Chapitre VI - >incf»w <liploiiiu<iqii«'>* d«' IVv^^qiie
blés les forts Chinois; c'est là aussi que (levaient se porter les coups décisifs relativement à notre alt'aire.
«Or, avant de quitter Canton, le baron Gros avnit recommandé aux officiers de la station iia\ aie de n«' rien décider au sujet d'un emplacement pour notre é^^lise, sans sa i)artici()ation. Mais-, d'autre part, comme il devait, le lendeniain de mon arrivée, s'absenter pour visiter (pielques autres points du littoral, il avait déclaré à l'amiral Cbarner, d'un ton ennuyé, qu'il ne voulait pas se mêler de notre affaire, et qu'il lui laissait le soin de l'arranger selon qu'il le jugerait convenable.
« L'amiral accepta bonnement, simplement, la comniission, et j'en bénis le bon Dieu, car je trouvai en lui un homme d'un sens droit, juste, consi<lérant les choses non jjoint d'après un parti pris, mais au point de vue de l'é(iuité et du bien (pli en peut résulter.
« A])rès lui avoir exposé l'objet de ma démarche, il me demanda si eu cela j'étais d'accord avec la Lé<>ation française, c'est-à-dire avec M. de Bourboulon, successeur du baron (iros.
« A l'instant même, je pus lui remettre la lettre dont j'étais j)()rteur, et dans laquelle M. le Ministre, rappelant nos droits et les intentions de Sa Majesté Napoléon 111, déclarait qu'il fallait un emplacement convenable pour la construction de notre église.
Puis, pour faciliter la conclusion de cette affaire, il indi(piait quatre terrains qui lui paraissaient ])ropres à l'exécution <le cette œuvre, et parmi lesquels le gouvernement Chinois aurait à choisir celui qu'il voudrait céder.
« Enfin M. de Bourboulon ajoutait que si l'amiral ap])rouvait cette manière de voir, il le priait de vouloir bien lui-même agir dans ce sens, et d'en écrire A ses officiers de Canton placés directement sous ses ordres.
« Le soir même, l'amiral Charner réunit son conseil, afin de le consulter au sujet de cette grave affaire et il voulut également prendre l'avis de M. M. Vernouillet et de Méritens, secrétaires du baron Gros et tout dévoués à notre cause, ce qui ne faisait qu'augmenter pour nous les chances du succès.
« Tous les membres du Conseil ayant opiné dans le sens de la Légation, il fut décidé qu'on écrirait aux officiers de Canton pour leur recommander cette affeire.
« Et comme le lendemain, à 4 heures du matin, un courrier devait être expédié pour cette ville, on proposa de faire la lettre immédiatement et de l'envoyer par la même occasion.
« La décision prise, le bon et digne amiral du Quilo, alors chef d'Etat-major, que j'avais vu i)lusieurs fois à Canton, eut la bonté de m'en prévenir, ajoutant qu'il serait bon que j'ac-
^Is;i' Ciiuilleiiiiii
(«mipîi'iiiasse moi-niêine hi lettre, iiour contenir notre eanse et «loiiner les reiisei<ineineîits dont ees ottieiers de Canton ponrrnient avoir besoin.
« Certes, ce conseil était trop <lans mes ^oùts, pour (pie je ne raeeneillisse pas avee tons les remereienients possibles.
« Le lendemain, à 4 henres du matin, je partais ponr Ohan^liaï et «piebpies jours ai)rès, j'arrivais à Canton.
« Là, Dieu nierei, ne se trouvaient plus les deux oftieiers si peu favorables ;i notn^ cause.
« Ils avaient été t'UNoyés ailleurs, et étaient partis, ni 'a-t-on dit, en exprimant leur re.<»rel de n'avoir rien iait pour nous.
« A leur i)lac'e, étaient venus deux autres Commandants, sur le dévouement et réner i>ie des<)nels nous pouvions coni])ter: M. ]\L Coupvent <les Rois el de Tanonarn, dont je suis heureux de pouvoir ici citer les noms.
« Puis, ils avaient pour interprète, le brave et di<»ne J\L Fontanier (').
« Tout semblait «loue nous promettre un succès assuré.
« Mallienreusement, les Ciiinois accoutumés aux lenteurs et à rindiliérence de nos i>remi«ns Command;iuts, et iloiitant si en réalité, nous étions soutenus par le gouvernement IVancais, pensèrent cpiMls pouvaient encore tout <>anner en temi)orisant.
« Ils clierchèrent iiiém ' à mettre les .Vuiilais de leur parti, et allèrent jus(prà leur livrer la eorresjjondance (pii avait été écliaui>ée entre les deux <>ouvernenH'uts, au sujet de cette «irave question.
« Cette dernière circonstance tranclia toute ditticulté. Justement indioné de la conduite qu'on tenait à son éjsïard, et profitant de la semaine où, à son tour il avait l'autorité en mains, le commandant supérieur JNI. Coupvent des Hois, écrivit au vice-Hoi ponr se i)laindre et lui déclarer nettement (pie si dans les 24 heures on ne lui donnait pas un terrain convenable, à l'expiration de ce délai, la ville serait de nouveau mise en état de siè^e.
« Surpris et ettrayé d'une telle détermination, le Vice-Koi s'adressa encore aux Anulais pour savoir ce (pi'il devait en j)enser.
« Mais ceux-ci, voyant le ton menaçant et bien décidé de la lettre, n'osèrent jjreudre sur eux de donner aucun conseil; en sorte (pie le Vice-Hoi dut s'exécuter.
, 1) Massacre •) Tien-tsiu lo 21 Juin 1870.
(liiipili'c \l - i'vHsinu (lu tcri'iiiii «le V<^
« Or, t'oinine le preiiiior >|)(mlet lancé sur la \ille de Canton en décembre ISâT, était tombé sur le Palais du A'ice-Koi Vé; (pie ce palais avait été complètiMuent renversé et (jue depuis, le terrain était considéré comme mau<lit, ce lut précis('>ment j'empUuH^uuMil (pTiui Ju,<>t'a à propos de nous donner.
« Le \^ice-lloi en i>révint le ('(unmandant Sui)érieur <pii vint immédiatement lî.'en ai>i)orter l'heureuse nonvelle par ces mots: « — jMonseigneur, la victoire est à inuis! »
« Et comim' le N'ice-Koi demandait au ("ommandant <puind il voulait l'être mis en [)ossession du terrain: «Demain, à onze heures», repoudit-il d'un ton ferme et décidé,
« Le Jour et l'heure de la cérénn)ni(^ iîxés, on prévient aussitôt tous ceux (pii doiviMit y assi>ter, alin de partir tous ensemble du même point à la même heure.
« DtMix grands mandarins «léléiiués ])ar le \"ice-l\oi et ac:comi)a,<»nés d'une vin<i,taine (rolli^'iers subalternes, onvraient la marche, tous portés en ptdauj^uin, ayant l<Mirs i^lobules routes, bleus ou blancs, la i)lume de paon et les autres insignes de leur <li^nité. -
« Puis venaient nos deux commandants à clu'val, et en «irande tenue, précèdes et suivis d'une escorte de cavaliers.
« rrarrivais enlin moi-même, revêtu de l'habit éi)isco])al, p<u'té en i>alan(iuin et accon)i>a,unê de «leux missionnaires, de cinij ou six catéchistes et de (pu'hpies chrétiens en robe Idanche xpii térn)aient le cortège.
« Nous traversAnies ainsi un<' bonn<^ [)artie «le la ville silencieuse et surprise du spectacle (]ui s'ottrait à elle, et nous arrivAuïes à remi)la('ement du palais <le \o le pinsécuteur.
« Les mandarins y entrèrent les premiers <'omme intro<lucteurs; puis les commandants français et la Ibide qui suivait.
« Et (]uaiul tout le monde fut réuni dans la grande cour d'entrée, le (bonite de Tanouarn lan(;ant son cheval sur un pe-< tit tertre situé au milieu d(? l'enceinte et dégainant son («pée, déclaia à haute voix (pu' désormais ce terrain ai>])artenait à la France et (pi'il en prenait possession i)our être à perpétuité bien de la Mission <pii y bâtirait une église, en l'honneur du vrai Dieu. ' '
« Puis, faisant avancer nn)n pahunpiin, et eux-mêmes descendant de cheval, nos deux ('ommandants viennent à moi avec un salut [)lein de grîlce et d'amitié: «ÎNIonseigneur, me disent-ils, nous sommes heureux de remettre entre vos mains ce beau et vaste terrain, atln que sous votre direction, il serve à la belle et grande œuvre à laquelle il est destiné.»
« Je ne saurais dire tout ce que ce déploiement de ]>ompe et de dignité j)roduisit de crainte et de resi)eGt sur la ])opula-
i'Iiapilr*' VI - l»reiiiièri' .Mesx»*' snr lo terrain de Yé
tiou ébahie et pressée autoiu- de nous, sans qu'un cri ou une l)arole de désaveu sortissent de la bouche de personne.
« Nous étions bien maîtres du terrain.
« On lit ensuit'.' le tour de la i)r<)priété i)our en reconnaître les limites qui turent, du côté du midi, les remparts de la ville, et des trois autres côtés les rnes qui bornaient autrefois le palais du Vice-Koi.
« Cette reconnaissance faite, on se sépara, et chacun retourna chez soi.
« Mais, pour montrer que nous nous regardions f)ien investis du droit de propriété, le soir même, trois de nos missionnaires vinrent y coucher dans une sorte de petite pagodt-, à côté de quelques vieilles idoles échappées à la ruine du reste du palais.
« Le lendemain matin, je vins y dire la Messe pour en expulser les derniers vestiges du ])aganisme et offrir au vrai Dieu ce lieu puritié ])ar le sang de l'Agneau.
« Nous y déjeunâmes ensuite avec quelques-uns de ces INIessieurs de l'occupation, et le jour même, réunissant le plus d'ouvriers possible, je commençai à établir autour de la propriété une barrière provisoire en bambous, en attendant que je pusse l'environner d'un bon mur en briques, ce qui fut notre salut, comme nous le verrons tout à l'heure.
« Le palais de Yé avait été littéralement foudroyé; il n'en restait plus que la belle esplanade av^ec ses arbres séculaires, où un jour devait s'élever notre église, puis les cuisines et les cases des domestiques; nous nous hâtâmes de les réparer un peu pour en faire notre habitation.
« Mais autour de la propriété, et en particulier sur les rues adjacentes, se trouvaient des boutiques, des maisons de jeu et de débauche qui s'y étaient élevées avec l'assentiment tacite des mandarins ou avec la connivence de leurs domestiques qui en retiraient un petit bénéfice.
« Il était difficile, à côté de notre demeure et de celle de Dieu, de laisser subsister ces maisons qui pouvaient un jour devenir un voisinage fâcheux pour nous et pour nos jeunes chrétiens.
« D'une autre part, les propriétaires étant là depuis longtemps, on ne pouvait guère les expulser, sans exciter contre nous des haines et des vengeances qui pouvaient nous causer de sérieux embarras pour plus tard.
« Le seul moyen de lever la difficulté, était de faire l'acquisition de ces maisons; et, bien qu'il m'en coûtât d'y mettre une somme assez considérable, néanmoins c'était un sacritice à faire, ])lutôt que de nous exposer aux ennuis et aux regrets inutiles que nous aurions à éprouver à l'avenir.
C'haipitre VII- I<e baron CiiroM
« Or, Dieu merci, et grâce à l'influence que nous donnait notre nouvelle position, nous pûmes, sans blesser personne et sans nous faire d'ennemis, purger ce beau terrain de tout ce (pli aurait pu être une honte et un sujet de crainte i>our uiuis,
« Et nous devons d'autant i)lus nous eu féliciter, (pie ces achats seraient aujourd'hui (18S2) iuipossibles, chacun tenant à se loger près de l'église, et à taire son commerce dans cet endroit où l'on peuse généralement (pie le " vent du bonheur " })asse plus souvent que partout ailleurs.
« Tout s'arrangeait pour le mieux; mais restait un dernier danger à prévenir.
« L'affaire de la concession du terrain avait été traitée sans la partici[>ation du baron (irros, qui, comptant, coijime on l'a vu, sur la recommandation faite aux anciens Commandants, ne croyait ])as devoir s'en occuper davantage.
« Quelle fut donc sa surprise et son désai)pointement, lorsque arrivant à Hong-Kong, il ai)prit (pie la question avait été terminée sans lui, et qu'on nous avait donné l'emidacement même du palais de Vé, celui de tous les t(MTains de Canton qu'il lui répugnait le i)lus d(- voir tomber entre nos mains! — « Le baron (irros est plein de colère contre vous » me dit ]\lgr Pellerin ('), (pii l'avait vu le matin même à Hong-Kong.
« Le lendenuiin, M. Ooupvent des Bois vint m'annoncer son arrivée à Canton, en ajoutant: « Il est furieux contre nous tous; il ne veut pas voir le terrain, et il dit qu'il veut le rendre au Vice-Eoi. Je ne sais comment nous allons nous en tirer!... mais entin, venez lui rendre visite, et (?omme nous avons un dîner officiel, ce soir, vu (lu'il doit partir demain matin pour Hong-Kong (-), je vous mettrai à table à c()té de lui, afin de voir vous-même s'il y a moyen de le calmer et d'arranger un peu cette affaire ».
« Je me dispose donc à faire ma visite, et je suis reçu comme ie devais m'v attendre.
— Monseigneur, me dit Son Excellence, je ne vous cacherai pas mou opinion au sujet de ce qui s'est passé en mon absence; c'est nu Casii.s belli que v(ms avez posé entre la France et la Chine! L'Empereur le saura; et déjà, s'il n'y avait i)as lin mur en briques élevé autour de la propriété, je rendrais immédiatement cet emplacement au Vice-Eoi.
« l^os Commandants ayant i)ris part à cette (cuvre, je ne puis pas les désapprouver aux yeux des Européens et des
(1) Vicaire apostolique de Hué.
{2) Le baron Gros s'cuibarqua pour Fran<<' le IS Déi^eiiihro ]S(!(>.
10 Mgr (luilJi'iiiiii
^l^r Ciiiiilloiiiiii
Chinois; mais l'Empereur le saura; et ne soyez pas surpris si plus tard, cette affaire devient l'objet d'une note diplomatique».
« — Ce que je puis dire à \'otre Excellence, lui répondis-je, c'est que personne n'a demandé le ])alais(le Vé, de préférence M tout autre emplacement.
« C'est le Vice-Roi qui I'îi ottcrt de son i)n)pre mouvement; et i)our moi, en [)arriculier, j'aurais été tout aussi content d'un autre terrain cpie <le celui-là.
« — Eh bien, Monseigneur, si vous ne l'avez pns deman<lé, vous auriez dû être assez sage pour le refuser!
« Excellence, on ne m'a «tonsultA en rien sur la dernière conclusion de cette affaire, et je n'ai fait qu'acquiescer à l;i décision ]n'ise t^utre nos Comnunidnnts et le Vice-Roi ».
« — Oh! c'est bien, reprit encore le dii>l<)mate, l'Emi)ereur le saura!.»
« A dîner, j'eus effectivement l'honneur d'être i)lacé à côté du baron Gros; et pour f:iire diversion ;V la préoccupation fâcheuse (lui l'absorbait, on eut soin <le lui faire raconter au Ion»- les aventures du Xord de la Chine.
« Mais le palais de Vé était une éi)ine (pii re\enHit toujours et le fatiguait sans cesse.
« Tout ce que je pus obtenir, en lui ex])rimant mes regrets qu'on ait pu faire quehpie chose sans sa. i)articipation et contre ses intentions, c'est que (U^\s son arrivée à Paris, il représenterait sim[)len)ent l'affaire à l'Empereur sans rien ajouter <pii pût indisposer Sa Majesté contre nous.
« Il me le i>romit; niais sa promesse n'était pas tellement formelle et rassurante (pie je me ci-usse obligé de mon coté, (h^ l)ren(he mes i)récautions contre une «lémarclie «pii pouvait av<»ir de si t'Aclieuses consé(piences.
« Quittant à 8 heures du soir le baron Gros, qui, le lendemain devait i>artir ;l Hong Kong, et le jour suivant, reprendre le chemin de l'Europe, je n'avais (pU' le temps nécessaire pour dresser mes moytms de défense.
« Rentré dans ma chambre, ma nnit se passe à écrire une lettre à l'p]mi»er(MU', une autre à l'Impératrice, une autre enfin à mes i>rotecteurs et soutieriS, le Manjuis de Toulongeon, aide de cani]) de Sa Majesté, et W"' la ^Marquise de Latour-Maubourg, dame d'iionneur, leur taisant connaître le danger dont j'étais menacé, et les i)riant, s'ils le i)ouvaient et de la manière la plus convenable, de prévenir l'esprit de Leurs Majestés contre les fâcheuses imi)ressi()ns qu'on chercherait ])eut-étre à leur donner contre nous.
« Mes lettres partirent en compagnie de 'S\. le baron Gros, sur le même navire; et en réalité, mes diones amis agirent si
<'liapitre VI - l'outrai «l«* <M>MNi4>ii «lu torraiii «It* Y^
lieiii'euseiueut, que qnelciiie teiiii)s a])iès, le baron (Jros, arrivant à l'audience solennelle qui lui était «lonuée en i>résenee (les gTmids ottlc^ers de la Cour: « Baron, lui dit PHnipereur, je vous félicite du succès de votre expéditon en (Miine, et «*n })articiilier du beau traité que vous ave/ conclu et (|ui assure à ces pauvres (^liinois la liberté de conscience.
« Lai8S8z-nioi aussi vous faire mon coui]>liinent sur le i>eau terrain que vous ave/ obtenu à notre cher évê(]ue de (^anton, pour y bâtir une église!»
« Certes, c'était le moment criti(iue qui allait décider de notre atfaire!
<< Le baron Gros va-t-il se souvenir de son ressentiment? Mais non; laissant tomber son courroux de la veille, déjà bien adouci par l'iionorable réception qui lui était faite. Son Excellence s'incline })rofondénient et, si j'en crois un mot (pii m'a été rapporté dei)uis ('): «Sire, aurait-elle ajouté. Je n'ai fait (pie mon devoir, et Je suis tro]> heureux en tout cela d'ax'oir ])U réaliser les désirs de \'otre jMaJesté!! . . .»
«Nous voilà donc sauvés!
« Mais l'on conçoit l'anxiété cruelle (pie J'ai dû éprouver jusqu'à ce que je reçusse une semblable nouvelle.
« Chaque Jour d'attente était bien long i>our moi; et bien des fois, je me demandais où en était notre affaire à Paris!
« Enfin, (piand arriva la solution si vivement désirée, ce fut comme un énorme poids qu'on m'enlevait de dessus les (''paules et de dessus le c<eur.
« Ma Joie fut semblable à celle que j'éprouvai lors de la ])remière concession du terrain; et, plein de reconnaissance envers Dieu qui nous aidait d'une manière si visible, J'allai me prosterner dans notre petite chapelle pour le renuMcier d'un résultat qui dé[)assait tellement les moyens naturels «lont Je l)ouvais disposer, (pi'à Lui seul doit en revenir la gloire.»
Vin
La concession du terrain de Yé fut consignée dans le contrat suivant, ici reproduit textuellejnent:
Canton le 25 .Janvier ISdl f) Contrat entre:
Son Excellence Lao, décoré d'un bouton de premier rang, président du bureau de la guerre, censeur, gouverneur général des deux Kouang;
(1) Lettres de Mme de Latonr-Miiuboiu-o' et du Marfjuis do 'I'oul(>n<;-e('ii.
(2) Il est à l'i'innrquer (|iu' le 2") janvier est l'anniversaire du sacre de lVvèi|n
.11^1* Ciiiiilleiiiiu
¥A M. M. Coiipveiit des Rois, rominaiidant supérieur des forces françaises à Canton, Capitaiiu- de vaisseau, otticier de la Légion d'iionnenr; de Tanouain, coniinissaiie du (xonvernenient français à (^inton, Capitaine de frégate, chevalier de la Légion d'honneur; pour fixer clairement et <létinitivenient les stipulations citées ci-ilessous:
Le 15^ jour du î)'' mois de la H)'' année de Hien-fong, a ])aru l'Or«lre Imi)érial suivant:
Le pruice Y-Si)i ho/',s adresse n)i mémorial revferinavf les traités échangés arec ta B rancc et F Angleterre, et nous informant qne le onze <'t h' rloxce rie ce mois, il a conclu ces traites qui se comiiosent de celui conchi la a'' année rie notre règne, et du traité addifiojinel conclu cette année, et les a crhai/gés avec ces deu.r nations.
Nous acquiesçons à tous les articles de ces tr<cités, qu'ils soient q^ris dans leur ensemble ou scj)nréjnent.
Qu'ils soient tous en rigueur éternellement- que dès maintenant la guerre soit à Jamais éteinte, que la paix soif sincère, que tous croient it la. honne liarmonie et cliassent le doute de leurs cœurs.
PoJir qne les articles de ces traiU's soient mis éi exécution, qti'on les promulgue de suite tlerant tout Fempire et (pie les Gouverneurs généraux des prorincps s\// eonformod d^nis la transaction des araires futu,res.
Tel est notre ordre itnpérial ".
Cet ordre impérial auquel il faut obéir dans la coniluite «les atfaires, est déjà consigné dans les archives.
Observant dès lors que (hins le 10'' article du traité français, il est dit entre autres que « dans tous les ports ouverts au commerce, les Français pourront à volonté louer des terrains pour y bâtir des églises, des écoles et autres établissements de ce genre, et que le \m\ de l'étendue du terrain loué sera discuté et fixé par les deux ])arties contractantes.
Observant que dans le (1^ article du traité sup])lémentaire, il est dit entre autres: «pie les églises, les écoles, les maisons avec leurs dépendances et autres j»ropriétés ccmfisquées antérieurement aux chrétiens, seront rendues au Ministre de France pour être transmises i)ar lui aux chrétiens des localités où ces propriétés se trouvaient; qui, (s'il s'agit de terrains) i)ourront y bâtir ce qu'ils voudront.
D'une autre part, le Commandant Sui)éri(nir ]\r. C<)ui>vent des Bois et le Commissaire français ]\J. de Tanouarn, ayant fait choix en dehors de la vieille ville de Canton et dans la nouvelle ville, d'un terrain vide, convenable, divisé en deux parties:
La première^ bornée:
C'liapili'4' VII - C'oiilrat <li> ceMNioii du lorraiu <lo VO
A l'Est pur le inur arrière des iiiaisoiis de la rue Pak-niaïliaug (l'Ile du riz blauc) eu i-e<i,ai(l diuiuel les uiissionuaires bâtiront uu mur de ta(;ou à laisser entre les deux uue rue de six pieds de large. — Etendue sur eette lace Gl) tcbaugs, 7 telles, 7 feuus (241)"', 78).
A l'Ouest, par la rue Vii-tze-liaug (rue du jade). — Etendue sur cette face 04 tcbaugs, 1) tsouus, 5 feuns ("232"', 82).
Au 8ud, par la rue Maï-nia-kaï (rue des luarchauds de chanvre ou rue de la folie) — Etendue sur cette face 27 tchangs, î> telles, î> tsouus, .'i feuns (KM)'" 21).
Au Nord, ])ar la rue Taï-san-kaï (grande rue neuve ou rue Cbapdelaine) — - Etendue sur cette face 40 tcliangs, 7 telles, 2 tsouus, 5 feuns, (1(>7"'27) et niesurant une sui)erticie de 40 méous, 2 lis, (J ba«)s (.'» liectares, 7 ares, 28 centiares).
La deuxième:
Située au Sud de la première et bornée au Sud par le mur du Dragon encore existant ftcbao pi) et mesurant sur ses 4 faces :
Au Nord: 10 tcbangs, 8 tcbés, 1) tsouus, 7 feuus (40"" 25).
Au Sud: 1,'3 tcliangs, 3 telles, 8 tsouus, 7 feuns (47'"92).
Au Nord, 15 tcbangs, 2 tsouus, 5 feuns, (53"^ 78) et mesurant une superficie de 2 méous, 5 feuns, 8 lis (10 ares, S3 cc^ntiares) (pii devra rester vide de toute construction; le tout entin, mesurant une superticie de 42 méous, (> feuns, 6 tsouns (.') bectares, 27 ares, 1 1 centiares).
Les mesures employées étant celles jnescrites [»ar le nouveau traité fraudais.
Et le Commaiulant supérieur, pai' l'intermédiaire du Commissaire fran(^'ais, demandant (pie ce terrain soit loué à perpétuité à la France, pour y bâtir aux frais de son trésor une église, une maison pour les missionnaires, un asile pour les i)auvres, un hôpital, un hospice des enfants trouvés, eu tout cinq établissements qui, ainsi que l'église et la maison des missionnaires ne pourront être à l'avenir habités et desservis que par des prêtres de la Congrégation française des Missions Etran-
gères.
Son Excellence Lao, gouverneur général des deux Kouaug, aiu'ès avoir délibéré avec les autorités locales et lés notables, ('onsent, en vertu de l'article 10 du traité et de l'article (> du traité supplémentaire, à louer à perpétuité ce terrain à la France.
Le C^ Supérieur, après avoir reçu ce terrain par l'intermédiaire du Commissaire français, eii enverra le contrat de location au Ministre de France à Pékin, olticier de la Légion d'honneur etc. .etc. etc. -, pour être transmis par Son Excellence aux missionnaires de la province de ('anton.