Chapitre XV - Départ p4»nr R«>nie
« Du reste mou voyage se fera de la uianièrè la plus rapide possible. Après avoir satisfait aux devoirs qui ui'appellent à Eoiue, et qui m'y retieudrout uu uioi.s peut-être, mais ccrtaiueuieut pas plus, il uie faudra bien aller souhaiter un bonjour à notre Séminaire de Paris, faire une visite aux <euvres bénies de la Pro])a<j;ati<)U de la Foi et de la S'^'' Enfance, entin aux principaux bienfaiteurs de la Mission.
« La charité, la reconnaissance et la politesse, contrairement à ce que faisait 8t François Xavier, mais en (t'autre« circonstances, demandent bien aussi que je pose le pied jusqu'en Frauclie-Comté, dans ma famille d'abord, et dans quelques autres, à qui je dois un tribut de remerciements pour l'intérêt qu'elles veulent bien porter à notre Mission.
« Puis enfin, j'aurai bien quelques acquisitions à faire, comme celles de nos cloches, de notre horloge, de notre Jaquemart, d'un maître-autel en marbre et de bien d'autres ch(»sesl
« Et ainsi, ce voyage, loin de nuire à nos œuvres, ne fera que les développer et mettre le complément À tout ce qu(? je n'ai pu faire jusqu'à ce jour.
« Et tout cela une fois arrangé et terminé, je n^iurai plus qu'à reprendre le chemin de ma lointaine Mission, heureux des 30 années, que déjà j'y ai passées, plus heureux encore de pouvoir lui consacrer ce qui me reste de forces et de vie.
« Hélas! il y a 30 ans et plus, lorsipie je partais pour ces pays, l'opinion commune était bien (juc je n'arriverais [»;is même au rivage chinois. Vingt fois, j'ai entendu cette parole résonner à mes oreilles, et aujourd'hui que je compte mes 30 ans de séjour, ne dois-je pas mille et mille actions de grâces à la divine bonté qui a bien voulu veiller sur moi avec tant de sollicitude!
« Et si cet espace de temps a été quelquefois traversé jtar des épreuves et des misères, comme on le suppose aisément, ne dois-je pas encore lui dire de tout cœur: Boiium milii quia hiimiliasti me!
« Et c'est bien certainement ce <[ue je compte faire avant de quitter le rivage de la Chine!
, .: év. miss.:- ■:;,.--;:,■:.
P. S. C'est le P. Béai, qui me remplacera, ici, tandis que le P. Gérardin ira occuper le })oste de Sanciau.(')
(1) Cette docisiou, rendue à l'eucontre de riusinuatiou de rEuiiiieucc Siim'oui, et ne faisant qu'exaspérer le parti des opposants dont il. Gér.u-din était le eh et', ne pouvait, cjuère, on le comprend, disposer Paris en faveur du prélat.
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« Je compte partir d'ici dans 8 ou 15 jours, selon que deux artkires i;raves seront plus ou moins vite terminées.
« L'une concerne une persécution qui sévit au milieu d'une de nos chrétientés, située à 20 lieues d'ici.
« L'autre regarde le baptême d'une trentaine de païens, domiciliés à (luelques lieues d'ici, et auxquels j'ai promis d'aller moi-même conférer ce sacrement, promesse à laquelle je ne saurais manquer, dans la crainte de les voir eux-mêmes se refroidir dans leurs bonnes dispositions. »
Le 14 ^Lirs, il annonce son prochain déi)art à son frère: « C'est Dieu, dit-il, qui dispose de tous les événements de notre vie, et j'en ai une nouvelle 2>reuve dans une communication qui vient de m' être envoyée par le Cardinal préfet de la Propagande et qui me mande à Rome.
Il s'agirait de donner mon avis sur plusieurs questions graves qui s'élèvent au sujet de nos Missio)is ; et cela fait, Je retournerai rapidement à mon poste que Je ne saurais abandonner pour rien au monde...
Dans 8 Jours Je quitterai la Chine, me dirigeant du côté de Rome oh une fois arrivé, Je te préviendrai du séjour que J'y compte faire avant de me rendre en Franche-Comté. C'est donc à nous revoir bientôt. »
Avant de quitter llong-Kong, il laisse à M. Lemonnier, procureur général, une somme de 'Ai) mille i)iastres placées au comptoir d'escompte.
Cette somme est personnelle. 11 la destine entièrement et uniquement à ses œuvres. 11 estime que cette réserve, avec les intérêts de 4 ans déjà révolus et de 2 ans à venir, représente une valeur de 40 mille piastres.
11 s'embarque le 21 mars, en compagnie d'A-tsin, séminariste chinois. (')
Il arrive aux premiers jours de mai à Rome d'où il écrit ses impressions à Joséphine Flagey : « Voilà, dit-il, comme Dieu se plaît à arranger les choses ici-bas!
Appelé par la Propagande, pour donner au nouveau Pape et au nouveau Cardinal préfet de cette Congrégation, les renseignements qu'ils peuvent désirer, J'ai eu, deux fois, l'honneur de voir le Saint Père dont J'ai reçu l'accueil le plus cordial et le plus encourageant.
Peu de temps auparavant. Je lui avais envoyé un souvenir de
(1) Aujourd'hui prêtre indit^ône de Canton.
l'h;i|»i>.r«' X%' - An'aircs «ii|>loiiiati«|ii«'s
Chine comme témoignage de la joie que nous avait causée son ér lévatiou au Souverain Fontificat ; et j'ai pu lui donner sur nos Missions, des renseignements qui ont lyaru faire une profonde
impression sur lui Je ne puis dire encore tout le temps que je
passerai à Rome, mais, sitôt que je le pourrai, ce me sera un plaisir vif d'aller en Franche- Comte. »
Le prélat fut reteuii plus loiigteinps (pril 110 Paxiiit désiré. 11 ue devait quitter Koiiie qu'en septembre 187t).
On était alors préoccui)é, nu \'atican, d'une déléi^ation en Cliine, et de divers projets dont l'aboutissement, qui n'nllait pas sans ditiicultés, eût particulièrement réjoui l'évêque de Cybistra. -■:.--■■ ■;■;:■. ;:u;>;;,j:.;; :; r^
« Depuis longtemps déjà, écrit M. Cordier, le 8^ Siè<>e était désireux d'opérer une concentration des Missions Catlioliciues en Chine, et le 27 avril 187Î), Léon XIII approuva une résolution de la Propagande partageant eu cinci régions, toutes les Missions de Chine.
« Imitant les Missions Protestantes, les missionnaires catholiques pouvaient aussi se réunir en synodes régionaux.
« Ces synodes ne pouvaient guère avoir d'autres résultats que d'accentuer la résistance des évêque^ à la Légation de I^rance.
« Eu août 1880, l'ambassadeur de la République fran^'aise près le S' Siège, eut avec l'Eminentissime Siméoni préfet de la Propagande, un entretien au sujet du nouveau groupement des Missions Catholiques en Chine; le cardinal déclara que les mesures adoptées par la Propagande, avaient un cara tè:e exclusivement religieux, et que la Cour de Itome, loin de chercher à s'attVauchir de notre prot^'ctorat, continuait d'en apprécier tout le ])rix.
« Au sujet du premier de ces synodes, notre Chargé d'affaires, Patenôtre, écrivait de Pékin à M. e Freycinet, ministre des x\ftaires étrangères, le 27 avril 1880:
« La nouvelle mesure prise par le S' Siège, disait-il, aurait pour but de rendre plus facile et i)lus fréquent 1' change de vues entre les différentes Missions de Chine, et d'a^^urer sur le terrain religieux, l'unité d'action entre tous les membres de la Propagande.
« En rattachant l'une à l'autre les Congrégations qui avaient jusqu'ici, vécu d'une vie distincte, le Souverain Pontife a dû se proposer surtout d'etfacer les dissensious qui, de tout lemps ont divisé les communautés catholiques dans l'Kxtrê-
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nie-Oi'ieut, et qui, sans être aussi iietteineut aeciisées aiijourd'iiui qu'au siècle dernier, sont loin cei>eu(lant d'être assoupies.
« La création d'un certain nombre de sièges areliiépiscopaux, correspondant aux grandes divisions ecclésiasti(]ues (cinq régions) semble devoir être, dans un avenir plus ou moins lointain, la conse(iuence logi(ine du système de centralisation inauguré en Chine par la Cour de Rome.
« L'Eglise pourra trouver son conii)te à cette réorganisation des ^tissions, mais je doute qne la France, au point de vue politique, ait lieu de s'en téliciter.
« D'autre part, depuis longtemps, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante de M. de Ivochecliouart, adressée de Pékin le 1") mars ISTO au duc Decazes, certains vicaires apostolicpies caressaient l'idée <le voir {)lacer à la tête de l'Eglise de Chine, un Primat rési<lant à la Capit.de: « L'évoque de Pékin, dit-il, est venu dernièrement m'entretenir contidentiellemeut d'une question qui l'intéresse personnellement, et au sujet de hniuelle il voudrait que votre département prît une décision conforme à ses désirs. Voici ce dont il s'agit: (|uelques-uns des évê(pies ap[>artenant aux Missions Etrangères, ont formé le dessein d'avoir un représentant permanent à Pékin, cpii puisse poursuivre auprès de la Légation, la conclusion des attaires de leurs Missions, et au besoin, fournir aux autorités chinoises les pièces ou renseignements nécessaires.
« Ce projet, si simple en apparence, est gros de tempêtes; sa réalisation amènerait bien vite des dissentiments aussi \ iolents que ceux qm ont attristé les amis de l'Eglise au siècle dernier.
« Les ]Missious Etrangères n'auraient pas plus têt un représentant à Pékin, que les Jésuites, les Franciscains, les Dominicains, les Belges et les Missions de Milan voudraient également en avoir un.
« Au milieu de ce dédale d'opinions et d'intérêts opposés, l'évêque de Pékin ne serait plus chez lui.
« A cluujue instant, il s'élèverait des contlits; chacun exciperait des privilèges spéciaux de sa Congrégation, et les choses cesseraient absolument de marcher.
« Mgr Delaplace en nrannon(;ant ce i)rojet, ajouta (jue, ne pouvant, pour des considérations sacerdotales, opposer un refus nettement accentué à ce projet, il s'était borné à répondre que l'assentiment français était indispensable; mais, qii'en tt)ut cas, il lui serait inipossiblc de donner l'hospitalité à cjs procureurs, (c'est le nom ecclésiastique donné aux prêtres chargés d'atfaires purement temiK)relles) dans aucun des établissements soumis à sa juridiction.
<'hapiti'c XV - .ifHniro.»! «lî|»loniati«i"«'x
« J'ai à peine besoin d'ajouter, M. le Dnc, que je ferai coinine l'é\ êque de Pékin, et que je refuserai mon autorisation, jusqu'à ce que je re^'oive de vous des instructions contraires, qui, je l'espère, ne ine seront pas envoyées.
« Au demeurant, ce projet est l'œuvre de N. N. 8. S. (tuïIleniin et Ponsot, (') et par conséquent n'est pas a})prouvé par le restant de leurs confrères.
« (^es deux prélats étaient pres(pie les seuls opposants à la iiouv^elle constitution donnée dernièrement à leur Congrégation, et par laquelle les pouvoirs des \'icaires a])ost<>Ii(pu',s sont un peu restreints au protit du conseil supérieur (jui siège à Pa-
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« Mgr Delaplace a paru satistiut de la réjxmse (pie je lui ai faite et il est resté convenu entre nous, (pie nous rejetterions l'nn sur l'autre, le droit de trancher la question, sans cependant jamais i)arvenir à la régler dans le sens de l'attirmative.
« La réalisation de ce projet, un instant espérée par le Tsoug-li-yamen, ji>ojfrsm^ M. Cordier, aurait, en fait, ab(di le ]»rotectorat fran(;ais; ' mais il ne i)()uvait aboutir devant les rei)résentations de la France.
«Et Léon Xill, ayant désigné plus tard Mgr Agiiardi comme l(*gat en Chine, c(Mlera aux raisons polit i<pi('s. L'alfaire sera enterrée. »
Il est sûr que Tévêque de Cybistra, dont le patriotisme était connu, n'avait en vue, dans ce ]n'ojet, que le bien de la religion; mais peut-être eût-il été mieux inspiré de n'y prendre aucune part active.
Ses conseils à la J'ropagande ne i)ouvaient en effet, y être a(îcueillis (pie dans la mesure où celle-ci pourrait les faire aboutir à une solution pratique. - ' »
Par ailleurs, il ne pouvait douter que son intervention, si
minime fût-elle, dans ce débat règlementatif sur les Missions,
exciterait contre lui non seulement l'animosité des Directeurs
de Paris et de ses coll('>8'ii<-'^ opj)osants, mais encore la mé-
liance du gouvernement ^éi)ublicain.
Il avait i)ourtant réfléchi aux conséquences de ses actes; mais, pesant devant Dieu seul, le ])oids des raisons qui lui semblaient militer en faveur de la délégation eu Chine, il en démontrait les réels avantages au i)oint de vue religieux: unité de prédication, sauvegarde de la Foi, soumission plus «lirecte à la hiérarchie, règlement plus prompt des difïicult(^ direction plus ordonnée, propagande i)lus active, etc. ..
(1) Vicaire apostolique du Yixn-iiaii, mort en 1881. (Du diocèst' de BosaïK-on)
(2) Voir les articles du nouveau règlement des Missions Etrangères, p. 350
Ms:r Guilleniin
Et l'avisé prélat, qui prévoyait l'objection politique du protectorat français, loin d'en redouter l'abolition de fait, par la présence à Pékin d'un représentant du Pape, y trouvait au contraire une belle occasion de rehausser encore, s'il se pouvait, le prestige de notre privilège, par ce nouvel appoint moral.
Dans sa pensée, l'envoyé du Pape eu Chine, en tout pareil au délégué apostolique des Indes, n'y aurait joué qu'un rôle spirituel, sans empiéter aucunement, mais en s'appuyant, an contraire, sur les droits et l'influence du représentant de la France.
Nous n'avons pas à apprécier une telle idée qui parut d'abord viable et qui échoua dans la suite (1.S85).
IVIais elle ne ht, (;royons-uous, que déchaîner encore contre son inspirateur, le <leruier flot d'opposition qui devait pour jamais l'éloigner des rives de sa Chine bien-aimée.
Aussi bien, .son rappel à Rome et surtout sa mise en disponibilité de fait, lui apparaissaient-ils déjà définitifs; et cette pensée l'accablait.
Heureusement qu'on savait mettre du miel aux bords de la coupe d'amertume qu'on lui tendait: un bref de Léon XIEI, daté du 12 avril 1<S7Î), le "félicite sur son zèle et sur ses œuvres. " A la Proi)agande, où le prélat se rend fréquemment, on est plein d'attentions et d'égards pour sa personne, mais cela ne lui donne que des illusions d'espoir.
Car, à son grand étonnement, aucun des ofliciers de la chancellerie, pas plus que le Cardinal Siméoni lui-même, ne lui disent mot du sujet de son rappel.
Ce silence est pour lui une cause de gêne et de confusion: le considèrerait-on comme un serviteur désormais inutile, comme un instrument usé, qui a fait sou temps et qu'on met au réduit?
Ces pensées lui sont pénibles et humilitantes.
Néanmoins, il en prend sou parti; et, se répétant souvent cjtte parole du Prophète: Bonum mihi quia humiliasti me!, il est bien décidé à garder le silence et à attendre que la vohmté de Dieu lui soit manifestée.
Sur ces entrefaites, il reçoit la visite de deux personnages influents qui lui portent intérêt et qui l'engagent à rompre le silence et à présenter un mémoire, soit à la Propagande, soit au Séminaire de Paris, afin d'établir bien clairement l'état de sa Mission ainsi que des œuvres qu'il y a déjà faites et de celles qui sont encore à faire.
Et telle est l'occasion du long document |)ublié en partie