‹ Zéphyrin Guillemin [microform]Chapitre 29 sur 155 · IO · texte numérisé non relu

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« Ici, mie grave (jnestion se présentait à moi : irais-je à Jérusalem ou u'y irais-je pas ?

« fl'en avais le plus ;^raiMl désir, et nous n'en étions (]u'à trois Journées; et Je sentais bien (]ue si Je perdais cette occasion, elle ne se reju'ése nierait Jamais plus.

« Beaucoup crobstacles s'ojtposaient à ce voyage, mais la divine Providence arrangea si bien les choses, <iue le ca[)itaine put nous promettre le retour à Alexandrie, Juste à temjjs pour Joindre la caravane (jui devait se rendie à un port <le la Merliouge... -le remerciai Dieu de tout mon cieur ...

« Depuis trois Jours, mon brave A-hov si pieux, si sensible aux impressions (jue produit la religion, priait en son [»articulier pour obtenir cette faveur. ... Et nous i)artîmes i^loiu- tout Joyeux pour ,Iatt'a, ne songeant plus <iu'à voir la ville sainte. ...

« flatta est la première ville (ju'ou rencontre en I*alestine.

« C'est de là que partaient Jadis les tîottes de Salonnm [»our aller cliercber l'or et l'argent sur le mont Ojibir, dans les montagnes de la Malaisie.

« Mais cette ville est devenue ijIus célèbre encore dans les fastes ecclésiastiques par le séjour (ju'y tit 8t. Pierre et par les merveilles qu'il y opéra.

« C'est là en effet, qu'il ressuscita la pieuse Tabitha; qu'il re(;ut les envoyés du centurion Cornélius, et (ju'il eut, à cette occasion, la fameuse vision <iui lui montrait la vocati(»n des Gentils à la connaissance de l'Evangile.

« On voit encore, sur les bords de la mer, la maison de Simon le corroyeur où logeait le prince des apôtres ; mais elle a été changée en mosquée comme plusieurs autres monuments qui couvraient Jadis la terre d'Israël.

« En mettant les pieds sur ce sol béni, Je remerciai de. tout mon cu-ur le Seigneur <jui m'accordait à moi aussi, de voir cette terre promise, et Je sentais (juelque chose <le ce cpie devaient éprouver nos pieux et valeureux croisés...

« Nous cherchâmes des chevaux et des guides i)our luytre voyage de 15 lieues à Jérusalem.

« Toutes dispositions prises, et escortés d'un Janissaire et d'un muletier, le jeune Chinois, un autre compagnon de voyage, M. de Cerfberr Jeune Juif converti qui venait visiter le pays de ses ancêtres et nuii, nous })artîmes pour notre pieux pèlerinage.

« Les environs de .laffa nous présentèrent d'abord une terre bien cultivée, <les Jardins où l'on voyait jyendre les beaux fruits de l'Orient: citrons, oranges, bananes, dattes et une

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iniiltitude de tieurs (lui, einbauniaut l'air de leurs agréables parfums, semblaient vouloir recouvrir ce sol « travaillé i)ar les miracles .*

« Mais à mesure (lue nous avancions, la cami)agne i)erdait son aspect enchanteur, et nous ne vîmes bientôt i)lus «pie des plaines stériles, des montagnes escarjjées, une terre brûlée par le soleil, (u'i nous ne pouvions ni nous reposer, ni respirer un peu de fraîclieur.

Nous nous dirigeâmes ensuite Jus<[u'à Kamlay, petite ville située à 4 lieues de .latfa, dancjuée de tours et <le mosquées qui la tout reuiarquer au loin.

« Kamlay était l'ancienne Ariuiatliie, patrie de 2sicodème (jui \int consulter Xotre-Seigneur i)endant la nuit et du l)on Joseph <iui ne craignit pas, après la mort du Sau\eur, d'aller se présenter devant Pilate, pour demander son corps sacré.

« On voit encore les restes de la uiaison «le l'un et de l'autre, et sur une i)artie de leurs ruines, les P. l*. Franciscains ont établi un couvent....

« Au moment de nous mettre en route, nous \îmes passer les courriers de France à .lérusaleu). Comme ce sont des gens soldés par notre consul, nous crûmes bien faire de renvoyer notre première escorte et <le nous mettre sous leur conduite; mais nt)us ne fûmes pas longtemps sans n(Uis ai)ercevoir que nous avions fait une faute.

« Nous avions à faire à trois Aiabes (|ui ne demandaient <pi'à nous laisser en chemin. Tantôt i»i«iuant leurs légers chevaux, ils s'avan(;aient devant nous, jusipi'à ce (pie nous les perdissions de vue, nous «lisant «pTil fallait hâter le pas, pour ne pas tomber entre les nuiins des voleurs. Tantôt, se couchant sur les b(U'(ls de la route, ils nous imitaient à nous i'e])oser nousmêmes, sachant bien «pi'avec nos montures, nous ne pouvions n(Mis arrêter un moment, sans courir le. danger <le rester en arrière.

« Nous che\auchâmes ainsi jusipi'à ce <pie la nuit, se réparidant autour de nous, nos gui<les [)rotitèrent de ce monient pour se lancer en avant, sans (pie désormais nous pussions les apercevoir.

« Alors, je l'avoue, une certaine frayeur s'empara de moi, d'autant plus (]u'ayant avec moi le calice qui m'avait été donné par Pie IX, et mes insignes éi)iscoi)aux que je tenais à dél)oser sur le tombeau du Christ, je redoutais d'en être déj»ouillé.

« Tout autour de nous régnait un silence de mort qui n'était interrompu <pie i)ar le cri de (pielque oiseau nocturne; devant nous s'élevaient de liantes montagnes déjà enveloppées

(iiapitre V* - Vue iinil (l'silariii<><>i.

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dans les voile.s de la nuit et dont l'aspeiît sinistre et sauvage ajoutait encore à la peur dont nous étions saisis....

« Nous avions encore (> ou 7 lieues de chemin à faire, et il était ditticile en effet que nous pussions les parcourir, sans devenir la i)roic des voleurs dans un pays surnommé, à caus(? de ses brigandages, la vallée des « Larrons ».

« Tout le monde connaît la touchante histoire rap]>ortée par la vénérable Mère Emmerich au sujet du voyage (jue fit la Vierge Marie, lorsque, fuyant la colère d'Hérode, elle vint chercher en Egyi)te un asile que lui refusait sa patrie.

« Surprise par la nuit, au milieu d'un pays de montagnes, elle alla sans le savoir, demander l'hospitalité à une famille de brigands, qui, touchée de sa <louceur et de sa bouté, lui rendit, au lieu de lui iiuire, toutes sortes de bons ottices.

« L'Auguste Vierge, après avoii- lavé l'Enfant-rlésus, i)our le soulager des fatigues du voyage, selon l'usage oriental, voyant l'enfant de la maisou atteint de la lèpre, dit à sa mère de l)rendre l'eau dont elle s'était servie, et d'eu laver sou propre enfant, lui promettant par là quelque soulagement.

« Celle-ci fit avec ponctuahté ce qui lui était commandé, et l'eau n'eut i>as plus tôt touché la peau de cet enfant, ([u'il fut complètement guéri. Mais, malheureuseujent entraîné par l'exemple de son père, ce jeune enfant s'étant livré plus tard à toutes sortes de brigandages, fut pris, condamné à mort, et il était un des deux voleurs élevés sur la croix à coté du Sauveur. Xotre-Seigneur alors, se ht connaître à lui, lui accorda la grâce du re])entir et lui ])romit que ce j(uu'-là même, ils seraient réunis dans le rovaume céleste.

<' Or, l'endroit où nous étions, était [U'écisément celui où la tradition du pays assure que la Sainte Famille s'est arrêtée er au(]uel on a donné le nom de vallée des « Larrons ».

« En raijpelant à nu)n esi)rit cette circonstance de la vie du Sauveur, je trouvai dans ce sou\ euir un encourageuïent et un sujet d'éspérauce.

« ,Ie priai l'Auguste Vierge Marie, par le délaissement auquel, eu ce même lieu elle avait été en proie, de ne i)as permettre (pi'il nous arrivât (]uelque mal

«A chaque iustaut, je regardais ma montre; mais hélas!, nous avancions peu; nos nu)ntures n'en pouvaient jjIus et les chemins étaient si mauvais, que je ne savais pas si je de\ais descendre, pour éviter quelque chute fâcheuse, au milieu d'nn sentier qui était bien plus lit de torrent que chemin ]>raticable.... . ./^ ^;■

« Minuit était sonné, puis une heure et toujours nous marchions en silence, et nous n'arrivions pas! Oh! (juc ce chemin me parut long! Mais alors je pensai à cette longue attente

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«les piopliètes (M (les justes (jui. peiKhiut K>(M> ans soiipirt'UMU a]trrs l'aniNÔc du Mt'ssic. saiis a\<»ir vu \v honliciir de \v voir.

<v Plus luMUCux (|u\'U\, nuiliiit' nos craintes o{ nos la ti, unes, après a\«)ir «'iicoïc cliciiiinô (pu'hpU' temps, nous \ înu's point«M' jui loin, à la ciart*' do la lune, los proniiôi«'s uiuraillos do la sainto Cilô.

<^ Nous dosooiidîmos alors iW clioNal. ot. agenouillés sur une piorro du clioniin. nous salnànios la \ illo par l'xcollonco, io lion ofi s\'st accompli lo mysiorc do la rouônôration du i^t'uro humain par lo sanu d'un Dion; puis nous nous axançàmos jusqu'aux portos de la ville: il otait alors I heures du matin.!

« .lérusalem étant un(> \ille Ibrtilié»'. les jtortes étaient lermées et <ne de\ai<'ni s'ouvrir, selon l'usaue mustdman, (pi'aii le\('r du soleil. (^)m'l(int's chameaux étaient couchés çà et là, atîen«hint a\t'c leurs iiardieiis le retour du Jour.

« Comme j'avais entendu dire (pie les enxirons de Jérusalem. ixMidant la nuit, étaient plus à craindre (pie tout autre endroit, à cause des voleurs, j'approchai le plus (pie je pus de la porte, et me l)lottis dans un des coins, eii\('loi»pé dans mon maiitean, et assis sur ma petite malle (pie Je tenais ainsi bien en sûreté! de commen(;ai alors ma méditation. <j)uoi- (pie nous eussions "J heures en\iron à passer en ce lieu, il n'était pas ditlicile de tromcr un sujet ahondant de réflexions en un endroit si riche en touchants souxcniis.

« dérusalem se présentait ;i mes yeux comme la \ille des ju'ophètes et des ancêtres du Saint'ur; Je remontais au temp.s ofi elle avait été fondée i)ar le saint roi l)a\i(l (pii en avait t'ait le sièiit^ de sa lamille et v axait raltacho toute res]>érance d'Israël. Plus tard. Salomon lui donne un nomcau lustre, en \ (''le\ant an vrai Dieu un temple (pii (le\int la merx'eiJle du monde.

« l)(.'stinée à être le centre et le soutien de la xérité sur la terre, elle est lieureu.se, tandis (prelle est hdèle a son Dieu; mais à iieiue oiiblie-t-elle ses enga^i;ements. (pie le Sei.niienr lui ménage <lt's tribulations (pii la maintiennent, connue nial- <ii'é elle, dans la i'eli<>ion de ses |)ères.

« Entin, vient le moment où elle est xisitée i»ar le Fils de Dieu, (lui, en [)araissant au milieu de son peuple et dans l'héritage de ses ancêtres, est méconnu des siens.

« de me ti<iiirai.s l'éitoqne où ce Fils de la \'iei\i>'e parcourait la Cité sainte, prêchant, guérissant les malades et annonçant les merveilles de son Fvanuile. C'est i)eut-être par ici, me di.sai.s-Je, qu'il passait, lorsque entant, il venait avec ses

l'Iiapitre V - A .l<''riiMiil«>iii.

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]»;ir('iits à la tott- (le Jérusalein, ou lorscuu' plus lard il stu-lail (le (H'tti' ville en pleurant el en lui adressant ces toueliants reiM'oelu's: «,Iérusaleui, -lérusalcni, conihien n'ai-Je pas voulu réunir tes entants, eoninie une |M)ule réunit ses poussins sous ses ailes, et tu n'as pas viuiiu! N'oil.i (pie tes ennemis \ ien- (Iront tondre sur toi ; ils t'environneront d'une double li*>ne (le (*ireon^"allation, et ils te ren\ eiseront de tond eu eonible!»

« i^'t en nu^Mue temps je Novais à (pieUiues pas de nH>i, les profonds ravins ereusés pai" les Romains, lors(pu', selon la prophétie du Fils de Dieu, ils \iurent (pu'Upu' temps après sa mort, saet'ai>er la ville sainte; je ni'unissais de tout (Meur à ei^s toueliants et liii;ubi'es s(Mivenirs; et (piand les portes s'cuivrirent en roulant sur leurs nonds, je bénis Dieu de m'a voir l'ourni ce moment pour m'entretenir de ces pieuses peiisiH's.

<^ Tout imbus de ees rétlexions, nous entrîMiies dans la ville et nous allâmes t'rajiper à la porte du monastr're des Pères (le 'Perre-Saiute, (pii nous reeurent av<'e toute la eordialité |)ossible. \'oulant ména.u'er ee (pii me restait de forces et me remettre un j)eu des fatiaues passt''es, je d<Miian(lai au l'ère Abbé de me i>ermettre de reposer pendant deux lieurt's, et de V(Miloir bien me faire rc'^xeiller a])rès ce temiis.

« A i> heures, on me conduisit A réalise du (^alvaire; J'y déposai le poids de mes fautes et Je me préparai ;\ célébrer la S"' Messe, au lieu même cu'i >s. S. a été cloué sur la Croix, à dix pas de celui où il est mort pour nous raelieter. ■; • ;

« Dire ee (pii se i)asse dans le e(eur d'un chrétien, en un endroit (jui rai)pelle de si touchants souvenirs, serait im]»ossible. fl 'étais au lieu où 18 siècles aui)ara\'ant, le tlls de Dieu était étendu sur un bois infâme, environné d'une foule immense (pli l'aecablait d'outra.ues, souffrant tout ce (pi'il était i>ossible de souffrir, et donnant sa vie pour le moude. v;

« Alors J'étais présent à sa -pensée; une i)artie même de ses douleurs venait des fautes dans lescpielles il prévoyait (pie Je tomberais un Jour, et aujourd'hui, p;ir suite de rinstitiition de l'Eucharistie, le même saerilice allait se renom eler entre nuvs mains d'une manière non san<>lante, il est vrai, mais non moins réelle (pi'autrefois; (|uel rapproehement, et c(mime Je sentais vivement (jue je devais m'hiimilier à la \ ne de ces <;rands spectacles de ma Foi, aimer X. S. et Lui proinettre (pie (l('\sorinais Je serais tout à Lui!..

« ^Nlaisje comprenais (pie je ne devais i>as me lu-ésenter seul en sa sainte présence. Bien des ])ersonnes, p«Midant mon séjour en France, m'avaient témoigné une atîeetion bien vive et bien sincère; les uns in'a\aieut rendu le déjiosi taire des secrets de leur conscience; d'autres m'avaient fait i»our notre Mission, des cha-

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rites qui deinaudaient un .souvenir tout particulier: c'était le Ui ornent de payer la dette de la reconnaissance. .

« ,Ie fis mon action de grâces à l'endroit même où fut plantée la (Iroix de mon Sauveur. J'y passai encore un bon moment, autant du moins que mes forces me le permettaient, car, déjà je commençais à sentir que ma tête s'affaiblissait et que mon cœur s'en allait.

« Je baisai plusieurs fois ce lieu tout divin, et, pour continuer mon action de grâces avec moins de fatigues, mais toujours en restant dans un lieu dont on ne s'éloigne qu'à regret, je visitai l'église dans tous ses détails.

« Je vis le rocber où se trouve la scissure opérée par le tremblement de terre, au moment on X. S. rendait le dernier soupir; la ]>ierre où son cori)S fut embaumé par les Saintes femmes, le séi)ulcre où il fut déposé, l'endroit où S*" Madeleine le reconnut, celui où il apparut à sa sainte mère.

« Partout nous imprimions sur la terre un baiser de respect et d'amour, comme ])our reconnaître et bénir les traces du Fils de l'Homme; et nous nous éloignâmes à regret du ])lus saint et du plus auguste lieu de la terre.

« Mais le temps nous pressait, et nous devions le ménager, pour visiter ce qui nous restait encore à voir dans la ville sainte.

« Le K"'" Père abbé m'avait donné pour me conduire, le P. Félix, religieux Belge qui joignait à une parfaite connaissance des choses de Terre-Sainte, une cbarité pleine de charme et de douceur. S(ms la conduite de ce guide expérimenté, nous nous dirigeâmes vers le Jardin des Oliviers.

« Chemin faisant, nous vîmes la i)rison où S^ Pierre fut incarcéré et flélivré ensuite, les ruines du palais de Pilate, quel- (pies pans de murailles appartenant à l'ancienne Jérusalem, la j)iscine probaticpie, l'emplacement de l'ancien temple, sur lecpie! s'élève aujourd'hui la mosquée d'Omar; jmis, nous arrivâmes à un endroit élevé d'où l'on découvre la vallée de .Josa])hat, le Jardin et le Mont des Oliviers.

« A la vue de ces lieux, le P. Félix, craignant pour mes forces, me [U'oposa de me contenter de les voir de loin; mais comment ne pas se sentir assez de courage pour marcher sur les traces du Sauveur et visiter de près les lieux qu'il a i)arcourus par amour pour nous?

« Nous descendîmes donc la njontagne, passant à côté de l'endroit où S' Etienne fut lapidé; nous traversâmes le torrent de ('é<hon, on N. S. tiraillé de toutes parts ])ar ses cruels bourreaux, ht une lourde chute dans l'eau; et nous arrivâmes au Jardin de (iethsémani, où se trouvent encore K oliviers «jue l'on dit contem])orains de la Passion.

( ' liapitre V - An torroiit «le C'édroii

« Nous vîmes la grotte de l'agonie, l'endroit où Judas trahit le divin Maître, lien d'horreur, on l'on ne marche qu'avec Irémissenieut; puis, revenant sur nos xuis, nous visitâmes l'endroit où la Sainte Vierge, couronnée de grâces et de mérites, rendit le dernier soupir.

« Partout, nous nous agenouillions un moment, cherchant à témoigner à N. S. notre reconnaissance, et à recueillir une de ces bénédictions qui sont attachées à chacun de ces lieux tout imprégnés pour ainsi dire, des grands mystères qui s'y sont opérés.

« Dieu nous ré-servait là, une bénédiction d'un autre genre, mais qui renferme un prix tout particulier à mes j^eux.

« Je ne sais par quelle circonstance, en descendant la colline, la conversation se porta sur la Mission de Canton, et le P. Félix me demandant si déjà nous avions une église, Je lui répondis que non, niais que nous pensions à en construire une, très prochainement, et que Je serais heuieux, si Je i)ouvais emporter de ces lieux bénis, une pierre qui pût servir de fondement à la construction du nouveau temple.

« Mon idée ayant été agréée du Pèœ, nous nous mîmes aus-~ sitôt à la recherche, et nous trouvâmes bientôt une belle pierre plate et carrée, pesant au moins 80 kilogrammes, et bien propre à servir au but que Je me proposais.

« Elle venait d'un lieu situé entre le torrent de Cédrou, le jardin de Gethsémani et le tombeau de la 8'" \'ierge: quoi de plus convenable pour Jeter les fondements d'une nouvelle église? ■ .,- ^^-jï ■ - ;■ ^^

« Cette pierre nous rappellera que l'pjglise de Jésus-Christ ne peut se fonder que sur les peines et les souffrances; mais, qu'ai>rès «îette vie, elle nous servira d'échelon pour arriver à la Jérusalem Céleste.

« Je ne pus m'empêcher de bénir la Divine Providence de cette heureuse rencontre; et nous fîmes aussitôt prendre la pierre par un Frère du monastère, pour l'emballer et l'emporter avec nous.

« Voilà donc la première pierre de la future église de i'anton, venue de Jérusalem, et son i)remier évê<pie, consacré à Home par les mains du Souveiain Pontife!

« Oh! mon Dieu, <iue de gages précieux de votre sainte bénédiction! Mais ne permettez pas qu'ils se i)erdent ou deviennent inutiles en des mains incapables de les conserver!

« Nous n'avions plits qtt'à retourner sur nos pjjs; ce que nous fîmes en suivant la voie douloiTreuse que N. S. a i>ai-courue lui-même.. .. Nous rentrâmes au monastère.. . .

« C'était environ une heure de l'après-midi; il était teini>s de prendre qitehpie nourritttre et un peu de repos, mais non

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pns iK)iir loniiteinps, car il nous restait encore à voir un lieu bien intéressant; et, (luelque pressés (jue nous lussions, nous ne pouvions pas ne pas y aller: c'était lietliléeni, situé à deux lieues de Jérusalem.. ..

« Aussi, à deux heures, nous étions à cheval et en route vers ce nouveau but.

* îSortis de , Jérusalem par la porte de Jafta, nous vîmes en passant le mont Sion on était autrefois le Cénacle; le mont du <> mauvais conseil », où siégeait le grand prêtre Oaïpbe disant * (pi'il valait mieux qu'un homme mourût <iue tonte une nation ».

« Puis, traversant la vallée de Kapliaïm où re})arut l'étoile qui conduisait les JNIages à la Crèche du Sauveur, nous arrivâmes au sommet d'une petite colline, appelée la colline d'Elie parce que là, se trouve une pierre sur laquelle, dit-on, le prophète aurait laissé l'empreinte de son corps, liien de beau et de grand comme la vue (pie l'on découvre en cet endroit.

<^ Du côté de l'Ouest, on aperçoit les montagnes de S' Jean, ainsi nommées, i)arce que c'est là, cpie le saint Précurseur vint au monde; plus loin, la belle église et le Séminaire de Betjalla que ^Igr le Patriarche tit construire et oh il fait ordinairement sa demeure.

« Du côté du Midi, se trouve la ])etite ville de Bethléem, déployant agréablement au pie<l de la montagne ses constructions moresques.

« Du côté de l'Orient, ou remarque au loin les hautes et stériles montagnes de l'Arabie, dont la chaîne se prolonge sur les bords de la mer Rouge et va se perdre dans la profondeur du désert.

« Entin, ramenant la vue du côté du Nord, on découvre Jérusalem avec ses tours et ses bastions, les montagnes de la Samarie, derrière lesquelles se trouvent Nazareth, le mont Liban, le -lourdain, la Syrie et la Cappadoce; en sorte que, sans sortir des environs de Jérusalem, Je pus avoir une idée très claire et très distincte de la .Judée et des pays environnants, si souvent nommés dans les textes sacrés.

«. Parmi tous ces i)oints, il en était un (pii excitait plus spécialement mon attention et (pie Je me tis montrer d'une manière particulière: c'était Cybistra en Cappadoce, située au Nord de .Jérusalem, ;i deux ou trois cents lieues de l'endroit où nous étions.

<^ Devenu par la consécration épiscopale, le chef de cette Eglise désolée, Je savais que Je lui devais un souvenir et une bénédicti(ui d'autant plus nécessaire, que cette ville autrefois tlorissante, avait renoncé à ses prérogatives de chrétienne, ]M>ur se ranger sous la loi de Mahomet.

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