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Chapitre 111-Iiettres. Visites et anecdotes

il, vie commune pendant 8 jours, et ensuite il retournera parmi les siens, je veux dire parmi ses chrétiens malheureux du Houkoiiang». :

Pendant ces 8 jours, il apprend auprès du vénérable évêque «l'art d'être doux et grand dans les tribulations», et il admire l'énergie de cet homme qui, «oublieux de ses propres maux, va s'exposer à de nouveaux outrages et à de nouveaux exils, pour consoler ses néophytes». ~

Sur ces entrefaites, un courrier arrive de France. Les demoiselles pensionnaires de Mont-Martin, pros Besançon, qui n'oublient pas le «cher M. Guillemin» lui envoient 100 francs.

Il se hâte de les remercier dans une touchante lettre du 15 octobre: "Une jMirtie de cette somme, écrit-. 1, a été employée ail, radliat d'un petit garçon vendu aux bonzes par son înalhenreux père. Ce dernier qui s'était converti naguère, voulut bien accueillir ma proposition de rachat, et Von rechercha V enfant.

Au milieu des vastes plaines qui s'étendeyit ci f Ouest de Canton, s élève une belle et majestueuse montagne que j'aime à revoir, paix'e qu'elle est le plus souvent le ferme de mes excursions et qu'elle me rappelle les cimes de notre Franche-Comté (^J.

Sur ses flancs croissent quantité d'arbustes, et des torrents en jaillissent pour se p>récipiter dans les vallons.

Au sommet, à travei^s jjlusieuj-s massifs d'arbres, se découvrent les toits crénelés d'une magnifique bonzerie oh une vingtaine de religieux mènent la vie de retraite.

C'est là que le paîwre i^f^t^^' enfant avait été conduit pour apprendre, joa^'^w* les bonzes, les cérémonies de leurs dieu.r. Déjà, il allumait les bâtonnets d'encens devant les idoles, apportait le thé aux visiteurs et préludait ainsi, sans le savoir, aux tristes fonctions auxquelles l'avait voué l'auteur de ses jours.

On l'avait vendu p)our la somme de 30 francs.

La loi en usage ici autorise celui qui a vendu son enfant à le racheter à prix double.

Les bonzes, se piquant de générosité, se contentèrent pour cette fois, du j^rix même de la vente.

Bientôt après, le petit garçon me fut amené. A son air aimable et encore plein d'innocence, on avait cherché ci ajouter quelque chose qui put encore mieux me prévenir en sa faveur: il savait le "P«^er", "l'Ave" et le "Credo'\

Il les récita avec un air de candeur qui émerveilla un

Cl) Il s'agit ici de la montaj^ne de Saï-tsiou (Nam-Hoï) digne en effet d'attirer la sympathie des touristes.

M^r tiiiilleiiiîii

de mes confrères et deux autres J^uropéens, attirés par la curiosité de voir le petit bonze qui avait déserté sa montai/ne pour le service du vrdi Dieu. "

De nouvelles sommes d'cirgeut, provenant de sa famille, lui arrivent; «elles sont destinées, dit-il, à entretenir des catéchistes^ et puis, s'il y a plus que le sutïisant pour lui et ses œuvres, il en fera participer « ses confrères bien meilleurs que lui ».

Parmi ses confrères des deux Kouang, citons M. M, Cbagot ('), Biscli f), Cliapdelaine f), Deluc (*), Lavigue f), tous uouveau-veims qu'il aura l'honneur d'équiper à Canton avant de les expédier dans les districts de l'intérieur.

D'autres, plus nombreux encore, viendront grossir tous les ans, cette phalange d'apôtres dont les sueurs et le sang arroseront la Croix qu'ils plantent.

La charité fraternelle que M. Guillemin sait témoigner à ses collègues plus ex])0sés (jue Ini aux tribulations, lui attire une confiance dont le temps fera une amitié.

Et elle dispose naturellement ses })airs à le désigner sans conteste, comme leur futur chef, au choix déjà arrêté de M. Libois.

Mais les prochains honneurs qu'il est en droit d'envisager, le laissent tout entier m son humble tâche de « défricheur ». Son supérieur l'y aide tant qu'il peut, en lui envoyant des secours eu hommes et en argent.

C'est ainsi qu'une église, longue de î)0 pieds, est construite à Wham-pou en 1852, par M. Girard (^), venu là provisoirement pour ce travail

En janvier 185»'^, une lettre de France l'afflige beaucoup, en lui apprenant la mort de son oncle Flagey, « l'homme juste par excellence » dont il hérite avec plaisir de la montre.

Et il écrit à Joséphine qui lui en fait l'envoi, de démentir encore une fois « le bruit persistant » de sa promotion à l'épiscopat: « Je fais, ajoute-t-il, mou ouvrage ordinaire, sans eu désirer un autre dont le poids finirait par m'écraser »,

Au mois de juillet 1853, Libois toujours souffrant et surchargé de besogne, le rappelle encore auprès de lui: « Si ce voyage, écrit-il, est pour moi la cause (run travail j)lus grand

(l) Michel-Gaspard Chabot, du diocèst^ <K' Limoi^es. né le ô Septembre 1824, mort le 26 juin 189G.

{2) Jos. Pr. Xnv. Risch, «lu diocèse de Poitiers, né le 17 mars 182G. moi't en

^S) Auguste Cliapdelaine, de Coutances, né le 6 janvier 1814. massacré le 29 février 185G, Béatifié en 1900.

(4) Dominique Deluc, d'Ayt-n né le 'A Décembre. 1S2G, mort en 18G0.

<-5) .Jacq. Sebast. L.ivij^n.', de Tarbes, né le 9 juillet 1824 quitte en 1854.

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<'liH|>ilre III - l^e H.^ Tiit^ophaiie V<^iuir«l

que de coutume, il me procure J'araittage de ^jrtsst^/' toi des mois Jes j>Zhs chauds de l'année sur une agréaMe colline environnée

de pins, d'où l'on découvre au loin l'immensité des mers

C'est là qu'est bâti notre Séntinaire St. François Xavier, et que j'y travaille au milieu de la solitude

Oe fut là aussi où, sur le désir <iu'il eu exi>riinii, vint s'abriter plusieurs mois, l'augélique Tliéophaiie Vénard, qui, avant (le se rendre au Tonkiu, pour y cueillir, 8 ans ]>lus tard, la palme du martyre, enseigna la pliilosopliie aux séminaristes, sous la direction de M. Guillemin.

Il nous est doux de constater la rencontre ici-bas de ces deux Ames d'élite, sur la même colline d'où le soutHe de l'Eîsprit les souleva vers les sommets.-^, 4-r o o o '^ î"^

Et, telles deux victimes destinées au sacritice, elles s'abreuvèrent ensemble, un instant, aux mênies sources d'eau vive, l)our att'ronter, l'une, le couteau sanglant de l'idolâtre, et l'autre, l'épreuve plus longue et plus atroce de la trahison des siens, dans l'humiliation de l'exil. Le calice lut le uième pour les deux, sans qu'on n'ait jamais su qui, du sang de l'un ou des larmes de l'autre, l'avait fait le plus déborder!

Le séjour du futur Bienheureux à Hong-Kong donna l'occasion à son Supérieur d'admirer ses vertus et ses talents: «Il possédait, disait-il plus tard, un esprit très vif et très pénétrant; il faisait très facilement les vers français; et comme il était très aimant et très délicat, il se servait souvent de cett:^ facilité pour fêter ses amis et ses supérieurs.

Le vilain m'a joué bien des fois des tours de ce genre, quand nous étions ensemble au collège St. François Xavier.

Lorsque j'ai été nommé Supérieur de la Mission de (^anton (1853), tous les élèves conduits par Théophane vinrent me féliciter; alors je n'étais pas encore évêque. 11 avait rimé en cette occasicm quelques vers en mon honneur, et de plus, fabriqué à la hâte une mitre avec des joncs, et une crosse en bambou, ténniiguant i)ar là de sa joie, et faisant connaître les v(eux et désirs, de son co'ur. Du reste, cet esprit gai et rem])li d'entrain me fat d'un grand secours pour diriger le collège.

Les élèves Faimaient extrêmement, de sorte que tout marchait comme sous l'im])ulsion de sa gaieté. »

Après la nomination du préfet a)M)st()li(iue, Théoi»hane était très désireux de voir, au moins de loin, la jNlission de Canton: un jour donc, ils partirent tous les deux, avec des provisions; et, après avoir gravi une haute montagne pendant trois heures, de son sommet ils aperçurent la terre promise: ''Jamais, rapporte M. Guillemin, je n'ai vu le petit missionnaire plus joyeux

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