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Chapitre VI - lu" Te Meuiii

Parmi eux, l'Empereur îs'iipolcou 111 s'est ac<iuis le raug d'bouiieur par sa libéralité.

Sa fête se célébraut le lô août, il s'empresse de répondre à l'iuvitatiou des oliieiers tï'aii<;ais de venir la présider au quartier général: «Au nord de Canton, relate M. Le Turdu, s'élève une colline ombragée d'arbres séculaires, dominant la cité et au sommet de laquelle se dresse un temi)le antique dédié à Vénus (').

C'est là que nos troupes, après la prise de Canton, établirent leur quiu'tier général.

C'est là aussi que nous allâmes célébrer en coiuuiun la tête de notre Empereur; car, i)our être à GOOO lieues de la patrie, nous n'en portons pas moius nu cceur fran(;ais, et tout ce qui la touche, nous intéresse vivement.

« Le Commandant Supérieur, jNI. d'Aboville, avait invité Mgr Gnillemin à venir chanter solennellement le « Te Deum », et nous étions heureux d'accompagner notre évéque.

« Après la messe célébrée par M. l'aumônier, sous une toufté de verdure. Sa Grandeur, en habits pontificaux, entonna le « Te Ueum » et donna la bénédiction du S. Sacrement, qui se trouva coïncider avec l'heure de midi, monu'ut où des hauteurs oii nous étions, et de la rade, cent bouches de canon faisaient retentir les airs de leurs bruyantes détonations.

« .J'avoue (pi'en cet instant, je ne pus me défendre d'un saisissement général.

« C'était un beau moment en ettét, que celui où, pour la première fois (~), sur cette terre encore païenne, le Dieu trois fois saint était élevé entre les mains de son Pontife, au bruit de l'artillerie qui, par ses décharges multipliées, rendait honneur au Dieu des combats, au Fils de la Vierge, à Celui qui a vaincu la mort, et qui nous appelle à i)artager un jour dans les cieux ses triomphes immortels!

« Pénétrés des sentiments de la Foi la plus vive, le front courbé dans la poussière, nous l'avons prié i)our notre auguste Empereur qui envoie ses troupes jusqu'aux extrémités du monde, défendre la liberté religieuse et propager avec la Foi du vrai Dieu, la belle civilisation.

« Nous lui avons demandé de le bénir, de bénir ses armes, de bénir notre auguste Impératrice et le petit Prince, objet de tant d'espérances!

« De tout cœur aussi, nous l'avons prié i)Our notre Mission, pour ses 40 jnillions d'idolâtres.

(1) Il s'agit toujours delà même colline tles " Cinq otages " di'crite précédemment.

(2) Pour la première fois sur la colline de " Vénus " peut-être, mais non pas on ville où tant de prélats et de prêtres avaient célébré depuis trois siècles.

.flgi* Guilleiuiii

« Nous l'avons prié pour notre évêque, sur qui repose uu poids si lourd; pour nos confrères qui partagent ses travaux et ses sollicitudes, et nous Lui avons demandé que, du haut de cette colline où 11 paraît en Dieu, 11 fasse descendre des tiots de grâces et de bénédictions sur ce sol ingrat et le couvre d'abondantes moissons.

« Un autre souhait que notre cœur a formé, c'est de voir bientôt s'élever au milieu de cette ville, le temple catholique qui redira la gloire du vrai Dieu à ces populations païennes; mais déjà, nous en avons la promesse, et nous n'attendons plus que le moment où les circonstances nous i)ermettront de mettre la main à l'ceuvre.

« Alors, nous verrons la religion de rJésus-Christ briller de réclat ({ui lui convient, le nombre de nos tidèles augmenter tous les jours, les ténèbres du paganisme disparaître devant le soleil de justice, et, ravis d'avoir été appelés à cette ceuvre de régénération, nous ne cesserons de bénir jusqu'à la tin, les miséricordes de notre Dieu ».

De telles manifestations de loyalisme envers l'Empire, décrites avec tant d'art et d'onction, i;e pouvaient manquer de toucher la noble et pieuse hôtesse des Tuileries, encore sous l'impression de la visite d'un prélat aussi distingué que Mgr de Cybistra.

Mais elles témoignaient surtout du désir de l'évêque de rehausser aux yeux des Gentils le prestige d'un culte qui s'alliait aux plus nobles traditions françaises.

S'il paraît friand de ])ompe aux fêtes religieuses, c'est qu'il y cherche moins son compte (jue celui du catholicisme qu'il représente, et il s'acquitte toujours de ses fonctions de [)ontife avec une dignité si recueillie, <iue chrétiens et païens ne savent qu'admirer le plus chez ce « maître de religion », ou de sa simplicité dans les relations ou de sa grandeur au pied des autels.

Il sait d'ailleurs s'astreindre, malgré l'absence des décors, aux plus humbles fonctions du ministère: « Aujourd'hui, 25 iiooembre {18~)9) j'ai éU^^ dit-il, administrer um pauvre enfant nialade, réduit, au ntilieu de la canipagne, dans une masure tellement pauvre qiion en trouverait difficilement une aussi misérable en. France.

Mais là, se trouvent la paix, la y race de Dieu; et nos chrétiens sont d'autant plus heureux, quand^ de leurs pauvres chouniières ils sont appelés à aller prendre place à la cour du roi des rois ».

D'une lettre à sa mère du 28 décembre (1859), nous apprenons que malgré l'état de trouble et d'incertitude où l'on se trouve, son ministère en 1 Sôî) n'a pas été infructueux:

Chapitre VI - l*i'eiuière!»> Hésoviatioas a» sujet «l** I« ralhé«lrale. l'JtTi

Depuis le début de Vannée, Jusqu'à ce Joui', f ai baptisé lôô pàinis adultes, plus dr 2U00 petits enfants; les autres missionnaires de la Prooince ont è(jalement un nouibre plus ou moisis considérable de couiptétes faites sur le paçianisuie » .

En cette tin d'auuée, il forumit le vcmi (pie les arinée.s alliées poursuivissent à Pékin leur campagne victorieuse:* Jjoin de nous inquiéter de la guerre ([ui va, continuer avec la Chine, Je crois au contraire qu il faut s en réjouir comme d; une des plus heureuses circonstances (jui put arriver a Jio-s Missions.

La première guerre avait bien frappé la ville de Canton qui a eu plus de ÔOOO maisons brûlées; mais le centre de r Empire ne s'en était pas repenti, et il fallait que cette partie ent aussi ses dégâts pour apprendre a respecter les Europjéens!

Aussi, est-ce. vers cette extrémité que oord maiufenaut se porter les efforts de la guerre: et nous a.rous l'espoir (pie nous ne souffrirons pas à Canton.

En tout ca-'s, nos préparatifs sont font faits pour gagner les hauteurs où nous serons en silreté sous la protection des garnis<nis EuropéerDces ».

En [U'évision des événenu^nts qui vont se iH'oduire à Pékin, et qu'il escompte favorables à la cause des alliés, l'évêque se préoccupe de plus en plus de la question de sa future église:

« Je suis bien aise, écrit- il à s(H) frère, d'appreirdve que le plan de Véglise de Blamond, a été remis à M'^^^'^ Yeuillot (pii le fera exécuter à Paris.

Quoiqu'il n\f/ ait e^icore rien d arrête au sujet de P emplacement de notre église, il parait cependant (pie le ministre plénipotentiai re de France en Chine s'en occupe; >'t si cette affaire était décidée, il serait fâcheux qu'on n'eiît pas ici les plans nécessaires pour coinmenrer les constructions ».

Mais les négociations traînent en longueur à Pékin, où le baron Gros, très actif d'ailleurs, est loin d'ajjprouver tous les projets de Guillemin: « Lorsque J'arrivais à Canton, (185Î)), relate-t-il, on venait de conclure à Pékin un traité de paix dont un des principaux articles assurait aux chrétiens la restitution des églises, chapelles, cimetières et autres terrains qui leur avaient été enlevés au temps des persécutions.

Or, la seule ville de Canton ne comptait pas nu)ins de sept églises avec leurs dépendances et de vastes maisons.

« Dans ces conditions, j'avais donc tout droit, d'après la teneur des traités, de les réclamer.

« Mais, plusieurs, étant situées dans des lieux peu couve-

Hgv (jiiiilleiiiiii

uables, d'autres ayant été couverties eu pagodes, et renfermant des idoles que nous ne pouvions conserver sans scandale, ni déloger sans exciter contre ut)us la poi)ulation, il me paraissait plus simple et plus prudent de demander parmi les nombreux mandariiuits ou pagodes en ruines, un emplacement vide qui pût être considéré comme une juste compensation des anciennes propriétés que nous avions perdues (}).

« Kieu de plus équitable et de plus facile que cette combinaison qui écartait toute difficulté et tout danger. Mais, malheureusement, elle n'entrait pas dans les idées du baron Gros et des officiers qui alors avaient l'autorité suprême à Canton.

« Ne pouvant nous refuser un terrain sans mancjuer aux lois de la justice et aux stipulations des traités, ils \w nous en présentaient jamais que de ujal situés et d'impropres à l'usage que nous en voulions faire.

« Une première fois, un officier d'ordonnance, venant me trouver de leur part, me conduit à un emplacement situé à un quart d'heure à l'est de la ville et couvert de mares d'eau (hmt la profondeur en «juelques endroits allait jus(|u'à sept ou huit pied.".

« Un o(.iip d'o'il jeté sur ce terrain indi<juait assez (pie ce n'était ni la compensation qui nous était due, ni un local j»ropre îi recevoir une église et no.s o'uvres.

J'en fais l'observation à l'officier qui va porter ma réi)onse aux commandants.

Pendant ce temps, le missionnaire qui m'avait acconii)agné et moi, nous allons nous reposer dans une pagode voisine où nous sentons monter les larmes aux yeux, en voyant les somptueux édifices élevés aux idoles du pays, et combien il nous était difficile de trouver un lieu convenable pour le temple du vrai Dieu!

Trois jours après, un des commandants vient lui-même me ])rendre et me conduire à un nouveau terrain situé à un (piart d'heure au Xord de la ville: terrain assez vaste, mais hors des remparts et également marécageux.

Après m'en avoir fait admirer l'étendue: « 11 est bien, ditil, un peu inégal et couvert d'eau, mais il vous sera facile de prendre de la terre à la montagne voisine pour faire les remplissages nécessaires, et nous vous obtiendrons des mandarins, toutes les autorisations requises pour cela; aussi. M' le Commandant su])érieur eepère bien que Votre Grandeur ne refusera pas cette nouvelle offre de sa i)art. Il attend un njot d'accep-

(1) Il serait plus juste de dii-e "que le catholicisme avait perdues ": car les anciens édifices appai'tenaient en partie soit- à Macao. soit à différents ordres reli- '.^if^ux travaillant sous la jnvidirtion poi-tu.;:iis(>.

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