destination.

« De là ^ieht (ju' aujourd' liui, ]ieis<!nne ne se rend à Canton, sans vi.sit<^r ce i>oinl important : c'est l'incomparable maison de pierre, conmu^ on l'appelle, la plus vaste et la plus belle construction (ju'on ait jamais \ ne en Chine et s'il arrive quehpie chose d'un i)eu exiraojdinaiie autour de nous, on ne maïupiera pas de l'jittribuer a rintlut'n<'e de cet édifice et à la protection du ciel, comme nous \enons de le voir!

« Déjà, l'année dernière, ;uix grands examens qui ont lieu à Canton, et qui réunissent jus<ju'à .'^000 étudiants dans cette ville, le preini<')- lauréat étant un jeune homme qui habitait dans les environs de l'église, et cette distinction, depuis fort longtemps n'a>ant pas été obtenue iiar un Cantoi:ais, quantité de Chinois n'ojit pas hésité a déclarer (pie c'était à la proximité de l'église et à son intiuence, qu'était dû un pareil succès.

« Or, loin de cher<;her à détruire un tel sentiment, volontiers je dis à nos Chinois qu'une église élevée en l'honneur du vrai Dieu, où 11 reçoit un culte spécial, est tout naturellement un point de communication entre le Ciel et la terre, et comme un canal (pii nous apporte les bénédictions d'En Haut.

« J'ajoute de bon cunir, ({u'ayant renoncé aux espérances de la terre, et ne cherchant ici-bas que le succès de notre ministère, nous ne demandons rien ]»our nous, et que s'il nous arrive quelque avantage teniporel, nous leur en laissons volontiers tout le bénéfice: chose (pi'ils comprennent fort bien et qui ne

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