Chapitre 111 — Ses «lébutN ft C'amtoii
titutiou assez délicate put s'en aceonunoder: "On me demandera, écj'it-il, comment on peut vivre dans une ville oii, hrâlë par le soleil d'été. Von est privé à la fois d'eau pure et d^air frais f -La meilleure réponse à faire, c'est que Vhomme, par nécessité ou par habitude se fait à tout.
" Pour le missio'nnaire, il faut qu'il trouve dans V amour de son état les satisfactions qu'il n'a pas d'ailleurs.
" Mais, si au dire de S. Bernard, Dieti répandait parfois une douceicr ineffahle sur le pain noir dont ses religieux se nourrissaient, il peut bien aussi donner quelques consolations à ses mi s si 09 maires qui ont tout quitté pour Lui. Aussi, depuis que je suis à Canton, la tristesse n'est pas encore venue jusqu'à, moi, et je me porte aussi bien qu'en Europe, si ce n'est mieux.
" Cïiaque matin, après ma messe, je me rends, le bréviaire sous le bras, dans un petit jardin appartenant aux Anglais.
" Je m'y rencontre ordinairement avec un. vieux Parsis à cheveux blancs, qui de son côté, s'enfonce dans une touffe de bambous pour g faire sa prière au soleil levant. A mesure que r astre du jour s'élève, il redotible de ferveur; le soir, il vient encore lui offrir ses vceux, avant qu'il ne se couche dans V Océan.
" Nous sommes là deux étrangers eu prière; l'un s'adresse au maitre de l'univers, Vautre à l'astre matériel qui n'est que son image; mais encore y a-t-il moins de dégradation dans le culte de cet ejifant de l'ancienne Perse, qu'il n'y en a dans celle (les Célestes p)')'osternés devant leurs idoles, dont la laideur seule su^t à révolter. ; ./\ - . / ,
" Rentré dans ma petite chambre, je m'occiqje avec mon catéchiste à l'étude de la lavgzie chinoise. Après avoir appris pendant huit mois, à Hong - Kong, la langue mandarine, il faut me mettre au dialecte particulier de cette province.
" Quelques chrétiens chijiois viennent me voir; je les reçois de mon mieux; quand ce sont des étrangers, je m'informe de l'état de la religion dans leur pays, je les exhorte à s'en montrer toujours les observateurs et les apôtres. Le reste du temps passe vite...'^ (^j
Le pieux missionnaire a couscieuce de l'énorme tâche qui lui incombe de fonder une église chrétienne dans cette vaste cité où les travaux, les larmes et le sang des devanciers furent tournis eu vain: Demandes donc pour moi, écrit-il à sa mère, le cœur d'un apôtre qui ne se rebute de rien, qui s'occupe uniquement et ardemment du grand objet pour lequel il lui a fallu traverser les mers.
(1) Lfttre à sa nièrt', ilii 12 t'éviier lS5li. 4 - .V(//'. Gu'dlerii'm,
i^^r Gailleiuiii
C'est ainsi que je remplirai ma glorieuse destinée, en essayant de redresser ici cette ineffable Croix de Jésus- Christ tant de fois abattue.»
Et pour l'aider dans une tâche si ardue, M. Libois qui venait de recevoir les encouragements de Rome, lui adjoint des compagnons zélés pour évangéliser les districts de l'intérieur.
C'étaient: M. Lalanne, d'abord destiné pour les environs de Canton et plus tard pour le Nord de la province, à Lo-tcbang; M. M. Maillait (') et Amat (-) pour l'île de Haï-nan et la presqu'île de Louï-tcheou, M. M. Marizien f) et Bernon (^) pour la région de iSwatow.
Ils turent des pionniers d'avant-garde, à la coùquête des âmes, et succombèrent presque tous dans le premier élan de leur zèle.
Voici les débuts de l'un d'entre eux, M. Amat, racontés par lui-même: « Désigné par M. Libois pour pénétrer au Kouang- Si, je me rendis à Lo-lbu, à l'extrémité occidentale du Kouangtong près du Tonkin. Composée de chrétiens fidèles, cette station avait bien des fois servi ue lieu de débarquement aux missionnaires français ou espagnols, proscrits par les souverains de l'Annam. J'y étais depuis quelques semaines, cherchant le meilleur moyeu de pénétrer dans la provirce voisine toute proche, lorsque, le soir du 18 novembre 1850, un chrétien tout ému vient m'annoncer l'approche de brigands, faisant plus ou moins partie des bandes Taïping qui désolaient alors le Kouang-Si.
Je quitte aussitôt mes livres chinois et sors pour m'assurer du fait. Hélas! de toutes parts on n'aperçoit que sabres et hallebardes. Ayant serré pêle-mêle dans un sac les choses les plus nécessaires, j'essaie de fuir à travers champs. Par malencontre, j'avais donné, ce iour-là jua tresse postiche à raccommoder. Mes cheveux épars et flottants fixèrent les regards et attirèrent plus de vingt bandits sur mes pas; à peine pus-je me dérober un instant pour cacher mou sac dans les broussailles.
Fuir était imi^ossible: toutes les voies étaient occupées. Deux individus à long jarret m'atteign«jnt les premiers, sabre en main, m'arrachent la bourse et le pantalon, et puis: « Combien de piastres pour ta vie sauve? »
Comme je tenais naturellement à mettre mon malheur à profit, j'eus hâte de me déclarer adorateur du Dieu du ciel et
(1) Jacqnes- Auguste Mailfait, né le 26 mars 1817 à j^iglemont (Ardennes) parti pour la Chine le 24 janvier 1849, mort à Siang-to (Haînan) le 31 mai 1851.
(2) Charles-Pierre Amat, né le 14 juillet 1820 à Layrac (Hte Garonne) parti pour la Chine le 24 janvier 1849, mort à Pa-ké | Louï-tcheou) le 16 septembre 18G3.
(3) Protais-Gervais Mai-izien, né le 16 Décembre 1824 à Vassy ^Hte Marne) parti le 8 février 1849, mort à Péné (Vaï-Loï) le 22 octobre 1850.
(4) André Bernon, né le 7 novembre 1818 à Pauillac (Gironde) parti le G octobre 1849, mort à Hong-Kong (Béthanie) le 27 juillet 1895.