Chapitre 111 ■ li*apo8tolat de W. fentllemin ft Canton
On «n ferait un bien pins gros encore, avec le flot de feuilles éparses que sa Foi chrétienne lui dicta. Il écrivait beaucoup.
Car, c'était un besoin pour cette âme délicate de se dénoncer h la foule, non par égoïsme ou coquetterie, mais pour la saisir sous l'emprise de son i<l'^al et de son émotion. -
Ceux qui l'ont connu à cette époque, nous représentent ce prêtre d'âge mûr (il avait 30 ans), qui avait dû rom])re des liens autrement solides que ceux de ses pairs pour venir s'enfoncer dans ces bouges obscurs de l'Asie, comme portant dans les yeux, le secret de ce « pouvoir rayonnant » <lout sont pourvus les énergiques ou les ambitieux.
Il suffisait de le regarder, pour se convaincre de la force qui l'avait tiré tout droit vers son étoile; et l'on devinait que si sa modestie d'éducation lui imposait des règles, ce n'était pas néanmoins pour endiguer le flot de Dieu en lui.
" Je me rappelle bien, dit M. Gonies de Macao, le Père Guillemin de Canton. Il habitait une petite maison basse et humide dont une salle lui servait de chapelle.
Nous allions tous les dimanches assister à sa Messe, et il était content de nous recevoir. Les Portugais formaient alors la seule colonie catholique à Canton. Nous étions charmés de imsséder un prêtre aussi avenaiit et aussi distingué. Les néophytes chinois le virent aussi, en toute confiance, s'' occuper de relever les ruines du, catholicisme, et tous, nous Vij aidâmes de tout notre cœur; (') car le Père était U7i homme d'entreprise et d'idéal dont les discours nous remuaient .
Grand, sec, avec des manières aisées, un visage agréable, une voix claire et douce, il avait Vair d'un homme pacifique, mais décidé à jouer son rôle comme il faut.
JJu jour que le célèbre lazariste Une était de passage à Canton, je l' entendis s'' exprimer ainsi siir le compte de son hôte le P. Gnillemin: ''-C^est (juel qu'un"!
Et personne ne pouvait mettre en doute la récdisation des espérances que cette apjjréciation faisait naitre à l'adresse du futur évêque de Cgbistra".
Avant tout, M. Guillemin se révèle homme d'iuitiative, et ses lettres nourries de faits, dédoublent, semble-t-il, son action, en prolongeant chez ses lecteurs, l'enthousiasme qu'elles suscitent en faveur de ses nobles projets.
Dans un billet à sa famille, du 20 avril 1850, il avoue «n'avoir pu faire encore grand'chose pour l'évangélisation»; les
(1) Un prêtre chinois de Maeao, Joseph Koiiang, qui savait le Portugais, servait d'interprète au missionnaire dans ses rapi^orts avec les étrangers, et remplissait auprès de lui les fonctions du ministère.
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vieux chrétiens de la ville viennent se gronper autour «le lui, autant par intérêt et curiosité (lue «pour satisfaire aux besoins de leurs Ames» .
Ayant laissé sur sa table une collection de ;^ravures, il se prête à leur désir de les voir, (connue c'étaient <les sujets représentant les monuments de la France, il leur exi>li<pie «savamment», dit-il, tous les arcanes de leur fondation, et il intéresse si bien sou auditoire, (pi'on lui fait répéter «pour les enfants qui n'ont pas compris s>!
Il se demande si, à l'exemple de Mgr V^érolles de Mandchourie qui se servait d'une lanterne magique pour attirer les païens, il aura besoin de ce procé<lé pour émerveiller ses Oautonais».
Et il exprime le désir d'en i>osséder une.
Cette lanterne lui sera envoyée plus tard.
Soucieux avant tout de se concilier la faveur des enfants, il les laisse a])})rocLer, cause avec eux familièrenuMit, et, après les avoir intéressés, leur parle de Dieu et les instruit.
Quand ses confrères fatigués ou malades rentrent de leurs expéditions lointaines, ils trouvent en lui un Samaritain spirituel et gai qui «sait- au besoin fredonner les chansons de l'oncle Flagey pour <listraire leurs <louleurs».
Et M. Lalanne se contente alors de cette «recette pharmaceutique».
Il a pourtant la «voix discordante»; mais «ce sont des chansons de France, et «il ue faut point les «mblier, <lit-il, à la tin d'un repas».
Ses repas n'étaient rien moins «pie réduits au strict nécessaire, comme l'exigeait la délicatesse <le son estomac.
Nous avons souvent ouï dire «pie Mgr (Tuillemin faisait la petite bouche à table, et «pi'il s'accommodait mal «lu «régime chinois».
Voici ce (|iril en écrit hii-niêiiie dans le munie billet: "t/e prends du Ihe, holsnon ordinaire de ces paf/s, ma/s à laquelle il faut être liuhiiné yuur en faire nu usage Jourualier. Peu partisa)L du rie, qui est si fade lorsqu'il est cuit à l'eau, j\t/ mêle assez adroitement du pain
Manger du pain dans ce pags, oit il est si rare et si cher, ce serait gourmandise; ne manger que du riz, ce serait peutêtre pénitence trop sévère pour certains estomacs...
Il ne faut pas parler dans ces q)ai/s-ci de nos viandes si multipliées en Europe et auxquelles l'art culinaire sait encore ajouter mille formes et goilts différents.
Ici, nous n avons guère que du poulet et <iu porc; mais Je dois ajouter qiie cette dernière viande est plus savoureuse et plus saine quen Europe
t'ImpiiiH' m - ^^«•.s %i.sil«'» «lains lu <'s>iii|»>ikii«'
,lc iiKini/v la pdfisscric ('lnt>oi.s(' par uniitu' pour nos cftn'li(" s (pli /'offrent. Quand Je sai.s aree eux, Je fii.iis entièrenienl
c/lilK'i'S "
Ce témoignage osl «'oncluaut.
Le 15 rluiii l(Sr>(), il vvvW t\uv «les iiilolrrablos clialcurs l'tMui)Oclieii( (le (loniiir. La inaison rlioit*' csl brûlée par le soU'il, ciiviroiméc d'autres <)iij «la i>res^<eiit, la serrent et en font un tour.»
Sa santé se maintient bonnes pourtant et lui i)ermet de se livrer à la prédication dans les environs de la ville: ''Je sais parfi. dit-il, an c< ni} moi a- cm eut rie In nuit; ce.si ainsi qiie doirciif se faire fo/ih's nos courses poar 1rs soasfraire à la. vitjilance des iitaudarins cl dfs païens, (^o'ic/tcs <iii foud d'une hartpic de pécheur, imns (trous suiri, pcudanl trois heures, le rircup' pour abouti'- à la pointe de r ile oit inms lierions cdtor- (ler.
Les clirétieus itous reçfircuf (trcc les démonstrations de la
Joie la plus rire.. C'était le soir du preiuier Èlai, el nous
allions être témoins dune petite céréumnle </ui motitrc l'attention de ec,s bonnes (jcns et le respect (pi' ils témoigra'itt if
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Je remarfjuai d^dx/rd nu i-ciii ne- ménage dans la maison, tuais j\''l(tis loin de sitpposcr (pi' an se. pré parti il à me souhaiter la fête. Je ne sais ipii lem itrait dit (pie S' Philippe était un de mes pafrous, rf bien (pic ex' ne .^oit jxis le plus ordinaire de tues notas, ils araicitt persisté à rouloir m,e donner cette tnartptc tf attachement .
Il fallut sji soti mettre, autant jxmr ne pas les eonlrarier (pte pour aijrécr les h.omtiiaijc^ (pt^'ls rciulent t) Dieu dans la personne de ses ministres.
Assis sur tut siétje anti(/ue. Je l'is d'abord ttrrlner la, froupe lies femmes, couronnées iTutic espèce de diadi'nte tjni s'élève à triple étai/e, et offrant des deti.r mains Itt petite tasse de thé toujoiirs aci-om.pagitée d'un.e prijonde inclination.
Les hommes tnmaient ensuite portaitt les piafs tle t^onjlserie. Pour être honnête, il fatd tout acrcptc.r, (/o/lfer de tant et savoir adresser ipi.ebpies mots de salis faction. Je l'ai fait aussi bien tjue possible. ." -
Le missionnaire visite enéore plusieurs ehrétientés dont il loue la constance dans l'adversité, et il remercie Dieu de lui avoir ménagé tant de consolations ew cette première année d'apostolat.
Ses travaux n'ont [)as été inutiles, car il a groupé bon nombre d'anciens chrétiens et i)réparé au bai)tême <iuel((ues adultes païens.
Mgr Giiillemiii
Il se disposait à poursuivre ses conquêtes d'âmes, quand, au début de 1851, sou supérieur M. Libois le mande à Hong- Kong' «pour l'aider dans l'administration de la Mission».
Il s'y rend en effet, et il écrit de cette ville le 20 mars
''qu'il lui a été an peu pénible d'obéir, mais que devant un ordre précis, il ??'// avait pas à reculer; que son supérieur, atteint d'u)i anévrisme, s'était fait autoriser par les directeurs de Paris pour le rappeler aup)rès de lui".
Pour compléter cette explication et mieux saisir la raison de ce rappel dont paraît surpris le missionnaire, il est bon de se reporter à la date du 30 se])tembre 1848: ''En cliarge- (Utt M. Libois de diriger les pre'niers ouvriers apostoliques des deux Kouang, le Séminaire de Paris, écrit Launay, n'arait eu r intention de ne prendre qu'une mesure provisoire. Il était bien évident que le même titulaire ne pouvait longtemps gérer simultanément les intérêts de la procure générale et ceux d'une Mission; aussi, dès I8ô0, M. Legrégeois avait-il j>résônté à Rome, au nom du Séminaire, une requête demandant pour M. Libois le droit de se clwisir an successeur approuvé par le Pape et auquel il délég^ierait tous ses pou,roirs, ou, dans le cas de mort avant d'avoir qru exercer cp droit, la nomination par Rome de M. Guillemin comme préfet apostolique.
Cette double demande fut «gréée par un décret du 14 Janvier 1851. Néanmoins M. Libois continua d'exercer ses pouvoirs (')."
8'il les continua, ce fut, pensons-nous, grâce à la guérison de son anévrisme et aux bons ofïices de son secrétaire Guillemin, qui semble avoir ignoré des négociations qui l'intéressaient.
Quoi qu'il en soit, dès son arrivée à la Procure, celui-ci se met au travail indiqué par Libois, lui écrit ses lettres, expédie ses affaires et s'occupe eu même temps des latinistes qui forment déjà l'embryon du futur séminaire S*^ François Xavier.
Mais huit jours ne s'étaient pas écoulés, qu'une affaire urgente le réclame à Canton; il s'y rend à la hâte, s'y attarde même et va passer la fête de Pâques dans une île charmante des environs, où la piété des néophytes «le retiendrait, dit-il, l)our toujours, s'il ne lui fallait pas vaquer à d'autres travaux».
Il est encore à Canton après Pâques, d'où il écrit à sa cousine Flagey pour «démentir un bruit que la renommée mensongère a fait courir à son sujet, à Besançon»: '■'■Me croiraistu, écrit-il, la tête assez mûre et assez solide pour porter la mitre? Je ne sais ce qui a piL dominer occasion à ce bruit.
(1) "Histoire de la Mission du Kouang-Si".