‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 134 sur 155 · I. 4>ppot>iitîoii!ii: lettre tl M. l'eriiot · texte numérisé non relu

I. 4>ppot>iitîoii!ii: lettre tl M. l'eriiot

II. I^ettre de rappel «le rKiuiiieiitis.sinie NiiiK'oiii; d<^part «le C'aiit«»ii.

m. Projet «le (lélégalion vn Chine: une note «le 91. «î'ordier: IVi^r Delaplace; Mgr Agliar«li; le rôle «le Mgr Onillemiu dans l'affaire.

IV. il reçoit un bref d'éloge «le Léon XIII: sa vie ft Rome, ik Paris: iin mot «In ('ar«linal Cînibert.

V. Lettre tk son frère: le «;aii<»n de l'amiral Véroii: projet de %'isite an président Grév.v: u«»mination dn eoa«ljntenr iliausse: visite 3\ I'at^nbassa«le «le France ù Koiue.

Le 20 Décembre 187S, Mgr (luillemiii adressait à I\I, Pernot, directeur du Séminaire de la rue du Bac un rapport fort attristant où il se plaignait des oppositions vigoureuses qui avaient toujours entravé son action à Canton.

Parmi ses antagonistes les plus sérieux, il citait le procureur de Hong-Kong, M. L?monnier, 2*" successeur de Libois dans la même cliarge, et comme lui, hostile aux grandes vues de révêque. (Citons un seul fait. Quand celui-ci voulut vendre aux 8œurs de Hong-Kong sou inutile séminaire St François Xavier, le procureur mit tout en mouvement pour faire éclioner l'attaire, sous prétexte, disait-il, << que les Sœurs ne pouvaient songer à une acquisition comme celle-là, sans s'exposer à la critique publique (') ».

« Mais, en bonne vérité, répliquait l'évêque, qui aurait pu s'attendre à une réponse comme celle-là?

« Quoiqu'il en soit, la belle et intéressante colline de St. François, se vendra toujours; mais quand la vente en sera faite, on regrettera d'avoir laissé en des mains étrangères, une propriété si convenable pour une communauté ou un établissement religieux. », .

L'évêque relate encore une foule d'anecdotes qui témoignent surabondamment du mauvais vouloir de ceux qui l'en-

(1) Le procureur prétendait que le bâtiment était trop beau pour une comuninaiité de Sonirs.

^Ij^r Giiilleiiiiii

tonreut; mais il s'en console, en rapportant à Dieu tout l'bonnenv du bien qu'il a pu faire et en s'huniiliant protbn- (U^nient : Bouutii )uihi quia hioiuliasti me!

" .// // a e)i e/fef, dit-il, po/ir celte ^linxioii de Crtiifou, une héïK'diction spéciale, à hujnellc Je ilois attribuer Ici^ (H(fére)ites choses (jui s\t/ font, et qui dépassent de beaucoup le de</re d'Î7itel/ir/eiiee et de j-essoarces )))ntérielles (pie Je paarrais // eiiipIo//er.

Dans l'espace d'au mois setdeiïicjd , j\')dendais dea.r secre^ taire.s d'a))d)assade, celai de Pékia et celai du Japon dire en visitant les traraux de )u)t re é(/lisv: " T'tJ.s/ colossal et admirable que cette œurre-là;''

Huit Jours apri's, un autre risiteur considé)'ant le petil monuiuent que nous renons d'élever en riiavneur de St. Joseph, disait: ""i'oilà une allée n'aiment princière!'' Un autre -s'écrieiit:'' Cette réunion d^'tablisseuienfs est bien ce qu'il y a de plus bea?i à Canton, et quand tout i-.ein. Jini, ce sera bien encore ce qu'il // eiura de mieux dans toute la Chine et dans toute rJsieT y1 )

L'amiral Véron, ajjrès a roi)- assisté à la bénédiction du mausolée élevé snr les vestes de nos soldats, disait <) son Elat- Jlajor cette pamle (pii m'a été vapportée pai son aunionier: "Ce qui m'a fait su /-tout plaisir à Canton, c'est de voir (pie 7iotre cher évéque ij fait toutes choses (l'une majuère dinn.e et sérieuse!"

Elo(je (pli m'a fait plaisir. Je l'^iroue. car c'est le seul que nous puissions désivej\ et que Je coudrais L'(ùr niériter petr tous nos chers )nission7iaires : ''l'aire sérieusement ce que Ton fait!" • Et enfin, ce qui nie parait plus jjrécieux que tout cela, c'est rinfiuence que nous urons su obtenir à Ccntton, ville autrefois si hostile aux Européens, et oii nous Jouissons aujourd'hui de la considération et du respect de tous les Chinois.

Or, il fallait bien quelques actes d'iiuiniliation ixniv mériter tout cela !

Il fallait bien, ces succès obtenus, un contrepoids qui empéchdt notre qjauvre faiblesse humaine de s'// arrêter et d'q prendre une com^daisance coup)able.

Dieu a bien voulu jmurvoir à tout cela: qu'il en soit mille fois béni et que le refrain de ma rie soit celni-ci: Bonnni miiii (|uia huniiliasti me!

Que Dieu, veuille bien né accorder encore une dizaine d'an-

(l) Cette remarque, nous l'avons depiiis. entendu exprimer bien dos fois, par des visiteurs de marque.

<iia|»i<r4' XV - liCHre «1«» rupix^l

nécH d'existen.c(\ et ccAle ('(/lise >iera finie et n-aiira rien coati'^ Holt à la Oon()ré(jatl<)}i .soif à la Mlfu^lon. Le noiubrc de nos eli,i-(Hle)is ,vt! tier<i initltlpllé <>n ceidnpie aime les ehapellcH destlnédr'à les reccnnlr et les t'eole.s jtoar les enfants; et la Mission n'aura pas nu son de dettes!

Oui, Je le dis de tout e(et(i\ en, remerciant Dieu de cette sainte et paternelle disposition de sa Itonté à inou é<jard, qui est hle)/ pour mol le plus beau, couronnement qui ynt ter uriner toutes mes œuvres: J^omiui mihi ({uia luimiliasti me!

hjt alors. Il ne me restera plus ipih me reposer, et à choisir le lieu de ma sépulture, dans un petit coin l(/norê où II ne sera plus absolument question de mol, et où Je reposerai tranquille uient eu attendant le t/rand Jou.r de la manijestatlon de toutes choses. "

Ou croirait, en lisant ces pu^es de méhuicolie, assister dc- Jî\ au plaidoyer d'uu accusé ([ui se résigne (ravauce aux pires châtiments.

Surtout l'on y devine, chez le i>rélat, le sentiuient lu^t de son isolement moral et le besoin {>our lui de s'accrociier iKUir ainsi dire, à défaut de point d'a[)pui humain, aux bras rngui.'ux de la Croix.

Cet homme, (pii, dès l'enfance, n'avait gravi qu'(Mi chantant le sentier de la vie et <pii n'ax'^ait même par dû sii (courber, pour y cueillir les tliMirs et les fruits, en descend maintenant la i)eute, en gémissant, i)ieds nus, sur des éclats de verre.

11 avait tout re(;u en partage: attraits [)hysiques, intelligence, sensibilité, énergie, piété.

Son étoile, toujours matinale, l'avait conduit jusqu'à l'antichambre des papes et des rois, et il avait obtenu d'eux, par «lélégation souveraine, des pouvoirs mystérieux et une inlluence créatrice d'idéal. Tous disaient de lui que c'était un magnétiseur d'âmes dont le sourire d'onction, suivant l'élociucnce de son verbe, donnait conliance à ceux-menies qui doutaient de sa force.

11 avait été grand, heureux autant (pie solide.

Eh bien! cet heureux, ce solide, allait plier sous l'infortune.

Le même vent qui aAait entlé jadis, les voiles sans couture de sa destinée, sous les auspices du pavillon de son chef bien-aimé Pie IX, maintenant disparu, devait l'entraîner, pour jamais, loin de son ancre d'attache. Et le mênu^ tlot (pii avait porté sa nacelle de Home à Canton, en 1850, la ramenait au premier port, 2S ans après!

^ÏHjr 4»iiilleiiiiii

Eli janvier 1.S71), Zépliyriu recevait de l'Eniineutissime Siiiiéoiii, nouveau i)réfet de la Propagande, l'indésirable billet suivant :

Romœ 3. Decembris 1878 Illme ac Rme. Domine,

Licet œgre, attamen ob aliqua negotia quœ Sinam respieiunt, in quibus pertractandis perutiie spero fore, ut Amplitudinis Tuse consilium audiatur, Te rogare debeo, ut quàm primum possis Romam te conféras, dum hic aliquis alius hujus regionis vicarius apostolicus moratur.

Durante absentia Amplitudinis Tuœ, faeultates tam ordinarias quani extraordinarias commode poteris subdelegare pro-prœfecto Gerardin, quem suppono idoneum ad administrandum tuo loco et ad brève tempus hujus modi prœfecturam.

Intérim ea spe confisus, ut Te cito videre et alloqui possim, Deum precor, ut Tibi bona quœque largiatur.

Tibi fr ater addictissimus

Gard. J. Simeoni, prœf.

Cette lettre qui le mande à Kome, intrigue le prélat profondément; il y flaire des sous-entendus, peut-être la résultante de l'opijosition qu^il ne cesse de rencontrer de la part de (|uel(iues-uns de ses missionnaires et du Séminaire de Paris. 0

Et cependant, il n'ose pas s'arrêter à de telles suppositions.

^séanmoiiis, il en écrit à M. Pernot, le confident naturel de ses sentiments et de ses peines:

Cuiitoit, 26 février 181!)

Très cher et bien digne Procureur,

« Je vous en\(>ie ci-joint une lettre que je viens de recevoir de Eome, et qui vous surprendra sans doute autant que j'ai été suri)ris moi-même en la lisant.

« Il s'agit d'un voyage que j'aurais à faire à Eome, pour y donner mon avis sur diflérentes mesures à prendre au sujet de nos Missions de Chine.

<' Habitué depuis longtemps aux misères que je rencontre dans ma position, pendant quelques jours, je me suis demandé

(1) Ce qui mortifiait le plus l'évêque, c'était l'insinuation qui avait trait au choix comme chef de la Mission, en son absence, de son plus actif ennemi, M. Gérardin.

i'hapili-e XV - L.o»tr«' à Ifl. l'eriiot

si c'était bien là le sens de la lettre qui m'était envoyée, on si sons cette invitation, extérienrement très honorable, il n'y anrait pas quelque idée ou projet caché dont j^aurais à me défier..- ■-:.■

« Après y avoir réfléchi un peu, il m'a semblé que ce ne pouvait pas être là l'esprit de la Propagande à mon égard. D'abord à Eome, on ne se gêne pas et l'on n'a pas à se gêner avec les vicaires apostoliques, qui, en tout et pour tout, dépendent de la S. Congrégation. Puis, si l'on avait eu quelque reproche sérieux à me taire, soit au sujet de ma conduite personnelle, soit au sujet de l'administration de la Mission, on me l'aurait dit simi)lement, je pense, me demandant de corriger ce qu'il y avait de répréhensible en moi, avant d'en venir à une mesure de rigueur à mon égard.

« Enfin, je n'ai jamais eu qu'à me féliciter de la bienveillance et des procédés dont la Propagande a toujours usé envers moi.

« Arrivant à Eome, lorsque le Concile était assemblé depuis plus d'un mois, le Cardinal Barnabo voulut bien lui-même me conduire chez le Saint-Père, et lui dire toute sorte de bien de son pauvre serviteur.

^ Un peu plus tard. Son Eminence, api^renant non par moi, mais par une voix étrangère, l'insurrection qui s'était formée contre moi, à l'occasion de la construction de notre église, me fit le reproche de ne lui en avoir pas dit un mot au moins confidentiel, ajoutant que les cabaleurs, ( c'était son expression) eussent été eux-mêmes soumis à un rude examen au sujet de leur conduite privée et de leurs procédés à l'égard de leur évêque.

« Enfin, à la fin du Concile, son Eminence m'ayant demandé un avis sur une série de questions concernant les Missions, et lui ayant remis un mémoire en latin de 50 pages. Elle me fit écrire par son secrétaire pour m'exi)rimer sa satisfaction, soit pour le fond, soit pour la forme do ce travail, ajoutant un petit mot, qu'on peut bien répéter de vive voix, mais (jui ne s'écrit pas.

« Son Eminence le Cardinal Siméoni que j'ai connu au.ssi assez particulièrement à Eome, comme Secrétaire de la Propagande, aura bien \n\, je pense, hériter des bonnes dispositions du Cardinal Barnabo à mon égard!

« Et après tout, quelles que soient les mesures rigoureuses que l'on voudrait prendre contre moi, tout ce que je demanderais présentement, serait de terminer les travaux matériels que j'ai entrepris, et qui ne peuvent que contribuer au bien de la religion, et cela d'abord, parce que je suis le seul qui

Mgr Guillemiii

ai eutre les mains.

l'argeut

nécessaire pour les achever, et eusnite, je le dis à regret, parce qu'il n'est personne, parmi uos chers confrères, qui ait du goût pour ces sortes d'ouvrages et qui veuille s'en occuper sérieusement.

« Qu'on me laisse donc le soin, les embarras et la responsabilité de ces travaux: je ne demande pas d'autre faveur; et quand tout sera Uni, très volontiers et de grand cœur, je disparaîtrai de la scène de ce monde, pour me retirer en un petit coin, où il ne sera plus question de moi ; seule mais digne et très consolante récompense pour tout ce que j'aurai pu faire tlans cette IVLission.

«. Et c'est ainsi, ce me semble, qu'un évêque missionnaire doit se montrer indépendant et au-dessus des misères qui l'atteignent ici-bas.

« -le vais donc. Dieu merci, partir rassuré et sans inquiétude, sur le sort qui m'attend!

« Cependant à un autre point de vue, ce voyage est pénible et gênant pour moi, à raison des travaux que nous sommes en train d'exécuter en ce moment.

« Je comptais un peu, pour tout cela, sur le concours de M. Bertbon, mais si l'on trouve en lui un bon dessinateur, d'une autre part, il manque complètement du goût et du savoir-faire que demandent nos constructions.

« Ainsi, pour n'en donner qu'une seule preuve, nos tours n'étant pas carrées, mais plus larges sur la façade que sur les cotés, M. Bertbon aurait voulu les ramener à la (piadrature ])arfaite, bien que par là, les deux côtés des tiècbes dussent poser à faux sur leurs bases inférieures.

« Et les instances du Père à cet égard ont été tellement vives, que, pour mettre ma responsabilité à couvert, j'ai cru devoir consulter le premier chef du génie de HongKong, le colonel Mac-Xamahra, lequel me répondit aussitôt: « Gardezvous bien de faire un pareil changement! votre travail ne serait pas solide! » Mais, si le P. Bertbon me fait défaut, heureusement qu'ici à Canton, j'ai avec moi un maître ouvrier chinois sur l'habileté duquel je i)uis compter, bien que déjà plusieurs fois, <m ait cherché à le dévoyer et à le faire partir; car, tout naturellement il n'est pas aimé, et l'on ne manque pas de me le faire sentir à l'occasion.

« Mais n'importe, avant mon départ, je lui tracerai bien exactement l'ouvrage qu'il aura à faire, l'achèvement des flèches, la construction des deux portails qui doivent tigurer devant nos deux orphelinats, et je suis bien sûr, qu'à mou retour, tout aura été exécuté comme je l'aurai dit, avec toute la soli<lité et le bon goût que je pouvais désirer!

Page 1