Chapitre XIV ■ Lettres «l'adininistratiou
indigènes vous raconterout encore toutes les circonstances du passage chez eux de cet évêque " incomparable, pieux et doux ".
C'était, me disait un vieillard de cette bourgade^ un homme aimable avec nous, idein de sympathie pour nos enfants, et toujours digne dans son langage.''''
Voici d'ailleurs le ton qu'il prenait dans sa correspondance avec un de ses prêtres les plus acliarnés contre lui :
Canton 5 février 1878
Très cher confrère,
'* J'ai reçu les lettres par lesquelles vons m'annoncez votre visite à Mgr Colomer {!) et le succès de vos démarches.
Que Dieu soit béni de tout ce qui a été fait et recevez-en ?/i''? bien sincères félicitations.
Toiit, ce me semble, s'est passé de la manière la plus convenable, et il ne s'agit plus maintenant que de profiter des avantages obtenus. - "
Or, ce quHl y a de plus p)ressant pour le moment, c'est d'occuper le terrain cédé, et comme c'est vous qui avez eu la plus grande part dans Varrangement de cette affaire, et que d'après ce que vous me dites, ce p)oMe ne vous déplairait pas, il me paraît tout naturel que ce soit vous qui alliez en prendre j^ossession.
Regardez-vous donc désormais comme le missiojinaiie de Lo-fua, et afin que votre ancien district ne souffre pas de votre absence, Je nomme immédiatement pour vons remplacer, M. Délétraz, avec lequel vous aurez des arrangements à ■prendre p)Oiir la remise de ce poste. Tout ce qîii vous a été alloué autrefois, ayant été destiné à Pak-Hoï, il est Juste que tout cela soit employé selon la première destinatioyi, sauf à vous de voir ce qu'il y a maintenant à faire pour établir le district de Lo-fou d'une m,anière convenable. Allez donc d'à bord dans ce p)ays : 'p)fen<îz une connaissance exacte des lieux et des choses; faites-moi ensuite part de vos observations, pf nous verrons ce qu'il y aura de mieux à déterminer à ce sujet.
J'aurais voulu écrire aujourd'hui à Mgr Colomer; mais impossible au milieu du remuement qui s'est fait toute la Journée autour de moi, de trouver un moment pour cela; mais Je le ferai demain ; et, au moins pour aujourd'hui, recevez. Monsieur et cher confrère, les vœux que Je forme pour que le Bon
ri
(1) Evêque Espagnol du Tonkin.
Hgr Guilieinln
Dieu vous heni-s'ie, vous et votre iriinistère, dans le nouveau poste qui vous est coutil. >'t aven ces souhaits de ma. part, ayréez la noweJle nssurui/ci- de mes sentiments tout dévoués
t Zéphijrin Guillemin
Et encore la lettre suivante, datée de Hoii^-Kono, le H Octobre 1878, adressée an niénie niissionuaire :
Mou cher Père X . . .
« Hier, au niouieut où je quittais Canton pour venir ici, M. Gérardiu (1) m'a annoncé qu'il avait reçu de vous une lettre, dans laquelle vous lui faisiez savoir (]ue vous étiez malade à Haï-phong, et vous le priiez de me demander ce que je comptais vous donner pour les constructions à faire dans votre nouveau district de Lofou.
« Je regrette, mon cher Père, de n'avoir pas reçu de vous un mot qui m'eût renseigné i)lus complètement sur l'état de votre santé et sur la question de vos travaux: tâclKMJs d'y suppléer, en nous entretenant queUpies instants de ces deux points !
«D'abord, notre clier Père Procureur de Hong-Kong vous envoie tous les médicaments que vous avez demandés, mais surtout une caisse de deux douzaines de bouteilles d'excellent vin, lesquelles avec le retour d'inie temiiérature plus fraîcLe, aclièveront, je l'espèie, de nous rétablir entièrement.
« Et au cas néanmoins, oh votre convalescence deviendrait trop longue et tro]) ditticile au [>ays où vous êtes, ne craignez pas de prendre un des ])reniiers navires que vous trouverez à votre disposition, i)our venir vous reposer, soit à Canton, sojt à Béthanie, refuge des pauvres malades de la Congrégation.
« La santé étant une des ])remières conditions nécessaires pour remplir les devoirs d'un bon missionnaire, c'est aussi l'une des premières choses sur lesquelles doit se porter notre attention !
« Quant aux constructions et établissements qui sont à ériger chez vous, je regrette également (]ue M. Gérardin ne m'en ait parlé qu'au moment de mon départ ])Our Hong-Kong.
« Informé de cette question dès la veille, j'aurais pu revoir celles de mes lettres qui s'y rattachent et vous donner une réponse plus précise à cet égard.
« Mais n'importe, comme il y a des occasions fréquentes pour vos parages et que dans l'état de souffrance où vous êtes, il
(i; Pro-préfet de 1875 à ISTy.
<'hai>itre XIV - Vers l'exil
If:
VOUS est difficile de vous occuper imiuédiatement de constructions, ceci, j'espère, n'apportera aucun retard à vos travaux et autres entreprises.
« Tout naturellenient, la première chose à faire est de choisir un emplacement convenable, situé dans un point central de la chrétienté, et assez grand pour contenir les établissements qui doivent y trouver place plus tard, c'est-à-dire la chapelle, l'habitation du missionnaire et une ou deux écoles pour les enfants.
« L'emplacement trouvé, il s'agit de faire des plans de construction, auxquels il faut autant que ijossible conserver le genre du pays, tout eu cherchant à faire les choses d'une manière digne de Dieu et de la religion, (jue i»ons venons établir ici. '..•," ■■;:•".-'"■' "■;:■'■-. ^ ^'""^■^"-■•;\^;-..<5''"-:- :
« Puis au plan, il faut joindre un devis approximatif des dépenses que chaque construction peut coûter, fie tiens à ces deux renseignements qui vous permettront d'abord de rectitier ou d'améliorer ce qu'il y aurait à changer dans le i)lan; puis, qui nous indiqueront la somme à fournir à chaque ouvrage en particulier.
«Vous savez, mon cher Père? combien la JNIission est pauvre et dépourvue de ressources, ayant toujours et toujonrii \\parti son allocation annuelle entre tous les missionnaire à égales parts.
« Il faudra donc nécessairement nous borner dans nos dépenses; mais néanmoins, je ne voudrais pas ([ue rami)leur, la régularité et surtout la solidité de nos constructions en souffrissent. Si donc, nous ne pouvions pas tout faire en une année, nous renverrions le restant à une deuxième ou o". année, comme je le fais pour la construction de l'église de Clinton.
« Puis, peut-être les chrétiens pourront aider en quelque chose, sinon en donnant de l'argent, du moins en fournissant leur industrie et leurs peines.
«La S. ^^ Enfance par ses écoles, ses pharmacies et le baj)tême des petits enfants, ayant un intérêt tout i)articulier à ces constructions, pourrait également y contribuer en quelque chose. Enfin, il est une dernière ressource à laquelle, depuis .'>() ans, je vais puiser, et qui semble se prodiguer en notre faveur, en proportion de la confiance plus ou moins grande avec laquelle nous recourons à Elle: c'est la divine Providehce.
« Espérons, mon cher Père, que no;s travaux n'ayant d'autre but que la gloire de Dieu, et l'établissement du christianispie, les travaux de Lo-fou se feront comme tous les autres et que ce district, un iour, nous dédommagera de tous nos
27 M(jr Guilleniin
9l£r Gnilleniiii
sacrifices, [)ar le bien qui s'y fera «^t les espérances qu'il nous donnera pour l'avenir!
Votre bien affectionné confrère
t Zépliyrin Guillemin év. miss.
Le district en question est aujourd'hui l'un des plus tlorissauts de la JMissiou, «irâce à l'initiative des uiissiouuaires, en particulier de ISl. (iliaiid pierre, successeur de celui à (pii étaient dirigées les deux précédentes lettres.
Les espérances du saint évéque s'y sont réalisées; mais ce furent liélas ! ses dernières sur la terre de Chine, d'où il va sortir, pour ne plus y rentrer.
Il nous reste nuiintenant à le suivre dans l'étape finale de sa voie douloureuse, en ju'iant le Seigneur de i>uider tellement bien notre phnne, qu'il ne nous arrive jamais d'exj)rimer la moindre injustice cont'e ses ennemis, (pii sont d'ailleurs tous morts.
Loin de nous conformer à la méthode rigoureuse des historiens modernes «pii, tel Louis Pastor, dans son Ilistoire (les Papes, révèlent tous les dossiers documentaires, nous ne <*iterons point ici intiUiraiement, les pièces faisant foi (pii rétabliraient pourtant bien les faits en faveur de l'évéque de Cybistra. Tenons-nous-en au conseil de l'Ecriture: Turjntndinem matris tnw ne recelés; car notre but juincipal est d'édifier, par le récit d'une iniortune qui i)urifia l'âme d'un saint, dans la « bonne souffrance ».
riiapitro XV-Lottro ft ]»!. Periio<